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Full text of "Examen critique des chartes mérovingiennes et carolingiennes de l'abbaye de Corbie"

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V 



MEMOIRES ET DOCUMENTS 

PUBLIÉS PAR LA SOCIÉTÉ DE L'ÉCOLE DES CHARTES 

V 



EXAMEN CRITIQUE 

DES 

CHARTES MÉROVINGIENNES ET CAROLINGIENNES 

DE 

L'ABBAYE DE CORBIE 

PAR 

Léon LEVILLAIN 




PARIS 

A. PICARD ET FILS, ÉDITEUHS 

LIIIIl AIRES I»E h\ SOCIÉTÉ DE l'ÉCOLE DES CH.VnTKS ET DES ARCHIVES NATIONALES 

82, RLE BONAI»ARTF, 82 

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EXAMEN CRITIQUE 

CHARTES MÉROVINGIENNES ET CAROLINGIENNES 



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L'ABBAYE DE CORBIE 



IV PRÉFACE 

priori] Tétude seule de ces documents pouvait me la four- 
nir. Si je n'avais eu que des faux, Tobjection n'aurait pas 
été irréductible ; mais il y avait aussi des documents inter- 
polés et les classer sous la date de leur fabrication n'eût pas 
été moins arbitraire que de les placer à la date qu'ils s'at- 
tribuaient. Enfin l'ordre chronologique nous eut amenés à 
séparer les documents de même nature qui s'éclairaient 
mutuellement et dont l'examen serait ainsi resté imparfait. 
J'ai pensé que, à l'ordre chronologique, dans l'examen des 
documents provenant d'un fonds d'archives, je pouvais sub- 
stituer un groupement des documents fondé sur leur nature 
ou leur objet. En conséquence, j\ii étudié les chartes méro- 
vingiennes et carolingiennes de Corbie en associant : 
1^ les diplômes mérovingiens; 2^ les diplômes carolingiens, 
3® les chartes ecclésiastiques ; 4^ les actes privés. J'ai suivi 
autant que possible Tordre chronologique dans chacun de 
ces groupes, sans m y astreindre toutefois d'une façon abso- 
lue. C'est ainsi que j'ai placé, avant l'étude des diplômes de 
Charles le Chauve, celle du diplôme faux du roi Louis, daté 
de 877, que la simple lecture me montrait en connexion 
étroite avec le diplôme interpolé de Louis le Pieux et de 
Lothaire (825), et l'examen du diplôme de Charles le Simple 
(901) avant celui du diplôme faux de Charles le Chauve (877) 
qui n'est qu'une copie du précédent arrangée pour les besoins 
de la cause. Cette méthode permettait en quelque sorte d'as- 
sister au développement de certains privilèges et de cerlaines 
institutions; la conclusion se dégageait ainsi d'elle-même et 
nous retraçait l'histoire des progrès de l'abbaye. On pourra 
trouver au plan que j'ai adopté des défauls; on lui repro- 
chera peut-être d'avoir rompu l'harmonie delà composition 



PRÉFACE V 

et détruit l'unité du livre, en séparant des textes contempo- 
rains. Ce défaut est, je crois, atténué en grande partie par 
la conclusion qui remet toute chose en sa place. Je reste 
convaincu que le plan suivi est préférable au morcelle- 
ment par actes étudiés dans l'ordre chronologique et à 
l'éparpillement de l'intérêt résultant nécepsairement de l'ob- 
jet différent des documents. Enfin ce plan m'a permis 
d'éviter des répétitions trop fréquentes, des retours sur ce 
qui avait été dit et démontré, auxquels d'autres plans, peut- 
être aussi logiques, m'eussent condamné. Je n'ai pas craint 
cependant de revenir sur des observations de détail quand 
j'ai cru nécessaire de le faire pour donner plus de clarté ou 
plus de force à mon argumentation; les remarques sans 
cesse renouvelées sur les suscriptions, sur l'annonce des 
signes de validation, sur les souscriptions, paraîtront fasti- 
dieuses à qui lira cette étude tout d'une traite, de verbo ad 
verbum^ inutiles peut-être à ceux qui versés dans la diplo- 
matique n'y verront rien de bien nouveau et s'étonneront 
de tant d'insistance. Mais les livres de cette sorte sont géné- 
ralement consultés et point lus; ils doivent fournir à ceux 
qui les consultent tous les éléments qui forment la convic- 
tion sur un point donné pour que le moindre doute ne puisse 
subsister dans l'esprit. Les historiens, à défaut des diploma- 
tistes, me pardonneront d'être entré dans le détail le plus 
minutieux et d'avoir parfois rabâché. 

Par l'adjonction des pièces justificatives et des appen- 
dices s'affirme davantage le caractère d'instrument de tra- 
vail. Je me suis conformé, pour l'établissement des textes, 
aux règles généralement reçues; quand j'y ai contrevenu, 
j'ai eu des raisons spéciales que mes lecteurs découvriront 



VI PRÉFACE 

facilement. J'ai dressé, dans la mesure du possible, le car- 
lulaire idéal de Tabbaye de Corbie, dans les limites chrono- 
logiques que je me suis imposées. Enfin, je n'avais pas à 
établir une bibliographie spéciale, puisque aucun livre 
n'avait été composé sur le sujet. J'ai relevé, dans une table 
des ouvrages utilisés, les diverses mentions contenues dans 
les notes. 

Il m'est agréable de terminer cette courte préface en 
adressant l'expression de ma très vive reconnaissance aux 
maîtres et amis qui m'ont donné aide, conseils et encoura- 
gements: d'abord à mes premiers maîtres de la Faculté de 
Caen, MM. Tessier, Goville et G. Desdevises du Dezert; à 
tous mes professeurs de la Sorbonne et de TÉcole des 
Hautes Etudes, et en particulier à MM. E. La visse, 
Ch.-V. Langlois, P. Guiraud et G. Monod dont la forte 
discipline me prépara à mieux profiter de l'enseignement de 
l'École des Chartes; à mon confrère, savant et modeste, 
M. Auguste Pécoul dont l'amitié conseillère m'a fait son débi- 
teur plus que je ne saurais le dire; aux attachés du dépar- 
tement des manuscrits de la Bibliothèque Nationale et spé- 
cialement à M. Auvray; à quelques-uns de mes camarades 
d'école, surtout à mon ami Alexandre Vidier qui n'a ménagé 
ni son temps ni sa peine toutes les fois que j'ai eu recours 
à sa complaisance et à ses lumières, et qui a bien voulu col- 
lationner pour moi quelques textes. Je dois encore beaucoup 
à mon ami M. Maurice Prou qui m'a ouvert ses dossiers 
personnels, prêté des livres et fourni des renseignements 
oraux que sa connaissance des institutions et sa pratique de 
la numismatique rendaient infiniment précieux, et qui, 
en qualité de commissaire responsable de cette publica- 



PRÉFACE VII 

tion, m'a signalé quelques erreurs; je suis heureux de 
pouvoir l'en remercier ici. Longue serait encore la liste 
de ceux auxquels je suis redevable. Dans le milieu où se 
forment aujourd'hui les jeunes érudits, par la fréquenta- 
tion même de chaque jour, on emprunte aux uns et aux 
autres sans se douter que Ton vient de contracter une nou- 
velle dette. Je clos enfin ce paragraphe de la reconnaissance 
en adressant mes remerciements au directeur et aux profes- 
seurs de l'Ecole des Chartes qui m'ont toujours témoigné 
la plus grande bienveillance, aux membres du conseil de 
perfectionnement de cette école qui se sont joints à eux 
pour me donner, dans une occasion récente, une marque 
d'estime à laquelle j'attache le plus grand prix ; je tiens à 
citer nommément M. Auguste Molinier qui m'a prouvé dans 
plusieurs circonstances tout l'intérêt qu'il portait à son 
ancien élève, et M. Elie Berger qui fut mon correcteur de 
thèse et mon argumenta teur au jour de la soutenance, en 
compagnie de M. Arthur Giry. 

C'est parle nom du maître, dont la perte m'a été particu- 
lièrement sensible, que je devais terminer. M. Giry m'avait 
suivi dans mes études avant même que je ne fusse élève de 
rÉcole des Chartes. Il s'était intéressé à mes travaux per- 
sonnels, en même temps qu'il m'appelait à collaborer avec 
lui. Il m'avait fourni le sujet du présent travail au lendemain 
du jour où les Recherches sur quelques services publics de 
M. le colonel Borelli de Serres venaient de me dépouiller de 
la thèse d'archiviste que je comptais soutenir. Il voulut bien 
me demander, pour la collection de^ Mémoires et documents 
publiés par la Société de V Ecole des Chartes^ le travail que je 
publie aujourd'hui et que j'ai pu améliorer grâce aux obser- 



VllI PHÉFACE 

vations qu'il m'avait faites. Je lui avais donc de multiples 
obligations. Pourquoi faut-il que la mort ne lui ait pas 
permis de recevoir Thommage d'un livre qui était le sien, et 
le témoignage d'estime, d'affection et d'admiration qui 
s'adressait tout à la fois au professeur et à l'homme de 
cœur et de caractère qui, par sa droiture et par la sincérité 
de ses convictions, inspirait à tous le respect et la sympa- 
thie? Je dédie ce livre à sa mémoire. 



L. L. 



Caen,l«'^iTîai 1900. 



INTRODUCTION 



L'abbaye de Corbie fut, du vir au x'* siècle, Tune des plus riches et 
des plus puissantes maisons bénédictines. Elle fut un centre politique 
qui eut son heure d'influence; elle fut aussi un foyer intellectuel qui 
brilla d'un éclat singulier au ix® siècle et dont l'action bienfaisante se 
fit sentir en Germanie et en Grande-Bretagne. Ses domaines sans cesse 
accrus par la générosité des rois et la pieuse libéralité des particuliers 
étaient immenses à la veille de la Révolution. Moins favorisée pour- 
tant que les abbayes de Saint-Denis ^ ou de Saint-Germain-des-Prés ^, 
elle n'a pas eu son histoire imprimée, complète et documentée'*. La 
tâche d'élever ce monument à la gloire de leur maison n'effraya cepen- 
dant pas quelques moines savants de Corbie. Antoine de Caulaincourt, 
officiai de Corbie, le premier à notre connaissance tenta l'entreprise, 
au début du xvi" siècle. Nous possédons le manuscrit original de son 
Chronicon Corbeiense dans le manuscrit latin MlWl (anc. Corbie 

1. — J. Doublet, Histoire de l'abbaye de Saint-Denis en France, Paris, 
1625, in-4°. Dom M. Félibien, Histoire de V abbaye royale de Saint-Denis en 
France^ contenant la vie des abbés qui l'ont f/ouvcrnée depuis onze cents ans. 
Paris, F. Léonard, 4106, in-f». 

2. J. Bouillard, Histoire de l'abbaye royale de Saint-Germain-des-Prés, 
Paris, G. Dupuis, 1724, in-f°. 

3. C'est de nos jours seulement que Tabbaye de Chelles, fondée par 
Sainte Bathilde comme celle de Corbie, a eu son historien. — Berthault, 
L'abbaye de Chelles [Ordre de Saint-Benoit)j diocèse de Paris, 657-4790. 
Résumés chronologiques. Paris, 1889-1890, 2 vol. petit in-8° (avec planches 
noires et coloriées). Encore cette histoire est-elle bien insuffisante. 



X INTRODUCTION 

n® 25) de la Bibliothèque Nationale *. Cette chronique s'étend du 
folio l au folio 123 v'\ Il en existe une copie ancienne à la Biblio- 
thèque communale d'Amiens sous le n" r>24 du CntHJogne gènèrRÏ des 
manuscrits des Bibliothèques de France (t. XIX): la Bibliothèque 
Nationale en possède aussi une copie écrite au xvii^ siècle par 
Jacques Vuanquer *. Au xvn' siècle, dom Benoît Coquelin rédigea 
un résumé de cette histoire et dans son très court récit fit œuvre per- 
sonnelle ; il rintitula Historiae regalis abbatiae Corheiensis compen-- 
dium ^. Quelques années plus tard, Bonnefons reprenait en sous- 
œuvre le travail de Caulaincourt et composait une volumineuse his- 
toire de Tabbaye divisée en trois parties. Le manuscrit latin 17142 de la 
Bibliothèque Nationale contient la première et la troisième parties. La 
seconde partie se trouve, d'ailleurs incomplète, au milieu d'une autre 
histoire de Tabbave sans nom d'auteur et sans intérêt, dans le manu- 
scrit latin 18370, du folio 05 au folio 103. La première partie est com- 
posée : 1® des tables; 2" de la liste des abbayes, prieurés, églises 
paroissiales, chapelles et autres bénéfices dépendant de Corbie; 3** du 
catalogue des reliques trouvées dans le trésor du monastère en 1048; 
4® de l'histoire de l'abbaye (fol. 38-111), traitée en dix chapitres. La 
seconde partie concerne les abbés et autres personnages illustres de 
Tabbaye; en l'état actuel, l'œuvre de Bonnefons s'arrête à Ilildebert, 

1. Ce ms. de 167 fol. de papier comprend :\^ au verso de la feuille de garde 
une liste des abbés de Corbie jusqu'à Tan 1520 avec renvois aux folios où 
il est parlé d'eux dans la chronique; 2*^ la chronique fol. 1 à 123 v^'.. Les 
folios 124 à 131 sont restés en blanc: 3» des p'ncalopies ifol. 132-163 et 
166-167): 4° le diplôme de fondation, fol. 164; la charte do Rerlhefridus, 
fol. 165. Il y a en outre un fragment de parchemin où sont représentés 
quelques abbés du xii* et du xiii'' s. avec des notices sur chacun d'eux. Les 
miniatures sont très remarquables. 

2. Bibl. Xal., lat. 10111 (ancien suppl. lat. 486^ Le copiste se nomme h la 
page 345. Ce manuscrit comprend : 1° la copie de la chronique (pp. 1-345^ ; 
2° la vie d* Antoine de Caulaincourt par J. Vuanquer (p. 3 f 5-349- ; 3' un appen- 
dice à la liste des abbés de Corbie p. 349 et 330) ; *^ les privilèges de Clo- 
taire III et de Berthefridus (p. 351-31)4' ; 5^ les généalofçies ip. 357 jusqu'à la 
fin). 

3. L'œuvre de dom Benoît Coquelin a été éditée par M. Joseph Garnier, 
dans les Mémoires de la Société des antiquaires de Picfirdie, t. VIII, p. 464 
et suiv. 



INÏRODLCIION XI 

18*^ abbé ; la suite a été ajoutée par l'auteur anonyme de la chronique 
qui occupe les 63 premiers folios du ms. latin 18370. La troisième par- 
tie, qui s'étend du fol. 127 jusqu'à la fin du ms. lat. 17142, c'est-à-dire 
jusqu'au fol. 372, contient les documents diplomatiques qui ont servi 
à la confection de ThisLoire, et entre autres un curieux texte intitulé : 
Rollum sancli Adalhardi '. Bonnefons iudiqueque l'autographe existait 
encore à Gorbie, mais que le deuxième feuillet et le dernier faisaient 
défaut. Mabillon dans ses Annales ordinis sancii Benedicti, dom 
Yepes dans ses Annales de l'ordre de Saint-Benoît ^ ont donné les 
membra disjecta d'une histoire de Gorbie. Dom Grenier, le dernier 
venu des historiens de Gorbie, a largement mis à profit les travaux de 
ses devanciers et a fait une lourde et ennuyeuse compilation qu'il 
rédigea deux fois presque entièrement sans que la seconde rédaction 
apportât des renseignements nouveaux ou des vues personnelles ^, 
Gaulaincourt et Mabillon ont le plus fait pour Thistoire de Gorbie ; 
les autres chroniqueurs les ont copiés ou suivis trop servilement. La 
critique de Gaulaincourt étaitfaible; celle de Mabillon, plus vigoureuse, 
n'est pas toujours aussi affinée qu'on serait en droit de le croire. On a 
fort justement remarqué que les préoccupations du moine obscurcis- 
saient parfois, chez Jean Mabillon, la vue si perçante du diplomatiste *. 
Toute la littérature historique que l'abbaye de Gorbie a suscitée est en 
quelque sorte établie sur un sol mal affermi : les œuvres de Bonnefons 
et de dom Grenier, colossales entreprises que l'on ne pourrait aujour- 
d'hui tenter ainsi à la légère, sont presque totalement à négliger. Et nous 



1. BUjI. Nat.y lat. 17U2, fol. 171 v« (petit cahier de 36 p.). Bonnefons lui 
donne la date de 822 ou environ. C'est Je rôle deshommes liges de Tabbaye, 
auquel Mabillon fait allusion. Voy. plus loin, p. 209, note 2. Il est douteux 
que ce texte soit de Tépoquc d'Adalhard. En tous cas, le ms. original 
semble être perdu. 

2. Yepes (don Antonio), Les chroniques générales de l'ordre de Saint 
Benoit, trad. dom Martin, Toul, t. I et II, 1684. 

3. liibl. Nat.y dom Grenier, t. 32 et t. 47. 

4.J. Qaicherdt, Critique des deux plus anciennes chartes de V abbaye de 
Saint-Germain-des-Prés, dans Bibl. de VÉcole des Chartes^ ô*' série, t. I 
(1865), p. ol6. Cf. J. Havet, Questions mérovingiennes K, Les origines de 
Saint-Denis, dans les Œuvres de Julien Havet, t. I, p. 194 et suiv. 



Xll IM'KODUCTION 

comprenons maintenant que Thisloire de Corbie soit encore à 
publier. 

Notre ambition n'est pas de refaire le travail de nos devanciers; 
notre tâche est plus modeste ; étudier les documents en eux-mêmes et 
pour eux-mêmes, préparer les matériaux pour une étude sur Corbie 
du VII® au X® siècle, tel est notre but. L'utilité des travaux de ce genre 
n'est plus à démontrer ; la méthode qui consiste à grouper les textes, à 
réunir dans un même examen tous les documents contenus dans un 
même cartulaireou dans un même fonds d'archives pour juger de leur 
authenticité, a fait ses preuves. Nous chercherons, en exposant l'his- 
toire de l'abbaye tirée des seules sources diplomatiques, à donner une 
conclusion générale à notre travail. Ce ne sera qu'une esquisse ; mais 
cette esquisse, comme celle d'un tableau, était essentielle à tracer ; on 
pourra, à Taide d'autres sources, l'orner de couleurs plus belles, la 
rendre plus vivante, elle n'en subsistera pas moins. 

Ce travail préliminaire nous a conduit à déterminer les grandes 
lignes d'une histoire de Corbie pendant te haut moyen Age à laquelle 
nous travaillons. L'étude de la vie intérieure d'une grande abbaye est 
aussi intéressante que celle d'un personnage ou d'une association de 
marchands. Le monastère est une personne morale qui peut recevoir, 
vendre et acheter; le monachisme a été un mode de l'existence; le 
développement d'une institution monastique fait époque. La biblio- 
thèque et les écoles de Corbie, les querelles théologiques qui surgirent 
parmi les moines et qui se rattachent au grand mouvement général 
des idées au ix® siècle, les missions des moines, l'expansion coloniale 
de Corbie formeront la matière d'un livre intitulé CorAie, centre intel- 
lectuel. Le rôle de l'abbaye dans l'histoire générale mérite une atten- 
tion particulière. Les abbayes ont été, à l'époque carolingienne sur- 
tout, des facteurs politiques considérables. Une parfaite connaissance 
des courants d'opinions qui se manifestèrent à l'intérieur des mona- 
stères éclairerait d'une façon singulière l'histoire des luttes politiques 
et permettrait à coup sûr de déterminer, mieux qu'on ne l'a fait jus- 
qu'ici, les forces respectives des adversaires et les causes de phéno- 
mènes historiques encore mal connues. On voit trop dans l'histoire de 
cette époque les chefs de file, on ignore les foules; elles ont dû 



LNÏRODLCTION XIU 

cependant, comme dans toute autre période de Thistoire universelle, 
influer sur les événements parce qu'elles ont toujours pour elles le 
nombre et le puissant levier de Topinion dont les contemporains n'ont 
pas senti peut-être toute la force. CorAie, centre politique doit être V oh" 
jet d'une étude à part. 



EXAMEN CRITIQUE 



DES 



CHARTES MÉROVINGIENNES 

ET CAROLINGIENNES 

DE L'ABBAYE DE CORBIE 

( Vll®-X« SIÈCLES ) 



CHAPITRE I^' 

LES ARCHIVES DE CORBIE 

I. — Organisation et inventaires. 

L'abbaye de Corbie encore florissante au xviii* siècle fut 
supprimée, comme tous les autres établissements monastiques, 
par décret de la Constituante en date du 17 juin 1790. Jamais 
plus elle ne se releva de ses ruines. Il serait toutefois injuste 
de rendre la Révolution responsable des pertes qu'avaient subies 
les archives du monastère. Les pièces les plus précieuses et les 
plus vénérables avaient été détruites à une époque très ancienne : 
les incursions normandes, les ferres civiles, les incendies 
successifs de Tabbaye avaient anéanti bon nombre d'originaux ' . 

1. Dipl. de Charles le Simple, 9 nov. 901; et bulle de Christophe, 
26 déc. 903. — Voy. Pièces Justificatives, n»» 36 et 37. — Bibl. Nat,, 
fr. 24143, fol. 15 : cr Item contient ladictc lettre plusieurs destructions de 
Teglisc et plusieurs inconveniens que Teglise a eu ou tamps passé par les 
guerres des Normands, Danois et mescreans qui ardirent la ville de Corbie 
et Amiens » — Dom Benoit Coquelin, Uistoriae regalis abbatiae Corbeiensis 
compendium (éd. par J. Garnier, dans Mém. de la Soc, des Antiq. de 
Picardie, t. VIII, p. 465 et suiv.). 

Mém. et ioe, d* VÈcoIê des Chmrus. — V. 1 



2 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

En outre, des documents de la plus haute importance furent 
soustraits par des gens qui avaient intérêt à les voir disparaître : 
le prêt des chartes sans contrôle rendait faciles ces soustractions 
frauduleuses ^ N'est-ce pas d'ailleurs pour prévenir les vols 
futurs que le rédacteur de l'inventaire des chartes corbéienaes 
demandait, en 1421, qu'on ne prêtât plus aux prédicateurs de 
l'église d'Amiens les originaux, mais seulement des copies "? Au 
xvii® siècle, les moines de Gorbie accusèrent les savants qui 
avaient travaillé dans leurs archives, Masson, André Duchesne, 
Pithou, Sirmond, Jacques- Auguste de Thou, etc., d'avoir 
emprunté des documents et de ne les avoir point rendus. L'accu- 
sation, pour quelques-uns du moins, ne parait pas fondée*'. 
Quoi qu'il en soit, lorsque Pierre Lemoine dressa Tinventaii'e du 
fonds d'archives corbéien, de 1778 à 1781, il ne subsistait, pour 
l'époque qui nousoccupe(duvii'^au x® siècle), que trois originaux, 
et ces trois originaux ont échappé au prétendu vandalisme révo- 
lutionnaire '*. 

1. Bibl, Nat.f fr. 24143, fol. 3 : « Item, ^rde bien le chantre que aultre- 
ment il ne baille quelque Icctrc se celui ne lui baille cedulle comme des- 
sus est devisL», afïin que on pust savoir par ladicte cedulle où est la lettre 
que on a osté de la laiette et qui Ta prinse et pourquoy et quant. Et par 
ainsy on ne perdera point ses lettres ou previleges ainsy que nous 
savons bien que plusieurs lettres ont esté perdues par ce moien et aultre- 
ment par négligence. » 

2. Bibl. Nat.y fr. 2U43, fol. 5 v» : « Item, il y a un petit coffret ouquel on 
a acoustumé de mettre plusieurs previleges pour monstrer aux pardons et 
sont les plus notables previleges que Teglise ait pour la fondacion et dota- 
cion et exempcion de l'église ; et combien que de long temps on les baille 
aux prescheurs des pardons qui sont des ordres d'Amiens, et par ainsy 
favorables communément aux esvesques d'Amiens, il y a grand péril 
que ilz ne soient perdus ou aliénés. Si me samble qu'il deveroit souf- 
fire que lesdis prescheurs veissent une fois les vidimus contre les origi- 
naulx et lesdis previleges fussent gardés plus solennelment, ou au mains 
on leur monstreroit une fois les originaulx et on leur bailleroit les vidi- 
mus. » 

3. L. Delisle, Le Cabinet des mmuscrita de la Bibliothèque Nationale, 
t. II, p. 133. — M. E. Coyecqua ncî fait pas cette restriction nécessaire. 
Catalogue général des nt'inuscritSj Départements, t. XIX (Amiens) intro- 
duction, p. vu. 

4. Bibl, Ndt,, fr. 8793, p. 3, diplômî dâ Louis le Débonnaire et de 



LES ARCHIVES DE CORBIE 6 

L auteur de l'inventaire de 1421 avait grandement raison de 
mettre en cause l'incurie des moines de Corbie. Pendant de 
longs siècles, ceux-ci eurent, en effet, assez peu le souci de leurs 
archives. Les pièces étaient conservées pêle-mêle dans des 
bahuts * . La difficulté de les consulter devenait de plus en plus 
grande à mesure que leur nombre augmentait ; on se contentait 
le plus souvent de recourir aux cartulaires fort imparfaits que 
labbaye possédait. La preuve en est dans ce qu'écrit le rédac- 
teur du Cariulaire Noir : en 1295, Jean de Candas, moine et 
prévôt de Tabbaye, nous dit que Tabbé Garnier lui ordonna de 
transcrire les privilèges, chartes et lettres dans un ordre déterminé 
« considérant qu'on ne pouvait tirer rien de méthodique d'actes 
laissés dans un tel désordre-^ ». Nous ne sommes pas certains 
que l'on se soit préoccupé de classer les archives de l'abbaye 
avant le xv® siècle. De ce que nous manquons d'informations 
précises, nous n'oserions prétendre qu'aucune tentative anté- 
rieure de classement n'ait été faite ; il est même probable que, 
comme il nous le donne à entendre, Jean de Candas, avant de 
rédiger son cartulaire, classa les pièces par ordre de matières, et 
que la table du Cartulaire Noir est en quelque sorte tm inven- 
taire des archives de Corbie à la Gn du xiii® siècle. En tous cas, 
si Jean de Candas a réparti méthodiquement les documents en 

Lothaire, 825 ; ce diplôme fait partie aujourd'hui de la collection de 
M. Léon Ledieu; — p. 43, bulle de Benoît III, 7oct. 856; — p. 45, bulle de 
Nicolas I*', 28 avril 863. Ces deux bulles sont actuellement à la biblio- 
thèque communale d'Amiens (n°* 526* et 526^ du Catalogue général). Pierre 
Lemoine n'a pas vu dans les archives de l'abbaye l'original du diplôme de 
Louis, aujourd'hui à la Bibl. de Metz, ms. Salis, sans cote. 

i. Dans d'autres monastères, on se montrait plus soucieux des documents 
originaux qu'à Corbie. Cf. Martène, Commentarius in régulant S. P. Béné- 
dictin p. 417. 

2. Bibl. Nat.^ lai. 17758, fol. 13 : « Idcirco ego Johannes de Candas, 
monachus et prepositus ecclesie Corbeyensis predicte, quamvis indignus, 
de mandate reverendi patris ac domini D. Garneri, divina permissione 
Corbeyensis abbaiis, considerantis quod ex hiis quae inordinata sunt non 
potest agi aliquid ordinare, privilégia, cartas et lilteras supradictas, anno 
domini millésime ducentesimo nonagesimo quinto, in modum qui sequitur 
ordinavi. » 



4 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

vingt-sept groupes *, son œuvre a été éphémère, car, au siècle 
suivant, la négligence des moines avait laissé retomber les 
archives dans le plus complet désordre *. L'abbé Jean de Lyon 
voulut remédier au mal et fit inventorier les archives de son 
monastère, probablement par un moine nommé A. Hochecorne ^. 
Nous possédons cet inventaire qui est aujourd'hui le manuscrit 
français 24 143 de la Bibliothèque Nationale. Les documents furent 
divisés en dix grandes catégories ou traités ; chaque catégorie 
était subdivisée en un certain nombre de sections ou chapitres. 
Un nom particulier était affecté à chacune des catégories ; les 
chapitres d'une même catégorie recevaient chacun un signe par- 
ticulier ; enfin, chaque pièce était numérotée à son rang dans le 
chapitre et la catégorie auxquels elle appartenait. Exemple : la 
charte de fondation appartient au second traité dit du temporel 
qui comprend quatre chapitres ; elle ressortit au chapitre qui 
« est de ladicte fondacion temporelle, des drois, franchises et 



1. Bibl, Nat., lat. 17758, fol. 13 : « Noto ergo ad majorem dcclaratio- 
ncm hujus opusculi quod in islo libro contincntur viginti septem libri, 
secundum quod ia librario predicto sunt viginti septem scrinia, in quibus 
continentur littere et carte divcrsorum villarum et territoriorum ecclesie 
Corbeyensis » (cité par H. Cocheris, Notices et Extraits.,.^ I, p. 561-562.) 
Voy. plus loin, p. 21-22, cette division. 

2. L'inventaire de H21 commence ainsi : « C'est le répertoire pour 
trouver legieremcnt tous les prcvilegcs, Chartres, buUez, arretz, sentences, 
appointemens, accords et toutes manières de lettres cstans de Teglisc de 
Corbie. » Il faut donc croire qu'avant la rédaction de cet inventaire, il 
n'était pas facile de trouver « légèrement et tost sans icelles veoir tout du 
long » les documents conservés dans les archives de l'abbaye. 

3. Il existe à la Bibl. Nat. un double du ms. fr. 24143, intitulé Répertoire 
de Corbie de toute la fondation dans le ms fr. 252 i9, ancien fonds de 
Corbie, n^ 57. Ce manuscrit, contemporain du précédent, à en juger par 
l'écriture identique dans les deux mss., présente en outre une ornementa- 
tion des lettres capitales rouges et bleues de tout point semblable à celle 
du fr. 24143. Il est écrit sur papier, in-4. Ce qui est précieux, c'est que le 
rédacteur du 25249 a signé A. Hochecorne, ce qui me laisse croire que 
Hochecorne était moine à Corbie et qu'il pourrait bien être l'auteur 
du 24143. Le ms. 25249 a appartenu successivement à Michel de Vaulx, 
procureur fiscal de Corbie, et à Antoine de Vaulx également procureur 
fiscal de Corbie. 



LES ARCHIVES DE CORBIE S 

Boblesches de la comté de Corble * », c'est-à-dire au l®*" chapitre, 
et, comme toutes les pièces de ce chapitre, elle reçoit le 
signe C^; elle est la première de sa série, elle est donc 
cotée Ci ^. Les dix catégories étaient : le spirituel, comprenant 
5 chapitres ; le temporel, 4 chapitres ; les eaux ; les biens de 
Flandre ; Artois et Ternois, 2 chapitres ; Liège et Brabant ; les 
terres « oultre la rivière de Somme », 7 chapitres; Vermandois, 
2 chapitres ; Vimeu, Normandie et pays en deçà de la Somme, 
11 chapitres ; pièces diverses ^. Ce classement, on le comprend, 
était très élastique ; tout nouvel acte prenait place à son rang 
d^entrée dans la série avec ses signes généraux et particulier, 
l'ordre suivi à l'intérieur des chapitres étant chronologique ^. Les 
pièces furent alors placées dans des layettes qui portaient les cotes 
de la catégorie et de la section auxquelles elles appartenaient. 
Seuls, quelques documents rares étaient enfermés dans un 
coffret que Ton prétait aux prêcheurs de pardons. En archiviste 
jaloux du dépôt qui lui était confié, Hochecorne s'élève 
contre cette coutume qui pouvait entraîner la perte des instru- 
ments diplomatiques les plus précieux ^. 

A partir de ce moment. Tordre régna dans les archives, ou, 
comme on disait, dans le buffet. L'inventaire de 1421 était, en 
même temps que le catalogue, le règlement des archives. Si 
quelque religieux ou tout autre officier de la maison prenait un 
acte, il devait remplir une fiche ou cédule indiquant : l®le jour 
de l'emprunt ; 2° le motif de l'emprunt ; 3® le nom de l'emprun- 



1. BihL NaL, fr. 24i43, fol. 14 yo. 

2. Ibid, : u Soit adverti que tous les lettres du premier capitle de ce 
présent traittié du temporel sont signées par C, par nombre, et le laîette 
en laquelle ilz sont est signée par C. » 

3. Ibid. Voy. la cote du document, fol. 15. 

4. On trouvera plus loin, dans V Appendice I, le détail de ces divisions. 

5. BibL Nat,, fr. 24143, fol. 4 : « Item et s*il avient qu'il viengne nouvelles 
lettres, jugiés, arrests, accords, sentences, etc., on mette chacun en son 
lieu selon ces règles cy declairées et soient signées du nombre subséquent 
et du signe de le laiette. » 

' 6. Voy. plus haut, p. 2, note 2. 



b EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

leur. Cette fiche était mise à la place du document sorti; le 
chantre, qui était à la fois le bibliothécaire et l'archiviste * pré- 
posé au prêt, devait assurer l'exécution du* règlement. Quand 
Temprunteur rapportait la pièce, il devait avoir grand soin de 
la remettre dans la layette où il lavait prise, à son numéro 
d'ordre, et il retirait la fiche de prêt qui occupait la place du 
document 2. Les visiteurs, quels qu'ils fussent, ne touchaient 
plus aux originaux; on leur présentait les copies, les cartulaires : 
une charte fort curieuse, en date du 4 septembre 1470, nous 
montre deux auditeurs du roi visitant « le lieu qu'on dit le 
buffet », et qui ne peuvent voir que deux cartulaires anciens 3. 

\, Statuta ErembeHi, édit. J. Garnier, dans Mém, de la Soc. des Antiq, 
de Picardie, VIII, p. 513 : « Totius scripturae quae in ecclesia flt et 
omnium scriptorum magister est atque provisor. Omnes libros ecclesiae 
habct in potestate et in custodia sua. » Ces statuts attribués à Erembert ont 
été remaniés au xi* siècle. Cf. Mabillon, Annales ordinis S. Benedicli, liv. 
XVII, t. I, p. 565 et 566 ; et BibL NaL, coll. Grenier, t. 32, fol. 15 v« et suiv. 
— L'édition de M. Garnier, faite sur deux manuscrits d'Amiens (lesn<** 524 
et 525 du Catalogue général) n'est pas irréprochable. — Sur ces statuts, 
voy. aussi Bonnefous, Bibl, Nat., lat. 17142, fol. 132. Cf. plus haut, p. 2, 
note 1. 

2. BibL Nat.y fr. 24143, fol. 3 v^ : « Item soit notlé quant aucun penrra 
aucune lettre ou previlege, etc., pour lui aidier et mettre en preuve, soit 
songneus de remettre en le laiette où il le prenra et de ce doit mettre une 
cedulle en Icditte laiette du jour qu'il l'ara pris et pourquoy, tant que la 
lettre sera hors de sa place affin qu'on ne soit abusé et que on sache qui 

les a osté, et quant il rapportera, il reprenra sa cedulle Item, et quant 

on rapportera la lettre, il ne faut que regarder son signe et le mettre en sa 
laiette dudit signe el estre songneux quant elles sont hors de la laiette de 
savoir qui les a. » — Cf. plus haut, p. 2, note i. 

3, Cartulaire Nehemias, Bibl. Nat., lat. 17761, fol, 128 : « Andrieu le 

Maistre et Jehan, auditeurs du Roy se sont transportés au lieu qu'on dit 

le buffet estant au monastère de ledicte église, là où lesdicts religieux ont 
acou.stumé de toute anchienncté mettre et là où sont mis les Chartres, 
privilèges, registres, cartulaires et autres renseignements touchans la fun- 
dacion, drois et revenues de ladicte église de Corbie tant en temporel 
comme en espirituel, ensamble les denombremens, reliefs, ventes, dessai- 
sines et saisines des héritages feodaulx et aultres qui sont tenus d'icelle 
église et qui leur appartiennent tant à cause de leur dite fondation comme 
autrement. Au quel lieu leur a esté de la partie desdits religieux montré et 
fait ostension de deux anchiens livres et cartulaires en parchemin, l'un 
couvert de couvertures de cuir blanc et l'autre couvert d'aissieles esqueis 



LES ARCHIVES DE CORBIE 7 

Jusques à quand le règlement de 1421 fut-il en vigueur? A 
quelle époque le classement de 1421 fut-il abandonné? Nous ne 
saurions le dire, même approximativement. Toutefois, au 
XVII® siècle, le répertoire du xv° siècle n'était plus d'aucune uti- 
lité, comme nous le prouve le manuscrit français 25250 de la 
Bibliothèque Nationale. Ce petit volume de 112 folios de par- 
chemin comprend deux parties : une « table alphabétique de 
tout le chartrier de Tabbaïe roiale de Saint Pierre de Corbie », 
qui s'étend du fol. 2 au fol. 49 v®, et une table du grand cartulaire, 
dit Cartulaire Noir^ comprenant les fol. 50 à 93. Les fol. 
93 à 112 sont en blanc. A Tépoque où fut écrit ce manuscrit, les 
archives de Corbie étaient conservées dans trois grandes 
armoires, marquées A, B et C. La première, Tarmoire A, conte- 
nait les titres originaux de Tabbaye. Seules, les deux chartes de 
fondation avaient été mises ailleurs à cause de Thumidité. 
L'armoire B renfermait les titres des églises ou prieurés dépen- 
dants du monastère. La troisième était divisée en deux compar- 
timents : dun côté, les titres des biens venant d'Anchin; de 
l'autre, ceux des autres biens de Flandre K 

Ce classement eut une très courte durée ; c'est peut-être à lui 
que fait allusion Pierre Lemoine -. Cet érudit nous apprend en 

sont mis, incorporés et enregistrés au long les chartiers et previleges de la 
première fundacion et dotacion de ladicte église Saint Pierre de Corbie...» 
(cité par Cocheris, Notice et Extraits,,., t. I, 646, note 2). — H. Cocheris 
date ce document, à tort, du 14 septembre 1478. La charte contient des 
extraits : 1^ de la charte de fondation, tirée du cartulaire blanc (fol. 116) ; 
2® du diplôme de Charlemagne, avril 769, tiré d*un second cartulaire que 
j'identiGe avec le ms. lat. 17762 de la Bibl. Nat. 

1. Bibl, iVa/., fr. 25250, fol. 2 et 3. : « Il y a dans le chartrier trois grandes 
armoires. La première, cottée ou marquée Â, renferme les titres originaux, 
h Texception des deux chartes de fondation qui ont esté mises ailleurs à 
cause de Thumidité. 

« La deuxième armoire, marquée B, renferme les titres des oflices claus- 
traux, prevostez ou prieurez, biens retirez. 

« La troisième armoire est divisée en deux. La première cottce C ren- 
ferme les biens venans d'Anchin avec toutes les procédures. La deuxième 
contient les titres des autres biens de Flandres. » 

2. Bibl, Nat,j fr. 8793, p. i : « Plusieurs plans avoient été suivis et 



8 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

effet que des officiers de Tabbaye avaient fait « envoluminer » les 
actes originaux et qu*ils avaient dressé des tables alphabétiques 
des registres ainsi constitués ^ Cette mise en volumes des pièces 
fut effectuée avant 1730, car, vers cette année, dom Boucher 
fit des extraits des titres ainsi reliés 2. Pierre Lemoine s'élève 
avec raison contre cette manière de traiter les documents : il 
signale les dangers pour les actes et les inconvénients pour les 
recherches qu'offre « le sistéme d*envoluminer les titres » 3. H fit 
partager son avis aux commissaires des archives de Corbie et, 
chargé de remettre de Tordre dans les archives à cause de ses 
connaissances spéciales ^, il obtint d'eux la permission de briser 
les reliures et de rendre aux actes leur individualité. Il institua 
dès lors un nouveau classement qui était achevé au mois de 



exécutés par différons officiers. Les uns avoient mis les chartes originalles 
dans une seule armoire avec une table ou clef indicative sans aucunes ana- 
lises de ces chartes. Et les dossiers des procédures et renseignemens 
étoient placés sur des planches en observant seulement Tordre des sei- 
gneuries » 

1. Ibid. (c Les autres ayant vu des recueils de Chartres, en copies, dans 
des carthulaires, crurent devoir faire coudre ensemble dans des volumes 
tous les baux à ferme et à cens, les déclarations des biens et des dixmes, 
les avœux et dénombremens des fiefs et tous les actes concernant la féoda- 
lité. 

« Les anciennes déclarations de biens portoient le nom des 4 Évangé- 
listes, et les actes du buffet ou délibérations capitulaires les noms des pro- 
phètes ; ils désignèrent les registres des baux sous le nom des patriarches, 
et donnèrent des noms arbitraires et bizarres aux recueils des actes féodaux. 
Pour tirer partie et se servir de ces livres, on fit des tables alphabétiques 
de chacun de ces registres. » 

2. Bibl. Nat.j fr. 8793, p. ii : « Dom Boucher (Bucherius) vers 1730 entre- 
prit de faire des extraits de tous les titres épars dans les livres, la pluspart 
indéchiffrables en distinguant les seigneuries en domaines et en fiefs et 
observant dans chaque seigneurie Tordre chronologique. » Nous ignorons 
si dom Boucher mena à bonne fin son entreprise ; nous n^avons pu retrouver 
son manuscrit. 

3. Ibid,, p. ii. 

4. P. Lemoine est Tauteur de la Diplomatique pratique (1765). Il faisait 
métier de classer les chartriers. Il en a classé dans toute la France, à Lyon, 
à Amiens, à Toul, etc.. 



LES ARCHIVES DE CORBIE II 

décembre 1778 *. Il commença, immédiatement après, à invento- 
rier le dépôt de Corbie. Son inventaire existe en original aux 
archives de la Somme où il est mis à la disposition du public 
dans la salle de travail ^. 

Lemoine fit son inventaire « sous les yeux de MM. dom 
Barbier, grand prieur et ofHcial ; dom Mathieu, procureur et cen- 
sivier, etdomMepuy, receveur de monseigneur l'abbé, commis- 
saires nés pour veiller à l'exécution du traité de l'arrangement 
des archives ». Il divisa tous les biens de l'abbaye en trois 
grands groupes : 1^ la manse abbatiale; 2^ la manse conven- 
tuelle ; 3^ le petit couvent, ofQces claustraux et prieurés unis et 
non unis ^. Il répartit les documents entre six armoires. La pre- 
mière armoire comprenait 46 liasses, dont 22 pour la ville 
spirituelle et 24 pour la ville temporelle. L'inventaire de cette 
première armoire fut achevé en 1780. Les deuxième et troisième 
armoires étaient spéciales à la manse abbatiale ; la deuxième 
contenait 72 liasses dans lesquelles étaient groupées par ordre 
alphabétique des seigneuries les pièces relatives aux seigneuries, 
fiefs, dîmes, etc., d'Acheux à Gentelles (A-G). L'inventaire de 
celle-ci était terminé en 1779. La troisième renfermait les pièces 
des seigneuries de Hamelet à Villers-Bocage (H-V) qui formaient 
145 liasses. Les quatrième et cinquième armoires contenaient les 
documents concernant la manse conventuelle ; l'armoire iv 
comptait 75 liasses, de A à H ; son inventaire fut achevé en 1780 ; 
l'armoire v comptait 67 liasses, de L à V ; son inventaire fut 
achevé en 1781. L'armoire vi, dont l'inventaire fut fini en 1781, 
comprenait 103 liasses, dont voici le détail : petit couvent, 
9 liasses (1 à 9) ; office de grand prieur et officiai, 3 liasses 

i. On lit, en cfTet, sur la feuille de garde du manuscrit français 25250 de 
la Bibl. iVd/., ceci : « Devenu inutile depuis le nouvel arrangement fait en 
décembre 1778. » 

2. Il en existe deux copies très soignées : Tune aux Archives Natio- 
nales LL, 1004-1007; Tautre à la Bibl, Nat., fr. 8793-8799. Cet inventaire 
commence par la « table alphabétique des volumes de Tinven taire des 
chartes de Ta bbaye de Corbie commencé en 1778. » 

3. Bibl. NaL, fr. 8793, p. i. 



10 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

(10 à 12); trésorerie, 2 liasses (13 et 14); chantrerie, 2 liasses 
(15 et 16); prévôté de Téglise, 1 liasse (17); pourvoirie, 

I liasse (18); infirmerie, 3 liasses (19 à 21) ; office claustral de 
la censerie, 32 liasses (22 à 54) ; office de la cellerie, des eaux, 
29 liasses (55 à 84); bénéfices réguliers, 18 liasses (85 à 103). 

L'inventaire de Lemoine fut le dernier ; il est encore en usage 
de nos jours pour le fonds de Corbie aux archives de la Somme. 

II présente le très grand intérêt de nous faire connaître les 
pertes qui se produisirent depuis la Révolution jusqu'à notre 
époque. 

Ainsi, jusqu'au xvni^ siècle, le travail de classement des 
archives est marqué par une tendance de plus en plus grande à 
la simplification ; mais cette tendance s'exagère ; les recherches 
qu'on a voulu faciliter sont au contraire entravées ; pour les rendre 
plus aisées, Pierre Lemoine fît subir aux archives de Corbie 
un dernier remaniement. Son œuvre, bien comprise et bien 
exécutée, fut durable. 



II. — Les cartulaires. 

Nous avons eu la bonne fortune, grâce aux documents que 
nous venons d'étudier, de pénétrer l'organisation des archives 
de Corbie ; malheureusement pour l'époque ancienne de l'histoire 
de Tabbaye, les titres originaux ont presque tous disparu. 
Néanmoins nous pouvons donner la série à peu près complète des 
actes du vi® au x^ siècle en dépouillant avec soin les nombreux 
cartulaires, plus ou moins complets, ou soignés, ou corrects, qui 
ont échappé k la destruction et qui, permettant d'établir un 
texte presque pur des diplômes, chartes et bulles, nous rendent 
moins sensibles à la perte toujours regrettable des originaux. 

Ces cartulaires sont compris dans un manuscrit de la biblio- 
thèque impériale de Berlin * et dans neuf manuscrits de la 

1. Bibl, imp, de Berlin y PhilippSy n» 79. 



LES CARTULÂIRES DE CORBIE 11 

Bibliothèque Nationale de Paris ^ C'est à tort que Ton a placé 
quelquefois au nombre des cartulaires le manuscrit connu sous le 
nom de Registre A lexandre 2. Ce registre est un terrier de 
Tabbaye de Corbie écrit en 13i9 par J. de Verrignes, comme le 
montre ce titre rubrique placé en tête du manuscrit : « En 
chest livre sont mis et escript tout li chens appartenans à 
Toffisse de Tenfremerie de Téglise Saint Pierre de Corbye en la 
manière que s'ensuit. Et fu chus livres fais au quemandement de 
monseigneur de Corbye et par dant Robert de Hecourt enfre- 
mier de ledicte église, en Fan de Tincarnation Nostre Seigneur 
mil CCCXLIX, escript et ordené par la main de J. de Verrignes 
prestre 3. Et trouveran on par nombre les paroisses et autres 
chens deus à ledicte enfremerie chi après, et est escript en le fin 
de chascune ville et paroisse et autres valeurs l'usage et le 
coustume de chascun lieu en le manière que cheste taule le 
devise seur le nombre coument on en use et doit on user seronc 
le coustume de chascun lieu^ ». 

Les neuf manuscrits de la Bibliothèque Nationale ne sont pas 
tous à proprement parler des cartulaires ; nous constatons en 
effet que tels d'entre eux sont des recueils factices composés de 
fragments de cartulaires. Ces recueils factices furent fabriqués 
au xviii" siècle, avant 1730 ^. Après une étude attentive de 
chacun d'eux, il nous sera possible de donner une liste com- 
plète, par ordre chronologique de composition, des anciens 
cartulaires de Corbie qui nous sont connus. Ce travail qui n'a 

i. Bibl. NaL, lat. 47758, 17759, 17760, 17761, 17762, 17763, 17764, 17765 
et fr. 24145. Ces manuscrits furent expédiés d'Amiens à la Bibliothèque 
Nationale, au mois d'août 1803. Cf. L. Delisle, Le Cabinet des manuscrits 
de la Bibliothèque Nationale, t. II, p. 14. 

2. Bibl. Nat,, fr. 24144, ms. de 422 folios. 

3. H. Cocheris {Notices et Extraits. ,,y t. I, p. 635) appelle ce personnage 
Jean de Verrignes dans sa transcription de ce passage ; le manuscrit porte 
J. de Verrignes. 

4. Nous considérons cet ouvrage comme un livre des erres et non 
comme un livre des cens, parce qu'il est resté imparfait et que les cens de 
chaque ville n'ont pas été inscrits au bout de leur nom. 

5. Voy. plus haut, p. 8, note 1. 



12 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

pas été fait jusqu'à présent était cependant indispensable pour 
discerner, en connaissance de cause, les familles de manuscrits et 
pour établir un texte vraiment critique des actes diplomatiques. 
Notre liste des cartulaires n'énumérera pas tous ceux que posséda 
Tabbaye, car bien des manuscrits ont disparu au cours des âges, 
et parmi ceux-ci nous savons qu*il y avait au moins un cartu- 
laire. En 1636, la ville de Corbie fut le théâtre d'événements 
importants ; elle tomba aux mains des Espagnols le 15 août ; elle 
fut reprise par larmée française le 14 novembre de la même 
année. Il fut alors décidé que Ton transporterait à Saint-Ger- 
main-des-Prés, où ils seraient plus en sûreté, les manuscrits les 
plus précieux de la bibliothèque. Le choix fut fait avec discer- 
nement par dom Anselme Le Michel qui, en 1638, envoya à 
Paris quatre cents manuscrits ; ce sont ceux qui, par la suite, 
vinrent, en 179S et 1796, à la Bibliothèque Nationale avec tout 
le fonds de Saint-Germain '. Les cartulaires ne faisaient, hélas! 
pas partie de la bibliothèque ; ils étaient conservés dans le 
buffet -. Ils restèrent à Corbie d'où ils furent transportés avec 
d'autres documents à Amiens en 1791. 25 manuscrits aujour- 
d'hui à Londres et à Saint-Pétersbourg furent alors sous- 
traits à Amiens. En mai et juin 1793, Lévrier, juge au tribunal 
d'Amiens et membre de la commission des arts, écrivait à dom 
Poirier, gardien du dépôt de Saint-Germain, que, vérification 
faite, il y avait sept autres volumes en déficit dans le dépôt lit- 
téraire d'Amiens. Malheureusement pour nous, au nombre des 
disparus était le n® 97 de l'inventaire du xviii® siècle, qui con- 
tenait la copie de quelques chartes des rois de France relatives 

1. L. Delisle, Le Cabinet desmanuscrits, t. II, p. 138. — E. Coyecque, Ca/a/. 
gAn, des mss. des bibl, publiques de France, Départements, t. XIX (Amiens), 
1893, p. VII. Martène et Durand, qui visitèrent Tabbaye de Corbie au com- 
mencement du xATiii" siècle, nous disent : « Il y avoit autrefois un très 
grand nombre de manuscrits. Les principaux ont été apportez à S. 
Germain des Prez, mais il en reste bien encore deux cens dans Tabbayc. » 
Voyage littéraire de deux religieux Bénédictins (Paris, 2 vol. in-4, 1717- 
1724), t. I, 2« partie, p. 171. 

2. Cartulaire Nehemias, Bibl. Nat., lat. 17761, fol. 128. 



LES CâRTULAIRES DE CORBIE 13 

à Corbie ^ L'histoire du manuscrit 79 de Berlin nous démon- 
trera qu'anciennement les cartulaires avaient eux aussi ému la 
convoitise de gens peu scrupuleux. 

Le plus ancien des cartulaires de Corbie que nous possédons 
est celui de Berlin. Il fait partie d'un manuscrit de Corbie qui, 
transporté à Verdun on ne sait comment, y fut copié par 
Sirmond. II appartint ensuite à la bibliothèque du collège de 
Clermont (aujourd'hui lycée Louis-le-Grand), où il était sous le 
n® 571, puis, en 1765, àl'érudit allemand Meermann ; il portait, 
dans la collection de ce savant, le n^ 627. Il passa, en 1824, 
avec tous les autres manuscrits de Meermann dans la riche 
bibliothèque que sir Thomas Phillipps avait réunie à Middlehill, 
puis à Cheltenham, et il y reçut le n® 1776. Enfin, à la vente 
de la collection de sir Thomas Phillipps, en 1889, la bibliothèque 
impériale de Berlin acheta aux héritiers du célèbre collectionneur 
tout le fonds Meermann. Notre manuscrit est le n® 79 du cata- 
logue de ce fonds paru en 1893. 

Il est écrit sur parchemin, in-4.Les folios mesurent 0" 180 
sur 0" 127; ils ont été, à une époque récente, numérotés au 
crayon de 1 à 128. Le volume a été relié en parchemin à la 
fin du xvi® ou au xvii® siècle. Il est formé de deux parties bien 
distinctes provenant de deux rouleaux différents [rotuli), comme 
le montrent les points de suture que nous trouvons dans la 
marge extérieure des 92 premiers folios et des fol. 127 et 128. 

La première partie, comprenant 92 folios numérotés au xvi** 
ou au xvu* siècle de 1 à 91 (le premier folio en blanc n'ayant pas 
été compté), contient: 1** Un recueil d'Epistolae romanorum pon- 
tificum avec table en tête (fol. 2-92*), complet. Les quater- 
nions sont, signés de la lettre Q et numérotés. La rognure des 
folios empêche quelquefois de retrouver cette signature. 
2® Deux extraits de capitulaires (fol. 92** ) :a) ex capitulis domni 
Caroli régis anno regni ejus undecimo actis de his qui infra 



i. L. Delisle, loc, cilalo^ et en parliculier E. Coyccque, op, cit., p. vu et 
VIII de rintroductîon. 



14 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

regnum sine jussione dominica per vim aliquid rapuerint ; — h) 
excapitulis domni Hludovvici decretis. 

La deuxième partie, le cartulaire qui nous occupe, commence 
sans titre au haut du fol. 93 r^ et s'étend jusqu'au fol. 128 r**. Elle 
a une foliotation propre de 1 à 36, au crayon et moderne. Le 
parchemin très blanc est réglé à la pointe sèche. La justification 
peu variable mesure 0" 127 sur 0" 080. L'aspect général est 
très propre, soigné mais modeste. Les actes ont été copiés les 
uns à la suite des autres^ sans titre. Ils sont d'une jolie petite 
écriture un peu pâlie, de grosseur variable, mais qui décèle la 
main d'un seul scribe : les lettres sont liées, les hastes encore 
bombées. Les caractères sont plutôt ronds, et appartiennent à la 
Gn du x« siècle. Dans son état actuel, le cartulaire paraît complet, 
sauf un folio qui devrait prendre place entre le fol. 120 (28) et le 
fol. 121 (29), et qui contenait la fin de la bulle du pape Nicolas I^', 

Ce recueil nous fournit huit actes : 

1® La charte de Tévêque d'Amiens, Berthefridus *, fol. 93 ; 

20 L'acte du concile de Paris de 846 \ fol. 98 ; 

3<» La bulle de Benoît III, 7 octobre 855 3, fol. 105 ; 

40 La bulle de Nicolas ^^ 28 avril 863*, fol. 117 ^la fin 
manque) ; 

5® Le diplôme de Glotaire III (diplôme de fondation) ^, 
fol. 121*; 

6® Le diplôme de Glotaire III, 6 septembre 661 6, fol. 123 ; 

7« Le diplôme de Chilpéric II, 29 avril 716 \ fol. 124; 

8« Le diplôme de Thierry III », fol. 126. 

Ce cartulaire est pour nous de la plus haute importance; 
outre qu'il est le seul à nous donner le texte des diplômes de 

1. Voy. Pièces justificatives^ n^ k, 

2. Ibid,, n» 28. 

3. //>i(/., no29. 

4. Ibid,, n» 32. 

5. Ibid,, n« 1. 

6. Ibid,, n» 2. 

7. /Z)ic/., nM3. 

8. Ibid,, no il. 



LES CARTULAIRES DE CORBIE 15 

Clotaire III du 6 septembre 661, de Chilpéric II et de Thierry III, 
il est aussi celui qui présente les meilleures leçons dans la 
plupart des cas ^ 

Le manuscrit latin 1776i de la Bibl. Nat. nous offre le plus 
ancien fragment de cartulaire corbéien conservé en France. C'est 
un petit recueil de 52 folios de parchemin, non compris la 
feuille de garde, et de 3 interfolios en papier, 17 bis^ 22 bis et 
48 bis. La reliure est du xviii^ siècle. Les dimensions du par- 
chemin sont : 0" 21 sur 0" 14 ; la justification est de 16 centi- 
mètres sur 11. Ce manuscrit comprend trois parties : la pre- 
mière, d'une écriture du xi*^ siècle, est constituée par les fol. 2 à 
) 7 et 23 à 25 ; elle nous a transmis quatre documents : 

1° La charte de Tévêque d'Amiens, Berthefridus, fol. 2 v®; 

2® Le privilège de Nicolas I®% fol. 7 y^; 

3® Le privilège de Léon IX, fol. 14; 

4® La transaction passée entre labbé Foulques et les évêques 
d'Amiens Guy et Foulques, fol. 23. 

La deuxième partie, de la fin du xii^ siècle ou du commence- 
ment du xiii® siècle, occupe les fol. 18 à 22, 25 v® à 27 v® et 
52. Elle contient sept actes : 

1® Le diplôme de Clotaire III (diplôme de fondation), fol. 18; 

2® Le diplôme de Peppin le Bref, fol. 19 v®; 

3® Le diplôme des empereurs Louis le Pieux et Lothaire, 
fol. 20; 

4® Le diplôme authentique de Hugues Capet, fol. 21 v® ; 

5® Une pièce intitulée : « de compositione Fulconis et Ingel- 
ranni de Bova », fol. 25 v° ; 

6^ Un fragment de la bulle de Benoît III, fol. 27 v®; 

7® Un fragment acéphale du diplôme de Charles le Simple, 
fol. 52. 

La troisième partie est du xui° siècle et s'étend du fol. 28 au 

1. Voir la notice du catalogue de Berlin. Valentin Rose, Verzcichniss der 
laleinischen Ilandschriflen, 1 vol. Berlin, 1893, in-4, p. 155. La foliotation 
que nous indiquons est la^modernc au crayon. 



16 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

fol. 51 V®. Elle était originairement un ro talus y comme l'in- 
diquent les traces des coutures en haut et en bas des folios. 
Elle comprend huit pièces : 

1^ Un fragment acéphale de la bulle de Benoit III, fol. 28 ; 
2<» La bulle de Christophe, fol. 36 v« ; 
3« La bulle de Léon IX, fol. 38 v» ; 
4® L'acte du concile de Paris de 846, fol. 40 v** ; 
5® Le diplôme de l'empereur Louis le Pieux, 29 janvier 
815, fol. 45 v«; 

6** Le diplôme de Charlemagne, 16 mars 769, fol. 46 v® ; 
7<> Le diplôme de Charles le Chauve, 29 mars 877, fol. 48 ; 
8** Le diplôme de Charles le Simple, 9 novembre 901, fol. 50. 
Ce dernier texte est fragmentaire ; il se continue par le frag- 
ment de la seconde partie, fol. 52. 

Ce recueil factice avait reçu au xviii® siècle le nom de 
Mercator, Il était autrefois à la Bibliothèque Nationale sous la 
cote : fonds de Corbie, 18c. Hippolyte Cocheris qui la étudié 
s'est contenté de reproduire une note écrite sur la feuille de 
garde et ainsi conçue : « Chartulaire écrit vers le commencement 
du XI® siècle * ». Il eut tort, puisque cette note ne peut s'appliquer 
qu'à la première partie du cartulaire. 

L'auteur des interfolios semble ne pas avoir une grande 
confiance dans les textes que fournit ce manuscrit ; il renvoie au 
Cartulaire Noir et au Cartulaire Blanc. Tel n'est pas notre avis ; 
souvent, les leçons de ce manuscrit nous ont paru préférables à 
celles que nous donnaient les deux cartulaires sus-indiqués. 

Le manuscrit latin 17762 compte 39 folios, non compris les 
folios de garde. Il a 23 centimètres sur 13. Sa justification est de 
19 centimètres sur 8. Sa reliure est du xvui*' siècle. Il fut écrit 
au xii® siècle ; on lit d'ailleurs sur la feuille de garde : « Codex 
continens multa privilégia Corbeiensis monasterii, scriptum circa 
annum 1150. » Il reçut au xviii® siècle le nom de Casimirus. 
Il était jadis à la Bibliothèque Nationale sous la cote : fonds de 

1. H. Cocheris, Notices et Extraits , t. I, p. 552, n° 343 (3* cartulaire). 



LES CARTULAIRËS DE CORBIE 17 

Corbie, n** 18 a. Comme pour le manuscrit précédent, nous 
sommes conduits à distinguer ici quatre fragments de cartulaires 
indépendants les uns des autres : 1^ les 32 premiers folios forment 
un tout d'une seule et même écriture, et sont comme les témoins 
d'un ancien cartulaire démembré, puisqu'au bas du fol. 32 v®, 
la bulle du pape Benoît III n'est pas terminée; les fol. 33, 34 
et 3S sont d une encre différente et ne sauraient appartenir au 
même cartulaire que les précédents, car à la suite d'un fragment 
acéphale de la bulle de Benoît III se trouve un fragment du privi- 
lège de Berthefridus ; or, le privilège de Berthefridus existe dans 
la première partie (fol. 1 v° à 4); 3** les folios 36 et 37 sont d'une 
troisième main et appartiennent à un troisième cartulaire : on y 
lit un fragment de la bulle de Benoît III moins étendu que celui 
des fol. 24 V** à 32, et reproduisant ce dernier en partie ; 
4** enfin, les fol. 38 et 39 sont l'œuvre d'un quatrième scribe 
et renferment la copie d'un diplôme de Hugues Capet *. Les 
diverses parties de ce manuscrit n'ont pas toutes la même 
valeur au point de vue du texte. La première appartient à la 
même famille que la troisième du ms. lat. 17764 ; les deuxième 
et troisième sont sans intérêt ; la quatrième nous donne un 
texte à peu près pur du diplôme faux de Hugues Capet. En l'état 
actuel, ce manuscrit contient onze documents : 

1® La charte de Berthefridus, fol. 1 v®, et un fragment de cette 
charte, fol. 34 v«; 

2® La bulle du pape Nicolas I^', fol. 4 v®; 

3** La bulle du pape Léon IX, fol. 8 ; 

4® La bulle du pape Christophe, fol. 10 ; 

5® L'acte du concile de Paris, de 846, fol. H v® ; 

6® Le diplôme de Louis le Pieux, 29 janvier 815, fol. 16; 



1. Cette dernière partie est de Textrênie fin du xii^' siècle. Ce diplôme de 
Hugues Capet est un faux forgé vers 1160. Voy. mon étude : Deux diplômes 
de Hugues Capet en faveur de r abbaye de Corbie (987) dans le Moyen Age y 
1899 (2® série, t. III), janvier-février, p. 65 et suiv. — On trouve au folio 
de garde, 40 v^, un fragment d'acte que nous n'avons pu identifier. Voy. 
plus loin, eh. IV. 

JIm. «I io«, dt l'Éeolê dêi Ckrtti. — V. i 



18 EXAMEN DES CHARTES DE œRBIE 

7** Le diplôme de Charlemagne, i6 mars 769, fol. 17 v*>; 

8« Le diplôme de Charles le Chauve, 29 mars 877, fol. 19; 

9* Le diplôme de Charles le Simple, 9 novembre 901, foL 21 v"; 

10^ Un fragment de la bulle de Benoît III, fol. 24 ; un autre 
fragment, fol. 33 ; un troisième fragment, fol. 36 ; 

11^ Le diplôme faux de Hugues Capet, 30 ou 31 décembre 
987, fol. 38. 

Le manuscrit latin 17763 est composé de 72 folios de parche- 
min de "> 28 sur ■" 17. La justification est de 0"»18 sur " 10. 
Les premiers et le dernier folios sont en très mauvais état, ayant 
eu à souffrir de Thumidité. La reliure est du xvui® siècle. Ce 
cartulaire est d une grosse écriture du xii* siècle ; les lettres 
capitales et, le plus souvent, les noms propres, sont ornés, tan- 
tôt de rouge, tantôt de vert, et quelquefois des deux couleurs 
ensemble. Il était anciennement sous la cote : fonds de Corbie 
n® 18». Au recto du premier folio se trouve une table de ce 
que contenait le cartulaire primitif; la voici : 

« In isto libro [continentur] ^ privilégia a fundatione eclesie Cor- 
beiensis : 

« Primo, Beltefridus episcopus Ambianensis loquitur : 

« Item, Karolus rex ; 

« Item, Benedictus papa; 

« Item, Nicholaus papa ; 

« Item, Christophorus papa ; 

« Item, Léo papa tempore Fulconis abbatis Corbeie loquitur ; 

« Item, Alexander papa; 

« Item, Alexander papa ; 

« Item, Alexander papa Gervasio abbati ; 

« Item, Alexander papa Manassez abbati ; 

« Item, Loctarius et Bathildis loquuntur. 

1. Ce mot est peu lisible dans le manuscrit 



LES CARTULAIRËS DE CORBIE 19 



uRatum habituri, 

« Item, preceptum Pipini régis Franco rum de libertate ecclesie 
Corbeiensis; 

« Item, preceptum Ludovic! etLoctarii regum de libertate [ejus- 
dem] ^; 

« Item, de contenctione Fulconis abbatis Corbeie contra epis- 
copos Ambianenses silicet Fulconem et Guidonem ; 

« Item, de Fulcone abbate de compositione facta; 

<c Item, privilegium Benedicti pape ; 

« Item, Alexander papa preposito Ambianensi pro ecclesia Cor- 
beiensi ; 

« Item, Christoforus papa loquitur ; 

« Item, Léo papa loquitur ; 

« Item, conGrmatio 2» 

Tout ce qui précède les mots Batum habituri subsiste dans le 
recueil que nous possédons. Le diplôme de Clo taire III (diplôme 
de fondation), qui clôt le manuscrit, est d'une autre main que 
les autres documents. L'écriture très spéciale de cet acte, encore 
qu'elle soit du xiV siècle, est exactement semblable à celle d'un 
fragment de cartulaire que nous allons étudier maintenant. Cette 
similitude des écritures ayant attiré notre attention, nous avons 
cherché, par une collation minutieuse des deux textes du diplôme 
de Clotaire III que nous donnent les deux manuscrits, si, les 
leçons étant les mêmes, nous n'avions pas sous les yeux deux 
rédactions d'un même acte faites par le même scribe. Tel a été, 
en effet, le résultat de nos investigations. Le scribe, ayant com- 
mis im bourdon dans sa première copie prise sur l'original (ms. 
lat. 17758, fol. F), recopia sur l'original la deuxième rédaction 
(ms. lat. 17763, fol. 70 v**). A part deux ou trois variantes insigni- 



1. Mot peu lisible dans le manuscrit. 

2. La suite est illisible. 



20 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

fiantes, les leçons sont identiques; elles sont indépendantes de 
celles que nous fournissent les autres cartulaires. L'importance 
de cette double copie rédigée sur Toriginal ne nous a pas échappé 
pour rétablissement de notre texte. Cette collation a été la 
source du texte du ms. latin 17764. Le texte du Cartulaire Noir 
n'est qu'un rajeunissement de cette vieille copie ^ 

Le fragment de cartulaire annexé au Cartulaire Noir et folioté 
de A à I est du xu* siècle (M. Th. Sickel s*est trompé en le 
disant du xiv^^ siècle *). 11 est écrit sur deux colonnes jusqu'au 
fol. E v°; du bas de ce folio jusqu'au folio I, il est écrit en 
pleine page. Les titres des documents sont rubriques. L'auteur 
de ce cartulaire ne nous donne pas en général le texte des 
chartes, mais seulement des analyses ; il nous a pourtant trans- 
mis quelques documents qui ne nous sont pas connus autrement : 
une analyse du privilège du pape Vitalien et deux diplômes de 
Charles le Chauve. Ce fragment de manuscrit est tout à fait indé- 
pendant du Cartulaire Noir et, par conséquent, ne doit pas être 
cité sous ce nom, comme on a coutume de le faire. 

Le Cartulaire Noir comprend 23 1 folios de parchemin dont 
les dimensions sont de ™ 33 sur " 23, et les justifications 
diverses selon les différentes parties. 11 faut distinguer, çn effet, 
le Cartulaire Noir primitif des additions qui y ont été faites à 
plusieurs reprises et qui n'ont pour nous aucun intérêt présente- 
ment. Le Cartulaire Noir fut composé en 1293 sur l'ordre de 
l'abbé Garnier par Jean de Candas, moine et prévôt de Corbie. 
L'œuvre de Jean de Candas est très soignée, d'une belle écriture, 
avec titres des divisions et titres des pièces rubriques. Elle se 
compose d'un index et de vingt-sept livres correspondant aux 
vingt-sept sections des archives de Corbie ^. Le relieur du 



1. y oy. Pièces justificatives, n^ 1. 

2. Th. de Sickel, Acta regum et imperatorum Karolinorum, t. I, p. iO. — 
Voy. Appendice, n° 2. 

3. Voy. plus haut p. 4, note 1. — C'est ce cartulaire que Du Gange 
désigne sous le nom de Grand Cartulaire de Corbie couvert de Damas, ou 
encore de Magnus Chartularius ecciesiae Corbeiensis, 



LES GàRTULAIRES DE CORBIE 2t 

xvm* siècle a interverti en quelques endroits Tordre des folios, 
ce qui nous oblige à restituer le cartulaire en son état primitif : 

Index, fol. 13-27; 

Livre I, fol. 33 et 34, 43 et 59 : Corbie, Fouilloy ; 

Livre II, fol. 72-73 : Aubigny, Wagny, Bonnay, Courcelles; 

Livre III, fol. 76 v®-81 : Beauvoir, Septenville, Rubempré ; 

Livre IV, fol. 84-91 : Naours, Wargnies, Mezerolles, Saint- 
Quentin-de-Tourmont, Buiercourt ; 

Livre V, fol. 92 v**-100 : Mainières, Dam pierre-sous- A rques ; 

Livre VI, fol. Ho-120 v** : Gentelle, Cachy, Cayeux; 

Livre VII, fol. 121-128 v<> : Thennes, Castel; 

Livre VIII, fol. 129-134 : Roquencourt, CouUemelle, Quiry-le- 
Sec; 

Livre IX, fol. 136-138 : Rembercourt, Franvillers, Domellien, 
Mondidier, le Ploiron, Le Cardonnoy, Guillaucourt ; 

Livre X, fol. 157-158 v** : Coudun, Fouquescourt (ou Foucau- 
court en Sauterre) ; 

Livre XI, fol. 159-160 : Bus, Popincourt-lès-Roye ; 

Livre XII, fol. 161-163 vo et 140 v«-141 : Braches, Quiry-le- 
Sec et Roquencourt; 

Livre XIII, fol. 142-143 v® : Vaire-sous-Corbie, Hamelet, Bou- 
zencourt^ Cerisy-Gailly ; 

Livre XIV, fol. 151 v'>-153 v° : ChipiUy, Cerisy; 

Livre XV, fol. 164-175 bis : Saint-Laurent, Saint-Nicolas-de- 
Regni, Mericourt labbé, Millencourt, Buiercourt, Breele , 
Henencourt, La Vieville, Guisy, Hérival; 

Livre XVI, fol. 179-183 v« : Warloy-Baillon, Ville-sous-Cor- 
bie, Herville, Hedeauville, Clairfay, Forceville ; 

Livre XVII, fol. 184-184 v<» : Notre-Dame du Paraclet; 

Livre XVIIl, fol. 185-185 v*> : Avesnes; 

Livre XIX, fol. 185 v«-186 : Mes *, Fraitmolin, Belle; 

Livre XX, fol. 191-193 : Monchy-aux-Bois, Berles-aux-Bois, 
Ransart, Gra ville; 

1. Cette ville n*existe plus aujourd'hui. Elle était située près de Courtrai. 



22 EXAMEK DES CHARTES DE GORBIE 

Uvre XXI, fol. 194-196 : Estineham; 

Livre XXII, fol. 196 vM98 : Acheux; 

Livre XXIII, fol. 199-203 v** : Ames, Liettres, Thiennes, 
Haverskerque ; 

Livre XXIV, fol. 203 v*'-212 : de Flandre, Huyse, Dudzeelle, 
Eessem, etc.; 

Livre XXV, fol. 213-217 : Widoye » ; 

Livre XXVI, fol. 218-220 : Wailly et la Royère; 

Livre XXVII, fol. 221-233 : privilèges des papes. 

Ce cartulaire était considéré dans Tabbaye comme le cartulaire 
ofliciel; c'est à lui que renvoie Tauteur des interfolios du ms. 
lat. 17764 2^ et c'est également à lui qu'on se référait au 
xvn' siècle, comme le prouve le nis. fr. 25250 qui en donne la 
table. En ce qui concerne les diplômes, bulles et chartes qui 
nous occupent, nous ne saurions préférer les copies de Jean de 
Candas à celles des plus anciens cariulaires. Jean de Candas ne 
s'est pas astreint à reproduire les formes archaïques des diplômes 

1. Voici comment l'auteur, qui a signé R. M. K. Pr. {Donation faite en 
faveur de r abbaye de (lorbie [France), par liobert, comte de Flandre, en 1096^ 
dans les Analectes pour servir à rhiatoire ecclésiastique de la Belgique, t. II, 
1865, l»"* livraison (Louvain, Bruxelles, s. d., in-8, p. 209 et sq.), classe les 
biens de Tabbaye de Corbie en Belt^ique : « I. Biens et terres situés dans le 
Brabant : Moll, Baelen, Desschel, Rethy, Gonipel (sous Moll), Berthem, 
Neeryssche, Loonbeek, Isque, lluldenberg et Montenaeken. L'abbaye avait 
aussi la propriété d'une maison sise à Louvain. — II. Biens et terres situés 
au pays de Liège : Beeringen, la prévôté de Widoye, Bauvechain, llaren, 
Hauthem, Elem, Kerkom, un droit de dime à Tongerloo et une maison à 
Tongres. — III. Biens et terres situés en Flandre : Caslrede, Berlem, la forêt 
d'Oosthulst, la prévôté de Vussen, un droit de dime à Dixmude, Eessem, 
Dudzeele, la prévôté de Vormaise et des redevances à lever sur les abbayes 
de Loo et de Bourbourg. » — Cette énumération comprend tous les biens 
que Tabbaye possédait encore au xvi* siècle, jusqu'au moment où Charles- 
Quint disposa des biens flamands de Corbie. La donaticm faite en 10% par 
le comte de Flandre est celle de la forêt d'Oosthulst en Flandre. 

2. BibL Nat,, lat. 17764, fol. 17 bis: « Ains, il faut avoir recours tousjours 

au grand cartulaire noir, qui est très bon et authentique » u Le gros 

cartulaire blanc avec clous de cuivre jaune et le cartulaire noir, et un 
aultre en papier intitulé Esdras et un aultre intitulé Nehemias sont très 
b ons, vrais et authentiques. » 



LES GARTULAIRES DE GORBIE 23 

qu'il jugeait barbares ; il a corrigé l'orthographe, rétabli les cas 
de la déclinaison latine, rajeuni les formes. Le Cartulaire Noir 
était autrefois sous la cote : fonds de Corbie n** 19. 

Trois des cartulaires que nous allons étudier ont partagé avec 
le Cartulaire Noir la réputation d'être « vrais, bons et authen- 
tiques » ; si, pour les actes du moyen âge, ils méritent cette 
réputation, ils l'usurpent certes pour ceux du haut moyen âge ; 
ce sont : le Cartulaire Blanc^ le Cartulaire Nehemias et le Car- 
tulaire Esdras. 

Le Cartulaire Blanc, l'ancien Corbie n° 20, est actuellement le 
manuscrit latin 17759 ; c'est un gros recueil de 183 folios mesu- 
rant 0"28 sur 0'°20. Sa justification est de 0«»21 sur 0» 14. 
L'écriture est grosse et disgracieuse ; elle est du xiii" siècle. La 
reliure est moderne. Les documents y sont transcrits sans ordre. 
Nous n'y avons trouvé nous intéressant que le diplôme de fon- 
dation et les trois bulles pontificales ; encore ces copies sont-elles 
fort défectueuses. 

Le Cartulaire Nehemias, ancien Corbie n® 22, actuellement 
ms. lat. 17761, est formé de 364 folios de papier, non compris 
les folios de garde, mesurant " 30 sur ™ 22. Sa justification 
est de "* 22 sur 0™16. Sa reliure en parchemin est du 
xvm* siècle, et porte la trace des fermoirs qui ont aujourd'hui 
disparu. L'écriture est de la fin du xv* siècle. Le cartulaire Nehe- 
mias ne contient pas d'actes antérieurs au xn* siècle. 

Le Cartulaire EsdraSy ancien Corbie n® 21, actuellement ms. 
lat. 17760, est formé de 209 folios de papier mesurant " 30 sur 
0" 21. Sa justification est de "» 22 sur "* 13. Sa reliure en 
parchemin est du xvni' siècle et porte des traces de fermoirs. 
L'écriture peu soignée est du xvi* siècle. On y trouve la tran- 
scription d actes de 662 à 1550, et la mention de quelques actes 
comme la charte de fondation (fol. 1), la charte de Berthefridus 
(fol. 1 y^) et l'acte conciliaire de 846 sous la rubrique singulière : 
privilegium Wimari Remensis archiepiscopi et aliorum episcopo- 
rum (fol. 1 V®). Ces mentions sont d'ailleurs répétées dans les folios 
suivants. Les premiers feuillets et le feuillet 204 sont détériorés. 



24 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

A la fin du XV* siècle, fut rédigé un petit cartulaire de 21 folios 
de parchemin. Les folios ont *" 22 sur " 16, et la justification 
"* 15 surO ™ 9. I^ reliure est ancienne. L'écriture est une belle 
gothique écrite sur des lignes tracées à Tencre ; les lettres capi- 
tales sont enluminées de rouge, bleu et or. Ce cartulaire ne con- 
tient que la traduction française des deux bulles de Benoit III et 
de Nicolas I'**. Il était jadis à la Bibliothèque Nationale sous la 
cote : fonds de Corbie n** 18i>; c'est aujourd'hui le ms. lat. 17765. 

Enfin, du 12 décembre 1509 au 8 février 1517, « Pierre de 
Riencourt, maître es arts, secrétaire de Antoine Delecroix, 
prebstre, clerc du buffet de l'église et monastère Saint-Pierre de 
Corbie », écrivit le registre de buffet dit Habacus ^ Ce cartulaire, 
qui est le ms. français 24145, compte 307 folios de papier. Il est 
relié en parchemin et porte des traces de fermoirs. Il ne ren- 
ferme que des actes du xvi* siècle (de 1509 à 1517), et fut écrit 
au jour le jour. 

En somme, nous connaissons maintenant seize cartulaires ou 
fragments de cartulaires, et nous avons relevé la mention d'un 
dix-septième, aujourd'hui perdu. En voici la liste établie par 
ordre chronologique : 

I Bibl. de Berlin, Phillips, n» 79, fol. 93 à 12K x* siècle. 

II Bibl. Nal. lat. 1776i, fol. 3 à 17, 23 à 25 xi* s. (vers le (OBstafeafit.) 

III » » lat. 17762, fol. 1 V à 32 V» xii» s. (vers 1150). 

IV » » » M fol. 33 à 35 XII» s. 

V » » » M fol. 36 et 37 xii* s. 

VI » » » » fol. 38 et 39 xii* 5. 

VII » li » 17763, xii- s. 

VIII » » » 1775K, fol. Aàl xii*B. (entrell84eill87>). 

IX » » » 17764, fol. 18 à 22, 25 va 27 V et 52 xii^ 8. (fin). 

X » M » » fol. 28 à 51 V* xiii* 8. 

XI » »• » 17759 (Cartulaire Blanc) xiii* s. 

XII » » » 17758 (Cartulaire Noir) xiir s. (1295). 

XIII » » » 17761 (Cartulaire Nchcmias) xv* s. 

XIV » » » 17765 XV* s. (fin). 

XV » » franc. 24145 (Cartulaire Habacus) xvi» s. (1509-1517). 

XVI M I» lat. 17760 (Cartulaire Esdras) xvi- s. 

XVII Cartulaire perdu. 

i. Bibl, Nat., fr. 241 4îi, fol. 307. 
2. Voy. Appendice y n® 2, 



LES GARTULAIRES DE CORBIE 25 

Nous aurons soin de faire suivre Tindication des manuscrits du 
chiffre romain qui indique le rang du cartulaife dans la série 
chronologique. 



CHAPITRE II 



LES DIPLÔMES MÉROVINGIENS 



Les cartulaires de Tabbaye de Gorbie, dont le plus ancien, 
nous l'avons vu, ne remonte pas au delà du x* siècle, nous ont 
transmis le texte de quatre diplômes mérovingiens. Deux émanent 
de la chancellerie de Glotaire III ; un de celle de Thierry III, et 
un autre de celle de Chilpéric II. Les trois premiers ont été con- 
damnés par un érudit allemand, M. Bruno Krusch. Dans la pré- 
face qu'il écrivit pour son édition de la Vifa sanctae Balthildis *, 
ce savant, traitant la question des origines de Tabbaye cor- 
béienne fondée par la reine Balthilde, discuta les documents 
diplomatiques qui témoignaient de ces origines. 11 s'en tint à la 
critique purement formelle. Le style, à défaut des originaux (et 
les originaux sont perdus), est, en effet, un élément essentiel de 
la critique diplomatique ; seul, il est souvent insuflisant pour 
permettre de prononcer un jugement sans appel. Le diplomatiste 
doit s'informer des événements historiques qui expliquent et 
éclairent le document. Qu'on ne s'étonne donc pas si nous 
reprenons après M. Krusch la discussion des diplômes de 
Glotaire III et de Thierry III. 



I. — Diplôme de fondation de Vabbaye, 

Le diplôme de fondation de l'abbaye fut concédé par le roi 
Glotaire III à une date inconnue 2. Glotaire III donne au mona- 

1. B. Krusch, Vita sanctae Balthildis, dans les Monumenta Germ&niae 
historica, Scriptores rerum merovingicarum^ t. II, 1888, in-4, p. 476 et suiv. 

2. Ce diplôme a été daté, je ne sais pourquoi, de Tannée 667 par Caulain- 



PREMIER DIPLÔME DE CLOTAIRE in 27 

stère des saints Pierre et Paul et de saint Etienne, fondé par lui 
et par sa mère Balthilde, les domaines de Corbie, Fouilloy, Gen- 
telles, Chipilly, Aubigny, Monchy-aux-Bois, Wailly, Beaurains, 
Talmas, une pagena de bois dans la forêt de la Vicogne, et une 
partie de forêt sise au lieu dit Thésy. 11 confère au monastère 
l'immunité ^ Tel est le contenu de ce diplôme qu'il nous faut 
tout d'abord étudier. 

Mais, avant d'entrer dans Texamen approfondi des formes 
diplomatiques, il faut purger ce texte d'une partie adventice, 
ajoutée au xii*^ siècle. Dans les plus anciens cartulaires, la date 
et les souscriptions font défaut * ; elles n'existaient pas non plus 
primitivement dans le fragment de cartulaire relié avec le Car- 
tulaire Noir et en rapport, nous l'avons dit, avec le manuscrit 
latin 17763 ^, Un scribe du xii*" siècle ajouta une date et des sou- 
scriptions au bas de l'acte dans ce cartulaire '*, et cette interpola- 
tion passa dès lors dans tous les cartulaires, textuellement ou 
légèrement modifiée ^. Voici la date : 

« Anno gracie Verbi Dominici sexcentesimo sexagesimo se- 
cundo » (suivent les souscriptions). 

« Facta est autem carta sub die octavo idus septembris, anno 
Vil* régnante Chlothachario rege, Captonnaco, in palatio publico ». 

Elle est suivie de la souscription de chancellerie : 
*< Syggo diaconus cartam praelibatam scripsit ». . 

Je n'insisterai pas sur les irrégularités d'une telle date et 

court (Bibl. Nat., lat. 17757, fol. 1 v" et fol. 2). Cette opinion a été la source 
d'une erreur souvent reproduite, comme je le montrerai plus loin (voy. 
ch. IV). Sur la date de 667, comme celle de l'élection de l'abbé Chro- 
degarius, voy. |>lus loin, (^aulaincourt a été trompé par la prétendue bulle 
de Vitalien, voy. plus loin, ch. IV. Lecointe, Annales eccles, franc, t. III, 
p. 537, le place en 657. 

1. Voy. Pièces justificatives y n° 1. 

2. Bibl, de Berlin, Phillipps, n» 79, fol. 121 ^ ,-^ Bibl. Nat., lat. 17763, 
fol. 70 V». 

3. BibL Nat, lat. 17758, fol. F. Voy. plus haut, p. 22. 

4. Ibid, 

5. Voy. Pièces justificatives, n° 1, note in fine. 



28 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

d'une telle souscription de chancellerie inscrites au bas d'un acte 
royal. Il n'est pas besoin d'être profondément versé dans la con- 
naissance de la diplomatique mérovingienne pour rejeter comme 
apocryphe Taddition du xii' siècle. Aussi n'est-ce pas sans sur- 
prise que nous la voyons publier pour la première fois dans l'édi- 
tion des Monumenta Germaniae historica par M. Karl Pertz. Cet 
érudit signalait bien, il est vrai, l'interpolation sans se douter 
qu'elle était une erreur de scribe ', sans soupçonner sa prove- 
nance. M. Krusch releva la bévue et en signala la source : il 
reconnut que cette date venait en droite ligne d'une charte de 
Berthefridus, évêque d'Amiens, en faveur de Corbie -, Mais ce 
que M. Krusch n'expliquait pas, c'était comment le scribe 
du XTi* siècle avait pu transcrire au bas d'un acte royal la date 
d'une charte épiscopale. Cette explication nous est fournie par 
l'inventaire des chartes corbéiennes écrit en 1421; on y lit, en 
effet, que la charte de Berthefridus était écrite au dos du diplôme 
de Clotaire III '*. Un moine, ignorant les règles de la diplomatique 
mérovingienne, eut à se servir du diplôme de fondation ; il con- 
sulta le fragment de cartulaire lat. 17738 (VIII), et, trouvant ce 
diplôme sans date, eut recours à l'acte conservé dans les archives 
et que mentionne l'inventaire de 1 i21 ; il pensa que les deux 
actes écrits sur le même parchemin avaient été rédigés à la 
même époque, et que la date et les souscriptions de la charte de 
Berthefridus étaient communes à cette charte et au diplôme. Il 
se crut donc autorisé à transcrire cette date dans le cartulaire, 
pour éviter, sans doute, à ceux qui viendraient après lui de con- 



1. K. Pertz, Diplomata^ dans Monum. Germ, hist., t. I, p. 36, n** 38, en 
note. 

2. B. Krusch, Vita sanctae Balthildis, dans Mon. Germ. hist., Scriptores 
rer. meroving.^ t. II, p. 476. Il eût dû ajouter que les souscriptions avaient 
été remaniées. 

3. BibL Nat,, fr. 24143, fol. 15 : « Primes, les lettres du roy Clotaire, roy 

de France et de sainctc Bauteur Item et au dos escript le previlege de 

Bethfroy, evesque d'Amiens, qui confirme le exemption et le don dessus- 
dit. » 



PREMIER DIPLÔME DE CLOTÂIRE III 29 

sulter à leur tour l'acte original ou prétendu tel *. Ecartons, par 
conséquent, comme élément de critique, la date sous la forme 
où elle nous a été transmise ; nous verrons si nous pouvons en 
accepter les données chronologiques. 

Le diplôme de fondation de labbaye corbéienne avait été 
regardé comme authentique par tous les diplomatistes, jusqu'à 
ces dernières années -, M. Krusch, en 1888, s'est élevé contre 
son authenticité au nom du style diplomatique de la chancellerie 
mérovingienne. Que reproche-t-il donc à ce précepte que per- 
sonne avant lui n'avait su voir ? Quatre fautes de rédaction : 

1® La formule ubi praeest venerabilis vir Theodefridus abba 
ne se rencontrerait pas dans un diplôme authentique ; il y aurait 
ubi venerabilis vir Theodefridus abba praeesse videtur ^. 

2** La clause de notification n'est jamais annoncée comme ici 
par Cognoscat strenuitas vestra ; on trouve dans les diplômes, 
dont l'authenticité n'est pas douteuse, Cognoscat magniludo seu 
utilitas vestra y ou encore Cognoscat industria vestra. C'est donc 
à tort, ajoute M. Krusch, que la formule 14 du livre I de Mar- 
culfe porte strenuitas s 

1. Peul-êlre faut-il penser que ce moine voulut nous donner le change, 
car il a considérablement allongé la liste des évoques souscripteurs : il y a 
22 souscriptions au lieu de 16. Quelques-uns des noms nouveaux sont 
inconnus par ailleurs : BufTo, Burgundius. Sur ces souscriptions, voy. plus 
loin, ch. IV. 

2. A moins qu'on interprète comme une condamnation cette phrase de 
J.-J. Champollion-Figeac qui commet, d'ailleurs, une très grosse inexacti- 
tude pour justifier son dire : « Quant à la charte primitive elle-même, ce 
n'est pas non plus que dans les moins anciens de ces cartulaires qu'on en 
voit un texte digne de quelque confiance, et évidemment arrangé par les 
rédacteurs de ces nouveaux cartulaires. « Chartes sur papyrus appartenant 
à la bibliothèque (T Amiens , dans Documents historiques inédits..., publiés 
par Champollion-Figeac, t. I (Paris, 1841, in-4), l*"® partie, p. 440. Cette 
interprétation est légitime, car il dit un peu plus haut que le diplôme de 
Ciot^ire III « est une supposition ». 

3. B. Krusch, op. cit., p. 477. 

4. fbid, : « XerhR Igitur... cognoscat strenuitas vestra in genuino diplomate 
merowingico nullo reperiuntur; requiritur enim magnitudo seu utilitas 
oes/ra (s/re/iui7as perperam, Marc, I, ik)....,,, (jàwi vestra cognoscat indus- 
tria), » 



30 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

3® Le dispositif ne commence jamais par une formule comme 
celle-ci : Proinde per hoc praeceptum specialius decernemus esse 

mansurum La formule habituelle est : Quapropter per hune 

praeceptum specialius decernemus ordenandum quod in perpe- 
tuum volemus esse mansurum. 

Ce dispositif présente une autre irrégularité : le ut.,, in sua 
dominatione percipiat tient lieu des formules courantes aux vi* et 
vu" siècles : ut,,, habeat concessum atque indultum^ ou ut,,, valeat 
esse concessum atque indultum ^, 

4** Enfin, dans les clauses finales, M. Krusch signale l'em- 
ploi anormal du mot affirmare dans une donation : affirmare ne 
se trouve que dans les confirmations, roborare étant le seul terme 
usité dans les donations ^. 

L'argumentation de M. Krusch ne me convainc pas de la 
fausseté du diplôme. Nous n'avons qu'un trop petit nombre de 
diplômes mérovingiens authentiques ^ (encore se répartissent-ils 
dans six ou sept catégories de documents *, ayant chacune un 
formulaire spécial à peu près toujours le même), pour nous per- 
mettre de retrouver les règles de la chancellerie mérovingienne, 
si toutefois on a suivi des règles absolument fixes : à l'époque 
carolingienne où les diplômes abondent, les règles ne se sont 
établies que sous le règne de Louis le Pieux. Ajoutons que, lors- 
qu'un diplôme ne nous est connu que par des copies très posté- 
rieures, on ne peut pas raisonner comme si Ton avait l'original : il 
y a à tenir compte des fautes imputables au copiste, fautes faciles 
à expliquer par la négligence du scribe, par les difficultés de lec- 



i. B. Krusch, op. cit., p. 477. 

2. Ibid, : « In clausula vero verbum affirmare pro roborare sus- 

pectiim est. Nam etiam haec est charta donationis. » — Et, à pro|>os d*un 
autre diplôme du môme roi Clolaire III, en faveur de Corbie, daté d'Élerpi- 
gny, 23 décembre 661, M. Krusch ajoute : « Denique ad fîr mare pro robo- 
rare nisi in conûrmationibus non reperitur, dum hic de donatione quadam 
agi tu r. » 

3. Quatre-vingt-dix ou environ, dont trente-sept originaux. — A. Giry, 
Manuel de diplomatique, p. 706. 

4. A. Giry, op, cit.^ p. 710 et 711. 



PRJEMIER DIPLÔME DE CLOTAIAE lU 31 

ture, par le besoin de rajeunir des formules devenues trop com- 
pliquées, et quelquefois même presque incompréhensibles. M. 
Krusch n'a pas fait ces restrictions nécessaires, et les critiques 
qu'il adresse à notre diplôme, justes en partie, et souvent aussi 
imméritées (comme je le montrerai dans la suite), n'auraient 
toute leur force que si, légitimées par un plus grand nombre 
d'exemples, elles portaient sur un original. Julien Havet, dans 
une page où se révèle son esprit si critique et si perspicace, 
a montré combien « la critique conjecturale, si familière à la 
philologie classique et d'un usage si courant dans l'établissement 
du texte des écrivains anciens », serait nécessaire et profitable à 
l'étude des chartes, et combien le diplomatiste a de ressources 
pour rétablir la vraie leçon voilée par les fautes des copistes : 
« En même temps que les copies, il peut étudier quelques origi- 
naux. Il peut comparer les formules des actes entre eux, juger 
d'après l'un ce qu'il doit y avoir dans l'autre; il peut enfin se 
rendre compte des dilHcultés spéciales de l'écriture mérovin- 
gienne, déterminer par sa propre expérience quelles sont les 
lettres qui prêtent à des confusions, et à quelles confusions elles 
prêtent. Avec tous ces secours, il doit arriver à proposer, dans 
bien des cas, des corrections qui offrent à peu près les caractères 
de la certitude ^ » Et Julien Havet fortifiait ces remarques par 
quelques exemples, dont l'un nous permettra tout à l'heure d'op- 
poser à l'opinion de M. Krusch celle tout aussi autorisée du 
regretté Julien Havet. Pénétré de l'excellence d'une telle 
méthode, je m'en inspirerai dans l'étude qui va suivre. 

Reprenons donc successivement les critiques que M. Krusch 
adresse à notre diplôme. Et d'abord la formule uhi praeest 
venerabilis vir Theodefridus abba, M. Krusch fait remarquer, et 
il a raison, qu'on ne trouve pas ailleurs les éléments de cette 
phrase ainsi disposés, mais que la formule usitée au vu® siècle 
est : ubi venerabilis vir N, abba praeesse videtur. Mais sommes- 



1. J. Havet, Questions mérovingiennes, y,La donation d'Étrépagny, dans 
les Œuvres de Julien Havet^ t. I, p. 247-248. 



32 BXAMEN D£S CHARTES DE CORBIE 

nous en droit de dire que cette formule-ci fut la seule employée ? 
Je ne le crois pas, car pour l'affirmer il nous faudrait apporter 
un nombre d'exemples suilisant pour dissiper toute incertitude. 
Cinq diplômes seulement dans la série entière des chartes méro- 
vingiennes nous présentent cette formule ; ce sont : 

1® Le diplôme de Dagobert I*^', qui donne à Tabbaye de Saint- 
Denis Etrépagny-en-Vexin, l**" octobre 629 ' ; 

2*» L'exemption de tonlieu, accordée à Tabbaye de Saint-Denis 
par Thierry III, vers 681 2; 

3° La donation, par Thierry III, de Lagny-sur-Marne à l'ab- 
baye de Saint- Denis, 30 octobre 688 ^ ; 

4® Le jugement de Clovis III intervenu entre l'abbé Ermenoald 
et l'abbé de Saint-Denis, Chainon, 5 mai 692 '» ; 

S** La confirmation, par Clovis III, des biens conférés et des 
exemptions octroyées à l'abbaye de Saint-Denis par les rois anté- 
rieurs, 5 juin 692 ^. 

Une remarque très importante nous conduira même à penser 
que les scribes de la chancellerie royale se permettaient quelque 
licence avec le formulaire. La formule ubi venerabilis vir N, 
abba praeesse videfur appartient au système de la prose métrique, 
dont M. Louis Havet a si ingénieusement démontré l'existence 
et retrouvé les règles ^*. Ce système n'est pas spécial à Sym- 
maque, chez lequel M. L. Havet l'a. étudié; quantité d'autres 
écrivains, à une époque plus ancienne même, l'ont employé ; il 
apparaît dans les chartes mérovingiennes et subsiste surtout dans 

1. J. Ilavct, Questions méromngiennes, V, La doniition d'Etrépagny, duns 
les Œuvres de Julien Havet ^ t. I, p. 264. 

2. Original, Arch, Nal., K2, n° 14. — K. Pertz, Diplomata, t. I, p. 46, 
n» 51. 

3. Original, Arch. Nat,, K3, n» 2. — K. Perlz, op, cit,, t. I, p. 51, n* 57. 

4. Original scellé, Arch. Nat.^ K3, n° 4. — K. Pertz, op, cit.^ U I, p. 53, 
no 60. 

5. Original, Arch. Nat., K3, n^ 5. — K. Pertz, Diplomata, 1. 1, p. 54, n«61. 

6. Louis Havet, La prose métrique de Symmaque et les origine» métriques 
du Cursus (94« fascicule delà BibL de VÉo. des Hautes-Études), Paris, 1892, 
in-8. 



PREMIER DIPLÔME DE CLOTAIHE 111 33 

les formules : les fins de phrase visi fmmus côncëssisse, non 
habèiûr ïncôgnitum^ decrevimus rôbôrdre, praeéssë vidëlûr en 
fournissent la preuve *. Julien Havet, à Taide du travail de son 
frère, a dressé un tableau des types de fins de phrase ou danoise 
qu'il est permis d'employer 2. Le nombre de ces types est assez 
restreint, une dizaine au plus. Néanmoins, je constate que la 
formule ubi praeest vir venerabil'is Theodef ridas abba, incrimi- 
née par M. Krusch, répond à Tun des types licites. L'ide Théo- 
defridus est bref. En effet, dans les documents de la fin du 
VII* siècle ou du commencement du siècle suivant, on désigne le 
premier abbé de Corbie indifféremment par les noms de Theode- 
friduSj comme dans notre diplôme, de Teudofredus comme dans 
la Vita sanctae Ballhildis 3, et de Teudefredus comme dans le 
diplôme de Thierry III ^. Qu'en conclure, sinon que Te et Vi se 
confondaient dans la prononciation? Et ici, nous faisons appel à 
la philologie romane ; il n'y a que Ve long et Vi bref qui aient 
pu se confondre ainsi, puisque tous deux ont donné en français 
oî. L'i de Theodefridus étant bref, nous avons la combinaison 
Theodefrîdùs âbbà, qui est le second type du tableau dressé par 
Julien Havet. Le scribe de la chancellerie royale, connaissant les 
règles de la prose métrique et trouvant dans le nom de l'abbé la 
faculté de modifier, sans contrevenir aux règles, la formule qu'il 
employait couramment, put donc écrire l'incise que M. Krusch 
trouvait irrégulière : c'est en connaissance de cause qu'il a opté 
pour la graphie Theodefridus, qui donnait le mètre voulu, et 
non pour la forme Teudofredus ou Teudefredus, qui ne pouvait 
convenir. Ainsi cette remarque qui, de prime abord, semblait 

i. Peut-être faut-il chercher dans la prose métrique Torigine de cet 
emploi si fréquent du verbe videri formant avec un autre verbe une locution 
dans laquelle il n'a aucun sens. 

2. J. Havet, Questions mérovingiennes, VII, les Actes des évêques du 
Mans, dans les Œuvres de Julien Havety t. I, p. 313. 

3. Éd. Krusch, p. 490-491. 

4. Voy. Pièces justificatives y n° 6. — Theodef redus, dans la charte d*Ai- 
glibert en faveur de Notre-Dame (juin 683). — Voy. J. Havet, (JEuvreSy 
t. I, p. 435. 

yém, et doc. de rÉeoU dês Chanta. — V. 8 



34 EXAMEN DES CHARTES DE œRBIE 

donner raison à M. Krusch, tourne en définitive à son désa- 
vantage : M. Krusch avait été, n'est-il pas vrai, trop affirma tif? 

La formule Cognuscat strenuitas vestra n'existe dans aucun 
diplôme original; M. Krusch le constate fort justement; mais 
il a le tort d'ajouter qu'on trouve indûment dans Marculfe le 
mot strenuitas. Bien qu'il semble extraordinaire de récuser un tel 
témoignage, l'on pourrait, peut-être, invoquer l'adage juridique : 
testis unus, nulluSy quand il s'agit d'im formulaire ; toutefois, 
M. Krusch était mal renseigné. Les formules de Marculfe offrent 
au moins deux exemples du mot strenuitas appliqué aux viri 
inlustres^. De ce que pas un seul original ne présente ce mot, et 
de ce que ce mot se rencontre dans deux formules de Marculfe, 
on déduira facilement que les diplômes originaux où l'on pouvait 
lire ce début d'exposé, Cognuscat strenuitas vestra^ ont disparu, 
mais on n'en pourra jamais conclure qu'une copie où l'exposé 
commence ainsi est un acte faux. 

Le dispositif n'est pas davantage à l'abri des critiques de 
M. Krusch. Jamais, dit ce savant, Proinde per hoc praeceptum 
specialius decernemus esse mansurum n'a été en usage dans la 
chancellerie des rois mérovingiens. La seule formule équiva- 
lente, mais authentique, est celle-ci : « Quapropter per hune 
praeceptum specialius decernemus ordenandum quod in perpe- 
tuum volemus esse mansurum, » Sur ce point, le doute n'est pas 
possible; je n'ai pas relevé moins de douze fois dans les 
diplômes authentiques cette formule initiale du dispositif ^. Mais 
à quelle époque la formule que critique M. Krusch aurait-elle été 



i, E. de Rozière, Recueil général des formules , l** partie, form. 147, 

p. 185, et forxD. 148, p. 187. — K. Zcumer, Mon. Germ. hist., in-4, Leges^sectio 
V^Formulae; Marculfe, I, 14, p. 52, et I, 15, p. 53. Dans le second exemple, 
Zeumer donne la leçon utilitas; mais il fournit un nouveau cas où le mot 
strinuetas s'applique à des hommes puissants, II, 51, p. 105. 

2. Je ferai toutefois remarquer que nous trouvons une formule déjà sim- 
plifiée dans le diplôme de Thierry III en faveur de l'évêque Chramlin, 
déposé et retiré h Saint-Denis : « Proinde per praesenie praeceptum specia- 
lius decernemus ordenandum m/....». Original, Arch. Nat,, K 2, n* 1. — 
K. Pertz, Diplomala, t. I, p. 44, n° 48. — Voy. Appendice, n« 3. 



PREMIER DIPLÔME DE CLOTAIRE 111 35 

employée? Et, si elle ne fut jamais employée, comment un faus- 
saire l'aurait-il forgée avec une tournure si voisine des bonnes 
formules mérovingiennes? N'est-ce pas ici le lieu de faire inter- 
venir la critique conjecturale ? Un faussaire du ix* siècle, et à 
plus forte raison un faussaire des siècles suivants, n'aurait pas 
inventé le Proinde per hoc praeceptum specialius decernemus esse 
mansurum qui n'était plus dans les habitudes. 11 faudrait donc 
supposer qu'il avait sous les yeux un diplôme authentique ou 
un formulaire mérovingien. Dès lors, l'irrégularité tant repro- 
chée ne serait-elle pas due tout simplement à une faute de copie? 
La disparition des mots ordenandum quod in perpétuant volemus 
s'explique très naturellement par un bourdon dont les verbes 
decernemus et volemus à terminaisons semblables ont été la 
cause. Je ne crois donc pas que cette faute de rédaction puisse 
être invoquée contre l'authenticité de notre diplôme. 

M. Krusch a signalé une seconde faute dans le dispositif, le 
ut,., in sua dominatione percipiat. Je n'ai pas, en efTet, trouvé 
un seul exemple de cette incise exprimée de cette façon, tant dans 
les diplômes que dans les formules ; on ne peut invoquer quoi 
que ce soit qui la puisse légitimer, et l'on sait quelle est fréquente 
à Tépoque suivante. C'est donc jusqu'ici la seule critique fondée 
que Térudit allemand ait formulée contre ce texte. Suffit-elle à 
le faire condamner entièrement et rejeter comme un faux pur et 
simple? Cela est une autre question que nous aborderons bientôt. 

Reste la grave accusation de affirmare pris pour roborare. 
L'emploi à^ affirmare dans une donation est suspect à M. Krusch. 
On ne trouve, d'après lui, jamais affirmare pour roborare^ si 
ce n'est dans les confirmations. Cette assertion est quelque 
peu aventureuse; elle eût paru telle, sans doute, à Julien 
Havet qui écrivait : « Les diplômes mérovingiens se ter- 
minent par l'annonce de la souscription royale, pour laquelle il y 
a une formule à peu près invariable : a manus nostrae subscrip- 
tionibus subter eam decrevimus roborare » ou « adfirmare * ». 

i. J. Havet, Questions mérovingiennes^ IV. Les chartes de Saint-CalaiSy 
dans les GEuores de Julien Havet, t. I, p. 122, 



36 EXAMEN DBS CHARTES DE CORBIE 

Julien Havet ne distingue pas ici entre donations et confirmations. 
J'ai parcouru tous les diplômes mérovingiens actuellement 
connus et je me suis convaincu que roborare et affirmare ont été 
constamment employés Tun pour l'autre ^ Mais pour nous en 
tenir à la question telle que Ta posée M. Krusch, je ne men- 
tionne ici que les donations où j'ai rencontré le decrevimus affir- 
mare ; elles sont au nombre de deux : 

1®) La donation àTabbaye de Saint-Denis par Dagoberl I*^"" du 
village d'Etrépagny-en-Vexin, 1®'' octobre 629 2. 

2°) La concession par Childebert III de l'immunité au mona- 
stère Saint-Pierre et Notre-Dame-des-Fossés (Saint-Maur-des- 
Fossés), vers 700 **. 

Le premier de ces diplômes, longtemps considéré comme faux, 
a été replacé au nombre des chartes mérovingiennes authen- 
tiques par Julien Havet *. Le second, découvert par M. H. Bordier, 
en 1849, a été Tobjet d'un examen attentif et reconnu comme 
authentique ^. La dernière objection de M. Krusch tombe, pour 
ainsi dire, d'elle-même. 

En résumé, la re vision des critiques de Térudit allemand nous 
conduit à déclarer que ces critiques ne portent pas, et que l'on 
peut en appeler d'un jugement que ne légitiment pas les consi- 



1. Voy. Appendice n* 4. 

2. J. Havet, Quest. niérov.y VL La donation d^Étrépagny-en-Vexin^ 
ibid., t. I, p. 265. 

3. Original, Archives NalionaleSy K 3, n<» 12^. — K. Pertz, Diplomata, 
t. I, p. 64, no 72. 

4. J. Havet, op. cit.^ ibid., p. 247-263. Je crois avoir, dans mon compte 
rendu des Œuvres de Julien Havet (Le Moyen Age, nov. i896, p. 173), fait 
disparaître la dernière faute qui |)oi*>ait encore jeter un doute sur Tau- 
thenticité de ce document. 

5. L. H. B[ordier], Deux diplômes mérovingiens en faveur de Saint- 
Maur-des-FosséSy dans la Bibl. de r École des Chartes, 3« série, t. I, 1849 

(t. XI), p. 56. — Du même, Du recueil dos chartes mérovingiennes Notice 

suivie de pièces mérovingiennes inédites. (Paris, Dumoulin, 1850, in-8, 
64 pp.)> P- 52 et 53. — M. II. Travers, dans sa thèse d'archiviste [Positions 
des thèses de r École des Chartes, promotion de 1890), h en juger par les 
positions, ne semble pas avoir infirmé le jugement de M. Bordier. 



PREMIER DIPLÔME DE CLOTAIRE III 37 

dérants. Après comme avant l'étude de M. Krusch, le problème 
de rauthenticité du diplôme de Clotaire III reste entier. 

Par le fait même que nous avons réfuté point par point l'opi- 
nion du savant éditeur de la Vila sanctae Balthildis, nous avons 
traité à peu près toutes les questions que soulève le texte même 
du diplôme ; il en est une cependant que M. Krusch n a pas 
signalée et qu'il nous faut résoudre. On lit dans notre diplôme : 
« Igitur, dum nos et praecelsa genitrix nostra, domna Baldechil- 

dis regina, monasterio vestrum aedifîcare praecepimus... ^ » 

Le roi s'adresse aux viri illustres et, leur parlant du monastère 
de Corbie qu'il vient de fonder avec le secours de sa mère, il dit : 
monasterio vestrum. L'adjectif vestrum est ici tout à fait incom- 
préhensible; il est incontestablement une faute, et, je pense, 
une faute de copie : le mot monasterio devait être suivi, comme 
il semble, d'un mot abrégé commençant par un r, et se termi- 
nant par um, mot qu'un copiste aura mal lu et traduit par ves- 
trum.. Quel pouvait être ce mot? Et comment s'explique la 
lecture re«/ru m? Dans un autre diplôme de Clotaire III en faveur 
de l'abbaye de Corbie, le monastère de Corbie est ainsi désigné : 
monasterium virorum Corbeia, Le génitif virorum conviendrait 
bien dans le passage du diplôme de fondation que nous avons 
cité. Il remplit en outre l'une des conditions requises : il com- 
mence par un v et se termine par um. Pour que l'erreur fût 
possible, il a fallu que l'original présentât dans le mot virorum 
les trois premières lettres, soit comme dans le diplôme de 
Clovis II (656) reproduit par Letronne, pi. ix : 



QL)^ 



J . Sirmond et après lui Bréquigny, La Porte du Theil et Pardessus tour- 
nèrent la difficulté en supprimant le mot vestrum. 



38 EXAMEN DES CHARTES DE GORBIB 

soit, comme dans le diplôme de Clotaire III (657) reproduit aussi 
par Letronne, planche x : 




soit enfin, comme dans le diplôme de Clotaire III, donné par 
Letronne, planche xxvi : 



(f 



Dans les deux premiers exemples, le scribe peu exercé dans 
la lecture de la minuscule mérovingienne aurait pris Vi pour un 
e et les sigles suivants pour un s avec abréviations. Dans le 
dernier exemple, il aurait lu comme s'il y avait eu un u et un f 
entrelacés. Ces lectures fautives qui s'expliquent tout naturelle- 
ment par la difficulté même de cette écriture surchargée de 
ligatures, conjecturales il est vrai, possibles cependant, per- 
mettent de croire qu'il n'y a dans le mot vestrum qu'une erreur 
due soit à l'inattention du scribe, soit à son ignorance de la 
paléographie mérovingienne . On objectera peut-être que les abré- 
viations dans la teneur des actes mérovingiens sont rares. C'est 
vrai. Une autre explication de cette faute est également admis- 
sible. Le document original pouvait être détérioré; on ne lisait 
plus peut-être que la première et les deux dernières lettres du 

mot. Un copiste aura interprété v um par vestrum pour viro- 

rum. Quoi qu'il en soit, il faut, à notre avis, corriger le texte 
de la manière suivante : « Igitur, dum nos et praecelsa genitrix 

nostra, domna Baldechildis regina, monasferio virorum 

aedificare praecepimus » 

Nous pouvons, grâce à ce qui a été dit jusqu'ici, nous faire 



PREMIER DIPLÔME DE CLOTAIRE III 39 

une opinion sur ce qu'était le document conservé dans les 
archives de Corbie et copié par les auteurs de quelques-uns des 
cartulaires corbéiens. Au cours de cette étude, nous avons 
signalé deux fautes de copie : le Proinde per hoc praeceptum 
specialius decernemus esse mansurum et le monasterio vestrum. 
Tous les cartulaires donnent ces deux leçons fautives. Deux hypo- 
thèses s'offrent k Fesprit : ou les deux erreurs sont imputables 
au copiste du x*^ siècle qui nous a transmis le diplôme dans le 
cartulaire de Berlin (I) et que les auteurs des cartulaires posté- 
rieurs auraient copié ; ou le diplôme conservé aux archives 
n'était lui-même qu'une copie du diplôme original perdu ou 
simplement détérioré. Cette seconde hypothèse est la plus vrai- 
semblable. Elle a d'abord en sa faveur une présomption. Le 
rédacteur de l'inventaire de 1421 a vu le document conservé 
comme l'original dans les archives de son abbaye ; il ne nous dit 
pas (ce qu'il fait pour les bulles de Benoît III et de Nicolas I") 
qu'il fut écrit « sur papier d'Egypte » ^ Or, il est à peu près 
certain que le diplôme original de Clotaire III était sur papyrus. 
En second lieu, dans les nombreux manuscrits de ce diplôme 
qui nous sont parvenus, il est possible de déterminer des familles 
indépendantes du cartulaire du x® siècle 2, ce qui nous oblige à 

1. Cependant voici un texte que j'emprunte à dom Grenier [Bibl, Nat., 
Grenier, t. 53, fol. 3) : « Nota : La Morlière, chanoine de la cathédrale 
d'Amiens qui écrivoit en 1642 donne à entendre que les originaux de ce 
diplôme et du privilège d'exemption accordé par Bertefroi, évêque 
d'Amiens..., étoient encore conservés de son tcms dans les archives de 
l'abbaye de Corbie. Voici ses termes : « desquelles donations qui se voient 
toutes entières es archives de cette abbaye écrites à Vantique sur escorce 
cTarbre, » Il assure aussi qu'on lisoit dans le diplôme original : quem comita- 
tum Guntlandus quondam possiderat, et on ne doit pas soupçonner l'auteur 
d'avoir voulu favoriser l'abbaye de Corbie. » Cf. La Morlière : Antiquités de 
la ville d'Amiens, des prévôtés, p. 437 et 438. Cette dernière assertion est 
invraisemblable : car au x« siècle (époque à laquelle fut écrit le cartulaire 
de Berlin, I) le comté de Corbie n'existait probablement pas encore. Le 
témoignage de La Morlière me paraît moins probant qu'à dom Grenier. Il 
serait, en effet, étonnant que pas un seul cartulaire ne nous eût conservé 
cette prétendue leçon de l'original. Et je crois qu'en 1642, La Morlière n'a 
pas vu l'original écrit « à Tanliquc sur escorce d'arbre. » 

2. Voy. Pièces justificatives, n® 1. 



40 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

rejeter la première hypothèse. Troisièmement, on sait que les 
moines transcrivaient les actes quand les originaux étaient sim- 
plement détériorés par le feu ou par Thumidité, et que cette 
transcription avait a leurs yeux autant de valeur que l'original. 
Ce n était pas un faux, c'était une substitution de la copie à l'ori- 
ginal ^ Enfin le ut in sua dominatione percipiat qui ne se 

rencontre pas avant l'époque carolingienne peut être invoqué 
comme une preuve que le document d'archives considéré comme 
l'original n'était qu'une copie ; cette formule est un rajeunisse- 
ment qui ne comporte en soi rien de particulier : le scribe s'est 
servi d'une formule courante à l'époque où il vivait, soit qu'il ne 
comprit plus la formule ancienne, soit que le passage de l'origi- 
nal fût par l'effet du temps devenu illisible. 

Avons-nous affaire à une copie figurée ou à une transcription 
pure et simple? Il est impossible de le dire avec assurance, et 
la chose a, somme toute, assez peu d'importance **. Ce qui a 

1. En veut-on des exemples pris à Corbie même? Le moine qui rédige 
rinveniaire de i42i écrit : « Item un ancien previlege du roi Charles qui 
donna à l'église Vesly et les appendances, lequel est mal lisible pour Tan- 
cienne lettre, mais je Tay transcript sur le dos d'icelle pour le meulz 
entendre combien que Velly ne soit plus àTeglise. » Naturellement, Iloche- 
corne, s'il n'avait pas eu de copie antérieure, ne se fût point fait scrupule de 
restituer les passages illisibles sans toucher au fond même de ïacie (Bibl, 
Nat., fr. 24143, fol. 18). Un second exemple est fourni par ChampoUion- 
Figeac pour le diplôme de Louis le Pieux et de Lothaire dont il sera ques> 
tion plus loin [tlhartes sur papyrus appartenant à la Bibliothèque d^AmienSy 
dans Documents historiques inédits..., t. I, 1'* partie, p. 440). J'ajouterai 
même (mais je ne crois pas que cela eut lieu à Corbie) que dans certains 
monastères on rédigeait plusieurs exemplaires d'un même acte et qu'on 
déposait ces exemplaires (sans doute, copies figurées) en divers endroits. 
Cf. Martène, Commentarius in régulant S. P. Bcnedicli, p. 417. On trouvera 
un exemple de ce fait pour un diplôme de Louis le Bègue en faveur de saint 
Martin de Tours (5 sept. 878). Bibl. iVa/., Arm. Baluze, 282, p. 82. Cf. 
E. Mabille, Pancarte noire (Mém, de la Soc. archéoL de Touraine, i. XVII, 
1875, p. 455, note.) 

2. 11 est bon cependant de remarquer que Caulaincourt {Bibl, Nat., lat. 
17757, fol. 164) et dom Grenier (Bibl. Nat., Grenier, t. 32, fol. 13) croient 
le diplôme original^ ce qui laisserait supposer que la copie était une 
copie figurée. Cependant ni Caulaincourt ni dom Grenier n*ont vu cette 
copie. — Toutefois, les variantes des manuscrits sur la formule t>i> inl. 



PREMIER DIPLÔME DE CLOTAIRE III 41 

plus d'intérêt, c'est de savoir à quelle époque cette copie fut 
faite et à quel degré nous pouvons avoir confiance en elle. 

A quelle date fut écrite la copie que Ton conservait dans les 
archives de Corbie? Il nous est facile de le déterminer à une 
cinquantaine d'années près. En 901, cette copie n'existait pas 
encore ; cela ressort en toute évidence du diplôme que Charles le 
Simple conféra à Tabbaye le 9 novembre 901 ^ Les Normands 
avaient dévasté la région sous le règne de Carloman et de 
Louis III; en 881, ils détruisirent le monastère de Corbie et 
l'incendièrent. En 898, ils s'étaient établis sous leur chef Rollon 
à Rouen, et de là faisaient des incursions dans toutes les direc- 
tions : Corbie eut sans doute encore leur visite. Deux ans plus 
tard (900), lors du différend survenu entre Charles le Simple et 
Robert, comte de Paris, l'abbaye avait été incendiée^. Les moines 
de Corbie perdirent alors une partie de leurs préceptes « partim 
propter infestationem paganorum perdita, partim succensa )>3. 
Ils sentirent le besoin de faire confirmer leurs biens par le roi 
actuel et lui présentèrent, par l'entremise de leur abbé Francon, 
les diplômes qui avaient échappé au naufrage. Le diplôme de 
Charles le Simple confirme le privilège de Charlemagne qui 
avait statué sur l'immunité et les donations royales, la charte 
de Berthefridus et les bulles des papes Benoît III et Nicolas I®"". 
L'exposé ne parle pas du diplôme de Clotaire III. Le dispositif 

plaident en faveur d'une copie figurée. Voy. Pièces justipcalive», n® 1. Cf. 
mon compte rendu des Œuvres de Julien Havel, dans le Moyen Age, 
novembre 1896, p. 169-170. 

1. Voy. Pièces justificatives, n° 37. 

2. Pour ces événements, voir dom B. Coquelin, éd. J. Garnier, p. 465, et 
les références données par l'éditeur. C'est là du moins une tradition de 
l'abbaye de Corbie. A. Eckel, Annales de rhistoire de France à Vépoque 
carolingienne, Charles le Simple (p. 57-58) n'indique rien de tel. Cependant 
la tradition me paraît avoir quelque valeur. Cf. le diplôme de Charles le 
Simple du 9 nov. 901 dont M. Eckel ne semble pas avoir eu connaissance. 
Cf. aussi mon article Normandie, dans la Grande Encyclopédie. 

3. Diplôme de Charles le Simple, 9 nov. 901. Pièces justificatives, 
n«24. 



42 EXAMEN DES CHARTES DE GORBIE 

le mentionne en termes tellement vagues que certainement 
Charles le Simple le connaissait par le seul témoignage du 
diplôme carolingien confirmé : « Slatuimus ergo hoc praecepto 
auctoritatis regiae celsitudinis ut omnia illa quae sanctissima 
Balthildis regina et filius ejus Clotharius rcx, et inde caeteri 
reges et imperatores usque ad nostram memoriam eis concesse- 
runt et firmaverunt^ illibata permaneant, » Mais dans le cou- 
rant du X® siècle, l'existence de la copie est indéniable, puisque 
cette copie est transcrite dans le cartulaire de Berlin (I). L'in- 
ventaire de 1421 nous signale un privilège de Hugues Capet 
confirmatif des préceptes royaux antérieurs *. Ce privilège capé- 
tien qui nous est parvenu est de Tannée 987 et du 30 ou 31 
décembre. J'incline à penser que Ton dut soumettre à Hugues 
Capet la copie dont nous possédons le texte ^. 

Les conclusions qui ressortent de Tétude diplomatique du 
document sont les suivantes : le style de l'acte nous autorise à 
croire que ce doit être là un bon diplôme mérovingien dont 
certaines expressions ont pu être défigurées par les copies, et 
quelques formes, rajeunies; dans Tensemble, le diplôme de 
Clotaire III est certainement un acte mérovingien qu'aucun 
faussaire n'aurait su réussir aussi bien au x* siècle. L'acte con- 
servé dans le buffet de Corbie était une copie écrite dans le 
courant du x* siècle ; les textes qui nous sont parvenus ne sont 
que des copies d'une copie -^ 

Il nous reste à déterminer maintenant quelle confiance This- 
torien peut avoir dans ce document qui, authentique dans la 

1. Bibl. Nat,f fr. 24143, fol. i5. 11 existait deux diplômes de Hugues Capet; 
mais Tun d*eux est un faux. Je ne parle ici, bien entendu, que du docu- 
ment authentique. Voy. plus haut, p. 17, note. 

2. Nous verrons plus loin qu*il y a tout lieu de supposer que cet acte 
existait peut-être dès 936. 

3. Dans la classifîcation des manuscrits pour rétablissement du texte, 
nous avons désigné Toriginal perdu par A et la copie du x** siècle, égale- 
ment perdue, par A'. 



PREMIER DIPLÔME DE CLOTAIRE III 43 

forme, peut avoir été interpolé. En d'autres termes, notre 
diplôme renferme-t-il des renseignements que d'autres textes 
contredisent formellement? Et s'il contient seul des indications 
précises, sommes-nous à même de les contrôler pour les 
admettre ou pour les rejeter? 

La fondation de l'abbaye est ainsi rapportée par le diplôme de 
Clotaire III : le roi Clotaire III et sa mère Balthilde ont fondé 
un monastère d*hommes en l'honneur des apôtres Pierre et Paul 
et de saint Etienne au lieu dit Corbie, sur la Somme, que 
Guntland avait possédé de son vivant et que le fisc avait repris. 
A la tête de ce nouveau monastère était l'abbé Theodefridus ; les 
moines y vivaient sub sancta régula. Tous ces renseignements, 
sauf un, sont confirmés par l'auteur de la rédaction contempo- 
raine de la Vita sanctae Balthildis, La reine Balthilde, fondatrice 
du monastère corbéien, demanda à l'abbé de Luxeuil, Waldebert, 
de lui envoyer un abbé; celui-ci lui donna Theudofredus *. Du 
récit de la Vita^ il résulte que les moines de Corbie étaient sou- 
mis à la même règle que ceux de Luxeuil, que Corbie est une 
fille de la grande abbaye fondée par saint Columban. Quelle 
était la règle suivie à Luxeuil, et par conséquent à Corbie? 
M. l'abbé Malnory, dans sa thèse latine de doctorat-ès-lettres, 
a démontré que, la mission de saint Maur en Gaule étant une 
légende, la règle de saint Benoît pénétra chez nous par le canal 
des moines de Luxeuil : l'abbé Waldebert (629-670), troisième 
abbé de Luxeuil, combina les deux règles de saint Benoît et de 
saint Columban, et dès lors les monastères de Gaule vécurent 

i< 1. Quan tas consola tiones vel adjutoria ad casas Dei vel ejus paupcribus 
pro Christi amore quantasquc oportunitates et commoda ipsa largita fuit, 
qualeque monasterium quod vocalurCorbeia, in Ambiancnse parrochia suo 
opère construxit? Ubi venerabilis vir domnus Tlieudofredus, nunc enim 
episcopus, tune vero abbas, magno gregi fratrum praefuit, quem de Luxovio 
monasterio praefala domna Balthildis a reverentissimo virodomno Walde- 
berto quondam abbate ezpetivit et mirabiliter ad ipsum cœnobium fratrum 
condirexit, quod nunc usque et laudabiliter constat. « Vita sanctae Balthil- 
dis (éd. B. Krusch), dans Monumenta Germ. hisl,^ in-4, Scriptores rer. 
merov., t. II, p. 490-491 (rédaction A). 



44 EXAMEN DB6 CHARTES DE CORBIE 

SOUS la règle de saint Columban et de saint Benoît [sub régula 
sancii Benedicti et sancti Columbani.) * M. Tabbé Malnory 
énumère les textes qui coniirment sa théorie et conjecture que 
Tabbaye de Corbie avait dû vivre elle aussi sous la règle de saint 
Benoît et de saint Columban -, La sancta régula dont parle notre 
diplôme était bien en effet la règle arrangée par saint Walde- 
bert ; la charte de Tévêque d'Amiens ne laisse aucun doute à ce 
sujet : (< Illud etiam addi placuit ut ipsi monachi sub régula 
sancti Benedicti vel sancti Columbani conversari et vivere 
debeant ^. » 

Seule, la prépossession du territoire de Corbie par Guntland 
reste sans contrôle ; c'est là d'ailleurs une incise brève que le roi 
a pu croire nécessaire pour bien marquer que le territoire de 
Corbie était domaine du lise et que le roi en avait la libre dis- 

1. A. Malnory, Quid Luxovienaes monachi discipuli sancti Columbani ad 
régulant monasteriorum atque ad communem ecclesiae profeclum conlule- 
rini (Paris, 1894, iii-8), pars i, cap. III, p. 20-30. Sa démonstration, en ce 
qui concerne la mission de saint Maur en Gaule, sera précisée et rectifiée 
sur quelques points, complétée par M. Giry. (Voy. le compte rendu de 
cette thèse, par M. Giry, dans le Moyen Age, mars 1896, p. 64.) — 
L'article de M. Giry doit paraître dans cette revue. — Les récentes décou- 
vertes du P. de la Croix remettent en question la mission de saint Maur en 
Gaule et peuvent modiûer quelques-uns des insultais considérés jusqu'alors 
comme acquis, mais ne me paraissent pas ruiner la doctrine de M. Tabbé 
Malnory. Pour les dates de Fabbatiat de Waldebert, voy. Julien Havet, 
Questions mérovingiennes , III. La date d'un manuscrit de LujceuiL Otte 
note était écrite en 1898; Ton n'a trouvé dans les papiers de M. Giry que 
rébauche du mémoire qu'il préparait sur cette question. 

2. A. Malnory, op, cit., p. 34. 

3. Quelle que soit l'opinion que l'on ait sur l'authenticité de cette 
charte (et nous verrons plus loin ce que j'en pense, ch. IV), il est per- 
mis ici de citer ce texte, car il contient un détail précis qu'un faussaire 
n'aurait pu inventer : dès le commencement du viii* siècle, la règle de 
saint Benoît règne seule comme les chartes de Novalese en Savoie (725- 
726), de Murbach en Alsace (728) et de Schvvarzach (748) le prouvent. Cf. 
A. Malnory, op. cil,, p. 40. La règle de saint Columban tombe dans l'oubli. 
Aussi l'expression sub sancta régula du diplôme de Clolaire III pourrait 
bien être un rajeunissement dû au scribe du x® siècle. — Voir aussi la 
longue discussion que Bonnefons a établie sur cette question de la règle 
suivie h Corbie {Bibl. Nat., lat. 17142, fol, 48). Cet auteur conclut à l'iden- 
tité des deux règles. 



PREMIER DIPLÔME DE CLOTAIRE lU 45 

position ^ Il n*est pas jusqu'au nom de Guntland qui ne soit 
bien mérovingien. M. Krusch a identifié le Guntland de notre 
charte avec le maire du palais de Neustrie dont parlent le 
pseudo-Frédégaire ^ et les Gesta Francorum 3 (ou Liber historiae 
Francorum). 

Une fois le monastère fondé, les fondateurs l'ont doté ; ils 
lui ont donné les domaines de Corbie, Fouilloy, Gentelles, 
Chipilly et Aubigny, dans le pagus d'Amiens; les domaines de 
Monchy-aux-Bois, de Wailly et de Beaurains, dans le pagus 
d'Arras; Talmas, dans le pagus d'Amiens; une pagena de bois, 
dans la forêt de la Vicogne et une partie de forêt sise au lieu dit 
Thésy, dans le pagus d'Amiens. Tous ces biens furent placés 
sous l'immunité royale. Pour subvenir, en effet, à l'entretien et 
à la subsistance des nombreux moines [magno gregi fratrum), 
dont parle la rédaction contemporaine delà Vita sanctae Balthil- 
dis^ pour faire face aux dépenses qu'entraînent Thospitalitéet 
l'aumône imposées par la règle de saint Benoît * adoptée par les 
moines de Luxeuil et scrupuleusement suivie sur ce point ^, 
sainte Balthilde ne dut-elle pas concéder à l'abbaye des biens 
suffisants? L'auteur de la rédaction carolingienne de la Vita 
sanctae Balthildis^ qui écrivait au ix** siècle et, de l'avis même de 
M. Krusch, d'après des documents originaux, nous renseigne sur 



1. On en trouve de nombreux exemples dans des chartes mérovin- 
giennes. 

2. Fred.y IV, c. 8 (éd. Krusch), dans les Mon. Germ, hist., in-4. Script, 
rer. merov., t. II, p. 144. 

3. Liber hiat. Franc, (éd. Krusch), dans les Mon. Germ. hist., in-4, 
Script, rer. fnerov., t. II, p. 311 et 315. — Guntland, maire du palais de 
Neustrie, mourut en 641 et eut pour successeur Erchenoldus. 

4. Benedicti régula monachoruin^ cap. 53 {de hospiiibus suscipiendis)^ 
cap. 61 [de monachis peregriniSy qualiler suacipiantur), éd. E. Woelfllin. 
Leipzig, 1895, in-18, p. 52 et 59. 

5. Cf. Statuta Adalhardi, liv. II, ch. VII (éd. L. Levillain, dans Le Moyen 
Age, 1900, mai-juin, p. 368-369; tir. à part, p. 36). J'ai établi dans une 
courte introduction que nous n'avions i>lus les statuts rédigés par Adalhard 
en 822, et que la plus ancienne rédaction actuellement connue fut écrite 
entre 822 et 844. 



46 EXAMEN DES CHARTES DE GORBIE 

ce point, bien qu'il n'énumère pas quels domaines et quels présents 
la mère deClotaire III donna aux moines de Corbie ^ II est un 
autre texte, dont la portée est à nos yeux considérable, celui du 
diplôme de Peppin le Bref, longtemps ignoré, récemment étudié 
et publié par M. Th. de Sickel, authentique à n'en pas douter^. 
Par ce diplôme, Peppin confirme le précepte de Clotaire III et 
les confirmations de ce précepte que Tabbé Leodegarius lui a 
soumis et fait lire ^. L'analyse sommaire qu'il donne du diplôme 
de Clotaire III nous apprend que les biens qui furent alors con- 
cédés à l'abbaye étaient situés dans des pagus différents [in qui- 
buslibet pagis) et qu'ils furent placés sous Timmunité. Le pas- 
sage que j'invoque ici mérite d'être cité textuellement : 

« Igitur venerabilis vir Leodegarius abba de monasterio Cor- 
beia qui ponitur in pago Âmbianensi, quem antecessores nostri 
Clotharius quondam rex vel Balthechildis regina eorum opère a 
fundamento construere praeceperunt, clementiae regni nostri 
suggessit eo quod praefatus princeps et regina talem ad 
ipsum monasterium per eorum praeceptiones concessissent 
beneficium, ut omnes res tam quod ipsi ibidem pro eorum mer- 
cedem visi fuerant firmasse quam etiam a sucoedentibus regibus 
vel a quibuslibet Deum timentibus hominibus fuerit additum vel 
coUatum aut ab ipsis custodibus praefati monasterii per quodlibet 
ingenium fuerit attractum in quibuslibet pagis vel territoriis, 
hoc pars ipsius monachi sub intégra emunitate absque introitu 
judicum vel fisci publici repetitionibus possidere omni tempore 
quieto ordine deberet. » Quelques années plus tard, les Statuts 
cT^t/a/Aart/ signaleront des biens de l'abbaye dans les ivois pagi 
d'Amiens, d'Arras et de Beauvais *. 

\ . <( Ipsum autem monasterium sicut a fundamento, ita villis et prediis 
omnibusque sumptuum neccssitatibus fundavit et ornavit. » VUa sanctae 
Balihildis (éd. Krusch), dans les Mon. Germ, hist,, in-4, Scriplores rer. 
merov,, t. II, p. 491 (rédaction B). 

2. Voy. plus bas, ch. III. 

3. Pièces Justificatives, n° 16. 

4. c( ...de nostris villis quae in Ambiancnse, Atrapatinse seu Belvacense 
site sunt... » Stafuia Adalhardi^ liv. II, ch. IX (éd. L. Levillain, p. 371; tir. 
à part, p. 39). 



PREMIER DIPLÔME DE CLOTAIRE Ul 47 

Jusqu*ici notre diplôme est adéquat à ce que nous apprennent 
les sources narratives et diplomatiques. En conséquence, si le 
rédacteur de ce diplôme réclame pour son abbaye ce qui n'ap- 
partenait pas à cette abbaye, il faut que nous portions nos 
investigations dans le détail pour découvrir la fraude. 

Et d'abord, au nombre des donations faites ou prétendues 
faites, si Ton préfère, par Clotaire III et par sa mère, en est-il, 
même une seule, dont la propriété soit venue à la communauté 
de Corbie postérieurement à la date que notre diplôme s'attri- 
bue ? Au X* siècle, à l'époque où nous constatons l'existence de 
notre dociunent pour la première fois, on nous accordera bien 
que l'abbaye possédait réellement les territoires que le diplôme 
cite nommément; or, aucun autre instrument diplomatique anté- 
rieur au x« siècle n'atteste les droits du monastère sur ces 
domaines ^ Raison de plus, dira-t-on, pour qu'on fabriquât uin 
texte qui témoignât de ces droits! Non, assurément. Tous les 
noms qui sont cités dans le précepte royal de fondation se ren- 
contrent dans les Statuts (TAdalhard rédigés entre 822 et 844. Or, 
à côté des biens dont parle la charte de fondation, ces Statuts énu- 
mèrent d'autres biens de l'abbaye de Corbie dont la possession 
par le monastère, dans les premières années du ix® siècle, ne nous 
est pas connue autrement : Wagny, Ville-sous-Corbie, Cerisy, 
Vers, etc. 2... De plus, un formulaire nous a transmis un acte de 
Charlemagne ou de Louis le Pieux en faveur de Corbie, inconnu 
des auteurs des cartulaires, par lequel l'empereur consentait à 
l'échange de terres et de bois sis à Orville contre d'autres biens 
qui ne sont pas autrement désignés '^. Or, le diplôme de donation 
d'Orville était perdu au x® siècle puisqu'aucun cartulaire ne l'a 



i. On ne doit pas confondre le domaine de Wailly, nommé dans le 
diplôme de fondation et situé dans le diocèse d'Arras, avec le domaine de 
Wailly concédé à Tabbaye de Corbie par Charles le Chauve, en 843, et 
situé dans le diocèse de Soissons. 

2. Statuta Adalhardi, liv. II, ch. I et ch. IX (éd. L. Levillain, p. 359 et 
suiv., p. 372 et suiv.; tir. à part, p. 27 et p. 40.) 

3. Pièce» Justificatives, u^ 22, et plus loin, ch. III 



48 EXAMEN DES CHARTES DE œRBIE 

reproduit, et cependant on savait qu*Orville avait appartenu à Tab- 
baye puisque le roi Charles^ en 769, passant sur les terres du mona- 
stère, s'était arrêté à Orville et y avait donné une confirmation 
générale des préceptes antérieurement octroyés aux moines cor- 
béiens ^ A quel moment les domaines de Wagny, de Ville-sous- 
Corbie, de Cerisy, de Vers, d'Orville, etc., étaient-ils venus en la 
possession des religieux de Corbie ? On ne le savait pas plus au 
x« siècle que nous ne le savons aujourd'hui. N y aurait-il pas eu 
là pour un interpola teur comme une invite à grossir impimé- 
ment la liste des donations faites par Clotaire III ? Et cependant^ 
nous ne constatons rien de tel : Tabsence de ces' noms plaide en 
faveur de notre diplôme. Les textes étant muets et les apparences 
favorables à notre document, je n'ose, par simple conjecture, 
accuser le scribe du x« siècle d'imposture et suspecter la véracité 
du précepte de Clotaire III. Que le copiste ait, par quelque addi- 
tion adroite, surpris notre bonne foi, c*est possible; mais la 
supposition est gratuite. A défaut de preuves, la saine critique 
commande la circonspection. 

Enfin, dans Ténumération des biens que les fondateurs donnent 
au monastère, nous trouvons une mention qui a son intérêt : le 
bois de Thésy appartenait à un certain Frodinus qui l'avait acheté 
à Ursinus ^ à prix d'argent; le fisc l'échange pro alla re. Ce n'est 
pas là un détail insignifiant, puisqu'il établit les droits de 
l'abbaye contre les revendications ultérieures possibles des héri- 
tiers de Frodin. Au x^ siècle, quel eût été l'intérêt de cette 
mention ? C'est à coup sûr une preuve de l'authenticité du ren- 
seignement. D'ailleurs, le nom de Frodin est, comme plus haut, 
celui de Guntland^ un nom bien mérovingien. Frodinus, Chro- 
dinus, Chlodinus, Rodinus sont diverses graphies d'un même 
nom 3. Peut-être doit-on identifier Frodinus avec Chrodinus 

1. Pièces justificatives, n^ 18. 

2. Ursinus, peut-être le référendaire de Clotaire II et de Dagobert !•'. 

3. Frodinua est une forme plutôt carolingienne qu'une forme du vu® siècle. 
L'on sait que l'aspiration initiale germanique rendue par Ch au vu" siècle 
ne se transforme dans les textes en F qu'au vni* siècle. Spécialement 



PREMIER DIPLÔME DE CLOTAIRE lU 49 

OU Chlodinus^ l'un des référendaires de Clotaire III, men- 
tionné dans un diplôme de ce roi en faveur de l'abbé Wan- 
deberctusde Saint-Denis *. Frodin n'est donc pas un nom d'in- 
vention ; il a dû exister, sous la forme Chrodinus^ dans l'original 
mérovingien perdu. 

Les considérations sur le contenu même du diplôme de 
Clotaire III nous permettent de conjecturer comment cette 
copie fut faite. L'original avait été simplement détérioré et 
mutilé. Le scribe du x® siècle reproduisit intégralement les parties 
encore lisibles et, là où il fut obligé de suppléer au texte origi- 
nal, il se servit des formules qu'il avait coutume d'employer ; 

nous connaissons le nom de Chrodinus par Grégoire de Tours, par Frédé- 
gaire et par un diplôme de Clotaire III. (Voy. la note suivante.) Il y a lieu 
de croire que le copiste du x* siècle a rajeuni Torthographe de Chrodinus. 
M. Prou m'a fait justement remarquer que, si l'on ne trouve pas d'exemple 
de Ch devenu F dès le vu® siècle dans les textes, les monnaies, dont les 
légendes témoignent souvent de phénomènes phonétiques que l'on con- 
state postérieurement dans les manuscrits, parce que les légendes des 
monnaies reflètent l'état vulgaire de la langue, en fournissent quelques- 
uns. Cf. deux monnaies frappées à Rivarennes (Indre) qui portent i*7o- 
doaldo (pour Cklodoaldo) et qu'on peut attribuer à la seconde moitié du 
vii« siècle (Ca/a/o^ue des monnaies françaises de la Bibliothèque Nationale. 
Les monnaies mérovingiennes, n"* 1703 et 1704, p. 352). M. Prou a publié 
une monnaie de la cité de Vienne signée Frodolenus (pour Chrodolenus) 
mais il a fait observer que la tête d'un dessin plus barbare que celles des 
monnaies de Childebert III indiquait nécessairement le vin® siècle. (Voy. 
Prou, Notes sur quelques monnaies mérovingiennes, dans Gazette numisma- 
tique française, 1897, p. 419). 

1. Pardessus, Diplomata, II, p. 107, n" 330. Mabillon en fait un réfé- 
rendaire de Clovis III. {Annales ordinis sancti Benedicti, liv. XVI, t. I, 
p. 500.) Voir les listes des référendaires publiées par K. F. Stumpf, 
dans Historische Zeitschrift, p. 363-365, et en particulier p. 365, et par 
II. Bresslau, Handbuch der Urkundenlehre fur Deutschland und Italien^ 
t. I, p. 271. Peut-être ce Frodinus appartenait-il à la famille de ce 
Chrodin extrêmement riche, bienfaiteur des églises, secourable aux 
pauvres, sans ambition, puisqu'il refusa la mairie du palais, mort septua- 
génaire en 582, dont parlent Grégoire de Tours (hist. Franc, VI, c. 20, 
éd. W. Amdt, dans les Mon. Germ. hisf., in-4, Scriptores rer. merov,, 1. 1, 
p. 261 et 262), et le pseudo Frédégaire (Fred., III, c. 58-59 et 88, éd. 
B. Krusch, dans les Mon. Germ. hist., in-4, Script, rer, merov., t. II, p. 109 
et p. 117). 

J/«M. et Jor. it l'École dts Chartu. — V. 4 



50 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

ainsi s'expliquent les rajeunissements du texte et certaine gau- 
cherie dans la formule d'immunité. LHmmunité au x^ siècle 
n'était plus ce qu'elle était à l'époque mérovingienne ; son carac- 
tère s'effaçait peu à peu, et le mot immunitas prenait de plus en 
plus le sens de protection royale, de mundeburdum ou mieux de 
tuitio, A la fin du x** siècle même, l'immunité primitive n'avait plus 
sa raison d'être. La trouver encore avec tous ses caractères de 
l'époque mérovingienne, même exprimée gauchement par endroits, 
c'est une preuve que le scribe ne Tinvenla pas, mais qu'il suppléa au 
texte quand le texte faisait défaut. Il faudrait donc admettre que 
le bas de l'acte avait surtout souffert ; l'absence de la date corro- 
borerait cette manière de voir et montrerait que le scribe qui fit 
le pseudo-original des archives corbéiennes n'avait point l'in- 
tention de tromper puisqu'il ne prétendait pas à donner une 
date certaine à la charte de fondation de son abbaye. 

Ce diplôme de Clotaire III a été mal interprété par Caulain- 
court et par les autres historiens de l'abbaye. Caulaincourt estime 
que le monastère reçut d'abord le comté de Corbie, jadis possédé 
par Guntland et que plus tard, en 667, le roi Clotaire III con- 
firma la première donation et l'accrut des biens de Frodinus *. 
Il date le diplôme de 667. Malheureusement le diplôme ne 
permet pas de souscrire à cette opinion ; le seul texte qui 
légitime cette manière de voir est du xii® siècle ; nous l'examine- 
rons et nous nous convaincrons facilement que Caulaincourt eut 
tort de le suivre à la lettre 2. 

Ainsi donc, le diplôme de fondation de l'abbaye corbéienne, 
considéré comme authentique par tous les diplomatlstes jusqu'à 
M. Krusch, rejeté par ce dernier au nombre des documents 
apocryphes, doit être replacé parmi les acta sincera du monastère 
de Corbie : à défaut de preuves contraires, nous tiendrons pour 
vraies les donations dont l'acte fait honneur à Clotaire III et à 

1. Bibl. iVa/., lat. 17757, fol. 1-2. — Cf. Sirmond et André Duchesue, 
Bibl. Nat.y Armoires Baluzo, 42, fol. 194. — Voir plus haut, p. 39, noie 1. 

2. Voir plus loin la discussion sur la date de la charte épiscopale de 
Berthefridus et Texamen d'une prétendue lettre du pape Vitalien, ch. IV. 



EXEMPTION DES TONLIEUX OCTROYÉE PAR CLOTAIRE III 51 

sa mère Balthilde. Quand à la date, elle ne pourra être fixée 
approximativement que par Tétude des textes subséquents. 

II. — Exemption des ionlieux octroyée par Clotaire III. 

Quelque temps après la fondation de l'abbaye de Corbie, le 
roi Clotaire III accorda à cette abbaye une exemption des ton- 
lieux, une tractoria ^ L'instrument diplomatique est daté du 
23 décembre de la cinquième année du règne. Les érudits qui 
ont étudié ou publié ce texte ne sont pas arrivés à s'entendre 
sur sa date. Sirmond se prononça pour Tannée 662^; Lecointe ^ 
adopta la date de 659; Pardessus et Pertz ont prudemment 
hésité entre 660 et 661 ^ ; dom Bouquet, avant eux, avait opté 
pour 661 ^. Il avait raison. Clotaire III, en effet, a commencé de 
régner en 657, au plus tôt le 10 octobre et au plus tard le 16 
novembre ^. La cinquième année du règne s'étend donc du 
10 octobre — 16 novembre 661 au 9 octobre-! 5 novembre 662. 
Le 23 décembre est celui de l'année 661 . La date de lieu peut, 
elle aussi, être l'objet de controverses. M. Auguste Longnon dis- 
tingue Sterpiniacus et Stirpiniacus : le premier est Étrépagny en 
Vexin, dans le département de l'Eure ; le second, Eterpigny, 
dans le département de la Somme, arrondissement et canton de 
Péronne ''. Mabillon et tous les diplomatistes jusqu'à Julien 
Havet ont toujours traduit Stirpiniacus par Etrépagny en 
Vexin ^. Mais l'identification du Stirpiniacus de notre diplôme 

1. Voy. Pièces justificatives , n* 2. 

2. Sirmond, Concil, ant. GalLy t. I, p. 501. 

3. Lecointe, Ann. eccl. Franc. ^ t. III, p. 494. 

4. Pardessus, Diplomata, t. II, p. 115, n® 337. — K. Pertz, Diplomata^ I, 
p. 35, n» 38. 

5. Bouquet, Hist, de Fr., t. IV, p. 643. 

6. J. Havet, Questions mérovingiennes^ III. La date d'un ms, de Luxeuil, 
dans les Œuvres de J. Havet, 1. 1, p. 99. 

7. A. Longnon, Atlas historique de la France, pi. VII, texte, p. 203. Je 
ne veux pas faire dire à M. Longnon (ce qu'il ne dit pas) que dans tous les 
cas Stirpiniacus doit être traduit par Eterpigny ; je signale seulement que 
dans certains cas il peut Têtre et je m'autorise de Topinion de M. Longnon. 

8. Mabillon, Ann. ord. S. Benedicli, liv. XIV, t. I, p. 445 : <c Datum sub 
die vicesima tertia mensis decembris, anno quinto regni ipsius Chlotharii, 



52 EXAMEN DES CHARTES DE GORBIE 

avec Etrépagny soulève une difficulté que Julien Havet a tenté 
de résoudre par la voie de Thypothèse * ; Tidentification avec 
Eterpigny la supprime, et conséquemment me parait plus accep- 
table. Je traduis donc la date ainsi : 661, 23 décembre, Eterpigny. 
L'authenticité de la tractoria de Clotaire III en faveur de 
Gorbie n'avait, comme celle du diplôme de fondation, jamais été 
suspectée par les érudits avant que M. Bruno Krusch prononçât 
son verdict de condamnation. Ici, comme précédemment, 
M. Krusch n'adresse à notre diplôme que des critiques de forme ; 
le discours diplomatique pèche en trois endroits contre le for- 
mulaire des chancelleries mérovingiennes : 

1® La formule de notification : Cognoscat magnitado sea 
induslria vestra,,. talem,.. praestitisse beneficium est anormale; 
la seule en usage est celle-ci : ideo cognoscat magnitudo seu 

uiiliias vestra (ou encore ideoque vestra cognoscat indusiria) 

taie beneficium visi fuimus concessisse ^ ; 



in villa Stirpiniaco, quac est in pago Vilcassino. » C*est la transcription 
presque littérale de la date du diplôme, mais le « quae est in pstgo Vilcss- 
Bino, n est une addition de Mabillon. — J. Havet, Questions mérovingiennes ^ 
y. Les orif/ines de Saint Denis. — /c/.,VI./.a donation d" Etrépagny en Vexin, 
dans les Œuvres de J. Havet, t. I, p. 228 (note), p. 256, 264 et 265. 

1. On objecte à la donation d'Etrépagny en Vexin à Tabbaye de Saint- 
Denis par Dagobert I^'' qu'Étrépagny faisait encore partie du domaine royal 
en 661 puisque Clotaire UI, qui y avait sa résidence, accorda aux moines de 
Corbie un diplôme daté de ce lieu. J. Havet répond ainsi : n II est 
vrai qu'il existe une charte de Clotaire HI, du 23 décembre 66(..., qui est 
datée d' Etrépagny, Stirpiniaco ; mais il n'y est pas dit que ce lieu appar- 
tint au roi. Rien n'invite à supposer que les princes mérovingiens, au cours 
de leurs fréquents déplacements, se soient astreints à résider toujours 
dans des maisons à eux. Ils ont dû plus d'une fois prendre leur logement 
dans les domaines des monastères, et les moines de Saint-Denis en particu- 
lier avaient assez à se louer de la faveur royale pour offrir Thospitalité au 
jeune Clotaire III, dans une possession qu'ils tenaient de la libéralité de 
son aïeul. Cette date ne peut donc rien prouver ni pour ni contre la dona- 
tion attribuée à Dagobert. » {Questions mérov.^ VI. La donation d^ Etrépagny, 
dans les Œuvres de J. Havet, t. ï, p. 256). La réponse vaut ce qu'elle 
vaut ; mais Tobjection même n'existe plus si Stirpiniacus est Eterpigny. 

2. B. Krusch, préf. de la Vita sanctae lialthildis, dans les Mon, Germ» 
hist.f in-4. Script, rer, meroving., t. II, p. 477. 



EXEMPTION DES TONLIEUX OCTROTÉE PAR CLOTAIRE III S3 

2^* La répétition des mots habeant indultum simulque. conces- 
sum résulte de la mauvaise disposition des choses ; elle est irré- 
gulière ' ; 

3® La clause finale où on lit : nos et precelsa genitrix nostra^ 
domna Baldechildis^ regina maxima^ nostris signiculis subter eam 
decrevimus adfirmare présente deux anomalies ; on y devrait 
trouver d'abord domna Baldechildis regina manus nostre signa- 
culis^ puis roborare au lieu A'affirmare puisque nous avons sous 
les yeux, non pas une confirmation, mais une donation ^. 

Nous avons déjà dit, à propos du diplôme de fondation, 
combien la critique moderne devait être circonspecte en 
matière de diplomatique mérovingienne et pour quelles rai- 
sons ^. Nous apportons ici une nouvelle preuve de notre asser- 
tion. Le diplomatiste doit s'imprégner, si je puis ainsi dire, du 
style de la chancellerie mérovingienne ; telle formule, qui ne se 
trouve pas dans im seul acte authentique, autre que celui qu'on 
étudie, peut être néanmoins excellente, si elle est dans le style 
de l'époque. 

La première objection de M. Krusch porte, si je ne me trompe, 
sur deux points : Taccolement inusité des mots magnitudo et 
industria et l'emploi de prestitisse benefîcium pour beneficium 
visi fuimus concessisse. On ne niera pas, et M. Krusch le recon- 
naît, que industria soit un mot de la langue diplomatique méro- 
vingienne : on le trouve, en effet, dans le diplôme original de 
Thierry donnant à l'abbaye de Saint-Denis le domaine de Lagny- 
sur-Mame (Compiègne, 30 octobre 688) *. Il est incontestable que, 
dans l'espèce, le mot industria s'adresse aux mêmes personnes 
que magnitudo seu utilitas, ou encore que strenuitas. Qu'y a-t-il 
d'impossible à ce que ce mot soit venu sous la plume du scribe 

1. B. Krusch, préf. de la Vita sanctae Balhildis, dans les Mon, Germ, 
hiftl.j in-4, Script, rer, meroving,, t. II, p. 477. 

2. Ibid. 

3. Voy. plus haut, p. 30. 

4. « Ideo vestra cognuscat industria, quod » Original, Arch, Nat.^ 

K 3, n» 2. — Pardessus, Diplomala, Chartae, II, p. 204, n» 410. — K, Pertz, 
Diplomata, t. I, p. 51, n° 57. Cf. Giry, Manuel de diplomatique, p. 547. 



S4 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

au lieu du mot utilitasl L'absence de la formule cognoscat 
maffnitudo seu industria vestra dans tout autre diplôme que celui de 
Glotaire III en faveur de Gorbie prouverait bien plutôt, si cela 
avait besoin d'être démontré, la perte d'actes qui la contenaient 
que la fausseté d'un acte où cette formule se rencontre. D'autre 
part, la tournure métrique v'isi fuimus concessisse^ pour être d'un 
usage fréquent, n'était pas tellement générale qu'on ne puisse 
trouver d'exemples d'autres tournures plus simples ; et quand 
bien même le beneficium presiUisse serait une faute, cette faute 
n'aurait-elle pas pu être commise par un copiste intelligent qui, 
comprenant ce qu'il écrivait, aurait simplifié une formule con- 
tournée et disgracieuse. Je reste cependant convaincu que la 
formule est excellente, car Peppin le Bref, confirmant, vers 
752, les diplômes de Glotaire III pour Gorbie, a dû leur emprunter 
quelques expressions, comme il arrive souvent dans les confir- 
mations, et Peppin se sert d'une formule analogue K 

La répétition des mots habeant indultum simulque conces- 
sum résulte-t-elle d'une mauvaise disposition des faits? Tel 
n'est pas notre avis : le dispositif reproduit les termes de l'ex- 
posé ; c'est là un fait dont on pourrait citer des exemples à 
toutes les époques. Il faut, je crois, vouloir à tout prix trouver 
des faux pour reprocher l'emploi, dans deux parties différentes 
du discours diplomatique, d'une formule excellente en soi. 

Les critiques adressées à l'annonce des signes de validation 
sont réfutées par ce que nous avons dit sur l'équivalence des 
mots adfirmare et roborare 2, et par ce que Havet a écrit sur 
la critique conjecturale à propos de notre diplôme 3. Je me con- 
tente de reproduire ici tout au long la page si fine et si juste 
qui concerne ce diplôme : « Dans un acte d'exemption de ton- 

1. Pièces justificativea, n^ 26, p. 220: « Igitur vir venerabilis Leodega- 
rius... suggessit eo quod praefalus princeps et rcgina (Glotaire III et 
Balthilde) talent ad ipsum monasterium pcr eorum praeceptiones concessis- 
sent beneficium. » 

2. Voy. plus haut, p. 35-36, et Appendice n« 4. 

3. J. Havet, Questions mérovingiennes, VI. La donation d^Étrépagny^ 
dans les Œuvres de Julien Havet^ t. I, p. 247 et suiv. 



EXEMPTION DES TONLIEUX OCTROYÉE PAR GLOTÂIRB III 55 

lieu, qui fut accordé par Clotaire III h Tabbaye de Corbie, le 
23 décembre 661, et qui nous a été conservé par un cartulaire 
du x** siècle, la phrase qui annonce la souscription du jeune roi 
et celle de la reine mère se lit ainsi : « Et ut haec praeceptio fir- 
mior habeatur et per tempora conservetur^ nos et precelsa gène- 
irix nostra domna Baldechildis^ regina maxima^ nostrissigniculis 
subler eam decrevimus adfirmare, » 

« Ni dom Bouquet, ni Bréquigny, ni Pardessus, ni K. Pertz, 
n'ont soulevé la moindre objection contre regina maxima ^ On 
sait pourtant qu'une épithète pareille n'est pas du style officiel. 
Il y a donc une faute de copie et il faut chercher une correction. 
On ne cherchera pas loin. Dans une autre charte du même roi, 
on lit : <( Nos et precelsa domna et genitrix nostra Baltildis 
regina tnanus nostrae signaculis subter eam decrevimus adfir- 
mare 2. » Il est clair que le copiste de notre pièce a lu maxima 
pour manuSy et qu'on doit rétablir ce dernier mot dans le texte. 

« Rétablira-t-on du même coup nostrae au lieu de nostrisi 
On en serait tenté ; mais il ne faut pas oublier l'incorrection de 
l'orthographe mérovingienne. Les copistes qui ont écrit les 
diplômes ont mis parfois i pour ae : trois actes originaux de 
Thierry III, précisément dans une formule pareille à celle qui 
nous occupe, donnent : « manus nostrisubscripcionibus eam sub- 
ler decrivemus roborare 3. » Il est probable qu'il y avait aussi 
nostri dans la charte de Corbie : c'est cette forme qui, trom- 
pant l'auteur du cartulaire, lui a donné l'idée d'écrire nostris, et, 
par suite, de chercher un mot quelconque pour remplacer manus 
devenu inintelligible. 

« En somme, la fin de l'acte de Clotaire III pour Corbie 
devra être rétablie ainsi : « Nos et precelsa genetrix nostra 



i. Au moment où J. Havet écrivait ceci, en 1890, M. Krusch avait, nous 
Tavons vu, déjà soulevé cette objection en 1888. J. Havet n'en savait rien. 

2. Pardessus, Diplomata, Chartae^ II, p. 106, n*> 329. — K. Pertz, Diplo- 
mata, p. 32, n» 33. 

3. Pardessus, Diplomata, Chartae, II, p. 178, n« 387 et n^ 388; p. 205, 
n» 410. — K. Pertz, Diplomata, 1, p. 44, n" 47 et 48 ; p. 52, n» 57. 



56 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

domna Baldechildis regina ma[nus\ no$tr\i] signiculis subter eam 
decrevimus adfirmare *. » 

Il nous semble donc que, comme précédemment, M. Krusch 
s'est trop hâté de proclamer faux un document que ses critiques 
laissent intact. 

Mabillon a soulevé une question qui mérite de nous arrêter ; 
il fait très justement remarquer que, dans le diplôme de fonda- 
tion et dans la charte de Berthefridus, la fondation du mona- 
stère est attribuée au roi et à sa mère, tandis que dans 
Texemption de tonlieu, elle Test à la reine mère seule. 11 ajoute 
que Balthilde ne put fonder Tabbaye ni la doter des domaines du 
fisc sans la permission et le consentement du roi, ce qui légitime 
l'association des deux noms ^. Il est possible que ce passage ait 
été retouché à Taide de la Vita sanctae Balthildis comme tendrait 
à le prouver la similitude des expressions ^, 

Quant à nous, nous ne trouvons rien qui nous fasse suspecter 
l'authenticité du diplôme de Glotaire III. Les formules sont 
bonnes ; la date ne donne lieu à aucune difliculté ; les souscrip- 
tions nous autorisent à penser que nous avons sous les yeux un 
bon diplôme mérovingien. Le référendaire qui a souscrit l'acte 
est, en effet, un personnage connu par un autre diplôme de 
Glotaire III (s. l.-s. d.) adressé aux sénéchaux référendaires 
Vidrachadus et Ansebercthus et au comte du palais Chal- 
doaldus ; ce diplôme est conservé en original aux Archives 

1. J, Ilavet, op. cit,, p. 248-249. — Voy. Appendice n° 5, sur la sous- 
cription des relues. 

2. Mabillon, Ann. ord. S. Benedicti, liv. XIV, t. I, p. 445. M. Esmein 
fait très justement remarquer, en invoquant une formule de Marculfe, « que 
la fondation d'un couvent, loraqu'elle n'émanait pas du roi, devait être con- 
firmée par l'autorité royale ». [Cours él(^men(aire d^hisloire du droit fran- 
çais, 2« édit., p. lOG). Balthilde, fondant le monastère de Corbie, avait asso- 
cié son fils à sa pieuse pensée et placé la fondation sous le nom de la mère 
et du fils : cela équivalait à une véritable confirmation. 

3. Dipl. de Glotaire III. : « Quem domna et genetrix nostra Baldechildis 
reg^inasuo opère consiruxit, » — Vita sanctae Balthildis (rédaction A) : « ... 
monastcrium quod vocatur Corbeia, in Ambianense parrochia, suo opère 
consiruxit ». 



EXEMPTION DES TONLIEUX OCTROYÉE PAR CLOTAIRE III 57 

Nationales ^ D'autre part, le roi avait coutume à l'époque méro- 
vingienne de signer les diplômes par la formule -|- N. rex 
subscripsi ; mais lorsqu'il se trouvait pour une raison quelconque 
dans Timpossibilité de souscrire lui-même Tacte, on apposait au 
bas de la pièce la formule signum domni N. gloriosissimi [ou 
gloriosi] régis [on domno N.gloriosissimo [ou glorioso] régi) suivie 
du monogramme royal ; et tandis que, dans lannonce des signes 
de validation, la souscription autographe du roi était annoncée 
par les mots manus nostrae subscriptionibus^ on substituait à ce 
dernier terme le mot signaculis lorsque la souscription était un 
monogramme ^^, En 661, le roi Clotaire III n'avait encore que 
neuf ans ; sa mère était régente et elle a souscrit le diplôme en 
qualité de régente. En6n la teneur du diplôme n'a rien que de 
vraisemblable : il n'était pas rare que les rois concédassent aux 
monastères des exemptions de tonlieu qui constituaient de véri- 
tables privilèges commerciaux. Pourquoi donc l'abbaye de 
Gorbie n'aurait-elle pas, comme tant d'autres, bénéficié de cette 
faveur royale? Il y a toutes raisons de présumer que Clotaire III 
concéda à l'abbaye de Gorbie un preceptum de teloneis et que 
rinstrument diplomatique nous est parvenu sous sa forme 
authentique *. 

1. Pardessus. Diplomata, ChartoCy II, p. 108, n*> 332. — K. Pertz, Diplo- 
mata, t. I, p. 35, n» 32. — K. F. Stumpf, dans IJistorische ZeiUchrifiy 
t. XXIX, p. 364. — H. Bresslau, Handbuch der Urkundenlehre fur 
DeuUchland und Italierij t. I, p. 270. — Mas Latrie, Trésor de chronolo- 
gie, col. 2168. 

2. J. Havet, Quesi, mérov,^ IV. Les chartes de Saint-CalaiSy dans les 
Œuvres de Julien Havet, t. ï, p. 134. — A. Giry, Manuel de diplomatique, 
p. 708. — H. d'Ârbois de Jubainville, Deux manières d'écrire Vhistoire. 
Paris, 1896, in-18, p. 235. 

3. M. Maurice Prou, parlant du diplôme faux de Clovis en faveur de 
Sain t-Pierre-le- Vif, dit : « La formule d'immunité )> contient une liste de 
redevances « pedaticos, teloneos, rotaticos, portaticos, ripaticos » que j*ai 
trouvée pour la première fois, sinon absolument semblable, du moins ana- 
logue dans un diplôme de Charles le Chauve, pour Marmoutier, de Tan 844 
(publié dans Gallia Christiana, t. XIV, instrumenta^ p. 31). » — Étude sur 
les chartes de fondation de Vabbaye de Saint^Pierre-le-Vif, Sens, 1894, 
p. 25. M. Prou ne parle pas du diplôme de Clotaire III qui cependant con* 



S8 EXAMEN DES CHARTES DE C0R6IE 

II importe maintenant de savoir comment ce privilège royal 
nous a été conservé. Ce texte ne nous est connu que parle cartu- 
laire du x® siècle conservé à Berlin K Avant le x*^ siècle, nous 
n'en trouvons aucune mention certaine, précise, dans les autres 
documents ; après le x* siècle, l'original disparaît à tout jamais : 
les cartulaires des xi®, xii* et xiii® siècles ne l'ont pas copié ; l'in- 
ventaire des archives de 1421 n'en parle pas. Tout ce qu'on peut 
écrire sxu* l'original repose sur des hypothèses gratuites ; néan- 
moins il n^est pas invraisemblable de croire que l'original avait 
eu à souffrir, comme son contemporain le diplôme de fondation, 
des invasions normandes et des incendies du monastère, mais 
que, plus heureux, il avait été moins détérioré. Quoiqu'il en soit, 
l'original a dû être détruit à la fin du x® siècle, sans qu'on puisse 
déterminer d'une façon précise la date de cette destruction 2. 



tient une formule à peu près semblable u consueludoy ielloneo, ponlAteco, 
rodatico, ceterasque redebutiones... » Le diplôme de Clotaire III n'offre 
pas l'exemple le plus complet de cette ënumération de redevances exigées 
par le fisc. Voy. la tracloria de Thierry III en faveur de Saint-Denis. 
Original, s. d., s. 1. (Pardessus, Diplnmata Chartae, II, p. 187, n" 397). 
Cf. aussi le diplôme de Clovis III (Saint-Cloud, 5 juin 691-692, Original) et 
celui de Chilpéric 11 (Compiègne, 1'^' mars 716. Original) pour Saint-Denis. 
(Pardessus, Diplomata, Chartae, II, p. 224, n» 325, et p. 304, n» 496). 

1. Voj'. Pièces justificativeSj n® 2. Toutes les autres copies ont été faites 
sur ce manuscrit. 

2. Nous pouvons croireque Tabbaye eut à souffrir pendant le x« siècle des 
guerres intestines et des invasions, mais nous ne pouvons avoir qu*une 
confiance limitée dans ce que nous ont rapporté les historiens de Corbie. 
Cf. Coquelin, Historiae regalis abbaiiae Corbeiensis compendium (édit. 
J. Garnier, dans Mém. delà Soc. des Anliq, de Picardie, VIII, p. 465-466). 
Mon confrère et ami, M. Philippe Lauer, dans sa remarquable thèse d'ar- 
chiviste, énumérant les régions visitées par les Hongrois en 936, se con- 
tente de dire « que les environs de Reims furent dévastés. » [Le règne de 
Louis IV d" Outre-Mer, p. 22.) Il ne mentionne pas la destruction de 
l'abbaye que Coquelin place en 938. Le fait de trouver cette invasion 
hongroise signalée dans les Annales de Corvey pourrait, semble-t-il, donner 
quelques poids à la tradition corbéienne. M. Lauer ne croit pas non plus au 
pillage de Tabbayc en 943 ou 944. « Le pillage de l'abbaye de Corbie 
admis par Kalckstein (Geschichle des franzôsischen Kônigthums unter den 
ersten Capetingern, I Band ; Der Kampf der Robertiner und Karolingern, 
p. 239) ne parait pas historique. U n'est, en effet, rapporté que dans le 



LE DIPLÔME DE THIERRT III 59 

En résumé, le second diplôme de Clotaire III en faveur de 
Corbie méritait comme le premier d'être réhabilité : rien ne peut 
être relevé contre son authenticité et tout concourt à le replacer 
au rang des bons diplômes mérovingiens. La phrase de 
Bréquigny et de La Porte du Theil : <( On regarde comme au- 
dessus du soupçon les deux diplômes de Clotaire III * » avait 
cessé d'être vraie, puisque M. Krusch les avait soupçonnés. 
Elle a repris toute sa force primitive. 



III. — Le diplôme de Thierry III, 

Theodefridus, le premier abbé de Corbie, avait été promu à la 
dignité abbatiale par le choix de Tabbé de Luxeuil, Waldebert, 
qui l'avait présenté à la reine Balthilde 2. Son successeur eût dû, 
selon la règle de saint Benoit alors adoptée par les fils de saint 

Fragment um hisloricum de destructionibus ecclesiae Corbeiensis qui, selon 
Topinion de M. Longnon (Introduction à Raoul de Cambrai, p. xl-xli), 
n*est pas antérieur au xii^ siècle ni postérieur à la première moitié du xiii« 
siècle. Ce pillage n'est rapporté ni dans la Chronique de Wauhort, ni dans 
le poème de Raoul de Cambrai » [op, cit., p. 96, note 1). On ne peut plus 
parler delà dévastation du monastère parlsembard etGormond quiappartient 
à la légende et non pas à Thistoirc. L'abbaye fut très probablement ruinée 
par les Normands avant que Louis III ne les eût vaincus à Saucourt en 
Vimeu le 3 août 881. C'est ce fait qui aurait servi de thème au trouvère 
anonyme auteur d'Isembard et Gormond, si l'on adopte l'opinion courante 
encore défendue par M. Ferdinand Lot [Isembard et Gormond, dans 
Romania, 1898, t. 27, p. 1-54, et spécialement p. 3-5.) Mais cette opinion a 
été combattue par M. Lauer qui identifie les deux héros de la chanson 
avec les Normands Setric et Turmod, et le roi Louis du poème avec 
Louis IV d'Outre-Mer {Louis IV d' outre-Mer et le fragment d'Isembart et 
Gormondy dans Romania, t. 26, 1897, p. 161-174). Après avoir pris connais- 
sance de l'article de M. Lot, M. Lauer déclare, dans sa thèse sur le règne de 
Louis IV, s'en tenir à ses conclusions de 1897. Nous ne nous chargeons pas 
de mettre d'accord les deux contradicteurs qui ont défendu leur interpré- 
tation du fragment d'Isembard et Gormond avec une chaleur et une 
habileté égales. Dans le doute, je préfère m'abstenir. 

1. Pardessus, Diplomata, Chartae, t. I, Prolégomènes, p. 89, 

2. Vita sanctae Balthildis (éd. Krusch), dans Mon, Germ. hist., in-4, 
Script, rer, merov., II, p. 490-491 (rédaction A). 



60 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

Columban ^, être élu par les moines et choisi parmi eux. Il n'en 
fut rien : Chrodegarius fut placé à la tête du monastère de 
Corbie par ordre royal et institué par l'évêque Theodefridus, 
son prédécesseur. La violation de la règle était flagrante ^. Les 
moines demandèrent qu^on revînt à la stricte observance des 
prescriptions de saint Columban et de saint Benoit et qu^on leur 
laissât le droit d'élire un abbé pris dans le monastère même. A 
la mort de Chrodegarius, Erembert, qui avait été élevé dans le 
monastère, dum in ipso monasterio fuit nuiritus^ fut appelé à lui 
succéder par la volonté de ses frères et avec Tassentimcnt de 
l'évêque Theodefridus. Les moines demandèrent au roi de confir- 
mer cette élection ; le roi, ayant acquiescé à leur requête, rendit 
le diplôme que nous venons d'analyser. 

L^ntérêt de ce diplôme n'échappera pas aux historiens de 
Tordre de saint Benoit et en particulier à ceux de l'abbaye de 
Corbie, si toutefois l'authenticité du document ne peut pas être 
mise en doute. Or, M. Bruno Krusch rejette le précepte de 
Thierry III, comme ceux de Glotaire III et pour des raisons 
analogues, au nombre des diplômes faux. Outre que le mot 
serenitas n'est pas un titre que le roi mérovingien se donne dans 
les actes oiliciels ^, lactede Thierry III présente toute une série 

i. A. Malnory, Quid Luxovienses monachi discipuli sancti Columbani ad 
regulam monaateriorutn atque ad communem ecclcsiae profeclum contule- 
rint, p. 36-46. 

2. Caulaincourt (BtZ)/. A^a/.,lat. 17757, fol. 1 v«) écrit que Chrodegarius fut 
élu « juxta tenorem privillegiorum Bertefridi Ambianensis episcopi et alio- 
rum cpiscoporum Gallie cujus ténor sequitur ». C'est une erreur; la 
charte de Berthefridus ne contient rien qui justifie cette assertion. Cette 
erreur a été reproduite par Sirmond, chez qui André Duchesne Ta prise : 
« Electis est a monachis juxta privilcgium Berlhefridi episcopi Ambianen- 
sis... » (Bibl, iVa/. ,Arm. Baluze, t. 4-6, fol. 194) et par M. J. Garnier (Mém, 
de la Soc. des Antiq, de Picardie^ t. VIII, p. 407, n. 1.) — Voy. Pièces jus- 
tificatives, n« 4. 

3. Bruno Krusch, préf. de la Vita sanctae Balthildis, dsxns les Mon, Germ, 
hist., in-4, Script, rer, merov., t. I, p. 477 : « Denique chartam Theude- 
rici III, qua monachis Corbeiensibus Erembertum abbatem electum con- 
flrmat, falsam esse, inde jam intelligitur, quod serenitas nostra régi ibi 
inditur titulus chartis merovingicis omnino alienus. » 



LE DIPLOME DE THIERRY lil 



61 



d'anomalies groupées dans le tableau suivant que j'emprunte à la 
préface de la Vita sanctae Balthildis ^. 



DIPLÔME DE CORBIB 

Et — ad regalem nostram praescntiam 
-^ venienteSf serenitatis nostrae cle- 
mentiae auribus suggesserunl, ut... 

Et du m eorum pctitio nostrac sere- 
nitati congrua esse et rationabilis in 
omnibus videtur, venerabilem — — 
nostra clementia ipsis monachis con- 
c.essisse comperite, sicut suggesserunt. 

Praecipicntes ergo, per hanc prae"- 
ceptioncm serenitatis nostrae et aucto- 
ritatis regalis concessimus et optimo 
jubemus, ut... 

Et ut hoc praeccptum firmius habea- 
tur, quod pro Dei timoré indulsimus 
auctoritate praecelsa, manus nostrae... 



DIPLÔME AUTHENTIQUE 

Igitur, — — ad nostram accessit 
praesentiam, clementiae regni nostri 

suggessit, eo quod (Pertz, n*' 33, 58 ; 

— cf. Marculfe, I, 4.) 

Cujus petitioni ita praestitisse et in 
omnibus confirmasse cognoscite (Pertz, 
n*' 39 et 58 ; — cf. Marculfe, I, 4). 



Praecipientesenim,ut....(Pertz, n«" 12, 
32, 33, 39, 58, 62 ; — cf. Marculfe, I, 16, 

31). 



..., quod praecelsa (ne se lit pas 

dans les chartes authentiques). 



Ici, comme ailleurs, les critiques de M. Krusch nous 
paraissent trop absolues. Nous constaterons une fois de plus 
que tabler sur ce qu on ne rencontre pas tel mot ou telle tournure 
ailleurs que dans un acte qu^on a d'autre part de bonnes raisons 
de croire authentique, pour déclarer ce mot qu cette tournure 
inacceptables et l'acte faux, n'est pas légitime. Au risque de 
nous répéter, il nous faut reprendre, une à une, les critiques que 
M. Krusch adresse au diplôme de Thierry III. 

1*» Le mot serenitas n'est pas un titre que les rois mérovingiens 
se donnent dans les actes émanés de leur chancellerie. Nous trou- 
vons ce mot dans un diplôme mérovingien de Thierry IV et nous 
le lisons dans les actes des premiers Carolingiens, à une époque 
où le formulaire est encore tout mérovingien et où les anciens 
qualificatifs des rois n'avaient pas subi de modifications^. 

1. Bruno Krusch, préf. de la Vitasanctaie Balthildis^ dans les Mon.Germ, 
Hist.f in-4, Script, rer, merov., t. I, p. 478. 

2. Diplôme de Thierry IV pour Saint-Denis, Valenciennes, l»' mars 724, 
Julien ïlavet, Quest, mérov,, V, Les origines de Saint-DeniSy app. II, n° 6, 
dans les Œuvres de J, Havet^ 1. 1, p. 2i5, ligne 40. Cf. diplôme de Char- 
lemagne, 31 mars 797, par lequel le roi restitue à un comte nommé 



62 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

Nous n'aurions pas d'autre exemple du mot que celui de notre 
pièce, que le doute ne serait pas encore possible. M. d'Arbois 
de Jubainville, par un groupement ingénieux des titres et 
des qualifîcatifs des rois mérovingiens nous permet d'inférer des 
uns aux autres et réciproquement : de même que les rois s'inti- 
tulaient gloria et se qualifiaient gloriosus ou gloriosissimus, de 
même ils s'intitulaient excellentia ou praecellentia ou sereni- 
tas^ etc., et se qualifiaient excellentissimus^ praecellentissimus^ 
serenissimusK Fustel de Coulanges avait déjà montré que ces ex- 
pressions étaient en usage dans les chancelleries mérovingiennes '-. 

Thierry III a donc pris comme tous les autres rois de la 
première race le titre de serenitas. De tous les actes qui ont été 
conservés, un seul en eût-il gardé le souvenir ; ce ne serait pas 
une raison suffisante pour l'incriminer. 

2® La phrase Et dum eorum petitio nostrae sereniiati congrua 

esse et rationabilis in omnibus videtur, venerabilem nostra 

clementia ipsis monachis concessisse comperite ^sicut suggesseruni^ 
— la formule initiale du dispositif, et l'incise quod pro Dei 
timoré indulsimus auctoritate praecelsa, ne méritent pas le soup- 
çon qu'on fait peser sur elles ; elles ont bien toutes trois un carac- 
tère mérovingien, car toutes trois appartiennent au système de 
la prose métrique^ ce qui exclut l'idée qu'un faussaire ait pu les 
forger, comme il serait nécessaire dans l'hypothèse de 
M. Krusch puisqu'il ne les eût pas trouvées dans un seul acte 
mérovingien authentique. In omnibus vïdetur donne le deuxième 
type du tableau dressé par Julien Havet ; concessisse cômpèrite 
offre le même mètre que confirmasse côgnhscitey c'est-à-dire le troi- 
sième type du tableau précité ; sïcût sUggesserunt est lui aussi 
selon les règles de la prose métrique. Mais, dans ce dernier cas, 
pour obtenir le quatrième type ( — v v v) il ne faut pas 

Théodold ses biens patrimoniaux. — Fac.-sim. Album paléogr., pi. 16; 
Bôhraer-MUhlbacher, Regesla, n° 3:27; cité par Giry, Manuel de diploma- 
tique, p. 548, 549 (note), 551 (note 1). 

1 . H. d'Arbois de Jubainville, Z>eua: manières d'écrire P histoire, p. 230, note 2. 

2. Fustel de Coulanges, Nouvelles recherches sur quelques problèmes 
d'histoire, p. 269 et suiv. 



LB DIPLÔME DE THIERRY lU 63 

tenir compte d'une faute de prosodie : Yu de sicut est bref par 
nature ; ici, il est long par position. Cela ne doit pas nous arrê- 
ter : à Tépoque mérovingienne, les règles les plus élémentaires 
de la prosodie étaient souvent enfreintes et les meilleurs poètes 
latins de ces temps barbares commettaient de nombreuses fautes 
de quantité ^ 

La formule initiale du dispositif se termine de même selon un 
mode métrique : omnînô jubëmûsi^^iy^e de Julien Havet). Il est 
d'ailleurs facile de se rendre compte que les scribes variaient les 
termes des formules, comme les musiciens sur un thème donné 
composent des variations. Sous la diversité des formules, on 
peut retrouver quelques types généraux : j'ai essayé de grouper 
ainsi les formules initiales du dispositif 2. 

EnGn, l'incise qui a pris place dans Tannonce de la souscrip- 
tion royale, pour n'être pas d'un usage courant, n'a rien de 
particulièrement choquant dans un diplôme qui traite de matières 
relevant du domaine spirituel. Elle a d'ailleurs pour elle de 
répondre au quatrième type des fins de phrase permises : 
auctoritâte prœcëlsà '^. 

Force nous est, en conséquence, de rejeter le jugement de 
M. Krusch qui n'avait pas d'autre fondement que ces prétendues 
fautes de rédaction. 

La réfutation des critiques injustes de l'érudit allemand 
épuise la question purement diplomatique. Le précepte de 
Thierry III en faveur de Corbie se présente à nous avec tous les 
dehors de l'authenticité. La discussion interne du document, si 
je puis ainsi dire, ce que les théologiens du moyen âge appe- 

1. L. Ilavet, La Prose métrique de Symmaque (94« fasc. de la Bibl. de 
rÉcole des Hautes-Études), p. il et 12. 

2. Voy. Appendice^ n^ 3. 

3. L'a de l'ablatif praece/sa devrait être long. Cette faute de quantité est 
due à ce que ïe d'auctoritale qui gouverne praecelsa est bref; il y a eu 
influence analogique. — On trouve des exemples du Deo propiiio ou de 
formules équivalentes dans les diplômes mérovingiens. Pour le Deo propiiio ^ 
voy. entre autres le diplôme de Clovis III en faveur de Saint-Denis (Saint- 
Cloud, 5 juin 691-692). Original scellé. Pardessus, Diplomatay Charlae^ 
II, p. 224, n» 425. 



64 EXAMEN DES CHARTES DE GORBIE 

laient Therméneutique *, ne nous révèle rien qui aille à ren- 
contre de ce résultat ; les apparences sont au contraire favorables. 
La sainte règle ayant été enfreinte à Corbie, comme elle Tavait 
été à Luxeuil, par la volonté du roi et le consentement de Tévéque, 
il était naturel que le retour aux prescriptions régulières fût con- 
firmé parle roi qui notifiait l'assentiment de l'autorité épiscopale. 
Il est un problème chronologique que nous devons mainte- 
nant essayer de résoudre. Le diplôme de Thierry III ne nous est 
connu que par le cartulaire de Berlin (I). Les souscriptions et la 
date font défaut. Je ne sais pour quelles raisons Sirmond Ta 
placé en 670^ ; Lecointe,vers Tannée 691 3; Pardessus et Pertz 
en 681 *. Toutes ces dates sont arbitraires. Dom Grenier avait 
adopté celle de 680. « Rodogaire, dit-il, gouverna Tabbaye au 
moins jusqu'en 680, car nous avons la charte du roy Thierry 
qui confirme l'élection de son successeur Erembert et qui marque 
positivement la mort de Rodogaire, ce qui n'a pu arriver qu'après 
679 puisque Thierry ne commença à régner dans la partie de la 
France où est la Picardie qu'en ce temps-là » ^. Dom Grenier ne 
justifie pas en vérité le choix qu'il a fait de l'an 680. En effet, à 
s'en tenir aux données du document, et à elles seules, on ne peut 
situer notre diplôme dans le temps qu'entre les dates extrêmes 
du règne de Thierry III. La chronologie du règne' a été l'objet de 
longues discussions. Selon l'opinion commune, Thierry III avait 
régné de 673 à 691, et non de 679 comme le veut dom Grenier. 
M. Bruno Krusch s'efforça de montrer par le commentaire des 
chapitres 49 des Gesia Francorum et 101 du continuateur de 
Frédégaire que Thierry III était monté sur le trône en 675 seu- 
lement et qu'il avait régné dix-sept ans ^. Julien Havet, partant des 

1 . Du verbe grec f p(Xï)V6j«o, j'interprète. 

2. Sirmond, Concil, aniiq, GalL, I, p. 505. 

3. Lecointe, Annales ecclesiastici Francorum^ IV, p. 249, n. 23. 

4. Pardessus, Diplomata, Chartae, II, p. 188, n® 398; — K. Pertz, 
Diplomala^ I, p. 46, n° 52. 

5. BibL NaL, Grenier, t. 33, fol. i4 v<». 

6. B. Kinisch, Zur Chronologie der merowingischen Kônige (dans les Fors- 
chungen zur deulschen Geschichie, XXII, 1882), p. 444-490. 



LE DIPLÔME DE THIERRY III 65 

résultats obtenus par M. Krusch, précisa davantage. « L'avè- 
nement de Thierry III, dit-il, a eu lieu au plus tôt le 12 août ei au 
plus tardlQ 16 octobre 675. Il faudra rectifier en conséquence les 
dates des diplômes de Thierry III qu'on a calculées jusqu'ici en 
supposant son avènement en 673 *. » Julien Havet se trompait à 
la suite de M. Krusch qui n'avait pas tenu un compte suffi- 
sant des Gesta abbatum Fontanellensium. Aussi M. l'abbé 
E. Vacandard me semble avoir établi, à l'encontre des conclu- 
sions de MM. Krusch et Havet, que l'avènement de Thierry 111 
eut lieu entre le 11 mars et le 15 mai 673, qu'en 675 il s'agit 
d'une restauration et qu'avant le 18 mai 690 Thierry III était 
mort 2. Notre diplôme se place donc entre le 11 mars-15 mai 673 
et le commencement de 690 (avant le 18 mai). L'élection 
d'Érembert est vraisemblablement comprise entre ces deux dates, 
car il serait fort étonnant que les moines eussent attendu long- 
temps après l'élection pour faire confirmer cette élection. Peut- 
on préciser davantage? Le précepte rapporte que l'évêque 



1. J. Havet, - Ques/io/is mérovingiennes ^ III. La date d'un manuscrit de 
Luxeuilj dans les Œuvres deJ. Havet^ I, p. 98. 

2. E. Vacandard, Le règne de Thierry III et la chronologie des moines de 
Fontenelle, dans la Revue des Questions historiques^ 1®*" avril 1896, p. 491-506. 
Quoi que Ton pense du travail de M. Tabbé Vacandard, il faut admettre 673 
comme point de départ du règne de Thierry III. M. Joseph Tardif, dans son 
étude sur Les chartes mérovingiennes de l'abbaye de Noirmoutier avec une 
étude sur la chronologie du règne de Dagobert II (Extrait en partie de la 
Nouvelle revue historique du droit français et étranger, t. XXII, p. 763-790) 
(Paris,- 1899, in-8% 64 p.), l'établit ainsi : Les dates des diplômes de 
Thierry III ne doivent p.is être rectifiées « quoi qu'ait dit J. Havet 
(Œuvres, I, p. 98 et n. 1), qui reportait l'avènement de Thierry III en 
675, après la mort de Childéric II. Mais, comme l'a reconnu M. Krusch, 
(Die atteste Vita Leudegarii, in Neues Archiv, t. XVI, p. 571, n. 1), 
Thierry III comptait les années de son règne à partir de la mort de 
Clotaire III. Bien que son élévation au trône n'ait pas eu lieu avec les solen- 
nités ordinaires, il ne s'en considérait pas moins comme le roi légitime de 
Neustrie, ainsi que le prouve la réponse qu'il fit à son frère, Childéric II, 
après être tombé entre ses mains : u Cum rex ab eo interrogaret quid de 
se agere vellet, ille vero hoc solum quod injuste fuerat de loco regni dejec- 
tus judicem sibi Deum cœli est exspcctare professus. » Vita Leodegarii 
auctore anonymo, 3 (Acta sanctorum ordinis S. Benedicti, saec. II, p. 682). 

M4m. et do€, et l'École de» Chmrtes. — V. 5 



66 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

Theodefridus a consenti à Félection d'Erembert par les moines. 
Or, Theodefridus serait mort, selon les uns, le 8 octobre 675 *; 
selon les autres, le 8 octobre vers 681 ^, la neuvième année de 
son pontifîcat. Si ces dates étaient exactes, notre diplôme serait 
de 673-675 ou de 673-681. Malheureusement un passage du pri- 
vilège de Thierry III qui nous occupe, passage qui n'a pas 
attiré Tattention des auteurs du Gallia Christiana et des chrono- 
logistes, nous oblige à rejeter la première de ces dates. Le roi dit, 
en effet, que Tévêque Theodefridus a institué Chrodegarius sur son 
ordre « per nostram voluntatem et praeceptionem ». Chrodega- 
rius, deuxième abbé de Corbie, d'après Topinion courante, 
aurait succédé à Theodefridus lorsque celui-ci fut promu à Tépisco- 
pat, c'est-à-dire en 667 ^ou en 670 *. Ni à l'une ni à l'autre date, 
le roi Thierry III n'aurait pu dire qu'il avait voulu et ordonné 
l'élévation de Chrodegarius à l'abbatiat, puisqu'il n'était pas 
encore roi. Mabillon avait déjà fait cette remarque ^. Theodefri- 
dus serait donc resté abbé de Corbie jusqu'en 673 au moins. 
La date de la promotion de Theodefridus à l'épiscopat est incer- 
taine ; on ne l'a fixée approximativement qu'en prenant pour 
base du comput la date incertaine de la mort de l'évéque son pré- 
décesseur supposé. On ne sait pas en réalité à quel siège Theode- 
fridus fut porté ^. On hésite entre Amiens et Cambrai, ce dernier 
siège étant alors réuni à celui d'Arras ^. Les anciens catalogues 



i. B. Coquelin, Ilistoriae regalis abbatiae Corbeiensis compendium, 
éd. par J. Garnier, dans les Mém. de la Soc. des Antiq.de Picardie, t. VIII, 
p. 406, et note 1 qui donne les références. 

2. Gams, Séries episcoporum. — Mas Latrie, Trésor de chronologie, 
col. 1370. 

3. Caulaincourt, Be7>/. Nat.^lsii. 17757, fol. 5. — Bonnefons, Bibl. Nat.^ 
lat. 48370, fol. 66. — Mabillon, Ann. ord. S. Benedicti, t. I, p. 445, 502 
et 505. — Acta Sanctorum,26 janvier. — Gallia Christiana, X,1265 et 1157. 

4. Gams, op. cit. ; — Mas Latrie, Ibid. 

5. Mabillon, Ann. ord, S. Benedicli, liv. XVI, t. 1, p. 502. 

6. Bibl. Nat., Grenier, t. 32, fol. 13. 

7. Mabillon, /Ài(f. :« EpiscopusergofuitTheudofredustotofereTheoderici 
principatu : at cujus loci, non convenit intcr auctores, quorum alii eum 
Ambianensem, alii Cauieracensem faciunt. » 



LE DIPLÔME DE THIERRY tll 67 

des évêques d'Amiens ne le mentionnent pas ^ ; ceux des évêques 
de Cambrai, pas davantage -, Dans une des anciennes listes des 
abbés corbéiens, Theodefridus est signalé comme évêque de Cam- 
brai ^ ; mais, cette mention est très postérieure à la rédaction 
primitive de la liste. Caulaincourt, sur la foi de ce texte, a fait 
du premier abbé de Corbie le successeur d^Autbert de Cambrai *, 
alors même que le successeur véritable, Vindicianus, nous est 
connu par ailleurs ^. Theodefridus, ayant été appelé, comme 
nous rapprend notre diplôme, à jouer un rôle important dans 
Télection de ses deux premiers successeurs à Corbie, devait être 
diocésain de Tabbaye, par conséquent évêque d'Amiens. C'est à 
cette opinion que se sont rangés les auteurs du Gallia Chris- 
tiana ®, Gams ^, Mas Latrie ^ et Julien Havet ^. Mabillon rejette 
lattribution à Cambrai, mais ne se prononce pas pour Amiens *". 
Je serais assez tenté d'identifier Theodefridus avec Tévêque 
Beatus que signalent les catalogues épiscopaux et qui nous est 
totalement inconnu d'autre part. Quoi qu'il en soit, si Ton admet 



1. Bibl. Nat., lat. 6042, fol. 122 (éd. par Holder-Egger, dans Mon, Germ. 
Hi8t„ïn-i,Scriptores, XIII, p. 752);— lat. 17768,fol. 153 v» et 17770,fol. 196 v«> 
qui ont été utilisés par le Gallia Christiana, X, col. 1152. — Sur ces trois 
catalogues, voir L. Dclisle, Anciens cafalof/ues des évêques des églises de 
France, dans Hist. littér, de la France, t. 29 (1885), p. 386-454. 

2. Bibl. de Boulogne, n*» 84 ; — rns. de Gand (éd. par Holder-Egger, 
ibid., p. 381) ; — Bibl, NaL, lat. 8865, fol. 124 v»; — lat. 60i2, fol. 122 (éd. 
par Holder-Egger, ibid., p. 750). 

3. Bibl, Nat,, lat. 17768, fol. 154 v«. Voy. Appendice n» 2. 

4. Bibl. Nat., lat. 17757, fol. 1 v». 

5. Gallia Christiana, III, col. 7. L'évêque Vindicianus (ou Vindilianus) a 
souscrit en même temps que l'évêque Theodefredus la donation d'Aiglibert 
en faveur de Notre-Dame (juin 683, Le Mans). Voy. J. Havet, Questions 
mérovingiennes, VII. Les Actes des évêques du Mans, dans les Œuvres 
de J, Havet, t. I, p. 398 et p. 435. 

6. Gallia Christiana, X, col. 1152. 

7. Gams, Séries episcoporum, 

8. Mas Latrie, Trésor de chronologie, col. 1370. 

9. J. Havet, Quest. mérov,, VII. Les Actes des évêques du Mans, dans les 
Œuvres de J, Havet, t. I, p. 398. 

10. Mabillon, Ann. ord. S, Benedicli, liv. XVI, t. I, p. 502 : « An autem 
Ambianensis autistes fuerit Theodefredus, afûrmare nolim. » 



68 EXAMEN DEd CHARTES DE CORBIE 

que Theodefridus ait succédé à Berthefridus, évèque amiénois, 
celui-ci ne serait pas mort avant 673, bien qu'on ne trouve plus 
aucune preuve de son existence après 666 *. La mort de Theode- 
fridus, survenue la neuvième année de son pontificat, dit-on, ne 
serait donc pas arrivée avant 681 ; mais cette date même de 
681 admise par Gams et Mas Latrie doit être encore rejetée. 
Nous trouvons la souscription de Tévêque Theodefridus au bas 
d'un acte authentique de juin 683 2. 

En résumé, tout ce qu'on peut dire, c'est que Theodefridus 
était encore abbé en 673 au moins, que, s'il fut évêque d'Amiens 
comme je le crois, il ne le fut pas dès 667, mais postérieurement à 
l'avènement de Thierry 111, et que son prédécesseur trouve, si 
j'ose dire, une survie dans notre étude. En tous cas, les données 
sont trop incertaines pour que nous osions fixer à notre diplôme 
d'autres limites chronologiques que celles du règne, tout en 
nous rendant compte d'ailleurs que ces limites sont bien vagues. 
Mieux vaut à notre avis ne point préciser que trop préci- 
ser à la façon de M. Joseph Garnier qui croit à l'existence de deux 
diplômes de Thierry III, l'un de 670 ou 681, et l'autre de 691, 
tous deux confirmant l'élection d'Erembert ^. 



IV. — Le diplôme de Chilpéric //. 

Le roi Clotaire III, à une date indéterminée, avait concédé à 
l'abbaye de Corbie certains revenus en nature à prélever sur les 
produits du tonlieu de Fos, à savoir dix mille livres d'huile, 
trente muids de garum *, trente livres de poivre, cent cinquante 
livres de cumin, deux livres de girofle, une livre de canelle, 
deux livres de nard, trente livre de costus ^, cinquante livres de 

i. Gallia Christianaj X, col. 4152. 

2. J. Havet, Qiiesl, mérov.y VII. Les Actes dcsévâques du ^fans,d&ns les 
Œuvres de J, Havet, t. I, p. 435. 

3. J.Garaier, Méni. de la Soc. des Antiq, dePicardie^t. VIII, p.407,n. 2 

4. Sorte de condiment. Du Gange, Glcssarium, t. III, p. 489. 

5. Vin cuit, vin de bonne qualité. Du Gange, Ibid.j t. II, au mot costus. 



LE DIPLÔME DE CHILPÉRIG II 69 

dattes, cent livres de figues, cent livres d'amandes, dix livres 
de pistaches, cent livres d'olives, cinquante livres à'hidrio *, 
«ent cinquante livres de pois chiches, vingt livres de riz, dix 
livres de piment doré, dix peaux seoda 2, dix peaux de Cordoue, 
cinquante mains de papyrus ^. Il avait octroyé une iractoria qui 
exonérait l'abbaye de la nourriture et du gîte des envoyés 
chargés de percevoir ces revenus, et des frais de transport. Son 
frère Childéric II confirma les libéralités de Clotaire III. L'abbé 
Sébastien ^ présenta au roi Chilpéric II les préceptes de son oncle 
et de son père pour qu'il les confirmât. Tel est l'objet du diplôme 
que nous a transmis le cartulaire de Berlin (I). 

Cette confirmation des diplômes de Clotaire III et de 
Childéric II est datée de la première année du règne, du 3 des 
calendes de mai, et de Compiègne. Chilpéric II succéda à son 
cousin Dagobert III en 715. Celui-ci est mort le 24 juin 715 ; la 
première année du règne de Chilpéric II s'étend donc du 24 juin 
715 au 23 juin 716^. Le 3 des calendes de mai correspond au 
29 avril. La Lande a eu tort de placer ce document en 715*. 

Le diplôme de Chilpéric II n'a jamais été suspecté par la cri- 
tique moderne et ne donne pas prise, en effet, au moindre soup- 

4. Sorte d'aromate. Du Gange, Ibid., t. III, p. 669. 

2. Peaux probablement huilées. Du Gange, Ibid,, t. VI, p. 190. 

3. MM. Delisle et Sickel ont traduit carta par parchemin. Gf. Delisle, 
Recherches sur Vancienne bibliothèque de Corbie, dans Biblioth, de VÉcole 
des Chartes, 5« série, t. I, 1859-1860, p. 402, et Sickel, Die Urkunden 
der Karolinf/er, t. I, p. 288. — M. Bresslau (Urkundenlehre, I, 883) et 
Wattenbach (Das Schriftwesen in Mittelalter, 3« édit., p. 107) inter- 
prètent carta par papyrus, en faisant toutefois remarquer qu'on ne trouve 
pas de plus récente mention de cette matière et que, s'il ne s'agissait pas 
ici d'une confirmation, on pourrait traduire le mot par parchemin. M. Giry 
(Manuel de dipL, p. 495, n. 3) se conforme à l'opinion de ces derniers 
savants. 

4. Voy. plus loin, p. 74, note 2. 

5. A. Giry, Manuel de diplomatique, p. 711. Il convient de corriger la 
faute de typographie qui fait monter Ghilpéric II sur le trône de Neustrie en 
717 au lieu de 715. — M. Giry a lui-même relevé d'autres fautes dans le 
tableau de son Manuel. Gf. J.-S. Doinel, Note sur le roi Hilderik III 
(Carcassonne, 1899, in-8), p. 8 et 9. 

6. La Lande, Concil, Gall., p. 72. 



70 EXAMEN DES CHARTES DE GORBIE 

çon. La correction absolue des formules, l'emploi de tournures 
qui décèlent la connaissance des règles de la prose métrique, 
le ton général du discours nous sont les garants de Tauthen^ 
ticité du document. Nous n aurions donc pas à nous étendre 
autrement sur ce texte si un historien dont on ne peut 
négliger Topinion ne s'était récemment mépris sur sa portée. 
Dans les Études d'histoire du moyen âge dédiées à Gabriel 
Monody M. Imbart de la Tour a publié un travail intitulé : Des 
immunités commerciales accordées aux églises du VII^ au 
X* siècle. D'après lui, l'immunité « administrative, judiciaire, 
fiscale » ne fut pas la seule octroyée aux monastères ou aux 
évéchés ; il y eut aussi des franchises commerciales que M. 
Imbart de la Tour appelle, à tort, selon nous, des immunités 
commerciales * : « Ces privilèges, dit-il, se présentent sous une 
double forme. Les uns sont inscrits simplement dans le diplôme 
de l'immunité; ils la complètent. Les autres sont consignés 
dans un acte spécial ^ ». Le diplôme de Chilpéric II (716) serait 
un de ces actes spéciaux 3, autrement dit, si j'ai bien compris, 
une exemption de tonlieu ; c'est une erreur ; le diplôme n'est 
pas une exemption, mais une concession. 

Cette erreur initiale a entraîné M. Imbart de la Tour à en 
commettre une autre et plus grave parce que l'auteur généralise. 

1. Le mot immunité a, au moyen Âge, une signification bien arrêtée; 
parler d'immunités commerciales, c'est rajeunir ce mot, le détourner de son 
sens juridique et prêter à des confusions. 

2. Imbart de la Tour, op. cit., dans les Études d'histoire du Moyen-Age 
dédiées à G. Monod (Paris, in-8, 1896), p. 71. 

3. Ibid., p. 72 et p. 77. M. Imbart de la Tour qui rapproche du diplôme 
de Chilpéric II pour Corbie le diplôme de Childebert III en faveur de 
Saint-Denis, 13 décembre 710, Montmacq (Original. Pardessus, Z)ip/oma/a, 
II, p. 285, n° 477) aurait mieux fait do citer, parmi les diplômes concédés 
à Saint-Denis par les rois mérovingiens, le diplôme de Clovis III, 5 juin 
691-692, Saint-Cloud [Original. Pardessus, ibid.y p. 224, n« 425), et la 
confirmation de ce diplôme par Chilpéric II, 1*"^ mars 716, Compiègne 
[Original. Pardessus, ibid., p. 304, n<* 496). Ces deux privilèges contiennent 
une tractoria analogue à celle dont nous nous occupons ici. Mais alors 
eût-il osé soutenir sa théorie quand le diplôme de Thierry III, exemptant 
Saint-Denis de tout tonlieu dans le royaume [Original. Pardessus, ibid., 
p. 187, n<> 397), et quelques autres s'élevaient contre elle ? 



LE DIPLÔME DE GHILPÉRIC U 71 

« L'abbaye ne demande pas seulement des franchises commer- 
ciales, elle obtient également des transports Le roi donnait 

l'ordre à ses fonctionnaires de fournir à Tabbayedes chevaux et des 
chars; aux hommes et au missus du couvent, la nourriture et le 
gîte. Ainsi aux débuts du viii* siècle, un grand monastère comme 
Corbie n'a-t-il pas d'outillage commercial. Il a recours à la 
générosité royale pour assurer ses ventes, ses achats, ses trans- 
ports aux frais du fisc ^ » Cette conclusion n'est légitime que 
dans la conception que l'auteur s'est faite du diplôme. Le roi 
accorde aux envoyés de l'abbaye une tractoria spéciale destinée à 
dégrever la concession de toutes charges : il assure la subsistance 
et le gîte tant à l'aller qu'au retour [tam cuniibus quant redeun- 
tibus), et fournit quinze chars aux relais accoutumés pour le 
retour (etiam ad revertendum carra XV de loco in loco pro loca 
consuetudinaria^ usquequod ipse cellarius ad ipso monasterio pro- 
veniebat, eis dare deberitis) pour épargner au monastère les frais 
de transport [absque dispendio monasieriï). N'est-ce pas comme si 
le roi disait : « Je vous donne telles et telles choses rendues à 
Corbie franco de port ? » Un autre texte diplomatique que M. 
Imbart de la Tour ne semble pas connaître aurait pu l'avertir 
qu'il faisait fausse route ; c'est l'exemption perpétuelle de tonlieu 
accordée par Clotaire III à l'abbaye de Corbie le 23 décembre 
661 àÉterpigny, que nous avons déjà examinée. Voici le passage 
de ce document qui nous intéresse présentement : 

«Cognoscat magnitudo seu industria vestra... talem... presti- 
tisse beneficium, ut quotiescumque monachi missi vel discur- 
sores ipsius monasterii exercendum, seu cellario fuerint egressi 
mercandum, in quibuslibet locis vel territuriis seu porturia, 
ubicumque consuetudo, telloneo, pontaleco, rodatico, ceterasque 
redebutiones fiscus noster discursoribus seu iter agentibus 
exigere consuevit, habeant hoc monachi de jam dicto monaste- 
rio Corbeia consistentes , tam praesentes quam futurum ibi 
advenientes, in omnibus indultum simulque concessum. » 

1. Imbart de la Tour, op, cU,y dans les Etudes d'histoire du Moyen-Age 
dédiées à G. Monod, p. 77. 



72 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

Le roi exempte les moines qui vont commercer pour l'abbaye 
de tous les droits que le fisc prélève sur les rivières, les ponts 
et les routes ; cette exemption n'aurait pas eu sa raison d'être si 
l'abbaye ' n'avait pas possédé des chevaux, des chariots, des 
navires, en un mot, un outillage commercial, et si elle eût dû 
attendre que la générosité royale lui assurât ses transports aux 
frais du fisc. 

En résumé, le diplôme authentique de Chilpéric II est un acte 
très spécial qui comporte deux parties bien distinctes, une con- 
cession de revenus et une tractoria restreinte, que M. Imbart 
de la Tour a confondues ; il ne peut pas être assimilé aux fran- 
chises commerciales. 



V. — Les diplômes mérovingiens perdus. 

Les quatre diplômes royaux que nous venons d'étudier ne repré- 
sentent pas l'entière série des actes que les chancelleries méro- 
vingiennes émirent en faveur de l'abbaye de Corbie ; à l'époque 
où fut écrit le plus ancien cartulaire du monastère, nous avons 
vu que les archives avaient eu à souffrir des invasions nor- 
mandes, des guerres civiles, des incendies successifs qui rui- 
nèrent l'abbaye, des dilapidations de toutes sortes favorisées par 
l'incurie des moines ^ Quantité d'actes disparurent; les rares 
épaves mérovingiennes étaient en mauvais état. Quelques 
diplômes furent sauvés au moins de l'oubli par de simples men- 
tions, plus ou moins étendues, plus ou moins précises ; d'autres 
sans doute ne laissèrent aucune trace de leur existence. Le diplo- 
matiste recherche aujourd'hui ces mentions avec le soin jaloux 
que met Tarchéologue à recueillir les moindres vestiges d'un 
monument pour arriver à une restitution fidèle. Julien Havet a 
dit : « La diplomatique ne se borne pas aujourd'hui à l'étude des 
chartes dont le texte est conservé. Il est reconnu que celles dont 

i. Voy. le chapitre I. 



LES DIPLÔMES MÉROVINGIENS PERDUS 73 

une mention seulement nous est parvenue doivent aussi attirer 
Tattention ^ » En 1873, M. Karl Friedrich Stumpf, dans sa 
critique du recueil de Karl Pertz -^ proclamait la nécessité de dres- 
ser un catalogue des ^e/a Mcrovingorum deperdila 3, et pour pré- 
parer ce travail, il a donné une liste provisoire de tous ceux 
dont il avait eu connaissance ^. Julien Havet a complété cette 
liste pour les chartes de Saint-Calais ; je crois qu'il est possible 
aussi d y ajouter quelques numéros pour Corbie. 

Le diplôme de fondation de Tabbaye de Corbie fut maintes fois 
confirmé par les rois mérovingiens. Aucun de ces diplômes de 
confirmation n'a été conservé. Fort heureusement, un diplôme 
authentique de Peppin le Bref, confîrmatifdes préceptes antérieu- 
rement donnés aux religieux de Corbie et présentés en cette 
occasion par labbé Leodegarius au roi, nous livre les noms des 
bienfaiteurs royaux de Tabbaye : ce sont Childéric II, Thierry III, 
Clovis III, Childebert III et Dagobert III. Le rédacteur du 
diplôme carolingien appelle les actes émanés de leurs chancelle- 
ries des confirmations [confirmationes ^). Pour deux de ces 
diplômes, nous avons un autre témoignage. Caulaincourt nous 
dit que Tabbé Grimon avait sollicité des rois Childebert III et 
Dagobert III des privilèges ; les termes dans lesquels il rapporte 
ce fait prouvent qu'il eut sous les yeux tout au moins des copies 
des diplômes dont il parle, car, selon son habitude quand il est 
en présence d'un document, il en transcrit presque la teneur 
dans son intégralité : ces diplômes étaient des confirmations de 
rimmunité dont jouissait Tabbaye de Corbie ^. On peut invoquer, 



1. J. Havet, Questions mérovingiennes ^ IV. Les chartes de Saint-Calaiê^ 
dans les Œuvres de J, Ilavcly t. I, p. 136. 

2. K. F. Stumpf, Ucber die mcrovinger Diplôme^ dans Historische 
Zeitschrift, XXIX, p. 341-407. 

3. lbid,,p, 391-393. 

4. Ibid., p. 393-400. 

5. Voy. Pièces justificatives j n» 16. 

6. Bibl. Nat., lat. 17757, fol. 6 v» : « Obtinuit [Grimo] ab Hildeberto ler- 
cio et Dagoberto secundo (lisez tcrcio) ejus filio, Francorum regibus, 
privilégia per quae continebatur quod nuUus judex publicus in curtes nos-* 



74 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

contre ce témoignage de Caulaincourt, et dom Grenier Ta fait ^ 
que Grimon n'a pas pu obtenir des rois Childebert III et 
Dagobert III les deux diplômes qui nous occupent puisqu'il 
n'était pas encore abbé quand ces princes moururent ; le qua- 
trième abbé de Corbie, Sébastien, vivait encore en 716 puisqu'il 
demanda à Chilpéric II la confirmation qui nous a été conser- 
vée ^. Mais on ne peut nier que les diplômes aient existé ; dès 
lors, pourquoi Caulaincourt aurait-il choisi dans la liste donnée 
par le diplôme de Peppin les deux noms de Childebert et de 
Dagobert de préférence aux autres dont il ne dit rien ? La men- 
tion de Grimon, même si elle est une erreur de Caulaincourt, 
n'infirme pas le témoignage de cet auteur. 

Le diplôme de Thierry III confirmant Télection d'Erembert 
nous révèle un autre diplôme du même roi relatif à l'élection de 
Chrodegarius. Il me semble, en effet, que le scribe fait allusion 
à cet acte quand il écrit que Chrodegarius a été institué par 
l'évéque Theodefridus comme abbé de Corbie par ordre du roi, 
per nostram voluntatem et praeceptionem ; le mot praeceptio 
n'indique-t-il pas ici l'instrument par lequel la volunias fut 
exprimée? 

Enfin le diplôme de Chilpéric II nous apprend que le roi 
Clotaire III a concédé certains revenus en nature prélevables sur 
le tonlieu de Fos. Il nous apprend aussi que cette donation a été 
confirmée par Childéric II. 

Le nombre des diplômes perdus dont nous avons relevé la 



tras vel in homincs in terris nostris manentes, nec ad causas audiendas, 
née ad frida cxigenda, aiit inansioncs faciendas, ncc redhibiliones ex parte 
fisci requirendas ingrcdi omnino praesumant, sed ciim intégra immunitate 
omnia nostra possideamus. » 

1. Bibl. NaL, Grenier, t. 32, fol. 18. 

2. L'objection ne prévaut peut-être pas contre le témoignage de Caulain- 
court, si Ton sait que dans le seul cartulaire ancien qui nous donne le 
texte du diplôme de Chilpéric II les mots ipse venerabilis Sebaslianus abba. 
sont écrits sur un grattage. 11 serait donc possible que Sébastien ne vécût 
plus en 746 et que, sans que nous sachions pourquoi, on eût remplacé le 
nom de Grimon par celui de Sébastien dans notre texte. 



LES DIPLÔMES MÉROVINGIENS PERDUS 75 

mention dans les autres documents s'élève à huit pour Tépoque 
mérovingienne. Notre contribution aux Acta Merovingorum 
deperdita est 'de trois diplômes, la donation par Clotaire III 
de revenus à percevoir sur le tonlieu de Fos, la confirmation 
du diplôme précédent par Childéric II et le diplôme de 
Thierry III sur l'élection de Chrodegarius. 

Catalogue des diplômes mérovingiens de V abbaye de Corbie. 

1. Diplôme de fondation concédé par Clotaire III, 657-661. 

2. Exemption de tonlieu de Clotaire III, 661, 23 décembre, 
Éterpigny. 

3. Donation par Clqtaire III de revenus sur le tonlieu de Fos, 
657-673 (perdue). 

4. Confirmation du diplôme de fondation par Childéric II, 
673-675 (perdue et signalée par Stumpf *). 

5. Confirmation par Childéric II du diplôme de Clotaire III 
relatif à la concession de revenus sur Fos, 673-675 (perdue). 

6. Confirmation du diplôme de fondation par Thierry III, 
673-690 (perdue et signalée par Stumpf ^. 

7. Diplôme de Thierry III ordonnant l'élection de Chrodega- 
rius, 673-690 (perdu). 

8. Diplôme de Thierry III confirmant Télection de Tabbé 
Érembert, 673-690. 

9. Confirmation du diplôme de fondation par Clovis III, 
690-695 (perdue et signalée par Stumpf 3). 

10. Confirmation du diplôme de fondation par Childebert III, 
mars 695-14 avril 711 (perdue et signalée par Stumpf^). 

11. Confirmation du diplôme de fondation par Dagobert III, 
14 avril 711-24 juin 715 (perdue et signalée par Stumpf ^). 

1. K. F. Stumpf, op. cit., p. 397, n» 55 (670-673). 

2. Ibid., p. 397, n« 64 (septembre 673-691). 

3. Ibid,, p. 398, n» 74 (691-695). 

4. Ibid., p. 398, n» 85 (695-711), 

5. Ibid,, p. 399, Ji» 92 (711-715). 



76 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

12. Confirmation des diplômes de Clotaire III et de Childé- 
ric II relatifs à la donation de revenus sur le tonlieu de Fos, 
par Chilpéric II, 29 avril 716, Compiègne. 



CHAPITRE III 



LES DIPLÔMES CAROLINGIENS 



Le changement de dynastie, qui s'elTectua en 751, ne modifia 
pas les relations de la royauté et de TEglise ; les rois conti- 
nuaient de combler le clergé de leurs faveurs et de leurs libéra- 
lités que celui-ci ne cessait de solliciter. L'abbaye de Corbie 
n*eut pas moins à se louer des princes carolingiens que des des- 
cendants de Méro vée * . Un certain nombre de diplômes carolin- 
giens ont été conservés ; tous ne sont pas bons. Nous nous effor- 
cerons d'établir le départ entre les actes entachés de fausseté et 
ceux marqués au coin de l'authenticité la plus certaine. Nous 
chercherons également, comme pour les diplômes mérovingiens, 
s*il n^est pas possible de compléter à l'aide des mentions éparses 
la liste très imparfaite des textes diplomatiques carolingiens qui 
sont arrivés jusqu'à nous. 

A Tépoque carolingienne, 1 Eglise et l'Etat se pénètrent ; dans 
les actes, le spirituel et le temporel se confondent souvent; 
pour ne pas tomber dans l'arbitraire ou la convention, il nous 
faudrait examiner les documents diplomatiques de cette période 
dans Tordre chronologique ; mais pour plus de clarté, nous 
avons pensé qu'il valait mieux étudier à part les préceptes 
émanés des pouvoirs ecclésiastiques et ne nous occuper ici que 
des privilèges royaux. 



1. Je parle ici d'une façon générale. Il faut peut-être apporter comme 
correctif à ce que cette phrase aurait de trop absolu quelques considéra- 
tions sur les rapports de Tabbaye avec Charlemagne et avec Louis le Pieux. 
Voir plus loin, ch. VI (Conclusions). 



78 EXAMEN DES CHARTES'dE œRBIE 



I. — Confirmation des privilèges royaux antérieurs par Peppin 

le Bref et par Charlemagne. 

Nous réunissons dans un même chapitre deux diplômes si 
parfaitement semblables et en connexion si étroite l'un avec 
l'autre que la critique de Tun serait incomplète sans celle de 
l'autre et que nos conclusions seraient chancelantes, si Texa- 
men du diplôme de Peppin n*était étayé par celui du 
diplôme de Charlemagne et inversement. 

Peppin le Bref, roi de France, à la demande de l'abbé Leodega- 
rius, confirme les donations faites à l'abbaye de Corbie par 
Clotaire III et les confirmations de Childéric II, Thierry III, 
Clovis III, Childebert III et Dagobert III ; il renouvelle expres- 
sément l'immunité. Cet acte n'est pas daté, et rien ne permet de 
préciser l'époque à laquelle il fut rendu entre 751 et 768. 
Quelque temps après, l'abbé Haddo, successeur de Leodega- 
rius, demande à Charles, fils et successeur de Peppin, une confir- 
mation analogue ; en conséquence, le roi Charles confirme les 
diplômes des rois nommés ci-dessus et celui de son père, le 
17 des calendes d'avril, Tan P' de son règne, M. deSickel a démon- 
tré que les années du règne de Charlemagne ont été comptées à 
dater du jour de son couronnement à Noyon, le 9 octobre 768 ^ 
La première année s'étend du 9 octobre 768 au 8 octobre 769. 
La date du diplôme est donc le 16 mars 769. Il est vraisem- 
blable que l'abbé Leodegarius n'avait pas attendu plus longtemps 
que l'abbé Haddo après l'avènement du nouveau roi pour faire 
confirmer les préceptes de son abbaye par le premier souverain 
sorti de cette famille des Peppinides qui ne passait pas précisé- 
ment pour très respectueuse de la propriété ecclésiastique ^. Je 
serais donc porté à croire que le diplôme de Peppin est des pre- 

1. A. Giry, Manuel de Diplomatique^ p. 718. 

2. P. Viollet, Histoire des institutions politiques et administratives de la 
France, t. I, p. 443 et surtout note 3, p. 4i'* et surtout note 3. 



CONFIRMATION DES PRIVILÈGES PAR PEPPIN ET CHARLEMAGNE 79 

mières années du règne, 731 ou 752, bien plutôt que de 768, 
comme le propose M. de Sickel '. 

Le diplôme de Peppin le Bref nous est parvenu dans deux car- 
tulaires ; la plus ancienne copie est du xii*^ siècle (entre 1 184 et 
1187 ^), l'autre de la fin du xu® siècle 3. Publié pour la première 
fois par M. de Sickel ^, il n'a été édité que d'après la première 
qui est fautive ; mais M. de Sickel corrigea les mauvaises leçons 
à l'aide du diplôme de Charlemagne, et le texte qu'il en a donné 
est à peu près pur. 

Rien dans le diplôme de Peppin le Bref ne peut faire suspecter 
son authenticité, et M. de Sickel n'a soulevé aucune objection 
contre lui. 11 eût été toutefois intéressant de relever cette for- 
mule : Pipinus rex Francorum viris inlustribus. Quand Peppin le 
Bref monta sur le trône, il s'eiTorça de continuer aussi bien dans 
les actes diplomatiques que dans les faits La tradition mérovin- 
gienne ; néanmoins quelques habitudes de la chancellerie du 
maire du palais se maintinrent, et Peppin roi comme Peppin 
maire du palais se qualifia inluster; Tordre des mots fut seul 
interverti pour copier la disposition du protocole initial des 
diplômes mérovingiens : inluster vir devint vir inluster ^. On 
devrait donc avoir ici Pipinus rex Francorum vir inluster. Les 
mots viris inlustribus sont-ils donc une faute? Assurément non. 
L'original devait bien porter viris inlustribus puisque les deux 
cartulaires, indépendants l'un de l'autre, donnent tous deux la 
même leçon, et que cette leçon serait inexplicable dans le cas 
présent si elle était fautive. Notre conviction achèvera de se 



1. Th. V. Sickel, Beitrâge zur Diplomalik, V, 389, n« 1. 

2. Bibl. Nal., lat. 17758, fol. H v». — M. de Sickel s'est trompé surFâge de 
la copie qu'il date du xiv« siècle. Son erreur provient de ce que le fragment 
de cartulaire qui la contient (VIII) a été annexé au Carlulaire Noir, 
Voy. Acta regum et imperatorum Karolinorum, II, p. 10. 

3. Bibl, NaLy lat. 17764, fol. 19 W 

4. Th. V. Sickel, Beitrâge zur Diplomatik, V, 389, n» 1 . 

5. J. Havet, Questions mérov., I, La formule : N, rex Francorum V. lnl,y 
dans les Œuvres de J, Havet, t. I,p. 9. — A. Giry, Manuel de diplomatique, 
p. 715. 



80 EXAMEN DBS CHARTES DE CORBIE 

former si nous recourons au diplôme de Charlemagne. L'édition 
de Martène * et celle de dom Bouquet ^ qui copie la première 
donnent la formule courante : Carolus rex Francorum vir inluster. 
Tel n'était pas, comme il semble, le texte de Torig^nal perdu. 
Trois copies anciennes de ce diplôme sont aujourd'hui à la 
Bibliothèque Nationale de Paris ; la seule utilisée jusqu'ici 
donne la leçon vir inluster ^ ; mais les deux autres, les meilleures, 
nous offrent, au lieu du qualificatif royal, l'adresse viris illust ri- 
bus ^ et c'est viris illustribus qu'il faut lire, à n'en pas douter. 
Le scribe de la chancellerie qui rédigea le diplôme de Charles 
copia textuellement celui de Peppin ; il abrégea l'adresse, u. inl, 
ou vir, inl. avec un signe abréviatif que les copistes postérieurs, 
sauf un, ont bien interprété. 11 est hors de doute que sous 
Peppin et même sous Charlemagne, les scribes, soit qu'ils aient 
appartenu à la chancellerie du dernier roi mérovingien, soitqu*ils 
aient copié à la légère un diplôme mérovingien ou un formu- 
laire, ont écrit l'adresse viris illustribus '' ; il est à supposer 
que cela se produisit d'autant plus facilement qu'ils rédigeaient 
des confirmations de préceptes concédés par des rois de la pre- 
mière race. Dans Tespèce, je crois que le scribe qui a écrit le 
diplôme de Peppin s'est contenté de copier le diplôme de Dago- 
bert III en y ajoutant la mention de ce roi en place convenable, 
comme le notaire de la chancellerie de Charlemagne a transcrit 
le précepte de Peppin, niutatis mutandis. Cette opinion n'est pas 
sans autre fondement que la leçon viris illustribus ^. Le diplôme 

1. Martène, Amplissima Colieclio^ t. I, col. 31. 

2. Bouquet, Hint, de France^ t. V, p. 715. 

3. BibL Nai., lat. 17758, fol. I. 

4. BihL \at,, lat. 17762, fol. 17 v» ; lat. 17764, fol. 46 v». 

5. Cela me parait indéniable. Il existe un diplôme de Peppin le Bref pour 
Fulda donné à Attigny et daté du mois de juin de la l" année du rogne, 
où nous lisons le protocole suivant : (chrismon) Pippinus rex Francorum 
vir' inlt*. Il faut lire nécessairement viris inlustribus, Voy. le fac-similé 
dans J. Fr. Schannat, Vindiciœ quorundam archivi Fuldensi diplomatum 
^Francfort-sur-Main, 1728, in-fol., 112 p. et index). 

6. J'ai signalé plus haut, p. 54, n. 1, un rapprochement à faire entre une 
formule du diplôme de Clo taire III (23 décembre 661, Éterpigny) et une 
formule analogue de Peppin. 



CONFIRMATION DES PRIVILÈGES PAR PEPPIN ET CHARLEMA6NB 81 

de Peppin ne peut plus nous servir pour la suite de notre 
examen. On nHnvoquera pas contre son authenticité que le style 
est mérovingien, car il est certain que le style des diplômes n*a 
j)as changé du jour au lendemain par le seul fait qu*à Childéric III 
a succédé Peppin. Ce diplôme est fragmentaire dans son état 
actuel ; le protocole final fait défaut. Heureusement le privilège 
de Charlemagne a conservé Tannonce des signes de validation, 
la souscription de chancellerie et la date ; autant d^éléments 
qui sont pour nous du plus grand intérêt. 

L'annonce des signes de validation est ainsi formulée : Et ut 
haec praescriptio firmior habeaiur vel per tempora in omnibus 
conservetury manus nostrae subscriptionibus subter eam decrevi- 
mus roborare. Il suflit d'avoir lu quelques diplômes mérovin- 
giens pour reconnaître dans cette rédaction la formule mérovin- 
gienne qui ne comporte jamais Tannonce du sceau. Déjà sous 
Peppin le Bref, on annonce la souscription royale, le plus géné- 
ralement, par les mots manu propria^ et le sceau par une 
phrase comme celle-ci : anuli nostri impressione signareK 
Cette modification dans les formules finales du diplôme royal 
vient en droite ligne des diplômes des maires du palais ^ ; elle 
a persisté dans les chancelleries carolingiennes. On ne peut 
expliquer l'emploi de la formule mérovingienne que dans l'hypo- 
thèse où le scribe, rédacteur du diplôme de Peppin copié par le 
notaire de la chancellerie de Charles, avait lui aussi copié un 
diplôme mérovingien et, en le copiant, avait conservé les formes 
archaïques du document ^. 

La souscription de chancellerie Ithcrius recognovit et subscrip- 
sit est encore bien mérovingienne ; mais elle est constamment 
employée sous Peppin le Bref. Il faut noter toutefois que sous 
Charlemagne, et dès les premières années de son règne, la sou- 

1. A. Giry, Manuel de diplomatique^ p. 716. 

2. Ibid., p. 715. 

3. Cest d'autant plus vraisemblable que Peppin ne savait pas écrire et 
que par conséquent les mots manus nostrae subscriptionibus n'avaient pas 
de sens. 

Jfm. et dje. U l'éeotê d*i CKmrtêi, « V. 6 



àâ * EXAMEN DES CHARTES DE CORBtE 

scription du chancelier est souvent rédigée à la première per~ 
sonne, et que la tendance qui s'accuse alors se généralisera au 
point de devenir règle absolue. 

Nous ne pouvons cependant douter que nous ne soyons en pré- 
sence d'un diplôme carolingien. Le chancelier Ithier occupa son 
office depuis 767 environ jusqu*à 776 où le chancelier Rado lui 
succéda. La date est tout à fait carolingienne avec sa division en 
Data suivi de la date de temps et Actum qui annonce la date 
topographique. Les termes de la date ne sont pas encore fixes : 
le cum regnare cœpi est une forme qui n'a rien d'insolite. Enfin, 
Tacte se termine par la formule d'apprécation //i/iomiVjcZ)ommi, 
variante de la formule plus habituelle In Dei nomine féliciter. 
Le mot Amen^ qu'on ne rencontre jamais dans les appréca- 
tions mérovingiennes, n'apparaît qu'à l'époque impériale. D'ail- 
leurs on ne voit pas quel intérêt tellement puissant eût poussé 
à forger cette simple confirmation. 

Ce qui fait l'intérêt de ces deux documents carolingiens dont 
la teneur est, somme toute, d'une grande banalité, c'est que, si 
l'on tient pour démontré qu'ils sont des transcriptions à peine 
rajeunies d'un diplôme de Dagobert III, ils nous livrent à peu 
de chose près le contenu et la forme des confirmations mérovin- 
giennes perdues qu'ils énumèrent et qu'ils peuvent aider à res- 
tituer. 

II. — Jugement de Charlemagne, 

Le second diplôme de Charlemagne est un jugement. II n^est 
resté aucune trace de ce document dans les archives de Corbie, 
et les historiens de l'abbaye n'en parlent pas. Mabillon le publia 
"d'après un manuscrit du xi* siècle * ; Eckhard reproduisit le texte 
de Mabillon ^, et Schôpflin en donna une nouvelle édition 

1. Mabillon, Annales ordinis s&ncti Benedicti, éd. de 1739, t. II, p. 652, 
n» 18. 

2. Eckhard, Origines serenissimae et potentissimae familiae Habsburgo^ 
Austriacae (Leipzig, 1721, in-fol.), p. 105. 



JUGEMENT DE CHARLEMAGNE SS 

d après un manuscrit qu*il appelle le Codex Christiani Urstitii 
Basil, *. Grandidier, dans les Preuves de son Histoire de V église 
de Strasbourg, publia de nouveau ce jugement diaprés un manu- 
scrit de Saverne du xvi* siècle et un Liber juris S. Pétri de 
1655 -. L'abbé Migne, dans sa Pairologie latine ^^ réédita le 
texte de Grandidier. Celui-ci prévenait ses lecteurs que Mabillon 
etEckhard n'avaient connu qu'un diplôme mutilé et corrompu, et 
que le texte de Schôpflin était plus défectueux encore. Mais il 
existe à la Bibliothèque Nationale une copie inédite, faite par 
les Bénédictins sur le manuscrit original des Libri Sancti Pétri 
rédigés en 14i9, qui nous fournit, avec des leçons meilleures, 
le même texte que celui de Mabillon, d'Eckhardet de Schôpflin ^. 
Nous donnons plus loin ^ ce diplôme d'après cette copie inédite, 
et en regard nous reproduisons le texte de Grandidier dont les 
manuscrits nous sont inconnus. Ainsi, à première vue, on se 
convaincra facilement que Grandidier nous a induits en erreur 
en prétendant nous rendre dans sa teneur intégrale un diplôme 
qui était mutilé dans les publications antérieures. En réalité, 
nous sommes en présence de deux rédactions bien différentes 
d'un môme diplôme ; dès lors. Tune des deux est Toeuvre d'un 
faussaire; notre but est de chercher à déterminer où est le faux, 
à dénoncer le faussaire, s'il est possible. Examinons d'abord en 
détail chacune des rédactions. 

Voici l'analyse du document tel que nous le trouvons partout, 
sauf chez Grandidier : « Deux avoués de Corbie, Agirerius et 
Aldradus, s'étant emparés de biens sis aux lieux dits Osthofcn 
et BoghaefFt ^, furent attaqués en restitution, par-devant le tribu- 
nal du roi, alors à Schlestadt, par l'avoué du monastère Saint- 



1. SchôpQin, AUatia diplomaiicay t. I, p. 51. 

2. Grandidier, Histoire de V Église de Strasbourg , t. II, preuves, p. 118, 
n«69. 

3. Migne, Patrologie latincy t. 97 (Carolus Magnus, I), col. 954, n^ 33. 

4. BibL Nat„ lat. 17197, fol. 104 v». 

5. \oy. Pièces justificatives, n° 19. 

6. Ces localités sont dans le diocèse de Strasbourg. 



84 EXAMEN D£S CHARTES DE COABIE 

Michel d'Honow, Otbert, qui se présenta pour le monastère et 
son abbé Beatus. Les biens dont la propriété était Tobjet du 
litige avaient été donnés [traderc) par Immo et livrés, remis 
(ferre) par Gerbriga au monastère Saint-Michel. Les avoués de 
Corbie comparurent ; mais, ne pouvant justifier de leurs droits 
sur ces biens, ils furent condamnés ; ils donnèrent des gages, en 
sus de Tamende qui leur avait été infligée, et sur-le-champ se 
dépouillèrent de la propriété par la remise d'un fétu au deman- 
deur ^ Le jugement était souscrit par Theudegarius. » 

Peu de documents sont, en ce qui nous concerne, aussi impé- 
nétrables que celui-ci : nous ignorons qui sont ces deux avoués 
de Corbie, Agirerius et Aldradus ; nous ne sommes même pas 
certains que le procès concerne directement Tabbaye de Corbie, 
bien qu'elle ait possédé certainement des biens en Alsace^; 
et nous n'avons pu découvrir si Agirerius et Aldradus compa- 
rurent devant le tribunal du roi comme avoués du monastère ou 
à titre personnel. Toutefois, il peutparaitrc plus vraisemblable que, 
Otbert assignant à la fois ces deux personnages qui sont Tun et 
Tautre avoués de Corbie, ceux-ci représentaient l'abbaye comme 
Otbert représentait Saint-Michel d'Honow ; mais je ferai remar- 
quer qu*à la (in de Tacte on interdit à Agirerius et à Aldradus 
ainsi quà leurs héritiers de prétendre à quoi que ce soit sur les 
biens attribués à Saint-Michel ; comme il n'est question ni du 
monastère de Corbie, ni de ses moines dans les clauses 
finales, on peut croire quWgirerius et Aldradus étaient cités 
personnellement et non en raison de leur charge. 

Aucun érudit, pas même Grandidier, n*a révoqué en doute 
l'authenticité de ce diplôme, qui, comme tous les jugements de 
cette époque, a conservé une forme et un aspect archaïques ^. Il 

1. Sur ce mode de la atipulatio, voy. Paul Viollet, Histoire du droit civil 
français, 2« édit., p. 596-598. 

2. Voy. plus loin le diplôme de Charles le Chauve daté de Compiègoe, 
8 septembre 843-avril 84i. 

3. A. Giry, Manuel de diplomatique, p. 713 et 721. Je me suis servi à 
dessein des propres expressions qu'emploie M. Giry pour définir un juge- 
ment mérovingien authentique, afin de bien montrer que cette catégorie 
d*actes avait conservé un formulaire archaïque. 



JUGEMENT DE CHARLEMAGNE 85 

est, en effet, dépourvu de préambule; l'exposé consiste dans 
rindication du lieu où siège le tribunal et dans le narré de la 
cause ; le dispositif, dans le jugement rendu par le roi sur le 
rapport du comte du palais Anselme. Pas de formules finales et 
pas de souscriptions autres que celles du chancelier ne se 
trouvent au bas de Tacte. Tel est dans sa très grande simplicité, 
sous Tune de ses formes, le jugement qui déboute les avoués de 
Corbie de leurs prétentions sur les biens du monastère Saint- 
Michel d'Honow. 

La rédaction de Grandidier, plus étendue, dissipe en partie 
les ténèbres qui entouraient la précédente : « Les deux avoués de 
Corbie, Agissericus et Aldradus, s'étant emparés de biens sis à 
Osthofen et à BohgaefTt, furent attaqués en restitution par 
Olhbert, avoué de Saint-Michel d'Honow et de son abbé Beatus. 
Les biens contestés avaient été donnés^ disait celui-ci, à Saint- 
Michel par Immo. Agissericus et Aldradus aflirmaient que ces 
biens leur avaient été offerts par Gerbriga, et ils montrèrent 
lacté de donation. Le roi ne sachant de quel côté était la vérité 
s'en remit au jugement de Dieu. Othbert, au nom de Tabbaye 
d'Honow, et Agissericus, au nom de V abbaye de Corbie^ se sou- 
mirent au jugement de la croix. Agissericus fut condamné. Les 
avoués de Corbie durent donner des gages, en sus de l'amende 
qui leur fut infligée, et se dépouiller, sur-le-champ, de la pro- 
priété par la remise d'un fétu au demandeur. Le jugement était 
souscrit par Theudegarius. » 

On voit par cette analyse ce qu'apporte de nouveau le texte 
publié par Grandidier. Tandis que dans l'acte précédent, la dona- 
tion des biens d'Osthofen et de Bohgaefft à Saint-Michel com- 
portait deux actions : la traditio par Immo et la remise par 
Gerbriga, sans doute la veuve d'Imnio, dans celui-ci elle ne 
comporte que la première. Gerbriga a remis les biens à Agisse- 
ricus et à Aldradus qui montrent leur titre de propriété. 
En second lieu, le jugement de Dieu par la croix appa- 
raît sans que rien dans le premier acte eût laissé supposer 
qu'il fût nécessaire. Enfin Agissericus et Aldradus sont 



86 EXAMEN DES CHARTES DE œRBIE 

cités au tribunal du roi, à Schlestadt, comme avoués de Corbie ^ 
En somme il n*y a rien dans le fond même de cet acte qui soit 
inadmissible : le crucis judicium existait dès le milieu du 
viii* siècle *. Toutefois la teneur même de cet acte donne lieu à 
quelques remarques importantes. Et d'abord, nous trouvons ici 
un préambule, ce qui est anormal dans les documents de cette 
espèce ; en effet, dans tous les jugements antérieurs à celui-ci, 
nous n'avons à signaler que deux exemples de préambule : Tun 
dans un diplôme de Clotaire III, en faveur de Saint-Bénigne de 
Dijon, qui est à bon droit suspect ^ ; Tautre, dans une charte 

1. Il est à peioe utile de faire remarquer la différence des noms : Agisse- 
ricus et Agirerius, Osthova et Oestiva, etc 

2. On en a un exemple pour Tannée 751. Cf. Du Cange, Glossarium, 
au moi judicium (p. 676, 3<> col.). Mais j^ignore à quel texte Du Cange Ta 
emprunté. Je n*ai pas, pour ma part, trouvé mention du judicium crucis 
dans des textes antérieurs aux premiers Carolingiens. Les plus anciens 
documents que je connaisse sur ce sujet sont les suivants : Formulée 
salicae Bignonianae, 13 (Zeumer, p. 232 ; de Rozière, II, p. 603, n« 502); ce 
recueil a été formé entre 769 et 775 (cf. Zeumer, p. 228). — Formulae 
salicae MerkelianaCy 42 (Zeumer, p. 257; de Rozière, II, p. 603, n« 502 />is); 
cette formule appartient à la deuxième partie du recueil qui fut ajoutée à la 
première vers 773. — Capitulare Haristallense, c. 10, 770, mars. Boretius, 
Capitularia regum Francorum (dans Mon, Germ. hLnl.j in-4, Leges)^ t. I, 
p. 49. — Capitulare legi Hibuariae addilum, c. 4 (addition au c. 12 de la 
loi ripuaire) et c. 7 (addition au c. 35) 803. Boretius, ï, p. 118. — Pippini 
Italiae régis capitulare, c. 4, 800-810. Boretius, I, p. 208. Il est bon de noter 
que, pour les deux additions à la loi ripuaire qui ne contenait rien sur le 
judicium crucis, deux mss. omettent les mots aut (ou vel) cruce. Les auteurs 
qui ont parlé du judicium crucis (Dahn, Grimm, Rellberg, Esmein) ne 
paraissent pas avoir connu d'autres textes. M. Marignan ne met pas en 
doute que Tépreuve de la croix fût employée à Tépoque mérovingienne, et 
il la décrit. Malheureusement, il ne donne aucune référence. {Études sur la 
civilisation française, t. II, Le culte des Saints (Paris, 1899, in-8^. Intro- 
duction, p. xxxix.) M. Maurice Prou, qui parle aussi du judicium crucis 
dans sa Gaule mérovingienne (p. 101-102) et semble s*appuyer sur le 
diplôme publié par Grandidier, dont personne n'avait mis en doute Tau- 
thenticité, écrit : « Une autre épreuve chrétienne était celle de la croix. 
Elle est mentionnée pour la première fois en 775, mais ce devait être un 
usage plus ancien. » C'est possible, en effet; mais cet usage n'était proba- 
blement pas très ancien. 

3. Diplôme de Clotaire III, Masiay, 22 octobre 664 (et non 663). 
Pardessus, Diplomala^ t. II, p. 131, n^ 349. Je ne prétends pas que ce 



JUGEMENT DE CHÀRLEMAGNB 87 

du maire du palais Peppin, en faveur de Saint-Denis * : ce plaid 
a revêtu une forme solennelle tout à fait exceptionnelle ; il existe 
en original aux Archives Nationales. Néanmoins, son authenti- 
cité est douteuse, et Lecointe, selon moi, a eu raison de se 
montrer circonspect *'. Jusqu'à plus ample informé, nous devons 
considérer comme une règle absolument générale Tabsence du 
préambule dans les jugements ; cette règle repose sur une ving- 
taine d'exemples bien et dûment constatés dont la majorité est 
puisée dans les documents originaux ^. Il y a, en outre, dans la 

diplôme soit faux, mais je crois que nous ne le possédons pas sous sa 
forme primitive (et c'est ce qui importe ici}. Il me sufGt de reproduire les 
souscriptions et la date pour justiGer mon opinion : « Abbuenus recognovit 
et datavit, sub die nono kalendarum Novembris, in anno octavo, régnante 
domno nostro Cblotario féliciter. Amen. Airardus presbyter recognovi et 
subscripsi. n Ce n'est pas conforme aux usages de la chancellerie. 

1. Charte de Peppin, sans lieu ni date. Pardessus, Diplomata, t. II, 
p. 418, n« 608. 

2. Lecointe, AnnaUê eeclesUitici Francorum, t. V, p. 254. 

3. Jugement de [Clotaire III] en faveur de Saint-Denis, novembre 659. 
Original, Pardessus, Diplomata, II, p. 107, n° 331. — Autre jugement de 
Clotaire III en faveur de Saint-Denis (vers 659). Original, Ibid.f p. 108, 
n* 32. — Jugement de Clotaire III entre Saint-Denis et Téglise de Rouen 
(vers 659). Original. Ibid., p. 411, n°334. — Jugement de Thierry III entre 
Amalgarius et Achildis, 30 juin 679, Luzarches. Original, Ibid,, p. 185, 
n® 394. — Jugement de Clovis III entre le diacre Chrotcharius et Chune- 
berctus, 12 août 691, Captunnaco. Original, Ibid., p. 217, n« 418. — Juge- 
ment de Clovis III entre Chaino, abbé de Saint-Denis, et Tabbé Ermenoald, 
5 mai 692, Saint-Cloud. Original, Ibid,, p. 223, n^ 424. - Jugement de 
Clovis III en faveur dingramnus contre Amalberchtus, 1*' mars 693, 
Valenciennes. Original. Ibid., p. 223, n^ 431. — Jugement de Childebert III 
en faveur d'Haino, abbé de Saint-Denis, 23 décembre 695, Compiègne. 
Original, Ibid.. p. 233, n^ 434. — Jugement de Childebert III en faveur du 
monastère de Tussonval, 14 mars 697 ou 698, Compiègne. Original. Ibid,, 
p. 241, n* 440, — Jugement de Childebert III en faveur de Saint-Germain- 
des-Prés, 25 février 703. Original. Ibid., p. 261, n« 456. — Jugement de 
Childebert III en faveur du clerc Audoinus, 8 avril 709, Quierzy-sur-Oise. 
Original. Ibid., p. 279, n° 473. — Jugements de Childebert III en faveur de 
Saint-Denis, 13 et 14 décembre 710, Montmacq. Originaux. Ibid., p. 285 et 
286, n^' 477 et 478. — Jugement de Childebert III en faveur de Ragnesin- 
dus, Montmacq, 10 février 701. Ibid., p. 287, n^ 473. (L'original existait 
encore au xvii* siècle dans les archives de Maximilicn de Béthune.) — 
Jugement de Chilpéric II en faveur de Saint-Denis, 7 mars 716, Compiègne. 



88 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

version de Grandidier des maladresses. Dans Texposé, il est dit 
que Agissericus et Aldradus retiennent injustement [injuste) les 
biens de Saint-Miehel d'Honow, alors qu'on n'en sait rien 
encore ^ Dans tous les autres jugements que nous avons vus, on 



Original, Ibid,, p. 305, n<* 497. — Jugement du maire du palais, Charles, 
décembre 719, Gla/nanvilla, //><</., p. 315, n^ 509. — Jugement de Peppin, 
maire du palais, en faveur de Saint-Denis, il février 746 ou 747, Ver. Ibid,, 
p. 403, n^ 589. — Jugement de Carloman, maire du palais, 15 août 746, 
Donaville. Ibid,, p. 405, n^ 591. — Deux jugements de Peppin, maire du 
palais, 17 août 749-750, Attigny. /Aie/., p. 414, n« 603; 20 juin 750-751, 
Attigny. Original, Ibid.y p. 415, n^ 604. Lecointe a élevé contre ces deux 
derniers des doutes ; Mabillon Ta réfuté. En ce qui concerne Tavant-dernier 
dont Toriginal a disparu, je croirais assez volontiers au moins à un rajeu- 
nissement, sinon à une fabrication totale. 

1. L^accusateur devait se contenter dédire que Taccusé détient les biens 
malo ordine. On sait que, chez les Francs, comme chez tous les peuples 
dans leur état social primitif, le formalisme règne dans les actes judiciaires. 
Il y a une disposition de la loi ripuairc qui fait allusion à la forme rigou- 
reuse que les plaideurs devaient respecter dans leur défense. (Lex Ribuaria, 
titre 67, c. 5 ; éd. Sohm, dans Mon, Germ, hist., in-fol., Leges, V, p. 257). 
Cf. E. Brunner, Wort und Form im altfranzôsischen Process, dans 
Sitzungsberichte der phiL-hist, Classe der Kais. Akadenile der Wiss. (Wien, 
1848), vol. 57, p. 680. — Avv. G. Battaglia, La difesa nei giudizi sotio la 
monarchia dei Franchi (Estratto délia Rivisla di storia a Filosofia del 
Diritto), tir. à part (Palerme, 1900, in-8), p. 14 et 15. — Voy. sur cette 
question un texte capital, Lex Ribuaria^ titre 59, c. 8, éd. Sohm, p. 257. — 
M. Zeumer n'indique pas moins de 32 exemples de l'expression malo 
ordine tirés des formules : Formulae Andecavenses, 28 et 47 (Zeumer, p. 13 
et 21); Formulae Turonenses, 29, 30, 31. 32, 33, 40 (Zeumer, p. 152, 153, 
454, 155, 157); Carlae Senonicae, II, 18, 20, 26, 27, 30 (Zeumer, p. 189, 
193, 194, 197, 198) ; Formulae Senonenses recentioreSy 3, 5, 7 (Zeumer, 
p. 212, 213, 214) ; Formulae salicaeRignonianae, 9, 13 (Zeumer, p. 231, 233) ; 
Formulae salicae Merkelianae, 27, 28, 29, 30, 32 (Zeumer, p. 251, 252, 253) ; 
Formulae Lindenbrogianae^ 19 (Zeumer, p. 280) ; Formulae Augienses^ 
collectio B, 2, 6, 22, 40 (Zeumer, p. 349, 352, 357, 362) ; Formularum 
codicis S, Emmerani fragmenta^ 2, 3 (Zeumer, p. 463) ; Formulae extra- 
vagantes, 5 (Zeumer, p. 537). — Dans les diplômes royaux de Tépoque 
mérovingienne, je n'ai pas trouvé d'autre expression. Cf. par exemple le 
jugement de Thierry III en faveur d'Amalgarius, 30 juin 679, Luzarches. 
(Original, Pardessus, Diplomata, Chartae, II, p. 185, n® 39 i) et le jugement 
de Chilpéric II en faveur du prévôt de Saint-Denis, Martin, 7 mars 716, 
Compiègne. {Original, Pardessus, Diplomata, Chartae, II, p. 305, n<* 497.) 
Dans un jugement du maire du palais, Peppin le Bref (20 juin 750-751, 



JUGEMENT DE CUARLEM AGNE . 89 

ne préjuge pas ainsi du résultat du procès. Le roi ayant recours 
au jugement de Dieu invoque pour justifier sa conduite Tusage 
{sicut longa consuetudo exposcit). Nous n'avons pas trouvé un seul 
exemple du jugement de Dieu dans les diplômes ; nous ne vou- 
drions pas conclure, en Tabsence de textes, que jamais les rois 
nWt eu recours à cette procédure, ou que jamais ils n'en ont 
consigné la mention dans leurs placita] mais il est à noter que le 
premier texte diplomatique qui en parle n*ait été connu que par 
Grandidier et ne soit arrivé jusqu'à nous que par son intermé- 
diaire ou par l'intermédiaire de ses sources inconnues de Mabil- 
lon, d'Eckhard et de Schôpflin. Et c'est d'autant plus remar- 
quable que précisément, dans cette partie seule de la teneur, 
Âgissericus et Aldradus comparaissent à titre d'agents de 
l'abbaye de Corbie. Il semble qu'il y ait antinomie entre ce 
passage et les clauses finales, où il parait bien qu'on se soit 
prémuni contre les revendications ultérieures des deux avoués et 
de leurs héritiers, sans qu'on ait pensé à faire intervenir le moins 
du monde l'abbé et les moines de Corbie. Il y a là une petite 
diificulté qui jette un doute dans l'esprit sur l'authenticité du 
texte publié par Grandidier. D'ailleurs, l'abbé Grandidier me 
parait sujet à caution : le faussaire, qui est surpris dans l'exer- 
cice de son métier, est justement suspect quand il nous présente 
des documents dont l'origine est mal établie. Il serait utile 
d'examiner tous les textes que Grandidier est seul à nous faire 
connaître et qu^il a presque tous tirés des archives épiscopales 
de Saverne, à moins que ces chartes ne soient tout simplement 
sorties de sa propre officine de faussaire. Ainsi, il existe pour le 

Attigny. Original. Pardessus, Ibid., p. 415, n^ 604), on voit accolé aux mots 
malo ordine Tadverbe injuste. Il y en a de multiples exemples au ix« siècle. 
Voy. entre autres un document de 862 qui montre bien toute la difTcrence 
qu'il y avait entre malo ordine et injuste (publié dans Vaissete et de Vie, 
Histoire générale de Languedoc^ nouvelle édition, t. II, pr., n^ 88. Je n'ai 
rencontré qu^un exemple (sans compter bien entendu celui que nous fournit 
notre diplôme de Grandidier) àHnjuste employé seul : c'est dans le jugement 
de Peppin, 17 août 749-758, Attigny (Pardessus, Ibid., p. 414, n« 603) qui 
est suspect. 



90 EXAHBM DES CHAETB8 DE OORBIE 

monastère Saint-Michel d*Honow, qui nous occupe ici, quelques 
chartes privées, considérées jusqu'alors comme des documents 
authentiques, et deux chartes de Peppin le Bref, maire du 
palais, qui sont, à n^en pas douter, des faux caractérisés, 
hien que Bréquigny, La Porte du Theil et Pardessus n'aient 
fait aucune difficulté de les insérer parmi les chartes vraies ^. 
Donc, Grandidier est, de prime abord, suspect *. Dans ces condi- 
tions, nous n'hésitons pas à donner la préférence, entre les 
deux rédactions, à celle dont nous trouvons la trace dès le 
xi^ siècle, et à rejeter comme un faux le document de Grandidier, 
qui n'a pas d'autre objet que l'acte ancien et qui s'attribuait 
évidemment la même date. Il est difficile d'indiquer le motif qui 
a poussé Grandidier à fabriquer ce faux ; il ne semble pas qu'on 
puisse faire intervenir ici un intérêt quelconque. Grandidier 



1. Pardessus, DiplontàU, Ch^rtae^ t. I, p. 181 ; t. II, p. 412. 

2. Ceci était écrit quand nous avons eu connaissance par la Revue 
historique (mars-avril 1898 et janvier-février 1809) des conclusions aux- 
quelles M. Hermann Bloch était arrivé à la suite d*une lon^e enquête sur 
Les faux de Grandidier (Zeitsckrift fur die Geschichte des Oberrheins, 
t. XII, 3« fasc. 1897, et t. XIII, 4* fasc. 1898). Nous avons parcouru les 
articles de M. Bloch. En ce qui concerne notre texte, M. Bloch signale 
trois manuscrits, celui de Paris dont nous nous sommes servis et deux 
cartulaires des archives impériales de Strasbourg qui sont du xvi* siècle. 
(Die Urkundenf&lschungen Grandidiers^ dans Zeilschrift, XII, p. 501.) Il 
adopte la date de 778 (p. 500), à tort. Mais il montre bien comment Gran- 
didier a falsifié le texte. En outre, M. Bloch a signalé 17 diplômes royaux 
et impériaux jusqu'à Henri V en faveur des monastères de Schultern et 
d*£bersheim et des monastères et églises du diocèse de Strasbourg, qui ne 
nous sont connus que par Grandidier et qui sont des faux forgés par lui» 
Ainsi s'est trouvé confirmée Topinion que nous nous étions faite de Grandi- 
dier. — La critique des résultats obtenus par M. Bloch a été tentée par 
M. Gasser, Grandidier est-il un faussaire'! (Paris, Picard, 1899); M. Gasser 
n'a point infirmé les conclusions de son adversaire. (Cf. Revue histort^ue, 
t. 70, juillet-août 1899, p. 458.) — Cependant M. Alfons Dopsch a recti- 
fié quelques assertions de M. Bloch en ce qui concerne les chartes fausses 
d'Ebersheim. (Die Ebersheimer Urkundenfâlschungen und ein bisher 
unbcachtetes Diensfrecht aus dem 42 Jahrhundert, dans les Mittheilungen 
des Instituts fur oesterreichische Geschichtsforschung^ XIX, fasc. 4, p. 577- 
«14.) 



JUGEMENT DE CHARLEMA6NE 91 

aurait-il donc voulu tout simplement surpasser ses devanciers, 
surtout Schôpflin, et établir sa renommée d'érudit à leurs dépens ? 
Le jugement n'est pas daté. Le roi Charles s'intitule rex 
Francorum et Langobardorum atque patricius Romanorum^ 
vir inluster. Il a pris le titre de roi de Lombardie à ime date 
indéterminée, comprise entre le 30 mai et le 2 juin 774 *. Pen- 
dant quelque temps, le protocole n'est pas bien établi ; c'est 
seulement à l'extrême fin de 775 ou au commencement de 776 
que le titre se fixe dans la formule rex Francorum et Langobar- 
dorum ac patricius Romanorum. Notre jugement est donc de la 
seconde moitié de Tannée 774 ou de l'année 775. M. de Sickel 
s'est prononcé pour la date de 775, au mois de décembre ^, déter- 
miné par la présence de Charlemagneà Schlestadt : on trouve, en 
effet, dans les Annales royales, que l'ehipereur séjourna dans 
cette ville au mois de décembre 775 et qu'il y célébra la Noël 
entre deux expéditions, lune contre les Saxons et l'autre contre 
les Lombards ^. Cette raison ne me parait pas suffisante, car il 
est possible qu'à l'époque où la guerre de Saxe le ramenait tou- 
jours sur les bords du Rhin, Charlemagne se soit arrêté à 
Schlestadt plusieurs fois pendant les années 774 et 775. C'est 
ainsi, par exemple, qu'en 774, revenant de Pavie où il avait 
pris la couronne dltalie, il se rendit à Ingelheim, pour aller de là 
fêter la naissance du Christ à Quierzy-sur-Oise ^. Pour aller de 
Pavie à Ingelheim, il dut nécessairement prendre lantique voie 
romaine sur laquelle était Schlestadt, l'ancienne Helvetum des 

1. A. Gîry, Manuel de diplomatique, p. 719. — Le premier diplôme où le 
monarque victorieux prend ce titre est daté du 5 juin 774. — Bôhmer- 
MQhlbaeher, Eegesta, n° 161, cité par A. Giry, op. cit., p. 718. 

2. Th. von Sickel, Acla Karolinorum, t. II, p. 32, n» 56. 

3. « Et celebravit natalem Domini in villa quae dicitur Scladdistat. » 
Annales regni Francorum (Annales Laurissenses majores), anno 775, 
éd. Fr. Kurze, dans les Scriptores rerum Germanicarum in usum schola- 
rum, 1895, p. 42. 

4. «Tune gloriosusdomnus Carolus rex, ipsa Italia subjugata et ordinata, 
custodia Francorum in Papia civilute dimittens, cum uxore et reliquis 
Francis Deo adjuvante cum magno triumpho Franciam re versus est. Et 
4um pervenisset in loco q[ui dicitur In^ilinhato)... » Ibicl** anno 774, p. 40. 



92 EXAMEN DES €HARTE9 DE GO^BIE 

Romains ^ Je n'ose, en conséquence, me prononcer pour l'une 
oulautre année. 

En somme, nous avons, dans la rédaction ancienne du jugement, 
,un bon diplôme de Charlemagne ; il y est question de Corbie. 
Mais nous devons, à défaut de renseignements plus complets, 
terminer cet examen par un point d'interrogation : ce diplôme 
concerne-t-il Corbie? 

III. — Diplôme de V empereur Charlemagne ou de Louis 

le Pieux. 

Un recueil de formules du ix* siècle 2, écrit pour la plus grande 
partie en notes tironiennes, nous a conservé un acte de l'abbaje 
de Corbie sur lequel les historiens et les diplomatistes se 
sont étrangement trompés. C'est un échange fait entre Tabbaje 
de Corbie et le fisc royal. L'abbé Adalhard a présenté au souve- 
rain sa requête ; celui-ci a ordonné au comte Maginarius, son 
agent, de s'aboucher avec les envoyés de l'abbé, de s'adjoindre 
des gens du pays habitant les terres du fisc, de mesuier en leur 
présence les biens qu'on lui propose, de s'enquérir avec soin de 
la qualité et de la quantité de ces biens et de faire un rapport 
que ledit comte lui enverra. L'enquête ayant été favorable, 
Adalhard transmit au fisc la propriété de cent bonniers de terres 
de rapport et de trente bonniers de forêt sis à Orville ^ ; le comte 

4. Longnon, Atlas historique de la France^ pi. 11 et ▼. 

2. BibL Nat.f la t. 2718, fol. 80 v«. Ce célèbre manuscrit a été reproduit 
en phototypie par Schmitz : « Monumcnta tachygraphica codicis Parisien- 
sis, lat. 2748, transcripsit, adnotavit, edidit Guilielmus Schmitz. » Hano- 
verae, 1882-1885, in-4. 

3. Il existe une dissertation de Du Cange, Sur la situation du palais 
d*Audriaca Villa, dans son Histoire de la ville d'Amiens et de ses comtes 
(Amiens, 1840, in-8, dissertation II). Les conclusions de Du Cange sont 
inacceptables. L'identification d'Audriaca villa a donné lieu à une longue 
discussion entre les membres du comité archéologique de Noyon. (Voy. 
Comité archéologique de Noyon, Comptes rendus et mémoires lus aux séances^ 
t. III (Noyon, 1868, iii-8), p. 336. L'un des arprumentateurs, M. l'abbé 
Th. Carlel, dans un article intitulé Autreivilla {ihid.^ p. 385), examine h 
fond 1^ question et conclut en faveur d'Orville. Parmi les textes qu'il 
invoque, il cite le diplôme de Charlemagne de 769 pour Corbie (p. 387) et 



DIPLÔME DE L^EMPEREUR CHàRLEHAGNE -93 

« 

Maginarius, en échange, lui donna des bonniers de terre et de 
forêt dont la quantité ne nous est pas indiquée et dont rempla- 
cement ne nous est pas connu. 

Ce diplôme a été attribué par tous les éditeurs aux deux 
empereurs Louis le Pieux et Lothaire. M. de Sickel la daté de 
décembre 825 K Si le diplôme était réellement émané de' ces 
princes, il ne pourrait pas être antérieur en efFet à 825 puisque 
c*est en cette année que le nom de Lothaire est accolé dans les 
actes à celui de son père '-. Or, il existe un autre diplôme de ces 
mêmes princes daté d'Aix-la-Chapelle et délivré à la requête de 
Tabbé Adalhard ^ ; on devait croire que les deux diplômes avaient 
été rendus dans la même circonstance. Louis et Lothaire étaient 
ensemble à Aix-la-Chapelle pendant Thiver de 825 ^. Adalhard 
est mort le 2 janvier 826. Notre diplôme pouvait donc bien être de 
décembre 825. M. Zeumer a été moins précis, et n*a daté ce texte 
que du mois d'août 825 au 2 janvier 826 ^ , car au mois d'août 
Louis et Lothaire tinrent un plaid à Aix-la-Chapelle. Tous ces 
calculs reposent sur une base mal établie. Le diplôme est-il de 
Louis et de Lothaire ? c'est ce qui n'est pas suiïïsamment démon- 
tré. Deux abbés du même nom ont régi le monastère de Corbie, 
Adalhard le Vieux de 780 à 826, avec une interruption de 814 à 
821, pendant laquelle un homonyme a été abbé. Pour distin- 
guer ces deux personnages^ après la restauration d'Adalhard le 
Vieux, on désigna celui-ci dans les textes relatifs à Corbie par le 
mot senex ^. Ici, ce mot manque. On doit donc se demander 

le document dont nous nous occupons ici. Il mentionne ce dernier d'après 
dom Grenier (t. 43, fol. 12} et l'attribue naturellement à Louis le Pieux et 
à Lothaire. 

i. Th. V. Sickel, Die Urkunden der Karolingerj t. I, l"^ partie, p. 332, 
— 2« partie, p. 268, n. 4 ; t. II, p. 155, n» 238, 

2. A. Giry, Manuel de diplomatique^ p. 723. 

3. Voy. Pièces Justificatives, n^ 13. 

4. Annales regni Francorum, 825, éd. Kurze, dans les Scriptores rerum 
germanicarum in usum scholarum, p. 168. 

5. Zeumer, Forrnulae impériales, n^ 36. 

6. Voy. diplôme de Louis le Pieux et Lothaire en faveur de Corbie, 825, 
Pièces Justificatives, n*» 13, 



94 EXAM6N D£S chartes DE CORftiE 

de quel Adalhard il s*agii. Un passage du diplôme permettait, 
croyait-on, d'écarter Adalhard le Jeune : '< Lorsque nous prétons 
une oreille attentive aux demandes des serviteurs de Dieu, nous 
exerçons une prérogative royale et impériale, regiam et imperia- 
lem consuetudinem exercemus. » Carpentier, qui le premier 
édita ce texte, crut qu'un tel langage convenait à deux person- 
nages : Tadjectif re^ia s'appliquait à Lothaire, roi dltalie depuis 
avril 821 ; Tadjectif impcrialis^ aux deux souverains. Cette 
erreur initiale de Carpentier a eu plein succès ^ On n a pas 
remarqué que Texpression regia et imperialis consuetudo n a 
pu prendre naissance que dans ta chancellerie d'un soiiverain qui 
s'intitulait rex et imperator. Ce n'était pas le cas pour Louis le 
Pieux et Lothaire qui s'intitulent toujours imperatores augusti. Il 
fallait remonter à l'époque de Charlemagne pour trouver un 
prince qui, dans le protocole initial comme dans la date, portât 
les titres de roi et d'empereur. L'expression regia et imperialis 
survécut à Charlemagne ; on la trouve, en effet, dans quelques 
actes de Louis le Pieux, et en particulier dans deux formules du 
recueil d'où est tiré le diplôme qui nous occupe ici ^^ ; mais elle 
semble avoir disparu d'assez bonne heure et je ne l'ai point ren- 
contrée dans un seul précepte des deux empereurs ou de Louis le 
Pieux après 825. L'édition de M. Zeumer porte, dans l'annonce 
abrégée des signes de validation, manibus propriis, qui ne con- 
viendraient pas à un diplôme de Charlemagne, mais bien à un 
diplôme de Louis et de Lothaire. Manibus propriis est une 
interprétation des notes tironiennes du manuscrit, et non une 

i. Elle était d*autant plus facile à commettre que Ton croyait que le for- 
mulaire en notes tironiennes de la Bibl. Nat. (iat. 2718) contenait seulement 
des chartes du temps de Louis le Pieux. « On sait, dit Julien Havet, que ces 
formules appartiennent toutes au temps de Louis le Pieux et ont été copiées 
sur des actes authentiques de ce prince. » Quest. mérov,, VII. Le» Acte» 
de» évéques du Mans, dans Œuvres, t. I, p. 403-404. 

2. Ce sont les n«» 28 et 43 du recueil. Cf. Bouquet, Historien» de France, 
t. VI, p. 647 et 655. Le n^ 28 est une donation accordée à la requête de 
Teodone referendario dilecti filii nostri Lotharii consortis; elle est posté- 
rieure à 817 ; mais comme rien ne permet d'affirmer que le diplôme était 
écrit au nom des deux empereurs, elle doit être antérieure à 825. 



DIPLÔME DE l'empereur CHARLEMAÔNB 9S 

lecture ; on ne peut lire que manu propri que Ton doit interpré- 
ter manu propria. Notre diplôme peut donc être attribué soit à 
Charlemagne, soit à Louis le Pieux. Pour le donner à Louis le 
Pieux, on peut invoquer que le recueil de formules qui le con- 
tient ne renferme que des documents du temps de cet empereur ; 
mais cela aurait besoin d'être rigoureusement démontré ^ 

Le nom du comte Maginarius ne peut pas nous être d'une 
utilité quelconque ; c'était un nom très commun à cette 
époque. Carpentier, et, après lui, Mabillon ^ et dom Bouquet ^, 
avaient fait remarquer que dès Tannée 792 ce comte avait été 
chargé d'une mission assez analogue à celle que Tempereur 
lui confie par notre diplôme ; il avait fixé les limites du monastère 
Saint- Pierre de Cannes (dans TAude *.) Peut-être faudrait-il 
ridentifier avec le comte Meginharius, dont le (ils, Reginharius, 
fut Tun des chefs de la révolte de Bernard contre l'empereur 
Louis le Pieux en 817 ^, et qui figure parmi les souscripteurs 
du testament de Charlemagne ^ ; c'eût été un très grand person- 
nage, puisqu^en 811 il aurait traité de la paix avec les Danois ^. 
M. Zeumer a identifié Maginarius avec un comte de Sens, 
d'après Simson ^ et ce comte de Sens ne peut être le même 
que l'agent de Charlemagne. 

4. Le recueil contient des actes d^origines très diverses. Il se peut par 
conséquent qu'il y ait des formules extraites de diplômes de Charlemagne. 
Les n°* 18 et 26, et surtout ce dernier, pourraient être aussi bien de 
t^harlemagne que de Louis le Pieux. Ce qui complique la question, c*estque 
quelques-unes de ces formules ont des titres, et Tauteur du recueil, quand 
il a fait un emprunt à un diplôme de Louis et que cela n*est pas évident par 
le contenu même du texte qu'il publie, indique la provenance. Il ne Ta 
fait ni pour la charte dont nous faisons la critique (n^ 23) ni pour les 
n«» 18 et 26. 

2. Mabillon, De re diplomaticsL^ liv. VI, p. 504. 

3. Bouquet, Historiens de France, VI, p. 645, en note. 

4. Histoire de Languedoc^ nouv. éd., t. II, preuves, col. 57, n« 10. 
L*acte est daté du 5 décembre 791. Magnarius y est dit comte de Narbonne. 

5. Annales r^jni Francorum (éd. Fr. Kurze), p. 148. 

6. Eginhard, Vita Karoli, c. 33. 

7. Annales regni Francorum, p. 134. 

8. Simson, Jahrbûcher des Fraenkischen Reichs unter Ludwig dent 
Frommen^ I, p. 113, n. 9 ; II, p. 245. 



96 : EXAMEN DES CHARTE^ DE GORBUC 

Nous proposons de restituer à Charlemagne ou à Louis le Pieux 
un diplôme que jusqu'alors on avait mis sous les noms accolés 
de Louis le PieuK et de Lothaire, sans raison suffisante. S*il 
«st de Charlemagne, il est postérieur au 25 décembre 80O, 
puisque Charles est empereur ; s'il est de Louis le Pieux, il 
n'est pas postérieur à 821, car, dans le cas contraire on trouve- 
rait le nom d'Adalhard accompagné de Tépithète senex. Cela 
me semble encore confirmé par ceci : dans les passages des 
Statuts d'Adalhard où il est question des biens de Tabbaye et 
qui, communs aux trois rédactions que nous connaissons de ces 
Statuts, appartiennent probablement à la rédaction primitive de 
janvier 822, on ne trouve pas mention d'Orville. Orville n'aurait 
donc plus appartenu à l'abbaye dès 821. Notre diplôme compris 
entre 800 et 821 a été sollicité par l'un des deux Adalhard ; nous 
ne pouvons choisir entre les deux homonymes. 



IV, — Diplôme de Louis le Pieux. 

Ce devait être pour les abbés un devoir impérieux que celui 
de faire confirmer les privilèges de leur abbaye à chaque nouveau 
règne. L'abbé Adalhard suivit l'exemple de ses prédécesseurs en 
demandant à Louis le Pieux la confirmation du privilège immu- 
nitaire de Charlemagne de l'an 769. Le roi accueillit favo- 
rablement la requête de l'abbé, comme en témoigne l'instru- 
ment diplomatique daté du 4 des calendes de février, l'an I^ du 
règne, huitième indiction, et rendu à Aix-la-Chapelle. 

L'authenticité de ce diplôme n^a jamais été attaquée depuis 
que M. de Sickel en a publié le texte pour la première fois *. 
Formules et style sont excellents ; l'objet même du diplôme n*a 
rien qui doive étonner ou surprendre. Mais, à l'examen appro- 
fondi du document, quelques difficultés suivissent qu'il faut 
résoudre pour la parfaite intelligence du diplôme. 

1. Th. V. SickelyBeitrâge zàr Diphmatik, V, 399, n« 9. 



DIPLÔME DE LOUIS LE PIEUX 97 

La date, dont nous avons énuméré ci-dessus les éléments, 
doit tout d*abord nous arrêter. On admet, en effet, que les 
années, de Tempire ont été comptées à partir du jour ou du 
lendemain de la mort de Charlemagne, c'est-à-dire du 28 ou du 
29 janvier 814 ^. La première année du règne s'étendrait du 28 
ou du 29 janvier 814 au 27 ou 28 janvier 815. Notre diplôme 
serait donc de Tannée 814, le 4 des calendes de février corres- 
pondant au 29 janvier. Contre cette date, 29 janvier 814, deux 
objections s'élèvenl, pour ainsi dire, d'elles-mêmes. D'abord la date 
de 8{4 ne concorde pas avec l'année indictionnelle ; la huitième 
indiction est celle de 815. En second lieu, il y a incompatibilité 
entre 814 et la date de lieu, Aix-la-Chapelle. Le 29 jan- 
vier 814, Louis le Pieux n'était pas à Aix-la-Chapelle. Les Annales 
royales nous apprennent que la nouvelle de la mort de son 
père trouva Louis à Doué, aujourd'hui chef-lieu de canton 
de l'arrondissement de Saumur, dans le département de 
Maine-et-Loire, où il hivernait, et qu'il arriva à Aix-la-Chapelle 
le trentième jour seulement après le décès du grand empereur, 
soit le 27 février ^. Nous sommes donc amenés à rejeter la date 
de 814 qu'avait adoptée dom Grenier ^ et à accepter celle du 
29 janvier 815 que M. de Sickel assigne à cet acte ^. Dès lors ne 
faut-il pas modifier légèrement l'opinion trop absolue de ceux 
qui comptent les années du règne à partir du 28 ou du 29 jan- 
vier 81 4 en disant simplement : à partir d'une date indéterminée, 
mais voisine du 28 ou du 29 janvier 814? Il pourrait même se 
faire que l'on ait compté les années du règne à dater du jour où 
Louis le Pieux a commencé de régner effectivement, de remplir 

i. A. Gîry, Manuel de diplomatique, p. 723. 

2. u Cujus rei nuntium cum Hludowicus filius cjus in Aquilania apud 
Teodadum villam, ubi et ipse tune hibernabat, plurimis dcferendis 
accepissety tricesimo, postquam id acciderat, die Aquasgrani vcnit suni' 
moque omnium Francorum consensu ac favore patri successit. » 
Annales regni Francorum [Ann. Laurissenses majores), 814, éd. Kurze, 
dans les Script, rer, Gennan. in usum scholarum, 1895, p. 140. 

3. BihL Nat., Grenier, t. 32, p. 63 ; — collection Morcau, 1. 1, fol. 44. 

4. Sickel, Beitrêge zur Diplomatik, V, 399, n* 9. 

m. «f dot. it l'ÉeoU du Chartes -^ V. 7 



98 EXAMEN DES QURTES DE œRBlE 

ses devoirs d'empereur, c'est-à-dire du 27 février, comme le 
disent les Annales royales ^ Je n'ai pas trouvé de diplôme de 
Tempereur Louis dont la date inCrmât cette conclusion ^. 

Une phrase de Texposé demande aussi quelques éclaircisr 
sements ; c'est celle où il est dit que Tabbé a demandé confirma- 
tion de rimmunité de Charlemagne : 

« Idcirco notum sit quia venerabilis vir Adalardus abbas 

detulit nobis immunitatem domini et genitoris nostri Karoli bohe 
memorie piissimi imperatoris, ubi invenimus insertum quomodo 
et ipse antecessores ejus priores reges Francorum praefatum 

monasterium sub plenissima defensione et immunitatis tui- 

tione habuissent. » 

Charlemagne est ici qualifié d'empereur. Son nom est écrit par 
un K [Karolus) ; c'est seulement après Tévénement du 23 
décembre 800 que dans la teneur des actes le nom de Charle- 
magne est ainsi écrit. On pourrait donc croire que Louis le Pieux 
confirme un privilège de Charlemagne, empereur, identique pour 
le fond au diplôme de 769. Mais la graphie Karolus et le 
titre d'imperaior me paraissent être le résultat d'une habitude 

1. Voy.p. 97, D. 2. Le passage cité continue ainsi : « Et ad susccpti regni 
administrationcm cura conversa primo legationes gentium, quae ad patrem 
vénérant, auditas absolvit, alias dcinde simili modo ad patrem quidem 
missas ad se vero venientes suscepit. » 

2. On s'est demandé si les mots Data et Actuni n'indiquaient pas deux 
actions ; si datum ou data ne correspondait pas à la « documentation », 
c'est-à-dire au temps où la lettre était « donnée », et si aclum ne se rap- 
portait pas à « l'action », c'est-àdire k l'ordre donné par le roi à la chan- 
cellerie d'expédier le diplôme. Mabillon et M. de Sickel s'accordent pour 
admettre cette dualité d'opérations. M. Giry, qui cite leur témoignage 
(Manuel de diplomatique , p. 587 et l>88), constate que cette distinction 
n'est guère sortie au moyen âge du domaine de la théorie, et il conclut 
d'une façon générale « que les divers éléments correspondent à des 
moments divers, soit de r« action » soitde la « documentation». Quoi qu'il 
en soit, la question serait de savoir si, en l'espèce, le lendemain de la 
mort de Charlemagne, Louis étant à Doué aurait pu être sollicité en faveur 
de l'abbaye et donner un diplôme daté de la première année de son règne. 
Cela me parait tout à fait impossible, étant donnée la distance qui sépare 
Aix-la-Chapelle et Corbie de Doué, et ladifliculté des communications. 



DIPLÔME DE LOUIS LE PlEUX 99 

prise depuis longtemps déjà dans la chancellerie impériale, et ne 
décèlent pas une intention du scribe qui eût voulu par là nous 
faire savoir qu'il avait sous les yeux un diplôme impérial. La suite 
du discours me fait supposer qu'il n^y eut pas deux diplômes 
de Chariemagne, Tun royal, l'autre impérial, ayant tous deux 
même objet et même but, et que nous possédons Timmunité, 
à laquelle ilelst fait allusion ici, dans l'acte du 16 mars 769 daté 
d'Orvaie. 

Le nom de l'abbé Adalhard qui a sollicité le diplôme a jus- 
tement attiré l'attention de dom Grenier ^. Cet auteur, pensant 
que le diplôme était de 814, se posa la question : qui était cet 
Adalhard? Depuis 780, l'abbaye était gouvernée par Adalhard, 
neveu de Peppin le Bref par son père Bemhard, cousin de Char- 
lemagne et frère de Wala. Si le diplôme était du 29 janvier 814, 
il s'agirait certainement de ce personnage illustre, puisqu'il ne 
fut exilé qu'en 814 au monastère de Saint-Philibert, dans l'île de 
Noirmoutier, après le concile de Noyon où il assistait ^. Caulain- 
court se trompe quand il place cet exil dans la seconde année 
du règne de Louis le Pieux 3. Mais en 815, un autre abbé était à 
la tête du monastère et cet abbé s'appelait encore Adalhard : 
Adalhard le Jeune géra Tabbaye pendant les sept années que 
dura l'exil d' Adalhard le Vieux ^. Nous avons donc la preuve, par 
notre diplôme, qu'Adalhard le Jeune porta le titre d'abbé pen- 
dant qu'il en exerçait les fonctions. Caulaincourt pense que le 

i. Bibl. Nat., Grenier, t. 32, p. 63 : « Ce diplôme est daté d'Aix-la- 
Chapelle, de la i'* année de Tempire du sérénissime empereur LoUis, et 
accordé à la demande deTabbé Adalhard, mais je ne peux dire si c'est à la 
réquisition de nôtre saint ou d'Adalhard le Jeune qui fut choisi à sa place 
pour gouverner l'abbaye de Corbie lorsque nôtre saint fut disgracié et exilé 
par Tempereur Louis, ce qui arriva cette même année 814. » 

2. Simson, Jakrbûcher des Fraenkischen Reichs unter Ludwigdem From- 
men, I, p. 21. 

3. BibL NaL, lat. 17757, fol. 8. 

4. Annales regni Francorum, anno 821, éd. Kurze, p. 156 : « Adalhardum 
quoque de Aquitania, ubi exulabat, evocatum Corbeiae monasterio, ut prius 
fuerat, abbatem ac rectorem esse jussit. » — Simson, op, cii,^ I, p. 171, et 
II, 267-273. 



100 EXAMEN DES CHARTES DE GORBIE 

diplôme a été sollicité par Adalhard le Vieux en 815 et ne fait 
pas mention de son successeur ^ M. Joseph Garnier^, après les 
auteurs du Gallia Christiâna ^, ne regarde celui-ci que comme un 
simple procurateur de Texilé. Mieux inspirés, à mon avis, étaient 
dom Coquelin *, Mabillon ^, dom Grenier ^ qui se conformaient 
à la tradition de Tabbaye représentée par les anciens catalogues 
des abbés de Corbie ^. 

On doit considérer comme acquis que, le 29 janvier 815, 
Tabbé intérimaire Adalhard le Jeune sollicita de Louis le Pieux 
la confirmation du diplôme que Charlemagne avait rendu le 
16 mars 769 à Orville sur la demande de Tabbé Hado. L'empe- 
reur satisfit au désir de Tabbé et donna un diplôme dont nous 
avons le texte authentique. 



er 



V. — Le diplôme des empereurs Louis le Pieux et Lothaire l 

et le diplôme de Louis, roi de France, 



En 821, Tabbé Adalhard le Vieux avait été rappelé d'exil par 
l'empereur Louis le Pieux et replacé à la tête de son abbaye ^. 
Au plaid d'Attigny tenu au mois d'août de l'année suivante, 
l'empereur confessa publiquement ses torts envers l'abbé de 
Corbie et le frère de celui-ci, Wala ^. La réconciliation des deux 
cousins était entière et labbé pouvait demander à l'empereur 



i. BibL A'a/., lat. 17757, fol. 7 vo. 

2. Dans les Mém. de la Soc» desAntiq. de Picardie^ t. VIII, p. 409, note 2. 

3. Gallia Chrisiiana^ X, i267. 

4. Historiae regalis abbatiae Corbeiensis compendium, éd. Garnier, p. 409. 

5. Annales ordinis »ancti Benedicli, II, p. 412 et 417, 

6. BibL Nat.y Grenier, t. 32, p. 63 et suiv. 

7. Voy. Appendice, n9 2. 

8. Voy. plus haut, p. 99, note 4. 

9. Annales regni Francorum (éd. Kurze), anno832, p. 158 : « [de] his 

quae circa Adalhardum abbatem et fratrem ejus Wahalum gesta sunt, 
publicam confcssionem et pacnitentiam cgit. » 



DIPLÔME DES EMPEREURS LOUIS LE PIEUX ET LOTHAIBE l^^ 101 

de nouvelles faveurs pour son monastère ; il n'y manqua pas : 
un diplôme en fait foi. 

Ce diplôme, donné à Aix-la-Chapelle la douzième année du 
règne de Louis le Pieux et la quatrième de Lothaire, comporte 
deux choses : 1^ l'empereur renouvelle l'immunité de l'abbaye 
qui confère à labbé et aux moines la libre disposition de leurs 
biens ; 2® il reconnaît aux moines le droit d'élire leur abbé selon 
la règle monastique. 

De prime abord, ce privilège n'est pas sans nous donner des 
inqidétudes sur son authenticité. La date et les souscriptions 
sont mauvaises. Dom Grenier, qui a vu l'original à une époque 
où il était encore lisible', nous dit qu'il était très maltraité, 
« principalement du côté des notes chronologiques ^ » . Cette con- 
statation ne suffit pas à laver notre diplôme du soupçon qui pèse 
sur lui. La date : Data Aquisgrani^ anno XII imperii Hludoviciet 
Hlotarii /F, indictione,,. n'a rien de carolingien; elle a dû être 
remaniée puisqu'elle n'offre pas la division en Data et Actum 
constante dans les diplômes authentiques, et qu'elle présente 
dans le détail des anomalies que la simple comparaison avec cette 
autre date empruntée à un diplôme original fera nettement res- 
sortir : 

c( Data IIII idus novembris, anno Christo propitio imperii 
domni Hludowici serenissimi Augusti XIIII'"^, domni vero 



1. L'original conservé à Amiens dans la colleclion privée de M. L. Ledieu 
est devenu totalement illisible à la suite de tentatives pour faire revivre 
récriture. Je dois cette communication àTobligeance de M. Durand, archi- 
viste de la Somme. D'après une lettre du Ministère de Tinstruction publique 
adressée h Champollion-Figeac et datée de Paris, 23 juillet 1836, le diplôme 
original de Louis le Pieux et de Lothaire appartenait, à cette époque, à la 
Bibliothèque d'Amiens. Champollion-Figeac dit qu'il était peu lisible et 
que, cependant, on pouvait se rendre compte qu'il fournissait peu de 
variantes intéressantes aux éditions existantes. Chartes sur papyrus appar- 
tenant à la bibliothèque d'Amiens, dans Documents historiques inédits tirés 
des collections manuscrites de la bibliothèque royale et des archives ou des 
bibliothèques des départements publiés par M, Champollion-Figeac, t. I 
(Paris, 184i, in-4), !'• partie, Rapports et notices, p. 439. 

2. Bibl. Nat,y collection Moreau, 1. 1, fol. 66. 



102 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

Hlotharii VI, indictione VP*. Actum Carisiaco palatio regio. In 
Dei Domine féliciter*. » 

J'ai dit que la date avait été remaniée ; je n'affirme pas qu'elle 
soit fausse, car les éléments chronologiques qui la composent 
pris séparément peuvent avoir été empruntés à une charte 
authentique. La douzième année de l'empire de Louis le Pieux 
correspond à 27 février 825-26 février 826 ^. C'est précisément 
en l'année 825 que le nom de Lothaire apparaît dans les 
diplômes impériaux à côté de celui de Louis 3. Les années de 
son règne n'ont pas été comptées à dater du jour où il fut associé 
à l'empire (juillet 817), ni du jour de Pâques (5 avril) de l'année 
823 où il fut sacré empereur à Rome par le pape Pascal, mais 
d'un jour indéterminé de Tannée 822. En 822, je ne vois pas 
d'autre circonstance que celle du plaid d'Attigny qui ait pu servir 
de point de départ aux années du règne effectif de Lothaire ; le 
parti ecclésiastique auquel Lothaire a fait des avances et que 
dirigent Adalhard, Wala, Tarchichapelain Hilduin, abbé de 
Saint-Denis, et l'archichancelier Helisachar triomphe * ; c'est lui 
qui dut, sans doute, imposer à Tempereur Louis son fils comme 
collaborateur : plus tard, en 829 et 880, en 832, ne remarque- 
t-on pas que, selon que ce parti a plus ou moins d'influence, 
Lothaire exerce ou n'exerce pas ses prérogatives impériales ? La 
quatrième année du règne s étendrait du mois d août 825 au mois 
d août 826. Notre diplôme serait donc compris entre août 825 et 
le 26 février 826. Mais la mention de l'abbé Adalhard et la 
date topographique nous permettent de préciser davantage. 
Adalhard le Vieux mourut, en effet, le 2 janvier 826 ^, à trois 

1. Diplôme du 10 novembre 827 pour Saint-Denis. Original, A rc/i. iVa/., 
K 9, n» 4. — Bôhmer-Miihibacher, Regesia, n« 818. — Cité par A. Giry, 
Manuel de diplomatique, p. 723. 

2. Voir plus haut, p. 97 et 98. 

3. A. Giry, op, cit., p. 723. 

4. Sur l'inÛuence de ce parti, voir A. Himly, Wala et Louis le Débonnaire, 

5. Nécrologe de Nivelon, Bibl. Nat,, lat. 17770 : « IV non. jan., Corbeia 
monasterio natalis sancti Adalardi confessons et abbatis, cui Christus in 
transitu mortis apparuit. 9 



DIPLÔME Dfia EMPEREURS LOUIS LE PIEUX ET LOTHAIRE l^' 103 

heures de Taprès-midi K De plus, les deux empereurs ne se sont 
trouvés ensemble à Aix-la-Chapelle que deux fois dans Tannée 
82S : au mois d'août, ils y tinrent un plaid ; ils y revinrent au 
commencement de Thiver, une fois la chasse automnale termi- 
née '. M. de Sickel s'est tenu dans une réserve prudente en don^ 
nant au diplôme la date de 825 sans spécifier le mois ^. Décembre 
me parait improbable : Âdalhard tomba malade, à Corbie, de la 
fièvre qui Temporta, le 22 décembre ^. Il est plus vraisemblable 
que Tabbé vint assister au plaid du mois d'août et qu'il profita 
de l'occasion pour attirer sur le monastère qu'il gouvernait la 
munificence des deux empereurs -^ Je m'arrête donc à cette date 
un peu vague d'août 825. 

Des deux souscriptions de Louis et de Lothaire, l'une n'est 
pas correcte, celle de Louis ; la formule habituelle est Siffnum 
Hludowici serenissimi augusti (ou imperatoris augusti) ; le quali- 
ficatif augustus n'est jamais omis. La souscription de chancel- 
lerie n'est pas conforme aux souscriptions authentiques ; celles-ci 
sont toujours rédigées à la première personne : N. notarius (ou 
diaconus) ad vicem Fridugisi recognovi et subscripsi^ ce dernier 
mot se perdant dans une ruche 6. La formule employée ici.,, ad 
vicem Fridugisi recognovit est donc doublement fautive. 

i. Pascbase Radbert, De vita sancti Adalhardi ; Migne, Pairol. lat,, 
t. 120, col. i 548-1 549 : « Tum idem, quando et Christus in cruce, eraisit 
spirilum. » 

2. Annales regni Francor u m, %2^,éd, Kurze, p. 167-168 : «.... filium siium 
Hlotharium ex Italia regressum ibique (Rem ire mont) ad se venientem sus- 
cepit ; ac peracta venatione, Aquasgrani rediens generaiem populi sui con- 

vcntum more sollempni mense Augusto habuit Completis omnibus 

negotiis... Noviomagum cumfilio maiore secessit... Ipse autem autumnali 
venatione compléta circa hiemis initium Aquasgrani re versus est. » 

3. Sickel, Acta KaroUnorum, II, p. 155, n° 237. 

• 4. Paschasc Radbert, De VUa sancli Adalhardi ; Migne, PatroL /a/., 
t. 120, col. 1546 : «... sed tetigit eum triduo ante natalem Domini validis- 
sima fcbris. » 

5. Par une aberration singulière et inexplicable, M. Joscpb Garnier (A/<<m. 
de la Soc, des Antiq, de Picardie, t. VIII, p. 409, note 3) fait obtenir ce 
diplôme par Wala. 

6. Sur les souscriptions des diplômes de Louis le Pieux, voy. A, Giry, 
Manuel de diplomatique y p. 722, 



104 EXAMEN DES CHARTES DE œRBlB 

Si nous examinons la teneur dont les formules sont bonnes et 
dont le discours est celui d'un bon diplôme carolingien, un seul 
passage fixera notre attention déjà prévenue par les irrégularités 
des souscriptions et de la date, celui où les empereurs accordent 
aux religieux corbéiens le droit d'élire Tabbé selon Tinstitution 
canonique de la règle. Voici ce passage : 

« Volumus quoque ut predicti monasterii monachi licentiam 
habeant, secundum regularis vitae institutionem, eligendi sibi 
abbatem, quamdiu regalis celsitudo viguerit ^ » 

On trouve quelquefois, dans les diplômes authentiques, de ces 
additions ; le rédacteur a oublié Tune des clauses et il l'introduit 
par une formule très simple, volumus quoque ut, qui n'est pas 
soumise à une règle bien fixe. De plus, il ny aurait rien de 
choquant à supposer que l'abbé Adalhard, très âgé (il était sep- 
tuagénaire), sentant venir la mort, eût voulu assurer la libre 
élection de son successeur et ménager ainsi sa succession à son 
frère que l'empereur Louis le Pieux aurait peut-être tenu à écar- 
ter. Aussi ce passage n'avait-il jamais arrêté l'attention des 
diplomatistes ; et cependant il est, je crois, un remaniement. 
Ce n'est point ainsi que se présente généralement cette clause •. 
Dans l'acte conciliaire de Paris, de 846, il est fait allusion en ces 
termes au diplôme de Louis et de Lothaire : « Inter cetera, 
venerabilis frater noster Radbertus abbas Corbeiensis monasterii 
obtulitnobis sacras litteras piissimorum principum, Hludowici 
scilicet bonne memoriae piissimi imperatoris ac Hlotharii filii 
ejus, quibus cautum est, ut ipsum monasterium, secundum anti- 
quum morem jam inde a principio custodituni, electionis gra- 
tiam et rerum suarum dispensa tionis libertatem haberet, cum 

1. Je ne prétends pas qu'une telle faveur n'ait jamais été accordée aux 
monastères par les souverains. Nous en avons, au contraire, de nombreux 
exemples. Mais j'affirme ici, et je le montre plus loin, ch. IV, que Louis le 
Pieux et Lothaire ne l'ont point octroyée aux moines de Corbie. 

2. Cf. par exemple le Diplôme inédit de Louis le Pieux récemment publié 
par M. Lauer, dans la Bibliolh, de V École des Chartes^ t. LXI, 1900, 
janvier-février, p. 83-84. 



DIPLÔME DES EMPEREURS LOUIS LE J»I£UX ET LOTHAIRE 1*' 105 

omni integritate, tam nostris quam futuris temporibus. » Ce 
texte nous présente rélection de Tabbé par les moines comme 
une faveur royale [gratia) qui est en quelque sorte légitimée par 
un long usage. Cela ne contredit pas le diplôme de Thierry III 
confirmant l'élection d'Érembert, mais au contraire le cor- 
robore. La charte de Berthefridus ne dit pas autre chose; les 
moines procéderont à l'élection de l'abbé « data auctoritate a 
praefato principe vel ejus successoribus, a nobis vel succès* 
soribus nostris ». Ils élisent l'un d'entre eux avec la permission 
du roi et de l'évêque. Notre diplôme parle de la liberté absolue 
de l'élection (licentia)^ selon la règle de Saint-Benoit. Le résul- 
tat est identique : les moines élisent librement leur abbé ; mais 
dans les deux cas le principe de l'élection varie ^. Un petit 
indice nous laisse croire que notre diplôme n'a pas raison contre 
l'acte du concile : le quamdiu regalis celsitudo viguerit n'est pas 
assurément d'un diplôme de Louis le Pieux et de Lothaire ; le 
mot regalis me parait être une faute. Mais cette faute ne suffirait 
pas à entraîner la conviction. Si cependant nous démontrons 
que l'original est un prétendu original, et que ce texte est en 
étroite relation avec un faux avéré, le doute ne sera plus permis. 
Le diplôme conservé dans la collection de M. L. Ledieu est 
aujourd'hui totalement illisible ; mais trois érudits du siècle 
dernier l'ont vu et l'ont considéré comme un original. C'est à coup 
sûr une erreur grave. Outre les fautes contre le formulaire de 
l'époque qu'il s'attribue, fautes que nous avons d'ailleurs relevées, 
ce prétendu original en commet une autre bien caractéristique. 
Les copies de la collection Moreau à la Bibliothèque Nationale 
nous permettent de le juger en connaissance de cause. Dom 
Grenier nous apprend qu'il a coUationné son texte sur l'original ; 
il a respecté la graphie ae adoptée par Martène systémati- 
quement ^. Mais l'anonyme qui nous a transmis un texte si scru- 

1. V. plus loin, ch. IV. 

2. Bibl. Nat., collection Moreau, I, fol. 65 : « Ce monument imprimé 
dans la grande collection de dom Martène, t. I, col. 81, a été collationné 
sur l'original qui est très maltraité principalement du côté des notes chro- 
nologiques. » 



106 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

puleusement établi dans cette même collection Moreau, nous 
dit : (c On la copié à cause des différences qui existent entre 
loriginal et l'édition Martène *, » et très fidèlement il a repro- 
duit partout les e simples du modèle. On constate* qu'il y a 
encore lutte entre Yae et Ve simple, ce qui placerait la rédaction 
du prétendu original tout à fait au début de révolution qui 
amena la disparition de Yae et qui dura du x^ au xii^ siècle '^. 
Cette conclusion se trouve confirmée par le rapprochement du 
diplôme de Louis le Pieux et de Lothaire P' avec le diplôme 
d'un Louis y roi de France, qui présente avec le premier de singu- 
lières analogies ; même souscription de chancellerie, Durandiis 
dyaconus ad vicemFridugisi recog novice t.,. ^, et même disposition 
anormale des éléments topographique et chronologique de la 
date : Actum Compendio, anno. L'étude de ce diplôme-ci est le 
complément nécessaire de la critique du diplôme que nous 
venons d'examiner ; nous sommes obligés de rompre l'ordre 
chronologique que nous avons adopté, puisqu*une conclusion 
commune aux deux textes exprimera notre jugement sur l'un et 
sur l'autre. 

En l'an de l'incarnation 877, dixième indiction, vingtième 
année de l'empire du roi Louis, le 17 des calendes d'avril (16 mars), 
Louis, roi de France, étant à Compiègne, confirme la convention 
passée entre l'abbé de Corbie Odon et le comte Conrad d'une 
part, et l'évêque de Tournai, Raginelmus, d'autre part. Aux 
termes de cette convention, l'évêque accorde à l'abbé et au 
comte la permission de construire une église sur le territoire 
d'Huyse que le comte a offert à l'abbaye de Corbie, promet de 
consacrer l'autel, proclame la liberté de l'église nouvelle, s'en- 
gage à lui donner les saintes huiles et le chrême ; le tout en 

i. Bibl. iVa/., collection Moreau, fol. 66. 

2. A. Giry, Manuel de diplomatique, p. 443. 

3. Le mot et est suivi dans Toriginal d'un paraphe informe qui tient 
lieu de la ruche et que nous interprétons par subscripai en donnant à ce 
paraphe une valeur qu'il n avait pas bien certainement aux yeux du rédac- 
teur de ce diplôme. 



DIPLÔME d'un roi LOUIS 107 

échange de huit manses dont Toratoire de Molten, au diocèse de 
Tournai, sera doté. 

L'original de ce diplôme avait, semble-t-il, disparu depuis que 
Jean de Candas Tavait transcrit dans le Cartulaire Noir ^ Il fut 
retrouvé en 1810 aux archives de la Somme par le marquis 
Le Ver qui la copié et nous la décrit 2. Depuis cette époque, il 
avait de nouveau disparu et nous l'avions vainement cherché ^, 
M. Arthur Giry fut plus heureux que nous. Le diplôme avait, 
on ne sait quand et comment, été envoyé à l'école de pyro- 
technie de Metz ; mais le parchemin étant troué ne put servir à 
la confection de gargousses, et l'acte fut sauvé *. Il est aujour- 
d'hui à la Bibliothèque de Metz, dans le fonds Salis (sans cote). 
Au dos, on voit des vestiges d'une cote en caractères allongés, 
très effacée et devenue illisible, qui débute parle mot Preceptu m. 
Puis au xvi* ou au xvii® siècle on ajouta : Grand Cartulaire, 
fol. 203. UssE. La première ligne, qui commence par un 
chrismon, est écrite en longues lettres ainsi que les sou- 
scriptions du roi, du notaire et la date. Les se sont ains 
séparés a e. Le monogramme royal est insolite. La sou- 
scription de chancellerie se termine par la formule ordinaire 
recognovi et S ; mais la fin du mot subscripsi se perd en un 
paraphe bizarre sans analogie avec les ruches. Le sceau était 
plaqué à droite ; il était en cire brune et il a laissé une empreinte 
de 6 centimètres de diamètre. L'écriture parait être de la fin du 
X® ou du commencement du xi* siècle ^. 

4. Bibl. Nat,, lai. 17758, fol. 203 v». 

2. Examen d'un diplôme de Van 877 par un membre de la Société deê 
Antiquaires de Normandie et de la Commission des Antiquités du département 
fie la Seine-Inférieure. Paris, 1" édition, 1829 {Bibl. Nat., L^ K 2247) ; — 
2« édit., 1832, in-8, pièce, 28 p. (Bibl. Nat., L^ K 2247 A) ; en particulier, 
p. 5-7. 

3. M. Durand, archiviste de la Somme, m'avait déclaré ne Tavoir jamais 
vu dans son dépôt, et même n*avoir jamais entendu dire qu'il y eût été. En 
tous cas, renvoi du document à Técole de pyrotechnie de Metz n*est pas 
imputable au vandalisme révolutionnaire. 

4. Communication orale de M. Giry. 

5. D'après des notes qui m'ont été fournies par M. Giry. 



108 EXAMEN DBS CHARTES DE CORBΠ

Le marqtiis Le Ver, après examen, proclama la fausseté du 
document ; mais il ne croyait pas que T abbaye de Corbie se fût 
souillée d'un faux pour un si mince sujet : « Quelle aurait donc 
pu être la cause de la fabrication de ce diplôme? Elle apparaît 
toute naturelle. Le diplôme aura été anéanti par un événement 
quelconque. On Taura rétabli de mémoire à une époque éloignée 
du temps où il avait été donné... L'ignorance, le défaut de 
mémoire auront seuls commis les erreurs que nous avons remar- 
quées, sans que cela doive porter atteinte à la sincérité de ce 
diplôme et entacher l'illustre réputation de Tordre respectable 
des Bénédictins dont les savans ne cesseront de déplorer 
la perte *. » 

Cette conclusion, à tout le moins bienveillante pour Tordre 
bénédictin, dut paraître encore trop dure et blessante à un 
savant que la postérité estime à sa valeur et juge avec sévérité, 
le marquis Fortia d'Urban. Dans une longue étude pleine de 
digressions oiseuses et de sophismes outranciers ^, Fortia d'Urban 
s'efforça de démontrer que nous possédons le texte d'un bon 
diplôme carolingien contre lequel on ne pouvait relever que des 
fautes de copie, le prétendu original n'étant qu'une mauvaise 
copie faite par un moine espagnol ^. Du Cange ^ qui avait copié 
ce texte d'après le Cartulaire Noir^ les auteurs du Gallia Chris- 
tiana ^, Mabillon et dom Grenier ^ n'avaient pas mis en question 
l'authenticité du précepte. M. Alph. Wauters qui ignorait que 
ce diplôme avait été publié et critiqué antérieurement n*a pas 



1. Examen rTun diplôme de Van 577, p. 21. 

2. Examen d^un diplôme attribué à Louis le Bègue, roi de France, suivi 
d'un traité sur saint Denis, /•' évéque de Paris. 2 vol., Paris, 1832, m-12 
[Bibl. Nat,, L'' K 2248). La discussion de notre texte s'étend à tout le pre- 
mier volume (360 p.), et aux i37 premières pages du second. 

3. Ibid., t. I, p. 74 et 75, p. 108. 

4. Bibl, Nat., fr. 9468, fol. 159. 

5. Gallia Christiana, IX, col. 699. Le Gallia Christiana attribue à Odon 
la fondation d'Huyse en 874. Cela n'a pas d'autre fondement que ce 
document, mal daté dans le Cartulaire Noir. 

6. Bibl. Nat., t. 47, fol. 173 et suiv. 



DIPLÔME d'un roi LOUIS i09 

hésité à en proclamer l'authenticité ^ Seul l'auteur de la note 
écrite sur un carré de papier annexé à l'original au xvn^ siècle 
avait conçu des doutes et conseillait de ne point montrer ce titre 
et par conséquent de ne point s'en servir ^. 

Ainsi pour Le Ver, le prétendu original était un acte récrit ; 
pour Fortia d'Urban, c'était une copie fi ff urée. Faut-il adopter 
l'une ou l'autre opinion? Et si la vérité n'est pas là, quelle est- 
elle ? Pour nous déterminer, il nous faut d'abord discuter l'au- 
thenticité du diplôme, ce qui nous permettra d'écarter l'une des 
deux opinions en présence ; si le diplôme est faux, il nous sera 
nécessaire d'examiner si ce faux est un simple acte récrit ou un 
faux avéré, conscient, absolument illégitime. 

Allons, pour commencer, à la date : Actum Compendio^ 
anno dominice incarnationis DCCCLXXVII^ indictione Jf, 
imperii vero Hludowici gloriosissimi régis anno XX, sub die 
XVII Kalendarumaprilium. Sans nous arrêter aux irrégularités 
de cette prétendue date carolingienne qui n'est pas divisée en 
Data et Actum ^, qui comporte l'année de Tincarnation 877 
quand cet élément chronologique n'apparaît que sous Charles le 
Gros *, nous traduisons : 16 mars 877, vingtième année de 
l'empire du très glorieux roi Louis. En 877, il n'y a que Louis 
le Bègue qui, portant le titre de roi, ait ce prénom. Mais le 16 

1. Wauters, Un diplôme de V époque carlovingienne concernant le village 
de Huysse, dans Bulletin de VAcad. roy. des sciences^ des lettres et des beaux- 
arts de Belgique, 42« année, 2» série, t. XXXVI (Bruxelles, 4873, în-8), 
p. 91-100. 

2. « Nota : Il se faut donner de garde de faire paroistre et se servir de 
ce titre parce que la datte d'iceluy qui est de l'an 877 ne revient pas au 
règne de Louis le Débonnaire qui est mort en Tan 840 ni à celuy de Louis 
le Bègue qui n'a duré que 18 mois, décéddé l'an 877, ni à celuy de Louis 
3* son filz qui n'a duré pas 3 ans decéddé Tan 879, ni au temps de l'abbé de 
Corbie Odo qui n'a esté abbé que 5 ans commencez Tan 855, et sans doute 
ne s'accordera pas au temps de Hincmar arcbevesque de Reims et du 
comte Conradus et de Ragniel evcsque de Tournay et des autres y dénom- 
mez. )> (Communiqué par M. Giry.) 11 faut faire abstraction ici des fautes de 
chronologie que contient cette note. 

3. A. Giry, Manuel de diplomatique , p. 718. 

4. Ihid., p. 728. 



110 EXAMEN DES CHARTES DE GOftBlE 

mars 877, il n'était pas encore roi de France puisque Charles le 
Chauve son père meurt le 6 octobre de cette même année *. Que 
signifie d^a illeurs la vingtième année de Tempire du roi Louis, 
si ce Louis est bien le fils de Charles le Chauve : Louis le Bègue 
a régné deux ans 2. Toutes les hypothèses que Ton peut faire 
pour trouver un sens à cette phrase sont vaines et se heurtent à 
Tabsurde^. D'ailleurs à quoi bon discuter cette date qui fait 



1. Annales Berliniani^ ann. 877, éd. Waitz, dans les Scriplores rtrum 
germanicaruin in usum scholarum, p. 137. 

2. Louis le Bègue est mort le 10 avril 879. 

3. La seule chose qui pourrait ne pas paraître déraisonnable en ce qui 
concerne la date serait d^attribuer ce diplôme à Louis le Germanique, 
puisque dans un diplôme du 7 décembre 858, le roi de la Francia Orienlalis 
a pris momentanément le titre du roi de la Francia Occidentalis. Cf. 
Caîmettc, Étude sur les relations de Charles le Chauve avec Louis le 
Germanique et Vinvasion de 858-859, dans le Moyen Age, 2« série, t. III, 
1899, p. 141. Mais l'attribution à Louis le Germanique est inadmissible : la 
20* année du règne donnerait 878 pour le 16 mars. Fortia d'Urban (op. cil,, 
p. 74 et 75) tente d'expliquer ainsi Tattribution à Louis le Bègue. Dans 
l'intervalle qui sépara la mort de son fils Charles et le transfert du 
corps à Saint-Denis, Charles le Chauve ne pouvait, à cause de sa douleur, 
« signer des diplômes ni s^occuper d'affaires de ce genre. Louis le 
Bègue prit sur lui d'expédier celles des moines de Corbie, relatives au 
diplôme qui nous occupe ici. Il a écrit le 18 mars. C'était la dixième 
année du règne de Louis le Bègue en Aquitaine. Le copiste à qui nous 
devons cet acte était vraisemblablement espagnol et ne savait pas bien 
lire. Son texte écrivait sans doute afto pour anno ; il a cru que le fi signi- 
fiait gn comme en espagnol. Les X n'étaient pas tracés d'une manière 
uniforme ni claire à cette époque {Dict, de diplomatique de dom de Vaines^ 
Paris, 1774, II, 417). On écrivait tantôt V et tantôt X. L'Espagnol a pris X 
pour XX. Cela est clair pour XXV Kalendarum ; cela ne le parait pas 
moins pour agno XX, Ces erreurs appartiennent au copiste et non au 
texte. M Est-il besoin de montrer que de tels arguments pour être spécieux 
n'en sont pas moins vains? Je suis obligé cependant de faire remarquer que 
XXV Kalendarum est une faute imputable à Le Ver, ce dont Fortia d'Urban 
ne se doute pas. Pour aussi bête qu'on tienne un scribe du xii* siècle, on 
nous accordera qu'il savait que les calendes n'ont pas 25 jours. Agno est une 
faute de lecture de Le Ver. Que devient l'argument de la patrie du copiste ? 
— M, Wauters, après avoir signalé que le diplôme a été connu par Meycr 
(Annales y lib Al, ann. 877), ajoute: « Il y a ici une légère différence de date. 
Au lieu de 874 [c'est la date fournie par la copie du Cartulaire Noir], Meyer 
a écrit 877, parce que c'est à cette année que l'indiction X correspond 



DIPLÔME d'un roi LOUIS lll 

penser à celles des documents de la fin du x^ au xii® siècle où les 
scribes ont accumulé, sans souci de l'exactitude ou même de la 
vraisemblance, les indications chronologiques, multipliant les 
erreurs et les contradictions *. 

Le protocole initial ne nous permet pas de sonder le mystère qui 
enveloppe le nom du roi et que Le Ver a renoncé à éclaircir. Il est 
tout à fait singulier. In nomine sanctae et individuœ Trini- 
iatis^ Hludowicus Francorum rex. L'invocation est régulière ^ • 
Tabsence d'adresse conforme au formulaire ; mais la suscription 
est fautive. S'il s^agissait de Louis le Bègue on trouverait Ludo- 
vicuSy gratia Dei [ou misericordia Dei] rex. L'omission du 
gratia Dei pourrait être imputable à une négligence très probléma- 
tique du scribe ; laddition du mot Francorum nous reporte à 
une date où la formule rex Francorum était d'un usage courant : 
abandonnée depuis 840, cette formule ne reparut que sous 
Charles III le Simple ^. 

Dans le protocole final, le rédacteur de ce diplôme a commis 
deux véritables hérésies diplomatiques : 1*> le roi a voulu que 
sa confirmation de'l'échange passé entre l'abbaye et l'évêque 
de Tournai fut souscrit par ses fidèles laïcs et ecclésiastiques ; 
2® toute infraction commise à Tégard de la volonté royale sera 
punie de Tanathème. A l'époque carolingienne, les souscriptions 
se réduisent à celles du souverain et de la chancellerie ; sous les 



[ce n'est pas la raison : Toriginal porte bien cette date de 877J. En 874, 
d'ailleurs, ce n'est pas Louis le Bègue qui régnait, mais son père Charles 
le Chauve. Une autre difliculté résulte de Tindicatlon de Tannée du règne. 
Louis le Bègue n'ayant été couronné que le 8 décembre 877, il ne pouvait 
entrer dans la vingtième année de sa domination (iniperii) ; il est vrai que 
depuis longtemps son père Tavait fait proclamer roi d'Aquitaine; dans 
notre charte, Louis rappelle peut-être une époque où Charles le Chauve 
l'aurait associé au gouvernement de ses États ». Un diplôme de Vépoque 
carlovingienne concernant le village de Huysse [loc, cil,, p. 97). 
i. A. Giry, Manuel de diplomatique, p. 580 et p. 584. 

2. La formule de l'invocation littérale varie à partir du règne de Louis le 
Bègue. 

3. A. Giry, Manuel de diplomatique, p. 725. 11 faut noter en outre que le 
texte porte Francorum rer et non rex Francorum, 



il2 EXAMEN 0ES CHARTES DE CORBIE 

premiers Capétiens seulement, les actes solennels porteront 
celles d un grand nombre de témoins ^. On n'aurait donc pas 
trouvé dans un diplôme de 877 une formule annonçant que le 
roi s'était ainsi associé quelques fidèles. Pas moins anormale 
est la formule imprécatoire qui ne se lit dans les diplômes qu^à 
partir du x^ siècle et qui tend à disparaître complètement des 
actes laïcs dès le xu* siècle ^. Enfin les clauses finales sont incoiv 
rectes. L'annonce des signes de validation Noslri etiam signi 
impressione subtersignavimus hanc cartam nous étonne par sa 
forme inaccoutumée et par le sens que prend ici le mot signant. 
Le Ver avait déjà judicieusement fait remarquer que le mot 
carta « se rencontre pour la première fois dans les diplômes de 
Hugues Capet rapportés par dom Bouquet et que la formule sigilli 
nostri impressione hanc cartam adsignavi n'est pas employée 
avant 1048, dans un acte d'Henri 1«' » ^, Quelque surprenante que 
soit cette clause, plus significatives encore sont les souscriptions. 
J'ai déjà dit que leur nombre était en dehors des habitudes caro- 
lingiennes. La souscription de chancellerie dénonce le faussaire. 
Si nous consultons la liste des chanceliers de Louis le Bègue, 
nous ne trouverons aucun notaire du nom de Durand, aucun 
chancelier appelé Fridugise. Il est certain que le Durand de 
notre diplôme est le même que le diacre notaire de la chancelle- 
rie impériale de Louis le Pieux dont Fridugise était le chef ^. 
J'ai signalé en terminant l'examen du diplôme de Louis le Pieux 
et de Lothaire, le rapprochement à faire entre sa souscription de 

4, A. Giry, Manuel de diplomatique^ p. 736-737. 

2. A. Giry, op. cit. y p. 564 et suiv., et p. 745. 

3. Le Ver, op. cit.j p. 20. 

4. H. Bressîau, Ilandbuch der Urkundenlehre fur Deutschland und 
Italien, I, p. 313. — Fortia d'Urban {op. cit., p. 106 et suiv.) a cherché à 
résoudre la difficulté : « Ilest donc vraisemblable, dit-il (p. 108), que le mau- 
vais copiste à qui nous devons ce diplôme a omis quelques lignes de son 
texte, et que Tacte de Louis le Bègue n'est que la confirmation d'un acte 
plus ancien par Louis le Débonnaire. » Etrange explication où percent 
l'inexpérience et Tignorance de ce pseudo savant qui croit h lexistence des 
vidimus à Tépoque de Louis le Bègue l II suffit de constater ; vouloir expli- 
quer, c'est s'astreindre à commettre des bévues de ce genre. 



DIPLÔME D^UN ROI LOUIS ll3 

chancellerie et celle-ci ; il était nécessaire de le rappeler présen- 
tement ^ Les autres souscriptions revêtent le caractère des 
souscriptions épiscopales des chartes capétiennes, le siège étant 
indiqué par le nom du peuple au génitif pluriel ^. Je dois ajouter 
que si Hincmar archevêque de Reims, Engelwinus évêque de 
Paris, Raginelmus évêque de Toumai-Noyon sont des person- 
nages connus, Otgarius évêque de Beauvais est un prélat sup- 
posé, puisqu'à la date du diplôme c'était Odon, l'ancien abbé de 
Corbie, qui était titulaire du siège ^. A cette date, il y avait 
bien un évêque de ce nom ; il occupait le siège d'Amiens ^. 

Le sceau en placard, « duquel, nous dit Le Ver, il existait 
encore quelques morceaux sur lesquels il est impossible de 
découvrir empreinte ^, » pouvait être un sceau carolingien. 
L usage du sceau plaqué disparaît presque entièrement dès les 
premières années du xii* siècle, et tout à fait sous le règne de 
Louis VII 6. 

De l'examen détaillé des formes diplomatiques, il résulte 
clairement que nous sommes en présence d'un faux caractérisé 
dont la date doit être attribuée au x® ou au xi® siècle, époque à 
laquelle nous retrouvons toutes les formules, toutes les habi- 
tudes que le scribe a transportées en 877 ", et à laquelle le pré- 
tendu original conservé à Metz a été écrit. 

1. Voir plus haut, p. 101 et noie 3. 

2. A. Giry, Manuel de Diplomatique, p. 737. 

3. Odon, est évêque de Beauvaisde 860 au Sfévrier 881, Ga//ia Christiana, 
t. IX, col. 698-699. Le Gallia Christiana a utilisé le seul catalogue connu, 
Bibl. iVa/., lat. 6042. fol. disparu. Voy. plus loin, p. 114, n. 1. 

4. Gallia Christiana, X, col. 11 52, d'après BibL ATa/., lat. 17768, fol. 153 v«, 
et lat. 17760, in-4fol. 196 v<*. ^ Holder-Egger, dans les Mon. Germ. /lis/., in-4, 
Scriptores, XIII, p. 752, d'après Bibl, NaL, lat. 6042, fol. 122. — Fortia d'Urban 
{op.cit^y t. II, p. 127) émet Thypothèse qu'Otgarius aurait été le suppléant 
d'Odon pendant le voyage de celui-ci à Rome, ou son chorévêque. Il 
reconnaît (p. 131) que cette hypothèse n'a pas de valeur. 

5. Le Ver, op, cit., p. 7. 

6. A. Giry, op, cit., p. 640. 

7. Le Ver, op. cit., p. 21, place la fabrication du faux au xii« siècle ; il se 
fonde : [^ sur l'emploi du mot carta ; 2^ sur remploi de la formule sigilli 
nostri impressione hanc cartam adsignavi ; 3^ sur la mention de Raginelmus 

Uèm. et doc. dt l'École des Chartes. — V. S 



Il4 ËXAHEN DES CHARTES DE CORbtË 

Notre document ne peut pas être une copie figurée ; mais il 
pourrait être un acte récrit. Le Ver ne nous fournit, à l'appui de 
son opinion, qu une raison de sentiment, à nos yeux, insuffi- 
sante à légitimer quoi que ce soit. L'examen de la teneur nous 
permettra-t-il d'établir la véracité du fond, de reconnaître une 
tradition ancienne? 

Odon et Conrad ont obtenu de Tévêque Raginelmus le droit 
de construire une église à Huyse. Odon est qualiGé abbé de 
Corbie ; cependant en 877, il n'était plus abbé de ce monastère ; 
il avait succédé à Ermenfroi évêque de Beauvais qui mourut 
à la fin de 860 ou au commencement de 861 K Engelbertus (ou 
Angilbertus) la remplacé à la tête de l'abbaye, et Trasulfus a suc- 
cédé à Angilbertus. Les historiens de Corbie qui ont connu notre 
diplôme ont cherché une explication. « Le P.Mabillon, nous dit 
dom Grenier, doute si, après la mort de Trasulfe, Odon, évêque 
de Beauvais, n'aurait pas voulu reprendre le gouvernement de 
Corbie malgré les religieux, ou s'il n'aurait pas voulu y mettre un 
abbé de sa main sans élection, et cela sur une réponse d'Hincmar 
à Odon qui se plaignit de quelques moines qui s 'élevoient contre 

comme évêque de Tournai ci non de Noyon, ce qui recule la fabrication 
après le rélablissement du siège de Tournai en 1146; mais Raginelmus, qui 
assiste en 860 au concile de Touzy et en 862 au concile de Pitres, à partir 
de 863, porte tantôt le titre d'évêque de Tournai, tantôt celui d'évêque de 
Noyon. Il mourut vers 880 {Gallia Christiana,i, IX, col. 988) ; ¥* sur ce fait 
que le diplôme n'est pas mentionné dans Aubert le Mire et qu'il n'est 
mentionné que dans les Annales de Flandre, de Jacques Mcyer, sous Tannée 
877. Ces deux dernières raisons ne valent pas ; les deux premières ne per- 
mettent pas de donner d'autre date que le x*' ou le xi® siècle. EnGn notre 
diplôme décèle des habitudes qui n'existaient plus déjà au xii* siècle, et 
surtout à la fm du xii^* siècle. 

1. Les Annales de Saint-Bertin disent qu'Ermenfroi fut tué par les 
Normands en 859. Annales Bertiniani^ 859, éd. Waitz, p. 52. Mais on 
trouve la souscription de ce personnage au bas des actes du concile de 
Touzy, au mois d'octobre 860, en même temps, il est vrai, que celle de 
son successeur (Gallia Christiana, IX, col. 699). Mabillon a montré que le 
fait de trouver les souscriptions de deux prélats ayant occupé le même 
siège équivaut à une véritable confirmation. Quant au renseignement fourni 
par les Annales, on peut l'admettre en le rectifiant : il est probable 
qu'Ermenfroi fut gravement blessé et que le bruit de sa mort courut. 



bIPLÀME D^UN ROI LOUfS iiS 

rautorité épiscopale ^ » La lettre d'Hincmar ne nous dit pas que 
Odon agissait comme abbé de Corbie ; Tévéque de Beauvais avait 
probablement dénoncé les moines de Corbie partisans de Gotts- 
chalk, comme Ratramne, et adversaires de Paschase Radbert, son 
maître et ami, insurgés contra sacram auctoriiatem, au^champion 
de l'orthodoxie Hincmar^. Cette lettre n aurait pas dû étre]versée 
aux débats. Dom Grenier crut devoir la commenter à Taide préci- 
sément de ce diplôme ^ et d'un autre faux dont j'aurai à m'oc- 
cuper *. Fortia d'Urban ne pouvait laisser passer une si belle 
occasion de commettre une nouvelle erreur, en affirmant ce que 
d'autres avaient dit avec force points d'interrogation, sans s'aper- 



1. Bihl, Nat., Grenier, t. 47, fol. 173 v**. — Voici le passage auquel 
dom Grenier fait allusion : v Trasulfo mortuo, haud scio an loci regimen, 
repugnantibus monachis, resumere, an abbatem non electum, favente 
Hincmaro, obtrudere voluerit Odo episcopus Bellovacensis, ad quem idem 
Hincmarus scribit de litteris sibi ab eodem Odone missis, in quibus compererat 
insurgere quosdam monachos contra sacram auctorUatem^ et de privilegiis 
Corbeiensis monasterii (Frod. lib. 3, c. 23). Certe illo temporis intervallo 
Hustiensem ecclesiam in Belgio, velut abbatiali jure, condidit idem Odo in 
fundo, quem Conradus comes paullo ante Corbeiensibus donaverat. » 
Mabillon, Annales ord, Sancti Benedicti, t. III, liv. xxxvii, p. 193. — 
Mabillon appuie son raisonnement en disant que Flincmar s'occupe des 
affaires de Corbie, en vertu d'un droit particulier afférent à sa charge 
d'évêque, pour veiller au maintien des privilèges corbéiens. Et il cite des 
exemples. Ibid, 

2. On sait, en effet, que, après la condamnation de Gottschalk en 849 et 
après la décision royale en faveur de la doctrine hincmarienne (Annales 
Bertîniani, a. 849 et 853), la lutte reprit beaucoup plus vive entre prédesti- 
niens et antiprédestiniens. Cette nouvelle phase se place entre 859 et 867. 
Cf. les lettres IX et X d'IIincmar à Wenilon, dans Migne, Patrol, lai, y 
t. 126, col. 68. C'est à cette époque qu'on doit attribuer les deux lettres de 
Loup de Ferrières à l'abbé Odon que M. Desdevises du Dezert a datées du 
commencement de 852. Éd. Desdevises, n*'* xcviii et xcix (Baluze, n<>* 111 
et 112). 

3. Bibl. iVa/., Grenier, t. 47, fol. 173 vS et surtout, t. 32, fol. 231 : « Ce 
fut dans ce tems là qu'Odon bâtit l'église d'Hust près d'Oudenarde, usant 
en quelque façon de son droit d'abbé, » Mabillon n'avait pas été plus pru- 
dent. Voy. la note 1. 

4. Voy. diplôme faux de Charles le Chauve, empereur, 29 mars 877, 
Pièces justificatives, n® 35. 



116 CXAMËN DES CHARTES DE CORfilE 

cevoir qu'il tournait dans un cercle vicieux *. Tout ce qu'on est 
en droit de dire, c'est que dans un acte faux, qui se donne la 
date de 877, on qualifie indûment Odon dabbé de Corbie, 
Faudrait-il donc supposer qu*Odon, évêque de Beauvais, avait sol- 
licité de son collègue de Tournai la faveur de bâtir une %lise à 
Huyse, et que le rédacteur de l'acte sachant qu'Odon avait été abbé 
de Corbie lui aurait conservé par pure inadvertance ce titre à une 
époque où il ne le portait plus depuis longtemps déjà? Cette 
supposition, vraisemblable en soi, est gratuite. 

L'identification du comte Conrad avec l'oncle de Charles le 
Chauve, comte de Paris, qui s'illustra de 876 à 880 dans la 
guerre contre les Normands ^, est également possible, mais sans 
fondement. 

Le territoire d'Huyse sur lequel s'élevait l'église nouvelle fut 
donné, nous apprend notre texte, à l'abbaye de Corbie par le 
comte Conrad. Ce renseignement ne peut pas être aujourd'hui 
vérifié, mais il est en contradiction avec la tradition de l'abbaye 



i. Fortia d'Urban, op, cit., t. I, p. 191-192 : ce Si Odon a pris ce titre 
d'abbé en 877 c'est comme Tayant eu autrefois, et comme se fesant honneur 
de le prendre encore dans un acte où il recevait une faveur de Louis le 
Bègue, au nom de cette abbaye. Cela se peut d'autant plus, qu'il semble 
que Trasulfe, abbé de Corbie, mort le 20 novembre 875 , n'a été remplacé 
par Hildebert, son successeur, que Tan 882. La charge est donc restée 
vacante pendant 7 ans. Odon Ta peut-être exercée pendant cet espace. 
La signature d'Odon en 877 comme abbé ne constitue donc pas une preuve 
évidente de la fausseté contre le diplôme qui nous occupe. » 

2. Annales Bertiniani.éd, Waitz,a. 866,p.84;a.879, p.U8 ; a. 876, p. 134 : 
a. 880, p. 150. 11 est question de ce comte dans deux diplômes : la donation 
de Villepcrrot h Conrad par Charles le Chauve, 876, 4 septembre, Quierzy- 
sur-Oise (et non 875, comme le veut Max Quantin), et une confirmation 
pour Saint-Germain-d'Auxerre de Carloman, 884, 11 juin, Meaux. — Voy. 
Max Quantin, Cartulaire général de V Yonne, 1. 1, p. 100, n« 51 , et p. 1 10, n® 57. 
— Mabillon a donné le texte du premier de ces diplômes d après l'original 
dans l'appendice du tome III des Annales ordinis Sancti Benedicti, p. 680. 
Le texte de Mabillon est la source de celui de Quantin. — Nous possé- 
dons encore une charte de Conrad par laquelle il concède à labbaye de 
Sainte-Colombe de Sens le domaine de Viileperrot. Il y est dit comte de 
Vermandois : Mabillon, Ann, ord. S, Benedicti, III, Appendice, p. 680, 
n*» 22; Quantin, op. cit., I, p. 404, n® 54. 



DIPLÔME d'un roi LOUIS 117 

rapportée par tous les historiens de Corbie ^ : Huyse faisait partie 
de ce qu'on appelait le patrimoine de saint Adalhard -, Aussi 
dom Grenier ne croit-il pas à une donation de Conrad, mais à une 
restitution ^. Le rédacteur de Tacte aurait-il donc mal connu les 
traditions de son abbaye ? 



1. Voy. BibL NaL, Grenier, t. 32, p. 232. 

2. Mabillon, Ann. ord, S. Bénédictin t. II, liv. xxiv, p. 244. « : Adalhar- 

dus cuncta quae in Belgio prope Curtracum et Aldenardum possidebat, 

Corbeiensibus dédit, quod hactenus patrimonium sancti Adalhardi appel- 
latur. n II est vrai que le savant bénédictin hanté par le diplôme dont il 
s^agit ici s'élève ailleurs contre la tradition, mais il ne légitime son opinion 
qu'en s'appuyant sur ce diplôme de Louis et sur l'assertion non justifiée de 
Caulaincourt. Voici le passage : « Adalhardum in Belgii vico, vocabulo 
Hustia, natum esse tradunt Meïerus Molanus, Johannes Cosinus et si qui 
alii, qui locus exslat in diœcesi Tornacensi prope Aldenardum opidum, 
sancti Adalhardi fonte et cultu celebratus. Illud tamen movet, quod Hustiae 
non per Adalhardum, sed pcr Conradum comitem, in possessionem 
Corbeiensis monasterii venisse memoratur. Nam in quodam recentiori 
Chronico ms. ejus monasterii Icgo, Odonem ex abbate Corbeiensi Bellova- 
censem episcopum, pactione facta cum Agineimo Jornaccnsi episcopo, 
ecclesiam de Huslia construxisse anno DCCCLXXIV^ in honorem Apostolo- 
rum Pétri et Pauli, ea conditione, ut Corbeiensis Juridictionis remaneret, 
sacrumque oleum et chrisnia singulis annis episcopus Tornacensis donaret, 
Tum subduntur haec verba : Et hanc villam de Hustia quidam Conradus 
cornes superiori anno ecclesiae Corbeiensi donarat (sic). Et tamen sancti 
Adalhardi patrimonium in Belgio plurimum fuisse docet nos idem Chroni- 
con, ubi de Hildeberto abbate : cujus tempore Nortmanni anno 
DCCCLXXXII Corbeiense monasterium, quod tuni apud omnes celeber^ 
rinium erat, in multis diruisse ; totumque patrimonium beati Adalhardi, 
videlicet BiringuaSy Montent Aquarum, Comptas et Molas cum adjacentibus 
castellis combussisse feruntur, quae villac oranes in Belgio sitae sunt : 
Biringuae, vulgo Beringhen, in pago Leodicensi, uti et Montes Aquarum, 
Montenac : Gomplae et Molae in Brabantiae pago dicto Campinensi. Alla 
plura in illis partibus ad sanctum Adalhardum pertinuisse dicuntur : quae 
omnia superiori saecula aliéna ta, nescio an brevi rcdibunt in possessionem 
abbatiae Corbeiensis. » (Mabillon, Acta sanctorum ordinis S. Benedicti^ 
saec. IV, t. I, p. 307. Observationes praeviae.) — Montem aquarum est 
aujourd'hui Montenaeken en Flandre ; Gomplae, Gompel-sous MoU en 
Brabant ; Molae, Moll, en Brabant ; et Biringuae, Beeringen dans le pays 
de Liège. 

3. Bibl, Nat., Grenier, t. 32, p. 232. Celte supposition pourrait être appuyée 
par la confirmation de Carloman, pour Saint-Germain-d'Auxerre, dont il 
est question ci-dessus, p. 116, note 2. Il est rappelé dans ce diplôme que 



118 EXAMEN DES CHARTES DE œRBlE 

L'évêque de Noyon-Toumai s'engage à consacrer Tautel, pro- 
clame la liberté de Téglise nouvelle, et promet de lui donner 
sans rémunération lessaintes huiles et le chrême. Raginelmus, qui 
reçoit en échange huit manses pour l'oratoire de Molten, recon- 
naît que les autorités canoniques ne désapprouvent pas de telles 
concessions. Nous touchons là au point délicat. Le marquis Le 
Ver écrivait : « Pourrait-on supposer cependant une intention 
coupable dans la facture de ce diplôme ? Pour être coupable, il 
faudrait supposer un intérêt à le devenir. Peut-on supposer à 
Tabbaye de Corbie si puissante, si riche, quelque intérêt à se 
souiller d'un faux, pour se procurer l'honneur très minime de 
nommer à la cure d'un village, dans l'État d'un souverain étran- 
ger, fort éloigné de son chef-lieu? Ce n'est pas probable ^ » Cet 
auteur, pour n'avoir pas replacé le document qui nous occupe, 
dans la série des chartes de Corbie, n'en a pas compris la portée. 
Il ne s'agit pas seulement de nommer à la cure d'Huyse,'mais de 
montrer à l'époque où le faux fut commis, que, bien antérieu- 
rement, on avait coutume de faire proclamer l'exemption des 
biens nouvellement acquis, et que conséquemment tous les biens 
de l'abbaye étaient exempts de l'ordinaire. C'est, je crois, un 
assez gros intérêt pour qu'il y ait faux, et non pas acte récrit ^. 
Et vraisemblablement, l'auteur du faux n'a pas fait intervenir 
sans raison l'évêque de Noyon-Tournai ; je suppose que le précé- 
dent qu'on voulait établir devait servir les prétentions de 
l'abbaye contrariées par un successeur de Raginelmus. Nous ver- 
rons, par la suite, que cette hypothèse n'est pas éloignée de la 
vérité. 

Le diplôme de Louis le Pieux et de Lothaire, remanié dans 
l'intention d'étendre la liberté d'élection, et le diplôme faux 



le comte Conrad et Tévèque Chrétien sous Charles le Chauve rendirent des 
biens à cette abbaye. (Quantin, op^ cit.^ p. 110.) Conrad aurait ainsi fait 
droit aux justes revendications des abbayes. 

1. Le Ver, op. cit,t p. 21. 

2. L'étude des chartes ecclésiastiques de Tabbaye aurait évité à Le Ver 
sa méprise. Voy. chapitre IV. 



DIPLÔMES DE CHARLES LE CHAUVE ET DE CHARLES LE SIMPLE 119 

d'un Louis de France s* éclairent mutuellement. Ils ont été com- 
posés vers le même temps, et tendent tous deux à justifier les 
droits contestés à Tabbaye, peut-être même contestés avec rai- 
son ^ L'étude des documents qui va suivre, en nous fournissant 
des éléments nouveaux de la question, nous découvrira ce qui 
reste encore indécis ou voilé. 



VL — Diplômes de Charles le Chauve et de Charles le Simple, 

Les diplômes de Charles le Chauve en faveur de Corbie que 
nous connaissions avant d'entreprendre cette étude étaient au 
nombre de quatre ; dom Bouquet en avait analysé un qui fut 
publié en 1840 dans Y Histoire d^ A miens de Du Cange ^. Mabil- 
Ion avait transcrit la date d'un second qui devait encore exister 
en original de son temps ; les deux autres avaient été publiés 
par Martène, d'Achery et dom Bouquet. Nous avons été assez 
heureux pour retrouver le texte d'un diplôme inédit et deux 
analyses d'un diplôme jusqu'alors inconnu. Enfin, nous nous 
sommes convaincus que les moines de Corbie, se conformant à 
l'habitude de leurs prédécesseurs, avaient fait confirmer leurs 
privilèges d'immunité en 840 ou 841 par le nouveau roi. 

1. Il ne serait pas impossible que Tauteur du faux fût aussi responsable 
de Finterpolatioa du diplôme de Louis le Pieux et Lothairc. Il devait avoir 
sous les yeux un bon diplôme des deux empereurs, diplôme détérioré quMl 
a refait en restituant maladroitement ce qui n'était plus lisible et en y 
ajoutant ce qu'il croyait de Tintérêt de Tabbaye qu'on y pût lire. Voilà 
pourquoi je ne crois pas que les données de la date de ce diplôme soient 
fausses. La souscription de chancellerie n'indique-t-elle pas que le faussaire 
s'était servi du diplôme de Louis le Pieux et de Lothaire dont parle l'acte 
du concile de Paris ? — Du Gange a eu des doutes, à ce qu'il semble, sur 
ce diplôme de Louis le Pieux et Lothaire. Après l'avoir copié, il écrit : 
« Faut examiner cette pièce et la comparer avec la charte de Charles le 
Simple. » (Bibl. de V Arsenal^ Du Gange, Titres de Picardie, ms. in-fol. 4103, 
fol. 30.) 

2. Du Gange, Histoire de Vétai de la ville d'Amiens et de ses comtes, avec 
un recueil de plusieurs titres concernant Vhistoire de cette ville qui n'ont 
pas encore été publiez. Amiens, 1840, in-8. 



120 EXAMEN DES CHARTES DE GORBIE 

Proclamer Texistence dé ce dernier diplôme ne parait pas être 
ime grande nouveauté. M. Joseph Gamier, dans son édition de 
dom Benoit Coquelin ^, à la suite de Pierre Lemoine^, signalait un 
diplôme de Charles le Chauve de 840 conservé aux archives de 
la Somme avec la cote précise : Armoire I, liasse I, n^ 3, qui 
devait permettre de retrouver facilement ce texte. Les deux 
documents (car il y en a deux placés sous la même cote) sont 
deux copies, faites au xvii* siècle, d'un texte que nous avons 
étudié, le diplôme de Charlemagne en date de 769. Un moine 
de la maison confondit Charlemagne et Charles le Chauve, et 
data les copies du mois d'avril 840. M. Gamier, pas plus que 
Lemoine, ne lut les actes qu'il avait sous les yeux^ et avec 
une légèreté inconcevable reproduisit et propagea l'erreur. 
Cette erreur était d'autant plus grave qu'il n'est pas dou- 
teux qu'un diplôme fut rendu en 840 ou 841 par Charles le 
Chauve en faveur de l'abbaye. En 846, les pères dû concile de 
Paris furent appelés à confirmer au monastère de Corbie l'en- 
tière propriété de ses biens et la faveur de la liberté d'élection. 
L'abbé Paschase Radbert leur présenta entre autres privilèges, 
celui de Louis le Pieux et de Lothaire, et un diplôme de Charles 
le Chauve dont l'acte du concile parle en ces termes : 

« Insuper et auctoritatem atque consensum praecellentissimi 
atque nobilissimi régis Caroli protulit, qui et idem monasterium, 
secundum morem praedecessorum suorum, quasi jure haeredi- 
tario, in sua familiaritate ac defensione ab exordio regni sui^ 
favente Domino, suscepit, et veluti munus rêvera Deo gratissi- 
mum, in ter diversos tiu'bines causarum, ut tranquillitate praeci- 
pue ordini eidem congruente potiretur, Deo devotissime obtulit, 
auiaque sacratissimis literis promulgavii ^. » 

1. J. Gamier, édition de dom Coquelin, dans les Mémoires de la Société 
des Antiquaires de Picardie, t. VIII, p. 409, note 4. 

2. P. Lemoine, Bibl, Nat,^ fol. 8793, p. 3 et 4. 

3. Ibid. Lemoine, à lire l'analyse qu'il donne, pourrait paraître avoir lu 
Tune de ces copies, car il avoue n'avoir pas du celle qui fut faite en 1621 ; 
il n'en est rien cependant : il Ta vue et non lue. 

4. \oy. Pièces justificatives, n® 28. 



DIPLÔMES DE CHARLES LE CHACVE ET DE CHARLES LE SIMPLE 121 

Ce diplôme rendu au début du règne était un privilège d'im- 
munité, ou mieux une confirmation des préceptes d'immunité 
des rois antérieurs. En effet, un diplôme de Charles le Simple 
en faveur de Corbie, nous apprend que labbé Francon demanda 
au roi de confirmer « illud... quod sancte recorda tionis avus 
piissimus auguatus et eguivocus noater statuerai super omnibus 
immunitatibus et cessionibus regum^ ubi sancitum est ut... » 
(suit la formule d'immunité *). 

Faut-il avec Lemoine et M. Garnier dire que ce diplôme fut 
sollicité par Tabbé Heddo? L'opinion de Lemoine et de M. 
Garnier n'a pas d'autre fondement que leur méprise sur les deux 
copies des archives de la Somme, le diplôme de Charlemagne 
ayant été requis par Tabbé Hado. Heddo succéda à Wala qui 
mourut le 12 septembre 836. Son abbatial fut de courte durée 2, 
mais je ne sais sur quelle autorité se fonde dom Grenier pour faire 
mourir cet abbé le 2S juin 837 ^, En réalité, nous ne pouvons 
déterminer si le diplôme de 810 ou 841 fut donné sur la demande 
d'Heddo ou de son successeur Isaac. 

Ce fut probablement k la requête de ce dernier que Charles le 
Chauve concéda le diplôme qui va nous occuper. Charles le 
Chauve vint à Corbie pour prier, causa orationis ; les moines et 
labbé, profitant de son séjour au milieu d'eux, lui demandèrent 
de donner à l'abbaye le pont de Daours et les péages qu'on per- 
cevait sur ce pont. Le roi y consentit ; en retour, les religieux 
devaient prier pour le repos de l'âme de Louis le Pieux, pour lui- 
même et pour sa femme. L'acte fut seulement scellé, et fait à 
Amiens la 3* année du règne *. 

1. Pièces justificatives y n* 37. 

2. Mabillon, Annales ord. S, Benedicti, t. II, p. 576-577. 

3. Grenier, BibL Nat,, l. 32, p. 140 et suiv. ; t. 47, fol. 169 y\ 

4. Pièces justificatives, n° 26. — (^e fut sans doute à la suite de celle 
donation que les moines de Corbie instituèrent la messe quotidienne qu*ils 
célébraient pour le roi, comme nous l'apprend un sacramentaire rédigé par 
Rodrade vers 853 (Bibl. Nat,, lat. 12030). — Voy. L. Delisle, Mémoire [sur 
d'anciens sacramentaires, p. 124. — Cette messe devint une messe anniver- 



122 EXAMEN DES CHARTES DE GORBIE 

L'original de ce diplôme disparut de très bonne heure ; Jean 
de Candas, au livre XV du Cartulaire Noir qui renferme les 
pièces relatives à Daours, ne Ta pas transcrit. Un seul cartu- 
laire [VIII] nous a conservé le texte, au milieu d analyses *. La 
date que donne ce manuscrit est conçue dans les mêmes termes 
que celles des analyses ; elle n'est pas, manifestement, la tran- 
scription littérale de celle du diplôme ; les anomalies que nous 
y relevons ne peuvent donc pas être invoquées contre Tauthenti- 
cité du diplôme. 

La troisième année du règne s'étend du 21 juin 842 au 20 juin 
843, puisque Charles le Chauve a compté les années de son règne 
en France du lendemain du jour où mourut son père, Louis 
le Pieux. Dans ces limites, il est possible de préciser. Charles 
le Chauve demande des prières pour lui et pour sa femme ; or, 
il épousa Hermentrude le 13 décembre 842 2. Notre diplôme est 
postérieur à cette date. L'itinéraire du roi restreint encore les 
bornes chronologiques entre lesquelles Charles le Chauve put faire 
sa donation aux moines de Corbie. Le roi était à Corbie ; il avait 
passé les fêtes de Noël à Saint-Quentin 3; le 13 janvier 843, il 
était à Valenciennes * ; le 28, à Saint- Waast d'Arras ^ ; mais il 

saire, après la mort du roi. La messe anniversaire était célébrée le 22 
avril. (BibL NaL, lat. 13908, fol, 27). 

1. BibL NaL, lat. 17758, fol. Bv\ 

2. La date du 13 nous est fournie par deux diplômes de Charles le 
Chauve en faveur de Saint-Denis créant un repas anniversaire de son 
mariage : «... necnon et in idibus Decembris quando Deus me dileclam 
conjugem Hirmentrudem uxoreo vinculo copulavit. » L'un de ces diplômes 
est daté du 19 septembre 862 et de Compiègne. L'autre est sans date de 
lieu et de temps. Mabillon, De re diplomatica^ p. 535 et 538. — Bouquet, 
H, F,, t. VIII, p. 577, no 176, et p. 582, n» 177. — Les Annales de Saint- 
Bertin indiquent en 842 le mariage du roi, mais ne donnent pas le mois et 
le quantième. Nithard fournit la date du 14 décembre. Nous préférons 
le témoignage du roi lui-même, bien qu'il soit plus tardif. Nithard, 
IlistoriaCf éd. Pertz, dans les Mon. rer. germ. in usum scholarum, 2« éd. 
p. 53. — Annales Bertiniani, éd. Waitz, ann. 842, p. 29. 

3. Nithard, ibid.y p. 54, — Annales Bertiniani, p. 29. 

4. Nithard, ibid., p. 54. — Un diplôme est daté de Valenciennes le 
13 janvier 8't3, dans dom Bouquet, H, F., t. VIII, p. 435, n» 11. 

5. Diplôme de Charles le Chauve, 23 janvier 843, Arras, dans dom 
Bouquet,//. F., t. VIII, p. 436, n» 12. 



DIPLÔMES DE CHARLES LE CHAUVE ET DE CHARLES LE SIMPLE 123 

partit peu après pour le midi ; le 8 février, il était à Limoges K 
Il y resta pendant le reste de Thiver et tout le printemps. En mai 
et juin 843, il était à Toulouse '-. Notre diplôme se place donc 
entre le 13 décembre 842 et le commencement de février 843. 

Les données chronologiques du diplôme concordent avec 
ce que nous savons par ailleurs. Il ne s en suit pas nécessaire- 
ment que notre document soit authentique. Si même nous con- 
sidérons le style, nous le proclamerons faux. Toutefois, je n'irai 
pas jusque là. Ce texte ne nous est parvenu qu'au milieu d'ana- 
lyses. Dans quelle mesure le rédacteur des analyses a-t-il 
reproduit le diplôme qu'il avait sous les yeux, nous ne le savons 
pas. En admettant même qu'il l'ait copié intégralement et fidè- 
lement, sommes -nous en mesure de déterminer la nature de 
l'acte qu'il copiait? Etait-ce l'original? Etait-ce un acte refait? 
Si c'était un acte récrit, dans quelle mesure reproduisait-il l'ori- 
ginal ? L'absence de souscription n'est pas un fait sans exemple; 
sous Charles le Chauve, la souscription royale n est pas de règle 
absolue 3. Enfin, la donation de Daours faite à charge de prières 
n'a rien que de très vraisemblable *. Je pense que nous devons 
accepter le fait lui-même de la donation, et considérer le texte 
qui nous a été transmis soit comme une analyse, soit comme 
la teneur d'un acte récrit ^. 



i. Diplôme de Charles le Chauve, 8 février 843, Limoges^ dans dom 
Bouquet, //. F., t. VIII, p. 436, n» 13. 

2. Diplômes publiés dans dom Bouquet, //. F., t. VllI, p. 441 et suiv., 
n»« 18, 19, 20, 21. — -A/i/ia/e« Bertiniani, 8i3, p. 29. 

3. A. Giry, Manuel de diplomatique^ p. 726. 

4. Voy. plus haut, p. 121, note 4, et plus loin, ce que nous disons des 
rapports de Tabbayc et des souverains, et du développement de l'im- 
munité laïque (ch. VI). On y trouvera peut-être des raisons de croire 
que la donation du pont de Daours et des tonlieux qu'on y percevait fut bien 
réellement faite à l'abbaye par (Charles le Chauve. 

5. Je dois dire ici que j'avais accepté comme authentique ce teite, 
comme en témoignent mes Positions de Thèses {Positions de Thèses de 
VÉcoledes Chartes^ 1898, p. 85) et que j'ai eu des doutes après que M. Giry 
me l'eût signalé comme un faux. Je n'ai pas accepté pleinement l'opinion 
de mon maître, mais je crois bon de la signaler. L'autorité et la compé- 



124 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

Le troisième diplôme de ce roi, dans Tordre chronologique, ne 
nous est connu que par deux analyses imparfaites ou inexactes. 
La plus ancienne se trouve dans le cartulaire VIII ^ La voici : 

« Karolus rex dédit sancto Radberto abbati Vailliacum cum 
suis adjacentiis et ut eadem libcrtate qua cetera possideremus 
confirmavit. Abbas vero dédit quod in pago Alcarnise dono 
Gerberge regine possedimus, scilicet Wistonia et Deoringas et 
in pago Normalensi in loco qui dicitur Fluehen. Actum Corn- 
pendio regni ejus quarto anno ^ ». 

La seconde nous est fournie par Caulaincourt. Il dit en parlant 
de labbé Isaac : « A la demande de son coadjuteur, Paschase 
Radbert, Charles le Chauve donna au monastère Wailly dans lé 
pagus de Soissons. L*abbé donna au roi ce que nous possédions 
en don de la reine Gerberge in pago Tarvisse, scilicet Visconiam 
de Oringas, et in pago Morleniluhen ^ ». 

Il est fait allusion à ce diplôme dans un autre diplôme de 
Charles le Chauve pour Corbie, en date du 28 septembre 857. 
Le roi donne certains biens à Tabbaye « quae res sunt sitae in 
pago Suessionico, in villa quae vocatur Vasliacus, quam villam 
nos eidem monasterio sub praecepto nostro tradidimus, pro com- 
mutatione quarumdam rerum ejusdem monasterii quas Hirmin- 

tence de M. Giry mettront en garde le lecteur, si je me suis trompé. — 
Quoiqu'il en soit, H.-L. Bordier, qui ne doulait pas de Tauthenticité de 
la donation de Daours à Tabbaye de Corbie, a invoqué ce teite dont il a 
cité un passage d'après la plus mauvaise copie, celle de la collection 
Moreau (F). — Voy. H.-L. Bordier, Des droits de justice et des droits de 
/îe/'...,dans la Bibl. de l'École des Chartes,2^ série, t. IV ^ISW-lSiS), p. 243. 

1. iSibL Nat., lat. 17758, fol. B V, col. i. — Elle est reproduite dans le 
même manuscrit (Cartulaire Noir), au fol. 252 v°, où dom Grenier Ta copiée 
{BibL Nal.j Grenier, t. 53, fol. 14 \^). La copie du Cartulaire Noir et celle 
de dom Grenier présentent quelques variantes peu intéressantes : Vaislia- 
cum pour Vailliacum ^ caetera pour cetera^ Alcornise pour Alcarnise, 
Gelbergae reginae pour Gerberge regine , Vormalensi pour Normalensi, 
Fluhen pour Fluehen. 

2. On trouvera une édition fautive de cette notice dans le livre de 
Charles Duvivier, Actes et documents anciens intéressant la Belgique. 
Bruxelles, 1898, in-8, p. 132. 

3. BibL Nat,, lat. 17757, fol. 9. 



DIPLÔMES DE CHARLES LE CtiACVE Et DE CHAttLES LE SIMPLE 12S 

gardi venerabill reginae uxori frairis nostri Hlotarii in proprium 
donavimus '. » 

Ces analyses, quelque insuffisantes qu^elles soient, et cette 
mention nous permettent de dire : dans la quatrième année de 
son règne, Charles le Chauve donna à Compiègne un diplôme 
pour Corbie ; il cédait à Tabbaye de Corbie le domaine de 
Wailly dans le pagus de Soissons en échange de biens que 
l'abbaye avait reçus en don de la reine Gerberge et que le roi 
transmit à sa belle-sœur la reine Hirmingarde. Le solliciteur 
avait été Paschase Radbert. La défiguration des noms propres 
qui est probablement imputable au rédacteur de l'inventaire de 
1421 ^ rendait pénible Tidentification des biens dont le mona- 
stère se dépouille. M. Duvivier, à Taide de corrections con- 
jecturales, nous donne des conclusions acceptables : « Le 
pagus Vormalensis est vraisemblablement le pagus Vormacensis 
ou WormacensiSy le WormsgaUj et la localité Fluehen semble 
devoir être identifiée à Flônheim (Hesse rhénane, cercle d'Alzey). 
L'expression pagus Alcarnisis est probablement une forme défi- 
gurée par le rédacteur de la notice, et nous pensons qu'il faut 
lire Alsacinsis ou Alsacensis : de pareilles transpositions de 
lettres ne sont pas rares ; par exemple, pour le Mélantois, 
Meihelentinsis^ Melenatensis^ Aledenentinsis, etc. ; pour le 
Brabant, Bragobantum, Burcbani, Bracatensis pagus ^ etc.. On 
trouve en Alsace un village appelé Duerningen, qui parait cor- 
respondre à Deoringas (Basse- Alsace, canton de Truchtersheim, 
régence de Strasbourg). Wistonia serait peut-être Wittisheim, 
cercle de Markolsheim, régence de Schlesstadt. » 



1. Pièces Justificatives, n9 Zi, La connaissance de ce texte n*eût pas per- 
mis à M* Duvivier d'identifier le Wailly dont il s'agit ici avec Wailly arron- 
dissement et canton d'Arras (Pas-de-Calais). (Op. cit., p. 132, note 1). 

2. A. Hochecorne, Fauteur présumé de cet inventaire, écrit : » Item, un 
ancien previlege du roy Charles qui donna à Teglise Vesly et les appen- 
dances, lequel est mal lisible pour l'ancienne lettre, mais je Tay transcript 
sur le dos d'icelle pour le meulx entendre combien que Vesly ne soit plus 
à l'église. Signé Cxli. » Bibl. Nat., fr. 24143, fol. 18. 



i2é Ë)CAMËN 1>ËS CllARTËS DE CORdlÊ 

« Ces données sont en concordance avec les faits historiques. 
Peppin le Bref, par un acte daté, avait confirmé les immunités 
de Corbie. Carloman, époux de Gerberge, obtint, entre autres 
possessions, le pays d'Alsace. Après la mort de ce prince, en 
771, Charlemagne disposa de plusieurs biens dans ce pays et 
dans le Wormsgau en faveur de Fulda et d'autres mona- 
stères *. » 

Les renseignements que nous avons extraits des textes ne 
sont pas sans intérêt, tout imparfaits qu'ils soient. D'abord, le 
roi a donné le diplôme à Compiègne, dans la quatrième année de 
son règne, c'est-à-dire entre le 21 juin 843 et le 20 juin 844. 
Mais au mois de juin 843^ Charles le Chauve était encore à 
Toulouse ; il n'arriva à Attigny que le 5 juillet et à Verdun où 
devait avoir lieu le partage de l'empire que le 31 août 2. D'autre 
part, il ne me semble pas douteux que Paschase Radbert fût 
déjà abbé. Je n'aperçois pas les raisons qui ont déterminé 
Caulaincourt à faire agir ici Paschase Radbert comme coadju- 
teur, ni celles qui ont conduit Mabillon et dom Grenier à placer 
l'élévation de Paschase Radbert à l'abbatiat en 844 ^. Cepen- 
dant ce dernier historien de Corbie, qui compila sans chercher 
toujours à mettre d'accord ce qu'il empruntait aux uns et aux 
autres, dit après Caulaincourt que l'abbé Isaac mourut le 9 sep- 
tembre 843. Son obit est du 8 septembre de cette année. Si donc 



1. Duvivier, Actea et documents anciens intéressant la Belgique, p. 131. 
Cet auteur aurait pu lét^itimer bien mieux qu'il ne Ta fait ses idcniifica- 
tious de Deoringas et de Wistonia avec des localités alsaciennes en invo- 
quant le jugement de Charlcmag^ne que nous avons étudié plus haut, p. 82 
et suiv. Si Tabbaye de Corbie avait des avoués en Alsace, c'est qu'elle y 
possédait des terres. 

2. Pour ces dates, voy. les diplômes publiés par dom Bouquet, t. VIII, 
dont quelques-uns sont d'ailleurs mal datés, et Ann, Berlin., a. 843. 

3. Mabillon, Ann, ord, S. Benedicti, t. II, p. 652-653. — Bibl. Nai., 
Grenier, t. 32, p. 147. — Il convient d'ajouter que Mabillon, au t. III du même 
ouvrage (p. 13), parlant de Tavcnement d'Odon à l'abbatiat, en 851, dit que 
Paschase Radbert a gouverné l'abbaye pendant 7 ans ; mais il ne donne 
pas sa référence. Je crois que le chiffre 7 résulte d'un simple calcul qui a 
pour base Tannée 844 primitivement adoptée. 



blPLOMES DE CttARLES LE CHÀUVË ET DE CtfARLËS LE SIMPLE l27 

Paschase Radbert était abbé, Isaac était mort, et notre diplôme 
serait du 8 septembre 843 au plus tôt, et Télection de Paschase 
Radbert serait de la fin de Tannée 843. En Tannée 844, Charles 
le Chauve fut rappelé en Aquitaine par les agissements de son 
neveu Peppin II d'Aquitaine. D'après les diplômes publiés dans 
dom Bouquet, Charles le Chauve était dans le midi dès le mois 
d'avril 844. Notre diplôme se place donc entre le 8 septembre 
843 et avril 844. 

La donation de Gerberge à Tabbaye de Corbie ne nous est pas 
connue autrement que par ce texte. Trois reines de France por- 
tèrent le nom de Gerberge, la femme de Carloman, frère de 
Charlemagne, qui mourut en 773, la femme de Charles le Gros 
et celle de Louis IV d'Outre-Mer. Il ne peut être question pré- 
sentement que de la première ^ 

Les biens que Gerberge avait donnés à Tabbaye de Corbie 
furent repris par Charles le Chauve qui les donna à Hirmingarde, 
la femme de Tempereur Lothaire. L'instrument diplomatique de 
cette donation a disparu. 11 n'en est pas moins intéressant de 
savoir que peu de temps après le traité de Verdun, le roi Charles 
accorde une faveur à l'impératrice. A Verdun, les trois frères 
s'étaient juré une amitié éternelle ; ils avaient institué la con- 
corde et la paix sous la forme d'un gouvernement confraternel, 
du régime des colloques 2. Les Annales de Saint-Bertin nous 
apprennent que Lothaire avait reçu le pagus d'Arras de Tamour 
de son frère Charles ^ ; le colloque de Thionville tenu au mois 
d'octobre 844 renouvela le pacte de concorde *. On trouve dans 
le diplôme perdu de Charles le Chauve une confirmation inat- 
tendue des bons rapports qui existaient alors entre Tempereur et 



1. Cf. Du vivier, op, cit., p. 131. 

2. R.-P. J. Doizé, Le gouvernement confraternel des fils de Louis le Pieux 
(extrait du Moyen Age, 2« série, t. Il), Paris, Bouillon, 1898, 32 pages. 
Cf. mon compte rendu, dans BibL Éc. des Chartes, t. 50, p. 286. 

3. Annales Bertiniani, ann. 843, p. 30. 

4. Ibid., ann. 844, p. 31. 



128 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

le roi de la Francia occidentalis et qui durèrent jusqu'au lende- 
main du colloque de Mersen tenu en février 847 *. 

On voit par ce seul exemple que les mentions de diplômes 
perdus peuvent avoir une importance très grande, souvent même 
supérieure à celle de longs textes que le hasard seul a con- 
servés, et que la diplomatique, en recherchant ces mentions avec 
un soin jaloux, s'est engagée dans une voie fertile en surprises 
agréables et en découvertes heureuses. Il arrive même parfois 
qu'une mention met le chercheur sur la trace du document 
perdu, c'est ce qui nous est arrivé pour le diplôme suivant. 

Nous avions noté la date d un diplôme perdu que nous fournis- 
sait Mabillon. Cet érudit avait vu Toriginal ; nous nous deman- 
dâmes si les historiens de Tabbaye n'avaient pas eu, eux aussi, 
connaissance de ce diplôme, que les cartulaires ne reproduisaient 
pas. Notre espérance ne fut pas déçue. Dom Grenier avait analysé 
longuement ce texte; Bonnefons Tavait copié. Mais, hélas! la 
copie de Bonnefons, la seule prise sur loriginal, nous réservait 
une désillusion. Elle présentait des lacunes imputables peut- 
être au mauvais état de loriginal, peut-être aussi en partie à 
rignorance de Bonnefons dont certaines lectures nous décon- 
certent et nous arrêtent. Dans son imperfection même, elle nous 
suffisait pour constater que l'analyse de dom Grenier était 
incomplète. J'aurais scrupule à incriminer ce diplôme pour 
quelques anomalies qui sont peut-être le fait de Bonnefons. Si 
nous nous tenons aux formules du protocole initial, aux sou- 
scriptions du roi et de la chancellerie, à la date, nous sommes, 
me semble-il, en présence d'un diplôme authentique de Charles 
le Chauve. 

Le roi, sur la demande de la reine Hermentrude, sa femme, 

1. Annales Berliniani, ann. 847, p. 35. — Loup de Ferrières, Lettres^ 
éd. Desdeyises du Dezert, lettre lxvi (59 de Baluze), p. 134. — Les 
Annales Berliniani ne parlent pas de la brouille survenue entre les deux 
frères ; elle éclata à propos de TaiTaire Gisalbert (Annales FuldenseSj 
éd. Lowenfeld, ann. 846-847) ; il est fait allusion à cette aiîaire dans une 
lettre du pape Nicolas I" à Charles le Chauve en 863. Bouquet, H. F., 
t. VII, p. 392. 



DIPLÔMES DE CHARLES LE CHAUVE ET DE CHARLES LE SIMPLE 129 

confirme la donation que celle-ci a faite à Tabbaye de Corbie de 
biens sis à Roye et à Feuquières, dans le pagus d'Amiens, et 
d'onze serfs, cités nommément, établis sur ces terres. Les 
biens ainsi concédés se composaient de terres arables et de 
forêt ; ils faisaient partie de la dot qu'Hermentrude avait reçue 
de son mari, par précepte royal. Le diplôme, souscrit par le 
notaire Gislebertus aux lieu et place du chancelier Louis, est 
daté du 5 des nones d'octobre, de la 17* année du règne, et de 
Verberie. Le chiffre de Tindiction ne nous est fourni ni par 
Mabillon ni par Bonnefons ; il était probablement illisible sur 
l'original. « La chartre, nous dit dom Grenier, était scelée du 
sceau du Roy '. » 

La 17® année du règne s'étend du 21 juin 836 au 20 juin 857 ; 
notre diplôme est du 3 octobre 836. A cette date, Charles le 
Chauve était bien à Verberie. Le 1" octobre 856, le roi de 
Wessex, Edilvulf, qui s'était fiancé au mois de juin avec une 
fille de Charles le Chauve, Judith, épousa cette -princesse à 
Verberie ; Tévêque de Reims, Hincmar, avait béni l'union 2. 

L'année suivante, Charles le Chauve, sollicité par l'abbé de 
Corbie, Odon, de donner à Tabbaye de Corbie le manse Waheli-- 
regius^^ sis dans le domaine de Wailly, que le roi avait autrefois 
échangé contre certains biens de l'abbaye dont il avait fait 
cadeau à sa belle-sœur Hirmingarde, consent à compléter par 
ce nouveau présent sa donation primitive. Le manse Wahelire- 
giu8 venait de faire retour au fisc ; l'agent royal, l'abbé Foulques, 

4. Bibl. Nat., Grenier, t. 32, p. 492. Il est à noter que Mabillon, dans 
les Annales ord, S. Benedicti, ne parle pas de ce diplôme. 

2. Ann. Bertiniani, ann. 856, p. 47 :-« Edilvulf rex occidentalium Anglo- 
rum Roma rediens, Judith, fîliam Karli rogis, mense ïulio desponsatam, 
kalendis octobribus in Vermaria palatio in matrimonium accipit, et eam, 
Ingmaro Durocortori Remorum episcopo benedicente, imposito capiti ejus 
diademate, reginae nomine insignit, quod sibi suaeque genti eatenus fueral 
insuetum. » 

3. Peut-être mansus Waheliregius est-il une mauvaise interprétation et 
faut-il dire simplement le manse royal de Wailly. 

Mim. êi doe. de l Écolt de* Charut. ~ V. 9 



130 EXAMEN DES CHARTES DE GORBIE 

Tavait acheté à Dison, vassal de la reine Hermentrude. Le 
diplôme fut souscrit par le roi, par le notaire Gislebertus, pour 
le chancelier Louis, abbé de Saint-Denis. Il est daté de la 
18* année du règne, 5® indiction, XIIII des calendes d'octobre, 
et de Quierzy-sur-Oise ; c'est-à-dire du 18 septembre 857 *. 

Les formules ne donnent lieu à aucune observation, Tabsence 
des mots et subscripsi à la fin de la souscription de chancellerie 
pouvant être due à ce que le scribe du cartulaire perdu, mais 
heureusement copié par Martène et Bonnefons, ne traduisit pas 
la ruche. La teneur serait, elle aussi, à Tabri de toute critique, 
si, en 8S7, Charles le Chauve avait parlé de son frère Lothaire 
et de sa belle-sœur Hirmingarde comme de personnages morts. 
Il était de coutume de faire précéder les noms des rois et reines 
défunts des mots bonae memoriae ou bonae recordationis. Or, 
Lothaire mourut dans la nuit du 28 au 29 septembre 855 - ; et 
la fille du comte de. Tours, Hugues, qu'il avait épousée en 821 ^^ 
Tavait précédé de quatre ans dans la mort ^. Ces taches ne 
touchent pas au fond même du précepte et sont insuffisantes 
pour compromettre à nos yeux son authenticité. 

Le diplôme qui clôt la série des actes de Charles le Chauve 
en faveur de Corbie nous arrêtera plus longtemps que les précé- 
dents. Mais avant d'en faire l'examen critique, il convient de 
voir un diplôme de Charles III qui doit nous servir pour cet 
examen. 

Le 5 des ides de novembre, S*' indiction, 9® année de son 
règne et 4® de sa restauration, à Fresnois, le roi Charles le 
Simple confirme, sur la demande de l'abbé Francon, les diplômes 
royaux et impériaux de l'abbaye de Corbie, les bulles pontifi- 

1. Pièces justificatives, n° 31. 

2. Annales Bertiniani, p. 45. — Annales Fuldenses^ éd. Kurze, p. 46. — 
Cf. E. Dammler, Geschichte des Ostfrànkischen Reiches, 2« éd. (1887), I, 
p. 373, note. 

3. Annales regni Francorum^ éd. Kurze, p. 136. 

4. Les Annales Bertiniani, année 853, p. 43, disent que Hirmingarde 
est morte depuis deux ans. Cf. Chronicon Saxonicum, a. 851. (Bouquet, 
H. F., t. VII, p. 217.) 



DIPLÔMES DE CHARLES LE CHAUVE ET DE CHARLES LE SIMPLE 131 

cales de Benoît III et de Nicolas I*^ et les privilèges ecclésias- 
tiques de Berthefridus, évêque d'Amiens, et des pères du con- 
cile de Paris. Il déclare, en outre, que son précepte tiendra lieu 
aux moines corbéiens des diplômes ou chartes perdus pendant 
les invasions normandes ou détruits par le feu. Il décrète, enfin, 
à la prière du comte Ermenfroi et sur le conseil de sa mère 
Adélaïde et des grands du royaume, que le castellum construit 
dans Tenceinte du monastère sera, comme tous les autres biens 
de Corbie, placé sous l'immunité royale. 

La 9* année du règne s'étend du 28 janvier 901 au 27 jan- 
vier 902, Charles le Simple ayant été couronné le 28 jan- 
vier 893*. La 4* année de sa restauration s'étend du 1®' jan- 
vier 901 au 31 décembre 901, puisque l'année de la restauration 
est comptée à dater de la mort d'Eudes '•. Notre diplôme est du 
9 novembre 901. M. Ed. Favre l'a daté, à tort, du 10 novembre 3, 
sans doute parce qu'il l'a trouvé sous cette date dans les Regesta 
de Bôhmer-Mûhlbacher^; d'Achery le met en 902 •'»; Mabillon 
et le Gallia Christiana copient d'Achery ^ ; Caulaincourt adopte 
909 sans raison apparente '^. 

Ce diplôme n'a jamais été suspecté; je le crois bon. Si, dans 
le protocole initial, la formule rex Francorum reparaît sous 
Charles le Simple ®, elle n'est pas de règle si absolue qu'on ne 
trouve tout simplement rex. Le protocole final présente bien 
quelques singularités qui seraient considérées comme des fautes 
contre la diplomatique, si l'on ne savait qu'à l'époque de Charles 
le Simple le style avait déjà subi des altérations. L'absence 
même de la souscription royale ne peut être invoquée contre 

1. A. Giry, Manuel de diplomatique y p. 729. 

2. Ibid. 

3. E. Favre, Eudes, p. 180. 

4. Bôhmer-Mahlbacher,i?e^es<a, n*" 1918. 

3. D'Achery, Spicilegium, t. VI, p. 411 (édit. de 1723, t. III, p. 347). 

6. Gallia Christiana, X, col. 1271-1272. — Mabillon, Ann, ord, S. Bene- 
c/îc/i, m, liv. XLI, p. 316. 

7. BibL Nat., lat. 17757, fol. 15 v*. 

8. A. Giry, op, cit. y p. 725. 



132 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

lauthenticité du diplôme. Nous ne connaissons ce texte que par 
quatre copies dont la plus ancienne est du xu* siècle ; toutes pro- 
bablement (vu le très petit nombre et la nature des variantes) 
sont dérivées les unes des autres ; l'omission de la souscription 
royale est imputable au copiste du xii* siècle. 

La teneur du diplôme nous présente ce texte sous un jour 
extrêmement favorable. L' abbaye a souiFert de maux divers ; les 
moines ont dû fuir devant les Normands; dans leur précipita- 
tion, ils ont perdu quelques chartes; pendant les guerres 
civiles, le monastère a été incendié ; des actes ont encore dis- 
paru. La ruine d'une partie des archives pouvait causer un tort 
considérable à l'abbaye. Dans leur crainte et leur anxiété pour 
l'avenir (metu et anxietate futuri discriminis)^ les moines et 
l'abbé ont demandé au roi de réparer, par une auctoritas^ les 
pertes subies. Un acte faux n'invoquerait pas un tel motif pour 
faire confirmer des actes en déficit dans le dépôt des archives. 

Les moines durent avoir le souci de mettre leur abbaye à 
l'abri des nouvelles incursions. On attribue à Tabbé Francon la 
construction des murs d'enceinte ^ ; c'est aussi à lui avec non 
moins de raison qu'il faut attribuer la construction du château 
fort, du castellum dont il est ici question. Ces constructions 
font partie de tout un ensemble de mesures qui montrent que 
les abbayes comme les particuliers durent assurer leur défense 
sans plus compter sur la protection d'un pouvoir central qui 
commençait à s'énerver, à s'épuiser; je veux parler de l'obliga- 
tion que l'abbé Francon imposa aux hommes liges de l'abbaye 



i. Benoit Coquelin, HUtoriae regalis abbatiae CorbeiensU compen- 
dium, p. 385. Cet auteur place la construction des murs circa, annum 892; 
je n*ai pu découvrir la source de ce renseignement. La bulle du pape Chris- 
tophe, 26 décembre 903, laisse entrevoir que les murs avaient été achevés 
depuis peu quand elle fut publiée. En tous cas, dom Grenier a commis une 
nouvelle erreur en disant que Tabbé Francon obtint de Charles III la per- 
mission d'enfermer de murs la ville de Corbie. (Bibl. Nat,, Grenier, 
t. 47, fol. 166). Les textes ne disent rien de tel. Mabillon (Ann, ord, S. 
Benedicti, t. III, liv. xxxix, p. 276) se contente de dire que Francon ceignit 
Vopidum de murs. 



DIPLÔMES DE CHARLES LE CHAUVE ET DE CHARLES LE SIMPLE 133 

d*assister aux plaids généraux tenus à Noël, à Quasimodo et à la 
Pentecôte sous peine d'amende ^ L'abbé voulut que le castellum 
jouît de Timmunité, comme le reste du monastère. Il s'adressa, 
non pas au roi en personne, mais à la reine et à son frère ^, le 
comte d'Amiens Ermenfroi, auquel le roi n'avait, semble-t-il, 
rien à refuser, ce comte ayant été un de ses partisans de la pre- 
mière heure ^. 

Le diplôme de Charles le Chauve, auquel il nous faut mainte- 
nant revenir, se présente dans des conditions toutes différentes. 
Par cet acte, Tempereur confirme, à la demande de l'abbé Gun- 
tharius, les diplômes royaux, les privilèges épiscopaux et les 
bulles pontificales de l'abbaye. 11 interdit, en outre, à tout 
évêque, ancien abbé ou moine de la maison, de s'immiscer dans 
les affaires du couvent de Corbie. 

La confirmation des privilèges laïques et ecclésiastiques de 
l'abbaye est commune aux deux diplômes ; mais, dans le pré- 
cepte de Charles le Chauve, elle n'est pas légitimée par la perte 
de documents. L'empereur est supposé renouveler une faveur 
qu'il avait accordée au monastère lorsqu'il était roi; l'acte royal 
qui devait avoir le même objet ne nous est pas parvenu. Dom 
Grenier a pensé que les moines et l'abbé avaient sollicité cette 
confirmation pour résister aux prétentions d'Odon qui voulait 
ajouter à son titre d evêque de Beauvais celui d'abbé de Corbie. 
.Nous avons vu que le seul acte où Odon aurait repris ce titre 
d'abbé est un faux ^. D'ailleurs dom Grenier n'a pas remarqué 

4. BibL Nat,, Grenier, t. 47, fol. 166 et fol. 474 :« Les principaux de ces 
hommes liges estoient les seigneurs d'Ancre, de Bove, de Picquigny, de 
Breteuil et d'Heilly. » — Caulaincourt, Bibl. Nat., lat. 17757, fol. 15. — 
Mabillon, Ann. ord. S. Benedicti, t. III, liv. xxxix, p. 277; t. III, 
liv. XLi, p. 316. 

2. Du Gange, Histoire des comtes d^ Amiens, Bibl. Nat,, fr. 12019, p. 24. 

3. Ed. Favre (Eudes, p. 180) a conjecturé, non sans vraisemblance, que 
Francon, déposé en 895 par les moines de Corbie [Flodoard, liv. IV, c, 7, 
dans Mon. Germ. hisl., t. XIII, p. 572-573), Tavait été pour avoir cédé à 
son frère et s'être laissé entraîner dans le parti de Gharles le Simple. 

4. Voy. plus haut, p. 106 et suiv. 



134 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

que, si Guniharius était abbé, les prétentions d'Odon étaient 
sans cause et devaient rester sans effet. Comme trop souvent, 
cet auteur concluait après un examen superficiel du document. 

La date, qui nous a été rapportée assez inexactement^ doit se 
lire : 4 des calendes d'avril, 10® indiction, 37® année du règne 
de l'empereur en France, 2* de l'empire et 3« de la succession de 
Lothaire, Conipiègne. La 37® année du règne s'étend du 
21 juin 876 au 20 juin 877; la 2® année de Tempire, du 
25 décembre 876 au 24 décembre 8'î7 ; la 8® année de la succes- 
sion de Lothaire, du 9 septembre 876 au 8 septembre 877, 
Charles le Chauve ayant pris à Metz la couronne de Lorraine le 
9 septembre 869 K L'indiction X est bonne. La date de lieu est 
également satisfaisante; l'empereur, en 817, passa tout le carême 
et célébra la Pâques, qui tomba le 7 avril, à Compiègne 2. Nous 
traduisons donc la date en style moderne : 29 mars 877, Com- 
piègne. 

Le protocole initial In nomine sancte et individue Triniiatis, 
Carolus Dei omnipotentis misericordia imperator augustus est 
conforme à ce que nous savons de la diplomatique de Charles le 
Chauve. Les formules et le style de Texposé et du dispositif sont 
de l'époque. Le protocole final donne lieu à quelques observa- 
tions : l'annonce des signes de validation comporte la souscrip- 
tion royale et l'apposition d'une bulle. La souscription royale, 
annoncée par les mots manus nostrc subscriptione^ insolites l\ 
Tépoque de Charles le Chauve où l'on disait manu propria 3, fait 
défaut. La date chronologique est placée sous le mot Z)d^a, alors 
que sous Charles le Chauve on employa Datant *. Ces fautes 
auraient pu être imputées aux copistes ; mais ce sont précisément 
les singularités que nous relevons dans le diplôme de Charles le 
Simple. Elles n'ont pas entamé la foi des diplomatistes dans le 

1. Ann. Bertini&ni, éd. Waitz, année 869, p. !01. — A. G'iry, Manuel de 
diplomatique^ p. 729. 

2. Ann. Bertiniani^ ann. 877, p. 134. 

3. A. Giry, Manuel de diplomatiquey p, 726. 

4. Ibid., p. 728. 



DIPLÔMES DE CHARLES LE CHAUVE ET DE CHARLES LE SIMPLE 135 

diplôme de Charles le Chauve et encore moins celle des histo- 
riens de Corbie. Lexcellence de la souscription de chancellerie 
était pour rassurer les plus timorés. Audacer ou Odacer était 
bien un scribe de la chancellerie impériale; les Annales de Saint- 
Bertin nous font même savoir qu'il était un notaire du second 
bureau * ; il pouvait donc avoir souscrit à la place du chancelier 
Gozlin qui est, lui, un personnage bien connu. 

Nous comprenons alors que dom Grenier '^, après Mabillon ^, et 
Bonnefons ^, après Caulaincourt ^, aient cru à l'authenticité de ce 
document; que dom Grenier s'en soit même servi pour justifier 
Vopinion de Mabillon sur le retour d'Odon comme abbé de Cor- 
bie ^, et que Fortia d'Urban Tait invoqué pour légitimer une des 
raisons spécieuses qu'il donne en faveur du privilège attribué 
par lui à Louis le Bègue ^. Et cependant ce diplôme, sur lequel 
la critique diplomatique a si peu de prise, est un faux manifeste, 
et, pour s'en rendre compte, il fallait le replacer tout simplement 
à son rang chronologique dans la série des actes de Corbie et le 
comparer avec le diplôme de Charles le Simple. 

Le rapprochement des deux diplômes de Charles le Chauve et 
de Charles le Simple est plein de révélations : les deux textes 
sont la reproduction presque textuelle l'un de l'autre; dans 
l'édition que nous en donnons dans nos Pièces justificatives^ nous 
avons indiqué en italique les passages du diplôme de Charles le 
Chauve qui sont identiques à ceux du précepte de Charles le 

1. Annales Bertiniani, ann. 877, p. 136. 

2. BibLNat:, Grenier, t. 47, fol. 173 v*. 

3. Mabillon, Annales ordinis sancii Bénédictin t. III, liv. xxxvii, p. 193. 

4. Bibl, NaL, lat. 17142, fol. 275. 

5. Bibl, Nal., lai. 17757, fol. 14 v®. Caulaincourt a commis une erreur 
incompréhensible. D'après lui, Gontier devint abbé en 889 et obtint de 
Charles le Gros, fils de Louis le Germanique, alors roi de France (2* année 
de son règne et 8* de l'empire), une confirmation des diplômes royaux, pré- 
ceptes épiscopaux et bulles pontificales de Benoit et de Nicolas. Caulain- 
court se montre assez peu renseigné sur la chronologie la plus élémentaire. 

6. Bibl. Nat., Grenier, t. 47, fol. 173 vo. 

7. Fortia d'Urban, Examen d'un diplôme attribué à Louis le Bègue, 
p. 74. 



136 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

Simple, et par un autre artifice les passages légèrement rema- 
niés. De la comparaison de ces passages, il ressort que le 
diplôme de Charles le Chauve comporte quelques additions dont 
une nous permet de prendre le rédacteur de ce texte en flagrant 
délit d'imposture. Parmi les bulles pontificales confirmées, nous 
trouvons deux bulles inconnues du scribe qui rédigea le diplôme 
de Charles le Simple, Tune du pape Grégoire, Tautre du pape 
Christophe. La bulle du pape Grégoire ne nous est pas connue; 
seuls, les papes Grégoire II (715-731), Grégoire III (731-741) et 
Grégoire IV (827-8 ii) auraient pu la donner. Nous sommes dès 
lors surpris de ne la point voir citée ni dans la bulle de 
Benoit III (7 octobre 855), ni dans celle de Nicolas 1" 
('28 avril 863), ni dans aucun acte postérieur au diplôme impé- 
rial. Aurait-elle donc été ignorée de tous? Ou plutôt n'aurait-elle 
jamais existé? J'ai, en efîet, des inquiétudes. Le diplôme de 
877 confirme la bulle du pape Christophe *. Le rédacteur de ce 
diplôme devait être assez mal renseigné sur la chronologie de ce 
pape qui ne fit que passer sur le trône de saint Pierre, en 903 et 
904 ; la bulle de Christophe en faveur de Corbie est la seule qui 

1. Mabillon (Annales ordinis sancd Benedicii, t. III, liv. xxxvii, p. 193) 
écrit à ce sujet : »... (Guntharius), cujus tcmporc Carolus Calvus impera- 
tor Corbeiae privilégia confîrmavit anno sequenti, ut {atct ex his chro- 
nicis notis : Data IV [calcndas aprilis, indicUone X, domni Karoli impera- 
toris in Francia XXXVII^ imperii ejus anno secundo, atque in successione 
Lotharii anno VIII, Actum Coxnpendio palatio iiii{ eriali. In editis maie 
insertum est inter pontiGces, qui^Corbciensia privilégia confîrmarunt, Chris- 
tophori nomen qui fere anno tricesimo post inortem Caroli imperatoris 
Romanam sedom occupavit. » Lesmots in editis etc., laisseraient croire 
que Mabillon a vu un manuscrit où cette confirmation de la bulle de Chris- 
tophe n'existait pas. Il n*en est rien. Mabillon cite ce texte d après d*Achery 
(Spicilegiam, t. Vï, p. 408). Or d'Achery n'a connu le diplôme de Charles 
le Chauve que par un manuscrit de Saint-Germain que nous n'avons pas 
retrouvé. Les deux autres copies anciennes que nous connaissons offrent 
la même version. Mabillon a même corrigé de sa propre autorité, comme 
c'était son droit, sans nous prévenir, XXXII que donnait Tédition de d'Achery 
en XXXVII pour les années du règne en France. Je pense qu'il ne faut pas 
tenir compte de cette phrase de Mabillon écrite très vraisemblablement 
sous l'impression qu'un document, qu'il croyait sincère, ne pouvait contenir 
une telle faute. 



DIPLÔMES DE CHARLES LE CHAUVE ET DE CHARLES LE SIMPLE 137 

nous soit parvenue de ce' pape. Elle est datée du 7 des kalendes 
de janvier, c'est-à-dire du 26 décembre 903. Voilà donc un acte 
postérieur confirmé par un prétendu diplôme de 877. L'acte de 
Charles le Chauve n'a pu être écrit qu'après cette date de 903. 
Comme il est transcrit dans un cartulaire [III] composé vers 
1150, c'est entre 903 et H50 qu'il faut chercher à préciser 
l'époque de la composition. Il est possible, croyons-nous, d'at- 
teindre la vérité et de fixer une date, en même temps qu'on déter- 
minera les intentions des moines de Corbie, le pourquoi de leur 
faux. 11 est nécessaire de citer iei les passages correspondants 
des diplômes qui nous occupent : 



DIPLÔMB FAUX DB 877 

Novissiroe propter subornatos colores 
jusiiiiae et futuras occasiones, hoç 
sancimuB intemeratum omni tempore 
fore quod beatissimus papa Gregorius 
his verbis staiuit Mariniano Ravennati 
episcopo : « Si quis, inquiens, ex prae- 
dicto monasierio ad ecclesiasticum 
ordinem pervenerit, ulterius illic nec 
potesiaiem aliquam nec licentiam ha- 
beat habitandi. » Nos enim statuendo 
deliberamus ut, si quis ex eodem 
monasterio, aut abbas, aut quilibet 
monachorum ex inferiori gradu ad 
culroen episcopale conscenderit, nullam 
denuo inibi quàsi potesUtive licentiam 
habeat aliquid ordinandi aut dispo- 
nendi, nepraefati coenobii privilégia in 
aliquo iitubare videantur. 



DIPLÔME DB 901 

Decemimus insuper, annuente imo 
supplicante Ermenfrido ejusdem comi- 
tatus illustri comité, suggerentibus 
quoque una cum dilectissima genetrice 
nostra Adeleidae et regni nostri primo- 
ribus, tam episcopis quam comitibus, 
caeterisque fidelibus, propter fuluras 
occasiones, et propter quietem servo- 
rum inibi Deo famulantium, jejuniis 
delectet attentius pro statu regni nostri, 
vel pro nostra nostrorumque sainte 
omnipotentis Dei misericordiam exo- 
rare, ut nullus judex publicus in cas- 
tello propriis sumptibus ac juribus 
infra ipsa monasterii moeniaconstructo, 
nullam ibi quasi potestaiive licentiam 
habeat discutiendi aut ordinandi ali- 
quid aut disponendi^ sed sicut reliquae 
res ejusdem monasterii absque uÛius 
judicialia persona, immunitate atque 
aucloritate praedecessorum regum san- 
citç noscuntur, eodem moderamine 
eademque disposilione, abbatis videli- 
cet atque fratrum, praefatum consistât 
castellum, ne per hoc praecepta eorum 
atque privilégia in aliquo titubare 
videantur. 



Une première constatation à faire est que nous trouvons, en 
des matières si différentes, des formules semblables; il n'y a pas 
de doute que le prétendu diplôme de Charles le Chauve , rédigé 



138 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

après 903, les a empruntées au diplôme de Charles le Simple; il 
n'avait pas à confirmer Timmunité du castellum^ car on 
savait à Tabbaye que cette construction remontait à Francon, 
et cela d'ailleurs ne pouvait présentement servir à rien. On rem- 
plaça^ donc ce qui concernait le castellum par autre chose. On 
avait besoin de faire montre d'un acte qui proclamât l'exemption 
de toute juridiction épiscopale. Le faussaire a donc adapté les 
formules aux besoins de sa cause. La citation de la lettre de 
Grégoire à Tévêque de Ravenne donne à croire qu'il s'agit du 
droit de gîte ^ Or, cette citation n'est pas exacte. Grégoire le 
Grand dénie aux clercs et évoques sortis d'un monastère tout 
pouvoir sur ledit monastère ^ ; il ne s'agit pas là de Tévéque 
diocésain, ni du droit de gite. Il résulte, en outre, de cette cita> 
tion que des démêlés s'étaient produits entre l'abbaye de 
Corbie et un évêque qui avait fait partie de Tabbaye. Or, quel 
était l'évêque qui, ayant été abbé ou moine de Corbie, pouvait, 
entre 903 et 1150, avoir des démêlés avec l'abbaye? Dans cet 
intervalle, un abbé et trois moines de Corbie furent promus 
à l'épiscopat : l'abbé Walbert, qui devint évêque de Noyon- 
Tournai en 932, après les troubles qui suivirent la mort de 
l'évêque Airardus ^ ; il siégea jusqu'en 936 ; — un moine du nom 
d'Ingelran, qui fut appelé au double siège de Cambrai-Ârras, à la 



1. Sur la question du droit de gîte, voir plus loin, ch. IV. 

2. Gregorii I papae registrum epistolarum, t. I, pars ii, liv. VII, n® 40, 
p. 488, édit. L. M. Hartmann (Berlin, 1891), dans les Mon. Germ. hUt.y 
in- 4 : « Sed ne vel per cuiuslibet monachi aut abbatis l'romotionem onus 
aliquod fortasse sustineant, studendum vobis est, ut, si quispiam abbatum 
aut monacborum ex quocumque monasterio ad clericatus ofiîcium vel ordi- 
nem sacrum' accesse rit, non illic aliquam habeat, ut diximus, ulterius 
potestatem, ne monastcria cuiuslibet occasionis velamineea quae prohibe- 
mus sustinere onera compellantur. » 

3. BibL Nat,f lat. 8865, fol. 124. — O. Holder-Egger, Séries episcoporum 
et abbatum Germaniae, dans Mon. Germ. hist., Scriptores, XIII, p. 383 et 
751 ; XXV, p. 572. — Flodoard, Annales, ann. 932, édit. K. Pertz, dans 
Mon. Germ. hUt., ScriploreSj III, p. 380. — Benoit Coquelin, Historiae rega- 
lis abbatiae Corbeiensis compendium, p. 420. — Gallia Christianaf X, 1176. 
— Mabillon, Ann. ord. S. Benedicti, III, liv. xliii, p. 408. 



DIPLÔMES DE CHARLES LE CHA13VE ET DE CHARLES LE SIMPLE 139 

mort de Tévêque Bérenger, en 947, et qui mourut en 960 *; — 
un autre, David P' (appelé aussi Druo, Drauco ou Bauco), qui 
succéda à Wicfrid, évêque de Térouanne ^ ; — enfin, un descen- 
dant de Charlemagne, le inoine Godesmanus, qui fut évêque 
d* Amiens vers 980 ou 985, et qui mourut après 991, très pro- 
bablement en 993 ^. Il ne semble pas que Tabbaye ait possédé 
quelque chose dans le pagus MorinensiSy au moins jusqu'au 
X* siècle; ce qui permet d écarter David I". Seuls, Tévêque 
Walbert, Tévéque Ingelran et Tévêque Godesmanus, se trouvant 
en contact direct avec les moines de Corbie, purent entrer en 
conflit avec eux. Nous n'avons pas la preuve qu'avant le 
XI® siècle, des difficultés aient surgi entre les évéques d'Amiens 
et les abbés de Corbie, ni entre ceux-ci et les évêques de 
Cambrai-Arras *. Toutefois, certes, de ce que les documents qui 
ont survécu sont muets, nous n'oserions prétendre que jusqu'au 
XI* siècle l'accord ait toujours été parfait entre les autorités 
diocésaines et le monastère ^. Les documents ne parlent pas non 
plus de démêlés de l'abbé de Corbie et de l'évéque de Noyon ; en 
rapprochant le diplôme de Louis, de 877 ^, et le diplôme de 



\. Mabillon, Ann. ord. S. Benedicti^ III, liv. xlvi, p. 535 et 551. Il nous 
dit que « Tauteur de cette promotion fut rarchevêque de Cologne » sur la 
foi du Chronicon Cameracense, lib. I, c. 84. — Cf. Bibl. de Boulogne, 
ms. n» 84. — BibL Nat,, lat. 8865, fol. 124 v«. — O. Holder-Egger, op, cit., 
t. XIII, p. 381 et p. 750. — Gallia Christiana. — Le Chronicon Camera- 
cense, appelé à tort Chronique de Balderic, a été édité plusieurs fois et 
entre autres par M. Bethmann, dans les Mon, Germ» hist,, Scriptores, 
t. VII, p. 402-489. • 

2. O. Holder-Egger, op. et/., XIII, p. 389 et 741. — BibL Nat., lat. 8865, 
fol. 124. — Gallia Christiana. — Benoît Coquelin, op. cit., p. 457. 

3. O. Holder-Egger, op. cit., XIII, p. 752. — Gallia Chriêtiana. — 
B. Coquelin, op. cit., p. 457. 

4. « Contentio venerabilis Fulconis primi abbatis Corbeie, quam habuit 
erga episcopos Ambianenses, scilicet Fulconem et Guicionem. » Bibl. Nat., 
lat. 17764, fol. 23; lat. 17760, fol. 2; collection Moreau, t. 23, fol. 109; 
Arm. Baluze, 42, fol. 209-210 (copie d'A. DuChesne). 

5. Surtout si, comme je le crois, le droit de gite étant illégitimement 
refusé à Tévêque, celui-ci tenta de Texercer. 

6. Voy. plus haut, p. 106. 



140 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

l'empereur Charles , n'est-il pas de toute évidence que ces deux: 
textes, datés de la même année, pouvaient servir les prétentions 
de labbaye contre unévêque de Noyon-Toumai? Il y a eu, comme 
il semble, litige entre Tabbaye et Walbert; on pourrait donc 
croire que les deux diplômes faux de 877 furent rédigés sous le 
pontificat de Walbert, entre les années 932 et 936, en vue du 
conflit qui éclata alors. Toutefois cette conclusion est trop rigou- 
reuse pour le diplôme de Charles le Chauve; comme, d'une 
part, il est bien plus naturel de penser qu'il s'agit ici du diocé- 
sain, de l'ordinaire, de l'évèque d'Amiens, et que, d'autre part, 
la date 980-993 convient aussi bien , sinon mieux, au faux, nous 
placerons, de peur de nous tromper, la rédaction du faux 
diplôme impérial entre 932 au plus tôt, et 993 au plus tard. 

En résumé, le diplôme authentique de Charles le Simple fut 
utilisé pour la rédaction du diplôme faux de Charles le Chauve ; 
alors s'expliquent tout naturellement les singularités diploma- 
tiques qui nous avaient frappé dans le diplôme de Charles 
le Chauve. 11 nous reste à déterminer comment on fut amené 
à rédiger un diplôme de Charles le Chauve. Dans une bulle que 
le pape Nicolas 1®"^ adressa, le 28 avril 863, à Tabbé de Corbie, 
Trasulfus *, le souverain pontife renouvelait, entre autres droits, 
l'interdiction faite à l'évèque d'Amiens de pénétrer dans les 
domaines de l'abbaye, et il ajoutait : « Sicut jam olim concessum 
un monasterio cognovimus ab episcopo Ambianensi et ab aliis 
episcopis Galliarum et privilegio cessionis firmatum^ tam tem- 
poribus dilecti filii nostri Caroli, praesenti tempore rcgnantis^ 
quant antiquis temporibus Baltchilde Chlotharioque Francis 
principantibus. » 11 s'agit là de deux actes ecclésiastiques, la 
charte de Berthefridus et l'acte du concile de Paris, de 846. Les 
mots privilegio cessionis firmatum ont été compris comme dési- 
gnant un précepte de Charles le Chauve. C'est peut-être à ce 
prétendu diplôme royal de Charles le Chauve qu'il est fait allu- 
sion dans le diplôme impérial faux '. On le chercha dans les 

1. Pièces JuslificativeSj n^ 32. 

2. Voy. la note suivante. 



DIPLÔMES DE CHARLES LE CHAUVE ET DE CHARLES LE SIMPLE 141 

archives du monastère sans pouvoir naturellement le trouver. Le 
diplôme de Charles le Simple répondait, en partie du moins, aux 
desiderata des moines, aux exigences de la situation litigieuse ; 
on fut donc conduit à le mettre à contribution pour la fabrication 
du faux. On emprunta à un diplôme authentique de Charles 
le Chauve empereur, le protocole initial, le préambule et la 
souscription, peut-être même la date *. Le faussaire Ht preuve 
d'une habileté telle que son œuvre a donné le change aux érudits : 
le diplôme de Charles le Simple ne nous serait pas parvenu que 
ce faux aurait continué de faire illusion, tout en laissant Tesprit 
inquiet des légères irrégularités de style et de l'objet même de la 
teneur. Apparenté avec le diplôme du roi Louis, avec le diplôme 
remanié des empereurs Louis le Pieux et Lothaire, il est en con- 
nexion étroite avec un autre texte dont l'étude fera le sujet du 
chapitre suivant. 

Catalogue des diplômes carolingiens. 

I. Confirmation par Peppin le Bref des privilèges de Corbie, 
751-768, s. 1. 
II. Confirmation par Charlemagne des privilèges de Corbie, 
769, 16 mars, Orville. 

III. Jugement de Charlemagne contre deux avoués de Corbie 

en faveur du monastère Saint-Michel d'Honow, 774, 
30 mai-2 juin, — 775, 25 décembre, Schlestadt. 

IV. Echange de terres entre l'abbaye et le fisc consenti par 

Charlemagne ou par Louis le Pieux, 800, 25 décembre, 
— 821 , s. 1. 

1. Je croirais assez volontiers qu'il devait exister un diplôme de Charles 
le Chauve empereur que celui-ci a remplacé. Mais que disait ce diplôme? 
Il ne pouvait pas être une confirmation des privilèges laïques et ecclésias- 
tiques. Charles le Simple en eût parlé C'était très vraisemblablement une 
confirmation analogue à celle de 840; peut-être est-ce à ce diplôme que le 
faussaire a emprunté la phrase : ....quod olim regali edicto inviolabile in 
poêterum slatueremus nunc augustalis excellentiç décréta confirmaremui. 



142 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

V. Confirmation par Locis le Pieux des privilèges de Corbie, 
815 , 29 janvier, Aix-la-Chapelle. 
VI. Confirmation des privilèges de Corbie par Louis le Pieux 
et Lothaire, et concession de la licentia eligendi, 825, 
vers août, Aix-la-Chapelle (texte interpolé au x® siècle). 
VII. Confirmation des privilèges de Corbie par Charles le 
Chauve, 840, 21 juin, — 841, 20 juin, s. 1. (perdue), 
VIII. Donation du pont de Daours à Tabbaye par Charles le 
Chauve, 842, 14 décembre, — 843, février, Amiens. 
IX. Echange du domaine de Wailly contre Wittisheim et 
Duemingen et Flônheim, consenti par Charles le 
Chauve, 843, 10 septembre, — 844, avril, Compiègne 
(perdu). 
X. Confirmation par Charles le Chauve de la donation faite 
par la reine Hermentrude de terres sises à Roye et à 
Feuquières, 856, 3 octobre, Verberie. 
XI. Donation par Charles le Chauve du manse Waheliregius 
à Tabbaye de Corbie, 857, 18 septembre, Quierzy-sur- 
Oise. 

XII. Diplôme du roi Louis (?), confirmatif d'une convention 

passée entre labbé de Corbie Odon et le comte Conrad 
d'une part, et l'évéque de Tournai Raginelmus d'autre 
part, 877, 19 mars, Compiègne (faux forgé au x® siècle). 

XIII. Confirmation de privilèges de Corbie par l'empereur 

Charles le Chauve, 877, 29 mars, Compiègne (?) 
(perdue). 

XIV. Confirmation par l'empereur Charles le Chauve des 

diplômes, chartes épiscopales et bulles pontificales de 
l'abbaye, et exemption de la juridiction épiscopale, 
877, 29 mars, Compiègne (faux forgé au x® siècle). 
XV. Confirmation par Charles le Simple des diplômes, chartes 
épiscopales et bulles pontificales de l'abbaye, et exten- 
sion de l'immunité au castellum^ 901, 9 novembre, 
Fresnois. 



CHAPITRE IV 



LES CHARTES BCCLÉSUSTIQUES DE SAINT-PIERRE DE CORBIE. 



Toutes les fois que nous avons eu à nous prononcer contre 
Tauthenticité d'un diplôme de Gorbie, nous n'avons jamais vu 
les moines se prévaloir de faux titres de propriété pour réclamer 
des terres qui ne leur appartenaient pas. L'abbaye vécut en paix 
avec ses voisins, comme le laisse entendre une charte de Phi- 
lippe-Auguste *, au moins jusqu'au x* siècle. Mais, si l'abbaye 
était assez riche pour ne point revendiquer des biens injuste- 
ment, elle était, en vertu de sa richesse, assez puissante pour pré- 
tendre à une autonomie absolue. Les documents dont nous 
avons reconnu la fausseté nous ont apparu comme des armes 
dirigées contre le pouvoir épiscopal. Une étude des actes diplo- 
matiques émanés des autorités ecclésiastiques jettera la pleine 
lumière sur la question des rapports de l'abbaye et des évêques 
dont le diocèse renfermait des domaines de Saint-Pierre de Gor- 
bie. Ges actes sont au nombre de six pour la période qui nous 
occupe : la charte épiscopale de Berthefridus, la lettre du pape 
Vitalien, Tacte du concile de Paris de 8i6, les bulles pontificales 
Benoît III, de Nicolas P' et de Ghristophe 2. Ges six actes, ayant 

4 . Bibl. Nat., lat. 17758, fol. 33 v«. — L. Delisle, Cat des actes de Philippe- 
Auguste, n<* 259. 

2. On a parlé d'une bulle sur papyrus de Jean VIII conservée dans les 
archives de Ck>rbie : MafTei croyant que le papyrus avait disparu au 
IX* siècle citait parmi les derniers monuments sur papyrus cette bulle (ïstor, 
diplom. ou delV arte crit,, p. 77). Cf. Nouveau traité de diplomatique, I, 
p. 498. Je n'ai point trouvé trace de ce document dont les cartulaires ne 
contiennent aucune copie et dont les actes postérieurs ne font pas mention. 
A. Hochecorne et Lemoine qui ont dressé Tinventaire des archives cor- 
béiennes, le l«''au xiv* et le 2*' au xviii® siècle, ne le signalent pas. Faut-il 
donc croire que MafTei se soit trompé? Peut-être : nous avons conservé 



144 £XAM£N DES CHAHTES DE CORBIE 

un même objet, ne peuvent pas être examinés successivement; 
nous les prendrons donc en bloc pour ne pas morceler l'intérêt 
d'ime étude dont la conclusion doit être un jugement d'en- 
semble sur toutes les chartes ecclésiastiques de l'abbaye de Cor- 
bie. 

Pour permettre aux moines de Tabbaye de Corbie, récemment 
fondée, de vivre selon la règle de saint Benoît et de saint Colum- 
ban, la pieuse reine Balthilde voulut les soustraire aux 
influences du siècle ; par l'immunité, elle les avait préservés 
des vexations des pouvoirs laïques. Restaient les pouvoirs ecclé- 
siastiques séculiers. Balthilde adressa ime requête à Tévêque 
d'Amiens, Berthefridus, qui, s'autorisant de précédents, y fit 
droit. D'après l'acte qui nous est parvenu, 1 evêque s'interdisait 
et interdisait à ses successeurs et à quiconque du clergé amie- 
nois de pénétrer sur les domaines de labbaye et d'y rien prendre 
à leur usage. Il s'engageait à consacrer les autels et à concéder 
le saint chrême sans rémunération aucune ; il exemptait l'ab- 
baye du droit de gîte à toujours, proclamait la liberté de l'élec- 
tion abbatiale soumise à l'autorisation royale et épiscopale, et 
décidait de conférer les ordres majeurs et mineurs à ceux que 
l'abbé lui désignerait. Il reconnaissait enfin à l'abbé le droit de 
juridiction exclusif sur ses moines. Tout évéque qui violerait ce 

privilège serait pour trois années consécutives excommunié. Il 

• 

demandait à onze évéques leur approbation ^ La charte 

une bulle du pape Jean VIII (de 878) en original sur papyrus, mais elle est 
en faveur de Tournus et non de Corbie. Il existe une lettre d'un pape Jean 
qui nous a été conservée dans un manuscrit de la BibL NslL, lat. 12272, 
fol. 115 (anc. Saint-Germain 293) et que dom Grenier a copiée avec une 
négligence impardonnable [Bibl. Nal,, Grenier, t. 53, fol. 40). Écrite 
sur parchemin et non datée, Texpédition serait du x' siècle, selon 
M. Delisle, qui se prononce d'après l'écriture, Inventaire des manuscrits 
latins {Exir. de la Bibliothèque de V École des Chartes, 6* série, t. I, III et 
IV), p. 44; je la daterais plus volontiers du xi° siècle. Cette lettre où il est 
question du comte Guy de Soissons est des dernières années du x« siècle 
ou des premières années du xi« siècle. Elle serait bien plutôt de Jean XVIII 
que de Jçan VIII. Elle échappe, me semble-t-il, au cadre de mon travail: 
j'en réserve Texamen. 

1. Ce sont : Nivon de Reims, Genesius de Lyon, Ethoaldus de Genève, 



LES CHARTES ECCLÉSIASTIQUES DE SAINT-PIERRE DE CORBIE 145 

d^exemption fut souscrite par seize évêques ^ Elle est datée 
ainsi : Factum hoc privilegium sub die octavo idus Septembris^ 
anno VII régnante Clotario rege^ Captonnaco in palatio publico. 
La date est suivie de la souscription de chancellerie : Sigo in 
Dei nomine diaconus hoc privilégiant scripsi et subscripsi. 

La septième année du règne de Clotaire III s'étend du 
10 octobre-16 novembre 663 au 9 octobre-! 5 novembre 664, 
ce roi ayant commencé de régner en 637 à une date indéter- 
minée comprise entre le 10 octobre et le 16 novembre 2. La date 
du document épiscopal doit donc se lire : 6 septembre 664. 
C'est ainsi que l'ont fixée Sirmond 3, Aubert le Mire ^, Julien 
Havet ^ et M. Tabbé Malnory ^. Tous les autres diplomatistes et 
les historiens de Corbie, sauf Gaula incourt qui place la charte 
en 657 pour des raisons extra-chronologiques ^, ont adopté la 
date de 662, entre autres dom Grenier 8, car, dit-il, « le règne de 
Clotaire III commence en 653 », en quoi il se trompe. La date 
de lieu, Captonnaco^ a résisté jusqu'ici à toutes les tentatives 
d'identification ^ ; nous n'avons pas été, sur ce point, plus 
heureux que nos devanciers. 



Emmon de Sens, Odon d'Orléans, Orner de Térouanne, Ouen de Rouen, 
Audebert de Senlis,. Faron de Meaux, Audebert de Cambrai, Drauscio de 
Soissons. 

1. Ce sont : Genesius de Lyon, Chaoaldus de Vienne, Gautioberlus de 
Chartres, Boson d'Angers, Ragnobertus de Bayeux, Mummolenus de 
Noyon, Audebertus de Senlis, Ouen de Rouen, Dado, Emmon de Sens, 
Leodeboldus de Lisieux, Chrodobertus de Paris, Paternus, Drauscio, 
de Soissons, Audebert de Cambrai. 

2. J. Havet, Questions mérovingiennes, III. La date d^un manuscrit de 
Luxeuilj dans les Œuvres de J, Havet, t. I, p. 99. 

3. Sirmond, Concilia antiq. GalL, t. I, p. 502. 

4. Mirxi opéra diplomalica^ t. I, p. 639. 

5. J. Havet, Quest, mérov.^ VII. Les Actes des évêques du Mans, ibid., 
p. 369, n. 2. 

6. A. Malnory, Quid Luxovienses monachi ad ecclesiae profectum 

conlulerinty p. 34. 

7. Bibl.Nal., lat. 17757, fol. 2. 

8. Bibl. Nat., Grenier, t. 32, fol. 4. 

9. J. Havet, op. cil,, ibid. JmIqs Tardif TidenliQait à lort avec Ch^ou. 

Vem. et ioe. it l'ÉeoU du Chutes. — V. 10 



146 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

L'original du texte que nous donnons en pièce justiGcative ne 
nous est pas parvenu; mais nous possédons sept copies 
anciennes qui appartiennent, croyons-nous, à trois familles dif- 
férentes *. La multiplicité des types de copie nous permet de 
suppléer parfois à l'original dont la perte ne cesse pourtant 
pas d'être profondément regrettable. 

J.-J. ChampoUion-Figeac et l'érudit allemand, M. Bruno 
Krusch, sans exposer les raisons qui les ont déterminés, con- 
damnent la charte de Berthefridus comme manifestement 
entachée de fausseté '. C'est trancher peut-être un peu vite une 
question qui a soulevé de longs débats. D'éminents savants, 
Sirmond, Jérôme Bignon, Mabillon, Bréquigny et La Porte du 
Theil, Pardessus, Jules Quicherat ^ ont tenu pour authentique ce 
privilège épiscopal ; récemment encore Julien Havet ^ et M. 
labbé Malnory ^ ne craignaient point de l'invoquer comme un 
texte digne de foi **. 

Au xvn* siècle, Jean de Launoy qui s'ingéniait à trouver des 
actes faux un peu partout et qui souvent montrait une perspi- 
cacité vraiment remarquable, ayant démontré que la charte 
d'immunité concédée par l'évêque de Paris, saint Germain, au 
monastère de Saint-Vincent (Saint-Germain-des-Prés) était 
fausse ^, eut à répondre à une réfutation de son mémoire par 

1. Voy. Pièces justificatives, n^ k. 

2. ChampoUion-Figeac, Chartes sur papyrus appartenant à la Biblio- 
thèque d^AmienSy dans Documents historiques inédits publiés par 

ChampoUion-Figeac y t. 1 (Paris, 1841, in-4), 1" partie, p. 440. — Bruno 
Krusch, préface de la Vita Sanctae Balthildis^ dans les Mon, Germ, hisl,, 
in-4, Scriplores rerum merovingicarum, t. II, p. 477. 

3. J. Quicherat, Critique des deux plus anciennes chartes de V abbaye de 
Saint-Germain-des-Prés, dans BibL Ec. des Chartes, 6« série, t. I, p. 547 
et note 3. 

4. J. Ilavet, op. ci7., ibid. — Cet érudit affirme même rauthenticité du 
document. 

5. Malnory, ibid., p. 34, n. 2. 

6. Dom Tassin et dom Toustain le disent assez conforme à la formule de 
Marculfe. Ils l'analysent d'après Labbe (Nouveau traité de diplomatique, V, 
p. 422). 

7. JoANNis Launoii, Parisiensis theologi, inquisitio in chartam immuni- 
tatiêquamB. Crermanus Parisiorum episcopus suburbano monasterio dedigge 



LES CHARTES ECCLÉSIASTIQUES DE SAINT-PIERRE DE GORBIE 147 

Robert Quatremain ^. Il écrivit un nouveau livre sur cette 
question dans lequel il étendait son enquête à quelques chartes 
ecclésiastiques ^^ et, parmi elles, à celle de Berthefridus 3. Celle- 
ci était déclarée fausse également. Launoy relevait contre elle 
trois chefs d'accusation qui lui étaient communs avec les privi- 
lèges de Saint-Maur-des-Fossés et de Saint-Denis : 1° la men- 
tion d'un concile de Carthage présidé par Tévêque Boniface * ; 
2® l'attribution à saint Augustin d'un traité ayant pour titre 
De gradibus ecclesiasticis et tout à fait inconnu ^ ; 3^ l'inutilité de 
ces fausses autorités pour justifier les privilèges qui suivent, 
dans le texte, les mots Quod nos considérantes ^. Dix difficultés 
spéciales que soulevait l'examen de la charte de Berthefridus 
achevaient de convaincre Launoy : 1*^ parmi les prélats destina- 
taires ou souscripteurs, celui qui devait apparaître au premier 
rang, le métropolitain de Reims, fait défaut ; 2" Berthefridus 
invoque le consentement de tous {ergo omnes unius conspiratione 
consensus) ; or, sur les onze destinataires, cinq n'ont pas sou- 
scrit ; 3^ il y a onze destinataires et quinze souscripteurs ; 4^ des 
quinze évêques souscripteurs, quelques-uns ne se trouvent dans 
aucun catalogue épiscopal : tels sontGenesius, Chaoaldus, Gautio- 
bertus, Boso, Ragnobertus, Mummolenus, Dado, Emmo, 
Leodeboldus ; 5° Ouen de Rouen n'aurait pas dû, étant métropoli- 
tain, être placé en sixième lieu dans l'adresse, à moins qu'il ne 



fertur, Paris, 1657, in-8, 100 p. — J. Quicherat a démontré que c'était 
un titre récrit au x* siècle. Critique des deux plus anciennes chartes de 
Vabbaye de Saint-Germain-des-Prés, dans Bibliothèque de VÉcole des 
Chartes, 6« série, t. I (1865). 

1. Privilegium S. Germani et ecclesiae S. Germanijura propugnata, Paris, 
1658. 

2. JoANNis LâAUNOii, Parisiensîs theologi, assertio inquisitionis in chartam 
immunitatis quam beatus Germanus Parisiorum episcopus suburbano monas- 
terio dédisse fertur, Paris, 1658, in-8, 657 p. 

3. Ibid., 2« partie, ch. II, section IX, p. 127 (texte); 4« partie, ch. X, sec- 
tion I, p. 504-508, et ch. X, section IV, p. 586. 

4. Ibid., p. 504. 

5. Ibid., 507. 

6. Ibid., p. 507-508. 



148 EXAMEN DES CHARTES OE CORBIE 

soit pas Tarchevêque de Rouen, mais un évêque diocésain ; 6® le 
même personnage souscrit le huitième ; il devrait avoir souscrit 
avant les évêques ; 7** Dado et Ouen ne sont qu un seul et même 
homme, et cependant il y a deux souscriptions comme s'ils 
étaient deux personnes différentes; 8^ qu'est-ce qu'Effloensisl 
9® il y a deux souscriptions pour un même évêque, Autbert ; 
10® cet Autbert souscrit en même temps que Çhrodebert. Il n'y a 
pas d autre Çhrodebert que celui de Paris. Ainsi, deux évêques 
de Paris souscrivent en même temps *. 

L'argumentation de Jean de Launoy n'était ni très serrée ni 
très exacte ; et son auteur trouva dans un autre théologien rompu 
aux luttes seolastiqiies et fort érudit, Charles de Sainte-Beuve, 
un contradicteur expérimenté. Toutefois je ne sache pas que la 
Disqumdo de privilegio Corbeiensi per Bertefridum Ambianen- 
sem episcopum indulto ait été publiée '^.Charles de Sainte-Beuve 
reprend une à une les objections de Launoy ; sur beaucoup de 
points, la réfutation était aisée. Launoy, en effet, avait vu trop 
vite le texte qu'il condamnait : le métropolitain d'Amiens, évêque 
de Reims, est cité nommément : Nivon ^. Parmi les évêques que 
Launoy déclare n'avoir trouvés dans aucun catalogue épiscopal, 
pas un seul est inconnu, au contraire *. Sur Tordre suivi dans 
l'énumération ou dans les souscriptions des évêques, Sainte- 
Beuve a raison en quoique sorte de faire remarquer que l'ordre 
de dignité n'était pas observé, comme on le constate dans les 
souscriptions des conciles •''. Enfin, il n'a pas de peine à montrer 

1. JoANNis Launoii Asscrflo inquisUionis,..^ p. 586-599. 

2. BibL Nat, {Monasticon benedictinum), lat. 12665, fol. 121-138. — Au 
fol. 121, on lit CD marge : « 11 est de M. de Sainte-Beuve. » 

3. Ibid,, § 21, fol. 135 v^. 

k. Ibid., §§ 6 et 24, fol. 136 v». 

5. Ibid.y §§ 25 et 26, fol. 136 v° et 137. Les souscriptions autographes 
sont apposées au bas des documents originaux dans le plus grand désordre 
apparent. Les copistes les ont reproduites sans se préoccuper de Tordre 
hiérarchique des souscripteurs (comme on le voit, par exemple, pour la charte 
de l'évoque Domnole de 572. Cf. Julien Havet, Que«/.m^roo., VIL Les Actes 
des évoques du Mans, dans Œuvres de J. Havet, t. I, p. 309-310. — Voy. 
aussi l'acte conciliaire de Paris, dans nos Pièces justificativeSf n^ 17), alors 



LES CHABTES ECCLÉSIASTIQUES DE SAINT-PIERRE DE GORBIE 149 

que Dado et Ouen peuvent être deux personnages distincts ^, que 
les deux souscriptions d'Autbert sont celles d'Autbert de Cambrai 

■ 

que Tusage constamment suivi à Tépoque mérovingienne était de faire sou- 
scrire, immédiatement après l'auteur de Tacte, les métropolitains, les 
évêques avant les prêtres et ceux-ci avant les diacres. Cf. J. Havet, Ibid.y 
p. 398 ; et Maassen, Concilia aevi merovingici, dans les Mon, Germ. hist.y 
in-4, 1893. — M. A. Marignan déclare qu'au iv* siècle, en Gaule, « dans les 
conciles mêmes, Tâge seul donne le pas entre les prélats » ; mais il ne 
donne pas une référence pour justifier cette assertion. [Étude sur la civili- 
sation française f t. I, la Société mérovingienne^ Paris, 1899, in-8, p. 168). 
M. Marignan a peut-être raison ; cependant aux vi*et vii« siècles, il ne semble 
pas qu'il y ait de règle établie. M. B. Dretholz n'a pas torl, à mon avis, de 
dire que c'est le chaos (Die Unterschriften in den gallischen Concilien des 
6 und 7 Jahrhunderts, dans Neues Archiv^ t. 18 (1893), p. 536). Cf. tout 
particulièrement son tableau très signiGcatif des souscriptions du concile 
d'Orléans de 511, d'après les onze manuscrits connus. (Ibid.)3e dois dire 
cependant que M. Bretholz ne me paraît pas avoir connu une étude publiée 
trois ans auparavant dans la même revue. 11 existe une lettre de Grégoire 
le Grand à Syagrius, évêque d'Autun (599), où le pape, après avoir réservé 
le cas des métropolitains [metropolitae suo peroninia locoet honore servato)^ 
écrit : << Ceteros vero episcopos secundum ordinationis suae tempus, sive 
ad consedendum in concilio, seu ad scribendum, vel in qualibet alia re sua 
atlendere loca decernimus. » {Gregorii I papae regisirum epistolarum^ t. II, 
p. 214; édit. L. M. Hartmann, dans les Mon, Germ, hist,, in-4, Epistolae), 
M. W. Gundlach estime que les évêques siégeaient dans les conciles ou 
souscrivaient les actes, groupés par province : » Sitz und Stimme auf den 
Synoden und damit auch die Stelle in den Unterschriften zuweist, des 
weileren aber bestimmt « ceteros... episcopos — derselben Provinz — 

secundum ordinationis » (Der Streit der Bisthùmer Arles und Vienne 

umden Primatus Galliarum... Beilage II. Ueber die Unterschriften in den 
Actengallischer Synoden, dans Neues Archiv, t. 15 (1890), p. 277.) Cette 
interprétation de la lettre pontificale est peut-être trop étroite. Je préfére- 
rais celle de M. E. J. Tardif, qui admet que les évêques souscrivaient par 
ordre d'ancienneté d'ordination, si cet érudit n'avait pas eu le tort de ne 
point tenir compte du passage de la lettre qui réservait les prérogatives des 
métropolitains. (Les chartes mérovingiennes de l'abbaye de Noirmoutier, 
tir. à part, Paris, 1899, p. 63, note 1). Toutefois, il reste à savoir si les 
prescriptions de Gréj^oire le Grand furent appliquées, et si même, ayant été 
appliquées, elles ne tombèrent pas rapidement dans l'oubli. Les textes, 
dans l'état où ils nous sont parvenus, ne nous autorisent pas à nous pro- 
noncer. Quoi qu'il en soit, on verra dans un article récent de M. Omont 
comment les copistes du moyen âge ont pu s'y prendre pour bouleverser 
l'ordre des souscriptions des textes originaux. (Le praoceptum Dagoberti 
De fugitivis en faveur de Vabbaye de Saint-Denis, dans Bibl, de l'École des 
Chartes, t. LXI, janvier-février 1900, p. 74-82, et spécialement p. 78). 
1. BibL Nat,, lat. 12665, § 27, fol. 137 v». 



150 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIB 

et d'Autbert de Senlis ^ et qu'Autbert n'étant pas Tévêque de 
Paris, la souscription de Ghrodebert ne fait pas double emploi •. 
Mais, après même les réponses de Charles de Sainte-Beuve, 
quelques-uns des griefs de Launoy contre le privilège de Berthe- 
fridus subsistent. Proposer, comme le fait Sainte-Beuve, d'iden- 
tifier le De gradibus ecclesiasticis avec le De Vita et moribus 
clericorum ^, ce n'est que déplacer la difficulté : comment alors 
expliquer qu'ont ait appelé De gradibus ecclesiasticis un traité 
de saint Augustin qu'on ne trouve nulle part ailleurs ainsi 
dénommé, si ce n'est dans deux chartes fausses du xi® siècle, 
celles de Saint-Denis et de Saint-Maur-des- Fossés ? Lorsque 
l'évêque d'Amiens déclare avoir le consentement de tous ses 
frères, Launoy constate que cinq des onze destinataires n'ont 
pas souscrit. De Sainte-Beuve répond que la phrase Ergo omnes 
unius conspiratione consensus, . . ne s'applique pas au consentement 
des évêques, mais se rapporte à cette autre phrase : Hoc privi- 
legium plena voluntate una cum consensu fratrum meorum con- 
sensisse vel induisisse visus sum *. Le mot fratres désigne dans 
cette phrase, non pas les évêques destinataires, mais les prêtres 
du clergé amiénois. Il peut sembler, en effet, extraordinaire 
que Berthefridus déclare qu'il agit avec lassentiment de ses 
collègues, alors que son privilège sollicite cet assentiment. 
Néanmoins, nous ne pouvons partager l'opinion de Sainte- 
Beuve, car, dans les clauses finales, le mot fratres s'applique 
incontestablement aux évêques : manus nostrae subscriptioni- 
bus roboravimus et coepiscopos domnos et fratres nostros 
rogamus ut ipsum in omnibus confirmare debeant. Les évêques 
destinataires ainsi sollicités ne souscrivirent pas tous ; d'autres, 
auxquels la lettre n'avait pas été adressée, apposèrent au bas de 



1. BibL Nat., lat. 12665, § 29, fol. 138. Sainte-Beuve a tort de faire inter- 
venir ici le nom d'Autbert d'Avranches qui ne fut évêque de ce diocèse que 
vers 703. (Gams, Séries episcoporum, p. 505.) 

2. Ibid,, § 30, fol. 138 et 138 v». 

3. Ibid., §20, fol. 135et yo. 

4. Ibid., § 22, fol. 136 v» et 136. 



LES CHARTES ECCLÉSIASTIQUES DE SAINT-PIERRE DE CORBIE 151 

Tacte leur souscription. Etait-ce là une preuve de la fausseté de 
la charte ? Launoy dit oui, Sainte-Beuve répond non. « Uobjec- 
tion, dit celui-ci, vaudrait, s'il n'y avait eu qu'un seul exem- 
plaire du privilège, mais il est très vraisemblable qu'il y en eut 
plusieurs, d'où il résulte que certains évêques souscrivirent l'un 
et d'autres un second. Il faudrait avoir l'original, car les manu- 
scrits présentent des variantes dans les souscriptions épisco- 
pales *. » Cette dernière assertion est erronée ; il n'y a pas de 
diflférence fondamentale entre les diverses copies. Le reste est 
hypothèse et n'a pas grande valeur. Dom Grenier avait été, lui 
aussi, frappé de ce que la lettre était souscrite par des évêques 
dont les noms n'étaient pas contenus dans l'adresse. Une tra- 
dition de la maison lui permettait de tourner la difficulté : 
Berthefridus aurait fait confirmer la charte par les évêques 
présents à la dédicace des églises de l'abbaye, en 667, sous 
l'abbé Chrodegarius -, ce qu'aucun texte ne justifie ni ne peut jus- 
tifier puisque parmi les évêques dont le nom figure, selon Launoy, 
à tort dans les souscriptions, plusieurs étaient morts en 667 3. 
Enfin, Sainte-Beuve ne résout pas l'énigme du Paternus Egloensis 
eccleaiae episcopus ; après avoir proposé d'identifier Egloensis 
ecclesia avec Angoulême ou avec Eauze *, il déclare qu'on ne 
peut pas arguer de cette obscurité contre l'authenticité du 

1. Bibl. Nat., lat. i2665, § 23, fol. 136 et v*. 

2. Bibl. Nat., Grenier, t. 32, fol. 13. — Chrodegarius ne fut pas abbé 
avant 673. — Voy. plus haut, p. 66 et suiv. 

3. Entre autres, Chaoaldus (653-14 janvier 662), Gautiobertus (658-666), 
Chrodobertus (656-663). On pourrait répondre à cela que Ton avait coutume 
de demander à n'importe quel moment aux prélats et aux grands person- 
nages de souscrire des actes é[)iscopaux. Mais je ferais remarquer que cette 
lettre, comme celle d'Emmon pour Saint-Pierre-le-Vif, est adressée nommé- 
ment à plusieurs évêques ; et que son caractère de lettre de sollicitation 
exclut toute addition postérieure dans les souscriptions. Si, dans ces deux 
chartes de Berthefridus et d'Emmon, nous trouvons des souscriptions de 
personnages non désignés dans l'adresse, elles nous seront suspectes. La 
certitude absolue ne saurait être atteinte puisque les originaux font défaut. 
— Pour la charte d'Emmon, voy. Quantin, Cartul. général de VYonne^ I, 
p. 10, n» 6. 

4. Bibl. Nat., lat. 12665, § 6. 



1S2 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

diplôme K Cette affirmation ne sera pas jugée suffisante pour 
ruiner l'objection de Launoy. 

Ainsi Sainte-Beuve n'a pas détruit de fond en comble 
l'argumentation de Launoy. Cette argumentation fut connue 
aussi par Lecointe qui, dans le tome III des Annales 
ecclcsiastici Francorum^ ne retint que deux des griefs énu- 
mérés par launoy, sans que rien explique l'abandon des 
autres 2, et qui en attribua un troisième à cet érudit : 1® les 
moines vivent « sub régula Sancti Benedicti vel sancti Colum- 
hani, » ce qui est très invraisemblable puisque Theodefridus, le 
premier abbé de Corbie, venait de Luxeuil où la règle de saint 
Columban était seule en usage "^ ; 2** il n'est pas possible 
de concilier l'adresse et les souscriptions * ; 3^ parmi les sou- 
scripteurs, il en est de totalement inconnus ^. Lecointe conclut 
que le privilège de Berthefridus, émis en l'année 662 ^, très voisin 
d'une formule de Marculfe, fut dans la suite des temps remanié, 
interpolé et amputé, que Ton doit lui faire subir des corrections "'. 
Quelles corrections propose-t-il ? Au tome V de ses Annales^ il 
reprend pour son compte le premier argument qu'il avait attri- 
bué à Launoy ; il compare les deux chartes épiscopales de 
Sain t-Pierre-le- Vif et de Corbie avec la formule de Marculfe ^, 
et propose pour les deux chartes : 1** de rétablir les souscriptions 
conformes à l'adresse ^ ; 2^ de raver le nom de saint Benoit 



1. BibL NaL, lat. 12665, § 28, fol. 137 v» et 138. 

2. Lecointe, Ann. eccL Franc, ^ III, p. 539 et suiv. 

3. Ibid,, p. 539. 

4. Ibid., p. 539. 

5. //)£(/., p. 539. Lecointe propose d'identifier Gautiobertus avec Gobertus 
d'Angers, Dado avec Dido de Poitiers, et fait de Paternus un évêque 
d'Eauze (Eglœnsis, Elosensis^ Elusensis), 

6. Sur cette date, voir Ann, eccL Franc, V, p. 296. 

7. Ann, eccl. Franc, t. III, p. 540. La formule de Marculfe dont il s'agit 
ici est la première du livre I. — Zeumer, Formulae morowingici et karolini 
aevi, p. 39. — E. de Rozière, Recueil général des formules..., 2« partie, p. 729, 
n» 574. 

8. Ann. eccl. Franc, t. V, p. 285-290. 

9. Ibid., t. V, p. 291. 



LES CHARTES ECCLÉSIASTIQUES DE SAINT-PIERRE DE CORBIE 153 

pour ne conserver que celui de saint Columban dans la mention 
de la règle K Ailleurs il avait proposé de supprimer tout sim- 
plement la période qui contenait cette mention ^ ; 3® enfin il 
conviendrait de substituer à cette période : et si aliquis de ipsis 
monachis contumax fuerit, ah abbate praedicti monasterii 
secundum canonicam institutionem emendetur^ cet autre 
membre de phrase que donne la formule de Marculfe et par lequel 
les droits de Tévêque diocésain sont conservés : et si aliquid 
ipsi monachi^ de eorum religione tepidi, aut secus egerint, 
secundum eorum regulam ab eorum, abbate^ si praevalet^ corri- 
gantur. Sin autem^ pontifcx de illa civitate coercere débet ^, 
Je crois en effet que Lecointe a vu juste quand il cherche à 
rendre, par une substitution de formule, des droits k Tévêque 
diocésain ; mais ses deux premières corrections ne sont pas 
acceptables. Pourquoi rétablir les souscriptions conformément 
à l'adresse? Quelques destinataires n'ont-ils pas pu, pour une 
raison quelconque, pour cause d'absence par exemple, ne pas 
souscrire. La radiation du nom de saint Benoît me paraît être 
une erreur. Lecointe s'appuie, pour présenter cette correction, 
sur la formule de Marculfe qui porte secundum eorum regulam *. 
Il y avait alors en France (Lecointe le dit), plusieurs règles 
monastiques, celles de saint Macaire, de saint Basile, de saint 
Cassien, de saint Césaire, etc. ^. Marculfe indiquait par les mots 
secundum eorum regulam qu'il fallait mentionner la règle suivie 
dans le monastère qui recevait le privilège ; il était naturel de 
trouver une référence à la règle de saint Benoît et de saint 
Columban qui était appliquée à Luxeuil depuis Tabbatiat de 
Waldebert ^ et par conséquent à Corbie, fille de Luxeuil. 



1. Ann. eccL Franc, y t. V, p. 291 et 295. 

2. Ibid,, t. III, p. 540. 

3. Ibid. 

4. Ibid., t. V, p. 295. 

5. Ibid. — A. Malnory, Quid Luxonienses monachi... ad profectum eccle- 
siae contulerini, p. 1. 

6. A. Malnory, iZ>ic/., p. 21-42. 



154 EXAMEN DES CHARTES DE COKBIE 

De la discussion établie par Launoy, Sainte-Beuve et Lecointe, 
il résulte que, sur quatre points, la charte de Berthefridus 
n'est pas à labri de la critique * et que, sur un cinquième, 
une substitution de formule peut être acceptée momentanément. 
Des trois opinions en présence, celle de Sainte-Beuve qui conclut 
à Tauthenticité ne nous semble plus défendable ; il nous faut 
choisir entre les deux autres. Laurioy se prononce pour la faus- 
seté du document; Lecointe se croit en présence d'un acte 
remanié. Les raisons qu'ils invoquent ne sont pas convaincantes. 
Pour prendre parti dans la question, il faut pénétrer plus avant 
que ne l'ont fait ces savants dans lexamen du texte et ne pas se 
borner à une vue superficielle du document. 

Nous trouvons dans le texte qui nous est parvenu des raisons 
de croire à l'existence d'une charte primitive mérovingienne : 
l'emploi fréquent de la prose métrique, lobservance des titres 
à donner au roi {gloriosissimus) et à la reine {praecelsa 2), la 
mention de la règle de saint Benoît et de saint Columban, 
viennent en droite ligne d'un document mérovingien. En outre, 
l'existence d'un privilège de Berthefridus est attestée ancienne- 
ment'par une allusion à ce texte que contient le diplôme authen- 



i . Ce sont : 1» la mention du De gradibus ecclesiasticis ; 2^ Tassentiment 
unanime des évêques destinataires que la teneur proclame et que les sou- 
scriptions contredisent ; 3° les souscriptions d*évèques qui ne sont pas les 
destinataires de la lettre ; 4° la souscription mystérieuse de Paternus. 

2. Il est à noter cependant qu'un acte faux pourrait présenter ces parti- 
cularités s'il avait été fait sur un bon formulaire. Sainte-Beuve, qui dans 
son Exposé de la vérité [BibL Nat., lat. 1*2665, fol. 121, § 2) a fourni cinq 
preuves de Tauthenticité. n'a pas fait cette remarque nécessaire. Voici les 
preuves qu'il donne : 1° La charte épiscopale a été accordée à une époque 
où beaucoup d'autres du même genre furent concédées à d'autres abbayes. 
— C'est là une présomption en faveur de la charte, non une preuve de son 
authenticité. 2<» Elle est écrite dans les formules usitées. 3® Pendant les 
siècles suivants on a des preuves de soc authenticité. — Non, pas de son 
authenticité, mais de l'existence d'une charte de Berthefridus. 4® Les 
évêques destinataires qui ont signé sont contemporains. 5<» Tout ce qui 
est objecté tombe sans effort. — Nous avons vu que Sainte-Beuve se hâte 
trop vite de conclure. 



LES CHARTES ECCLÉSIASTIQUES DE SAINT-PIEKRE DE C0R61E 155 

tique de Thierry III confirmant rélection d'Erembert ^, par le 
témoignage des bulles de Benoît III ^ et de Nicolas 1®'^ et par le 
diplôme de Charles le Simple * qui citent nommément Berthe- 
fridus-^. Il a donc existé une charte primitive. 

Mais quand on lit attentivement la charte de Berthefridus, on 
constate que le stvle n'est pas toujours d'une tenue irréprochable. 
L'emploi simultané, dans une même phrase, de la première per- 
sonne du singulier et de la première personne du pluriel nous 
choque. Les Bénédictins du xvm' siècle ont établi, comme une 
règle à peu près fixe, que les chartes épiscopales au vu* siècle 
avaient été rédigées à la première personne du pluriel ^. En sup- 
posant même que cette règle ait subi des infractions, on ne saurait 
du moins admettre Talternance du singulier et du pluriel dans 
une même phrase, à une époque où le latin, quelque barbare 
qu'il fût, était encore d'un usage journalier, où le latin littéraire 
était encore cultivé par les scribes des chancelleries^. Trois 
passages de Berthefridus offrent cette alternance du singulier et 
du pluriel. Il est nécessaire de citer tout au long, et à la suite 
l'un de l'autre, ces passages : 

1. Voy. Pièces justificatives, n^ li. 

2. Ibid,, no 29. 

3. Ibid,, n* 32. 

4. Ibid., no37. 

5. Sainte-Beuve fait intervenir (Bibl, Nat,f lat. 12665) le concile de 
Paris, § 7, les bulles de Benoit III et Nicolas I", §§ 4 et 9, le diplôme 
impérial de Charles le Chauve, § 10, celui de Charles le Simple, § H, les 
bulles de Christophe, Léon IX, Innocent II, Eugène III, Clément 111, 
Célestin III, Innocent III, Grégoire VIII et Pie II, §§ 12-19. Il était inutile 
de mentionner les bulles à partir de celle de Léon IX puisque dès le 
x« siècle nous possédons le texte actuel. La mention du concile de Paris 
est une erreur; celle du diplôme de Charles le Chauve, une ignorance; 
celle enfin de Christophe, une opinion risquée, puisque Christophe ne vit 
probablement pas la charte. (Voy. plus loin.) 

6. Nouveau traité de diplomatique, t. V, p. 109. Il y aurait des distinctions 
h faire qui m'entraîneraient ici à de trop longs développements. 

7. J'emprunte cette remarque judicieuse à M. Lucien Auvray, Documents 
parisiens tirés de la Bibl, du Vatican. (Extr. des Mém. de la Soc, de VHist, 
de Paris et de V Ile-de-France, t. XIX, 1892), p. 6, n» 1. — Sur le latin méro- 
vingien, voir A. Giry, Man,de diplomatique, p. 434-441. 



156 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

a) « Quod nos considérantes hoc privilegium plena volun- 

tate, una cum consensu fratrum meorum, concessisse vel in- 
duisisse visas su m : per quod décerna^ atque ob testificationem 
divini nominis interdico ut nec ego^ nec ullus episcoporum succes- 
sorum meorum hoc inrumpere praesumat. » 

b) « Ergo omnesuniusconspiratione consensus antedictis prin- 
cipibus postulatione socia libentissime annuenies, sic ab omnibus 
decretumest *, ut quaecumque praedicto monasterio vel monachis 
sub libertate evangelica regio munere, seu a quibuslibet chris- 
tianis, in agris, niancipiis, vineis, silvis, auro, argento vel ves- 
tibus vel quibuslibet speciebus ad predictum monasterium perti- 
nentibus conlatura sunt, sepedictum monasterium vel monachi 
ibidem degentes vite nostrae temporibus seu successoruni 
nostrorum libère optineant, nec ego y nec ullus sibi pontifex, aut 
aliquis ex ordine clericorum Ambianensis ecclesiae, suis usibus 
usurpare aut minorare aut ad civitatem aliquas species 
déferre praesumat ; sed sub omni libertate vel emunitate 
saepedictum monasterium vel monachi ibidem consistentes possi- 
deant. » 

c) (( Et quod ad ipsum monasterium in Dei nomine fuerit obla- 
tum, vel a quocumque Deo inspirante transmissum, nihil sibi 
exinde pontifex aut ejus archidiaconus aut quislibet ordinator 
ecclesiae Ambianensis audeat vindicare, nec ad praefatum 
monasterium accedere, nec in agris ipsius convivia ego. vel pon- 
tifîces successores no5/W, vel archidiaconusaut quislibet ordinator 
ecclesiae Ambianensis praeparare praesumat, nisi ab abbate 
saepedicti monasterii spontanea voluntate fuerit rogatus. »> 

Ne voit-on pas immédiatement qu'il existe un étroit rapport 
entre ces trois fragments, bien que dans l'acte ils ne se suivent 
pas? Ils présentent un développement continu et progressif. 
L'évêque déclare tout d'abord qu'il n'a donné sa charte et fait 
aux moines les concessions y incluses qu'avec le consentement 
des évêques. C'est avec le consentement de tous qu'il confirme 

1. Quelques manuscrits portent c/ecrevt m u< ; un autre, decernimus. 



LES CHARTES ECCLÉSIASTIQUES DE SAINT-PIERRE DE CORBIE 157 

ce qui a été donné au monastère par le roi et par d'autres 
chrétiens, et en particulier l'immunité ; mais là où le diplôme 
royal de Clotaire III parlait des agents du fisc, la charte épisco- 
pale parle des clercs d'Amiens. Enfin, celle-ci arrive à formuler 
en termes précis Texemption du droit de gîte, l'exercice de ce 
droit par l'évéque restant subordonné à la volonté expresse de 
l'abbé. 

Il n'est pas sans intérêt de noter dès maintenant que ces 
passages sont ceux qui, dans les diverses copies, présentent 
les variantes les plus importantes. L'explication de ces 
divergences de texte ne peut se trouver que dans les remanie- 
ments successifs dont la charte aurait été l'objet. Est-il possible 
de faire la preuve de ces remaniements? Assurément, mais 
pour y arriver il nous faut déterminer sur quels points prin- 
cipaux nous devons porter toute notre attention. 

Un autre passage de la charte doit encore être cité in extenso : 
« Neque ulla alia po testa te in ipso monasterio utatur, ut 
diximus, neque in ministerio seu in rébus aut ornamento ipsius, 
neque in personis, dum tanti gloriosissimi principis petitio inter- 
cessit, vel quia ipsi monasterium ipsum construxerunt vel dita- 
venint, vel pro reverentia sanctorum apostolorum et martyrum, 
seu pro eo ut quiète sub régula sancta ipsi monachi vivere 
debeant ad ipsum monasterium deservientes. Nec episcopus, nec 
archidiaconus aut quaelibet alia persona ordinator ecclesiae 
Ambiancnsis, aut quodcumque de eodem monasterio sicut de 
reliquis parroechiis, usurpare aut commutare, aut aliquas res 
auferre, vel species quae ad ipsum monasterium sunt conlate 
déferre ad civitatem audeat. » 

Le ut diximus^ qui me parait être une addition, renvoie aux 
passages cités plus haut. Que si l'on y recourt, on s'aperçoit 
que celui-ci en est la reproduction, moins l'exemption du droit 
de gîte et le consentement des évêques. Nous arrivons au 
même résultat par une autre voie. Une formule de Marculfe et 
une charte épiscopale, toutes deux contemporaines ou à peu 
près de Berthefridus, ont même objet que notre charte. Lecointe 



158 EXAMKN DES CHARTES DE CORBIE 

le premier a pensé à les rapprocher ; il a publié les trois textes 
conjointement. La formule* et la charte d'Emmon en faveur 
de Saint-Pierre-le-Vif (659-660) sont presque de tous points 
semblables au privilège de Berthefridus : même formulaire, 
mêmes concessions énumérées dans le même ordre. Sauf, peut- 
être, dans les souscriptions, le privilège d'Emmon n'a pas subi, 
comme il m'a semblé, de retouche grave ^. L'acte de Berthefri- 
dus ne diffère des deux précédents que sur deux points : il est 
le seul qui parle du droit de gîte, et les deux autres se donnent 
bien garde d'insister sur un consentement qu'ils n'ont pas 
encore obtenu puisqu'ils le sollicitent. 

Que si nous démontrons maintenant l'inutilité de cette men- 
tion répétée du concours des évéques et découvrons l'intention du 
scribe qui l'a introduite ici, nous aurons élucidé un point impor- 
tant. Si nous fixons ensuite la date de cette interpolation et fai- 
sons ressortir l'intérêt qui guida son auteur, nous aurons atteint 
la vérité. 

Il est de toute évidence que l'évêque, qui demandait à 
quelques-uns de ses confrères de souscrire avec lui un privilège, 
voulait donner à son acte une plus grande autorité morale. Les 
co-signataires étaient en quelque sorte des témoins et des garants ; 
leurs souscriptions constituaient une sauvegarde pour l'abbaye 
destinataire. Cette coutume, qui rendait l'acte plus solennel, ne 
pouvait avoir d'autre raison d'être. Il semble, toutefois, à voir 
l'insistance que met le scribe à signaler cet assentiment des 
évéques, que Berthefridus veut s'abriter derrière ce consente- 
ment parce qu'il a conscience de faire quelque chose de nouveau. 
Mais en quoi Berthefridus a-t-il besoin d'user de ce subterfuge? 
Ne nous dit-il pas qu'il n'innove point, qu'il imite ce qui a été 
fait ailleurs et souvent? a Nec nos hoc propriae deliberationis 

i. Marculfi formulae, I, n® 1 (éd. Zeumer, p. 39 ; éd. de Rozière, n^ 574). 

2. Ed admettant avec Lecointe {Ann. eccL Franc. y t. V, p. 290) que celte 
charte eût été remaniée, elle n'aurait pu Têtre que par les moines de Saint- 
Pierre-le-Vif, qui n'auraient pas fait disparaître de paîté de cœur un privi- 
lège aussi important que Texemption du droit de gite. 



LES CHARTES ECCLÉSIASTIQUES DE SAINT-PIERRE DE CORfilE 159 

instituto posterilas aestimet decrevisse^ cum.., », et il s'appuie 
sur des précédents : les monastères Saint-Maurice d'Agaune, 
Saint-Honorat de Lérins, Saint-Marcel de Chalon-sur-Saône, et 
Saint-Pierre de Luxeuil, ont reçu des privilèges analogues. Ce 
sont des précédents fameux et consacrés par les formules diplo- 
matiques *. Si le scribe revient sans cesse sur le rôle des évêques 
dans l'exemption de l'abbaye, c'est qu'il croit assurément que 
plus la charte aurait eu de souscripteurs plus elle serait véné- 
rable '^, mais aussi que les souscriptions engageaient les évêques 
à l'égard de l'abbaye, et même leurs successeurs, comme 
l'évéque d'Amiens, et au même titre que lui. Cette pensée du 
scribe ne nous parait pas douteuse. Que Ton compare la clause 
comminatoire du privilège de Berthefridus et celle de la formule 
de Marculfe ^ : 

t. « Ab antiquitus, juxta constitutionem pontificum, per regalem sanctio- 
nem, monasteria sanctorum Lirinensis, Agaunensis, Luxoviensis, vel modo 
innumerabilia peromne regnum Francorum sublibertatisprivilegio videntur 
consistere » (Marculfe, I, n*» 1. Cité par Lecointe, Ann, eccl. Franc, t. V, 
p. 291). Les antécédents invoqués par la charte de Berthefridus le sont aussi 
par la charte d^Emmon en faveur de Saint-Pierre-le-Vif (Pardessus, Diplo- 
mata Chartae..., II, n® 334, p. Ii2. — Quantin, Cari, gén, de F Yonne, t. I, 
p. iO, n® 6), par celle de Saint-Omer en faveur de N.-D. de Sithiu (Saint- 
Bertin) (Pardessus, /Z>ec/., p. i2o).La charte, d^ailleurs remaniée, d'Emmon en 
faveur de Sainte-Colombe cite les privilèges de Lérins, Luxeuil, Saint. 
Marcel de Chalon, Rebais (Pardessus, Ibid., n° 333, p. 109. — Quantin, Ibid., 
p. 14, n<* 7) ; Audebert de Paris mentionne ceux de Lérins et de Luxeuil 
dans le précepte (si profondément altéré dans sa forme actuelle) qu'il adresse 
à Babolein, abbé des Fossés (L. Auvray, Documents parisiens..., p. 14). 

2. Je ne vois pas d'autre raison pour expliquer, par exemple, les rema- 
niements profonds qu'ont subis les souscriptions du précepte de Clovis II 
confirmant è Tabbaye de Saint-Denis le droit d'avoir des biens distincts de 
ceux de l'église de Paris et de se soustraire, quant à l'administration de ces 
biens, à l'autorité épiscopale (Clichy-la-Garenne, 22 juin 654). On se ren- 
dra compte des différences qui existent entre l'original et les copies en 
comparant l'édition de J. Havet d'après l'original {Arch. Nat., K 2, n*> 3, 
papyrus. Œuvres de J. Havet, Questions mérovingiennes, V. Les origines de 
Saint-Denis, t. I, p. 237), et celle de Sirmoud d'après un cartulaire [Concil. 
ant. Galliae, t. 1, p. 498). 

3. Lecointe a rapporté les deux passages lAnn. eccl. Franc, t. III, 
p. 540), mais pour montrer que la formule de Marculfe et la charte de Ber- 
thefridus étaient semblables. Marculfi forniulae, I, n^i. 



160 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

PRIVILÀOB DB BBRTRBFRIDUS PORMULB DB MARCULFB 

Quod si aliquis callidiUte aut cupi- Si quis autem ex nobis, quod Deus 

dilate praevenlus episcopus, ea quae avcrtat, caUidi talc commotua aut cupî- 
sunl superius comprehensa lemerario dilate praevenlus, ea quae sunt supe- 
spirilu violare praesumpserit... rius comprehensa temerario spirilu 

violare praesumpserit... 

La transformation légère du si quis ex nobis qui désignerait 
un membre du clergé d'Amiens en si aliquis.,, episcopus qui 
étend la mesure aux évêques souscripteurs et à leurs successeurs 
n'est-elle pas un indice précieux ? Si nous ne nous sommes pas 
trompés en indiquant tout à l'heure quelle était, à notre avis, 
l'intention du rédacteur, il aurait suiR d'allonger la liste des 
évêques qui avaient approuvé l'acte de Berthefridus pour étendre 
du même coup les droits et privilèges concédés à l'abbaye dans 
le diocèse d'Amiens à d'autres circonscriptions diocésaines. Or, 
nous avons la preuve que les moines de Gorbie ont considéra- 
blement augmenté le nombre des souscriptions. En effet, dans 
le diplôme authentique de Charles le Simple *, ce roi, confirmant 
les prérogatives temporelles et spirituelles conférées au mona- 
stère de Corbie, les premières par les rois, les secondes par les 
papes et les évêques des Gaules, parle en ces termes des chartes 
épiscopales : 

<( Nos etiam devotissimis precibus supplicaverunt ut privilégia 
antiquorum episcoporum, videlicet Bertefridi, Ambianensis epis- 
copi, et sanctorum praesulumGenesii, Audoeni, Audomari, Faro- 
nis, Audeberti, sed et moderni temporis venerabilium archiepis- 
coporum, Hincmari scilicet, Guntboldi, Winilonis et aliorum 
episcoporum... regali edicto in perpetuum caveremus.»... 

...« Privilégia quoque ecclesiastica quae a beatissimis ponti- 
ficibus romanis, vel antiquitus a venerabili Bertefrido Ambia- 
nensi episcopo et sanctis praesulis supra memoratis, vel modemo 
tempore ab archiepiscopis et episcopis totius Galliae eidem 
monasterio concessa sunt,... sic maneant omnia inviolata et 
nostro regali edicto omni tempore irrefragabiliter firmata. » 

1. Voy. plus haut, p. 122, et Pièces justi/icalives, u? 37. 



LES CHARTES ECCLÉSIASTIQUES DE SAINT-PIERRE DE CORBIB 16t 

A la façon dont les noms des évêques sont cités, on peut être 
assuré que seuls Berthefridus, Genesius, Audoenus, Audomarus, 
Faro et Audebertus avaient souscrit la charte que Tabbé Fran- 
con mit sous les yeux de Charles le Simple. Plus nombreux, il 
est vrai, sont les destinataires de la lettre *. Qu'en faut-il con- 
clure ? Est-il même besoin de tirer une conclusion ? Et ne vaut-il 
pas mieux constater simplement ce qui est ? Tant de conjectures, 
dont la plus vraisemblable est que quelques destinataires n'ont 
plus été là pour souscrire l'acte fait, peuvent expliquer Tabsence 
de leurs souscriptions ! Berthefridus n'a pas dû, comme il semble, 
inscrire les noms de ses co-évêques en tête de son privilège 
sans s'être assuré au préalable qu'ils pouvaient consentir à une 
mesure de ce genre ^. Bon nombre d'entre eux ont accordé à des 

i. Voy. leurs noms, p. 444. — En réponse à Launoy, qui critiquait la 
place de saint Ouen dans Tadresse, Sainte-Beuve écrit : u II n^est pas résolu 
si Berthefridus en écrivant son privilège nomme d'abord tous les évêques 
ou si plutôt les noms des évêques ne furent pas inscrits au fur et à mesure 
que Tacte leur était transmis. On conjecture que Gènes, Ouen, Omer, 
Faron et Autbert aidèrent à la confection du document. Cette conjecture est 
fortifiée par les diplômes de Charles le Chauve et de Charles le Simple 
dans lesquels ces cinq sont seuls nommés. Chaque archevêque aurait 
été nommé avant les évêques de sa province. »(BibL Nat., lat. 12665, § 25, 
fol. 136 v^). La conjecture me parait tout à fait inacceptable. 

2. Des évêques nommés dans le diplôme de Charles le Simple, Genesius 
et Autbert de Cambrai sont les seuls dont il ne nous soit pas parvenu une 
charte d'exemption. La charte par laquelle Autbert de Cambrai prend le 
monastère de Wallers sous sa protection n'a rien à voir ici. C'est d'ailleurs 
un faux avéré (Bréquigny et La Porte du Theil, Prolégomènes^ dans les 
Dipiomala de Pardessus, t. I, p. 65). Voir le texte dans Aubert le Mire 
(Opéra diplomalica, t. 1, p. 490) et dans Pardessus {Dipl.y II, p. 31, n<> 67). 
La charte de saint Omer (Pardessus, DipL, II, n^ 344, p. 123), que Ton 
considère comme authentique, n'a pas été critiquée selon les exigences de la 
méthode scientifique. Celle de saint Faron pour l'abbaye de Faremoutiers 
est un faux (Bréquigny et La Porte du Theil, Prolégomènes, p. 45. — 
M. Lecomte, Le privilège de saint Faron, évêque de Meaux 626? — ^7-8? 
pour Vabbaye de Faremoutiers, tir. à part, 1897). La charte de saint Faron 
pour Rebais (Clichy, !•' mars 636), qui se présente dans de meilleures con- 
ditions, est considérée comme altérée par dom Duplessi8(//i5/oire de V Église 
de Meaux, t. I, p. 48) et par Bréquigny et La Porte du Theil [Prolé- 
gomènes, Appendice, p. 295). On en trouve le texte dans Duplessis, op, cit,, 
t. I, p. 672, et dans Pardessus Dipiomala,,., i. II, p. 39, n» 275). Elle a cer- 

Mim. ttdoc. dfl'Êtole dts Chants. — V. U 



162 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

monastères de leur diocèse des chartes d^exemption plus ou 
moins lai^e et compréhensive. Et comment supposer que le 
rédacteur du diplôme carolingien eût omis ces souscriptions si 
elles eussent existé ? Quoi qu'il en soit, nous avons là une liste 
très courte d'évêques souscripteurs. Force nous sera de recon- 
naître qu'elle est la plus ancienne et la seule authentique. 
Plusieurs rédactions différentes des souscriptions nous ont été 
conservées ; elles sont toutes plus étendues que la nomenclature 
du diplôme carolingien. Elles ont, croyons-nous, leur origine 
dans un passage d'un des documents faux de Tabbaye, le 
diplôme impérial de Charles le Chauve, copié sur le diplôme 
de Charles le Simple ^ Ce faux marquerait donc la transition 
entre la liste primitive et les rédactions plus complètes. Le 
diplôme impérial, reproduisant la partie de la teneur où les 
évcques sont nommés, ajoute après le dernier nom d'évêque les 

taine ressemblance avec la charte de Berthefridus qui nous occupe, avec les 
chartes de Saint-Pierre-le-Vif, de Saint-Maur-des-Fossés et de Saint-Denis. 
Parmi les évoques destinataires, Autbert de Senlis n*en a peut-être pas 
octroyé. Nivon do Reims en donna une au monastère de Hautvilliers, qui 
enfermait les libertés de cette maison en des limites très étroites. Nous 
n*en possédons plus qu'un fragment (Pardessus, Diplomata^ II, 128, n° 346). 
Voy. Prolégomènes, Ibid,, I, p. 97. Drausio deSoissons accorda Texemption à 
Notre-Dame de Soissons en 667 (Pardessus, Dipl.^ II, p. 138, n* 355). Cf. 
dom Michel Germain, Histoire de Notre-Damede Soissons (Paris, 1675), p. 421 . 
Enfin £mmon de Sens confère des privilèg-es de même nature aux mona- 
stères Saint-Pierre-le-Vif et Sainte-Colombe (Quantin, Cariuiaire général 
deVYonne^ t. I, p. 10, n^ 6, et p. 14, n*> 7). M. Quantin adopte pour ces 
chartes la date de 657, au lieu de 659 que donne Pardessus {Diplomala,.,, 
Il, no* 333 et 334, p. i09 et 112), et de 660 qui est fournie par M. labbé 

Malnory (Quid Luxovionsis monachi ad profeclum ecclesiae contulerinly 

p. 34). M. Prou (Etude sur les chartes de fondation de V abbaye de Saint- 
Pierre-le-Vif, Sens, 1894, p. 13) se range à l'opinion de M. Quantin. Il faut 
adopter la date de 659-660, 3* année du règne de Clotaire 111 pour la charte 
de Saint-Pierre-le-Vif, et celle du 16 août (et non 26 sept., comme le dit 
Nt. Quantin) 660 pour celle de Sainte-Colombe. Ces privilèges d'Emmon 
mériteraient d'être étudiés de très près, à la lumière des autres documents 
des deux abbayes et de ceux de Saint-Remi de Sens. Je réunis, en ce 
moment, les éléments de cette étude qui prendra place dans un examen 
critique des chartes épiscopales mérovingiennes. 

1. Voy, plus haut, p. 133, et Pièces Justificatives, n*» 36 et 37. 



LES CHARTES ECCLÉSIASTIQUES DE SAINT-PIERRE DE CORBIE 163 

trois mots : et aliis episcopis. Ces mots ont, dans Tespèce, une 
grande importance puisqu'ils laisseraient supposer que les noms 
fournis par le diplôme ne constituaient pas toutes les souscrip- 
tions. Le second passage du privilège de Charles le Simple que 
j'ai cité étant gênant à cause du membre de phrase et sanctis 
praesulis memoratis, qui ne comportait pas Taddition et aliis 
episcopis du diplôme de Charles le Chauve, a tout simplement 
été supprimé dans celui-ci. 

Examinons successivement ces diverses rédactions. La pre- 
mière est celle de la charte épiscopale. Elle nous a été transmise 
par tous les cartulaires. Elle comprend seize noms. Le débat de 
Launoj, de Sainte-Beuve et de Lecointe n'a pas épuisé la ques- 
tion, puisque ces auteurs n'ont pas pensé que le diplôme de 
Charles le Simple pouvait être utilisé en cette affaire. La rédac- 
tion de la charte épiscopale est en contradiction avec ce diplôme ; 
elle ne donne pas les noms d'Omer et de Faron, et elle contient 
ceux d'Emmon de Sens, d'Odon d'Orléans, d'Autbert de Senlis 
et de Drausio de Soissons. La mention du siège d'Amiens dans 
la souscription de Berthefridus, et cette souscription énig- 
matique et anormale Paternus Egloensis ecclesiae episcopus 
sont la preuve manifeste d'un remaniement des souscriptions. 
En effet, Mabillon et, après lui, les auteurs du ISlouveau 
traité de diplomatique ont donné comme une règle absolue 
que, à l'époque mérovingienne, les évêques souscrivaient les 
actes sans faire suivre leur titre d'aucune spécification ^ La 

\. Mabillon, De re diplomatica, liv. II, c. 20, p. 153 et 154, et liv. VI, 
p. 467, note. — Nouveau traité de diplomatique, t. V, p. 407. — A. Giry, 
Manuel de diplomatique , p. 337. — Dans la teneur, il n'en est pas ainsi. 
Voy. A. Giry, op, cit., p. 337. — Pour les souscriptions des conciles, la 
question est controversée. Le dernier érudit qui a traité spécialement ce 
sujet, M. B. Bretholz constate que les souscriptions des prélats ne sont pas 
soumises à une formule constante : « Dagegen nuns bei genauerer Prûfung 
der Unterschriften aufîallen, dass die einzelnen Hss. in den Subscriptions 
formeln so ungemein variieren. In einem und demselben Concil finden wir 
in einen Hs. a consensi et subscripsi », in der andcren eines von beiden 
oder einen dritten Ausdruck (u relegi, notavi, consentiens subscripsi) » ; 
bald findet sicli der Ortsname sei es in substantivischer, sei es in adjec- 



164 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

désignation des sièges dont Berthefridus et Patemus étaient 
titulaires est une faute contre la diplomatique épiscopale méro- 
vingienne. Si des remaniements sont constatés, la souscription 
de Chrodobertus, évêque de Paris, n^est plus faite pour nous 
étonner. Mort en 663, Chrodobertus n'aurait pu apposer son nom 
au bas d'un acte du 6 septembre 664 ; c'est à peine même si son 
successeur, qui fut tué dans le courant de cette même année 
664, aurait pu souscrire ^ Admettons, pourun moment, que la pré- 
sence de Chrodobertus au nombre des évêques souscripteurs ne 
soit pas une erreur, il faut dès lors admettre aussi que la date 
exprimée anno VII régnante Clotario rege est fausse. VU serait 
une mauvaise lecture pour IIII ; Ton sait que les scribes du 
moyen âge écrivaient quatre toujours ainsi : IIII, quand ils ne 
récrivaient pas en toutes lettres. La charte serait du 6 sep- 
tembre 661. L'année 661 ne soulèverait aucune objection; mais 
avons-nous le droit de modifier une date que donnent toutes les 
familles de manuscrits, alors que nous ne savons même pas si le 
monastère était fondé au 6 septembre 661 2? La première mention 

tivischer Form, bald fehlt er ; hier wird a in Christi nomine » oder « Deo 
propitio » hinzugefûgt, dort nicht. » [Die Unlerschriften in den gallischen 
Concilien des 6 und7 Jahrhunderls, dans Neues Archiv, t. 18, 1893, p. 529). 
Au IX* siècle, les souscriptions contiennent l'indication du siège dans les 
conciles et dans les chartes (A. Giry, op. cf7., p. 806-807). 

A Tépoque mérovingienne, les conciles et les chartes devaient aussi se 
ressembler. Les actes conciliaires originaux (il ne nous en est pas parvenu 
pour cette époque) ne devaient pas présenter des souscriptions avec indi- 
cation du siège. Les variantes des manuscrits prouvent que les scribes qui 
nous ont transmis les actes des conciles ne se sont pas contentés de copier 
les souscriptions, mais les ont le plus souvent identifiées. Le nom de 
révêque importait moins pour les scribes que la mention du siège. On 
trouve de ces identifications dans les manuscrits pour les chartes mérovin- 
giennes qui nous sont parvenues en original. Ne peut-on pas inférer des 
actes épiscopaux aux actes conciliaires ? 

1. Gallia Christiana, t. VII, col. 23. 

2. La date de 6C2 est donnée par tous les historiens de Corbie; par 
Moreri, Dictionnaire (Paris, 1759), art. Corbie ; par Fortia d'Urban, Examen 
d'un diplôme attribué à Louis le Bègue, t. I, p. 111, et par le baron C. de 
S* A., Notice sur Corbie (Amiens, 1854, in-8), pièce, Bibl. Nat., L k*^ 2250. 
— M. Aug. Petit a rejeté avec raison cette date ; mais il s'est lui-même 



LES CHARTES ECCLÉSIASTIQUES DE SAINT-PIERRE DE CORBIE 165 

chronologique certaine est celle de Texemption des tonlieux que 
le roi Clotaire accorda aux moines le 23 décembre 661 ^ Nous 
avons tout lieu de croire que la présence de Chrodobertus s'ex- 
plique par une maladresse de Tinterpolateur. Je propose donc de 
laisser à la charte la date de 664 qu'elle se donne et de rejeter 
comme apocryphe la souscription, régulière dans la forme, de 
Tévêque de Paris. Un argument paléographique vient fortifier 
encore notre opinion que les souscriptions de la charte de Ber- 
thefridus n'étaient pas celles de la charte originale primitive, et 
nous donner une date. Un manuscrit du xii^ siècle nous le 
fournit ^. Quelques souscriptions se terminent par le mot 
su bscripsi abrégé kVdiide du signe %^ imitation grossière et mala- 
droite du caractère tironien i^ que l'on trouve dès le ix' siècle, 
dont l'emploi fréquent au x* siècle disparut dans le cours du 
xi' siècle ^. Le scribe du xii* siècle le copia tant bien que mal, 
mais sans le comprendre, corrigeant ainsi, à l'aide de Toriginal, 
le cartulaire qu'il reproduisait ^. Cela nous prouve que le docu- 
ment conservé dans les archives comme Toriginal et copié par 
ce scribe inintelligemment avait été tout au moins remanié au 
X* ou au XI* siècle. 

La première rédaction de la liste épiscopale remaniée servit à 
l'auteur d'une autre qui a été transcrite au bas d'une analyse 



aventuré quand il a écrit : « La reine Balthilde, peu avant 660, installe des 
religieux venus de Luxeuil dans la villa Corbeîa, » {Etude sur le temporel 
de rahbaye Saint-Pierre de Corbie des origines au XV^ siècle, dans les Posi- 
tions des thèses de l'École des Charles, 1893, p. 63). Peut-être a-t-il 
emprunté cette date à dom Grenier, Introduction à Vhistoire générale de la 
province de Picardie (Amiens, 1856, in-4), publiée par MM. Ch. Dufour et 
J. Garnier. Dans un travail sans critique, M. le D' Meurisset, qui se sert de 
textes qu'il connaît mal, place la fondation de Corbie en 657 [Sainte 
Balthilde, reine de France, Une page d'histoire mérovingienne, Lille, 1895, 
in-16, p. 67). En réalité, Tabbaye fut fondée à une date indéterminée, entre 
657 et le 23 décembre 661. 

i. Voy. plus haut, p. 51, et Pièces justificatives, n® 2. 

2. BibL Nat,, lat, 17763 [VII], fol. i. 

3. A. Giry, Manuel de diplomatique, p. 596. 

4. BibL Nat., lat. 17764 [II]. — Voy. Pièces Justificatives, n» 4. 



166 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

d'une prétendue lettre pontificale de Vitalien *. Alors appa- 
raissent saint Rieul de Reims, saint Orner, saint Faron, Ethoal- 
dus de Genève, saint Eloi et deux inconnus, RufFo et Burgundius. 
Enfin, la dernière rédaction et la plus complète, celle que 
M. Karl Pertz a si malencontreusement publiée à la suite du 
diplôme royal de fondation ^, élève le nombre des souscripteurs 
à vingt-trois par l'adjonction de Nivon, évêque métropolitain de 
Reims. Dans ces deux dernières, le nom de saint Ouen manque. 
Elles ont toutes deux une autre ressemblance qui décèle le faux : 
presque toutes les souscriptions sont suivies de l'indication du 
siège dont l'évéque souscripteur était le titulaire. L'œuvre du 
faussaire se manifesterait d'ailleurs. L'évéque Burgundofaro, 
autrement dit saint Faron de Meaux, devient deux personnages 
épiscopaux, Faro et Burgundius ^. En dernier état de cause, saint 
Rieul (Reclus) souscrit en même temps que son prédécesseur 
Nivon ; saint Eloi, en même temps que son successeur sur le 
siège de Noyon, Mummolenus. Or saint Rieul succède à 
Nivon vers 672 et saint Eloi est mort en 659. Qu'on n'aille pas 
dire que la souscription de saint Rieul, qui n'occupa son siège 
que postérieurement à la date du document, équivalait à une con- 
firmation de Pacte ; celle de saint Eloi, qui meurt cinq ans avant 
la rédaction de la charte, rend invraisemblable cette hypothèse 
qui aurait pour elle Tautorité des diplomatistes les plus émi- 
nents ^. Pour des motifs qu'il nous faudra rechercher, un moine 

1. Pièces Justificatives, n® 6. — Voy. plus bas, p. 168. Quelques noms 
d'évêques sont suivis de labréviation ses qui, paléographiquemcnt, doit se 
lire sanctus ; c'est une erreur du scribe qui n'a pas su interpréter la notation 
iïronienne de su bscripsi, L, 

2. Voy. Pièces Justificatives, n« 1 , en note. 

3. Ce n'est pas le seul exemple de cette supercherie que Ton trouve dans 
la série des actes mérovingiens. Cf. la donation d'Haregairc à l'église Notre- 
Dame, Saint-Pierre et Saint-Paul (Le Mans, 3 mai 513), où l'on a fait servir 
deux fois certains noms, tout simplement pour allonger la liste des sou- 
scripteurs, et où Ton a décoré du titre d'évêque des personnages qui ne l'ont 
jamais eu (Julien Havet, Questions mérovingiennes, VII. Les Actes des 
évéques du Mans, dans les Œuvres de Jutien Havet, t. I, p. 389 et 390.) 

4. Mabillon, cité d'après A. Giry, Manuel de diplomatique, p. 807. — On 



LES CHARTES ECCLÉSIASTIQUES DE SAINT-PIERRE DE CORBIE 167 

de Corbie n'a pas hésité à commettre un anachronisme d'une 
quinzaine d'années. 

De la comparaison des quatre rédactions des souscriptions 
épiscopales, il ressort évidemment que le souci des interpolateurs 
a été d y faire figurer le métropolitain de Reims et Tévéque de 
Noyon *. Le diplôme de Charles le Simple ne mentionnait pas les 
titulaires de ces sièges ; la charte de Berthefridus que nous possé- 
dons introduit avec d'autres prélats Nivon et Mummolenus qui 
étaient respectivement évêque de Reims et évêque de Noyon en 
664. Un moine ignorant fit intervenir plus tard des personnages 
de notoriété plus grande, Eloi et Rieul, dont les noms vénérés 
par Téglise lui parurent devoir donner une autorité d une toute 
autre importance aux engagements pris. Les faits se précisent ; 
la certitude succédera au doute dans notre esprit quand nous 
nous souviendrons que les souscriptions du diplôme de fondation 
sont une addition du xii" siècle et quand nous saurons que les 
souscriptions de la lettre de Yitalien font partie d'un acte faux. 



trouvera un exemple de ce mode de confirmation dans Tacte du concile 
parisien de 8i6 {Pièces justificatives y n° 17), où Hilmerade, évêque d'Amiens, 
successeur de Raginarius ; Wenilon, archevêque de Rouen, successeur 
de Guntboldus ; Hincmar, évêque de Laon, deuxième successeur de 
Siméon, et Odon, évêque de Beauvais, successeur d'Ermenfroi ont souscrit, 
postérieurement à leur élévation, Tacte que leurs prédécesseurs avaient 
eux-mêmes souscrit. 

1. Cette conclusion me parait affermie, pour Tévcque de Noyon, par le 
succès qu'obtint au xi" siècle, en Flandre, la charte de Berthefridus qui 
servit de modèle, en 1065, à l'évêque de Térouanne, Drogon : celui-ci concé- 
dait aux religieux et aux chanoines de Messines, près de Gand, u liberta- 
tem quam quidem hujuscemodi talemque illis concessi qualem Bertefridus 
Ambianensis ecclesie quondam episcopus, Illotario régi ac Balthildi reli- 
giosissîme regine, consilio atque assensu sui temporis episcoporum, scili- 
cet Genesii, Niphonis, Ethoaldi, Emmonis, Adonis^ Audomari, Audoeni, 
Audoberti, Burgundii Pharonis, item Audoberti, Drauscionis, ecclesie 
concessit Corbeiensi instar ecclesiae Agaunensis, Lirinensis, basilice quoque 
domini Marcelli. » Voy. Diegerick, (lodex diploniaticus, à la suite de T/n- 
oentaire analytique et chronologique des chartes et documents appartenant 
aux archives de V ancienne abbaye de Messines, n° 1, p. iv (d'après Toriginal). 
— Je dois ce renseignement à mon ami, M. Prou. 



168 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

Il nous est facile de démontrer la fausseté de cette prétendue 
lettre pontificale. 

Un manuscrit du xii* siècle ^, le fragment de cartulaire annexé 
au Cartulaire Noir, débute par ce titre rubrique : Privilégiant 
Vitiliani pape de fundamento ecclesie. Il donne à la suite une 
notice qui a la prétention d être une analyse de cet acte pontifical : 
les notices qui suivent sous des titres également rubriques sont 
bien en effet des analyses. Nous y apprenons qu en Tan 662, 
sous le pontificat de Viti\lien, 73* pape, sous le règne de lemjîe- 
reur Constantin, fils de Constant, la reine Balthilde, veuve de 
Clovis II, fonda le monastère de Corbie et obtint de Gothlandus 
rimmunité pour les biens donnés par elle au monastère, que 
l'archevêque de Reims, saint Rieul, successeur de saint Nivard, 
et Tévêque d'Amiens Berthefridus concédèrent le privilège de 
lexemption à la jeune abbaye. Vingt évêques souscrivirent. En 
un mot, ce serait la confirmation par le pape d un diplôme de 
fondation moins étendu que celui dont nous avons parlé et de la 
charte de Berthefridus. 

C est ainsi que Tont compris les historiens de Corbie : 
Caulaincourt ^, Bonnefons 3, Coquelin * et dom Grenier ^ ont 
admis, sur la foi de ce texte, que labbaye de Corbie n avait 
primitivement reçu que les biens de Guntland. En 667 seule- 
ment, la reine Balthilde aurait ajouté à sa donation première 
le domaine de Thésy ^ et les biens de Frodinus '^, après que 
Berthefridus aurait exempté de sa juridiction labbaye royale. 

Caulaincourt, ayant reproduit in extenso au début de sa chro- 
nique le document qui nous occupe^ classait chronologiquement 
le privilège de Berthefridus avant le diplôme de Clotaire III qui 



1. Bibl. NaL, lat. 17758, fol. A, col. I et II. 

2. Chronicon Corbeiense, Bibl, Xat,, lat. 17757, fol. 1 et 2. 

3. Bibl. NaL, lat. 17142, fol. 39 et suiv., et 120. 

4. Hiêtoriae regalis abbatiae Corbeiensis (éd. J. Garnîer), p. 405. 

5. Bibl, Nat., Grenier, t. 32, fol. 13. 

6. Ibid,j Taceacus est traduit à tort par Acheu. 

7. Caulaincourt, Chronicon Corbeiense, Ibid,, fol. 1 v« et 2. 



LES CHARTES ECCLÉSIASTIQUES DE SAINT-PIERRE OE CORBIE 169 

n'aurait plus été le diplôme de fondation. Il ne semble pas qu'il 
ait cru à l'existence d'une lettre de Vitalien; le scribe du 
XII* siècle est cependant très explicite : privilegium Vililiani, et 
M. Cocheris dans ses Notices et Extraits n a pas manqué de 
reproduire ce titre. Mabillon *, dans le récit qu'il fait de la fon- 
dation du monastère corbéien, n a utilisé que les deux diplômes 
de Clotaire III et la vie de sainte Balthilde. Il s'est montré, sur 
ce point comme sur tant d'autres, le plus clairvoyant et le plus 
sagace des historiens de Corbie. 

La lettre du pape Vitalien ne nous est pas connue autrement 
que par lanalyse du xii*^ siècle : les cartulaires n'en contiennent 
pas de transcription intégrale ; aucun document n'en fait mention 
avant qu'elle ait été analysée dans Tunique manuscrit qui en 
parle ; elle disparaît aussitôt après sans laisser de traces. L'in- 
ventaire de 1421 ne la signale pas. Ces circonstances la rendent 
suspecte, à tel point même qu'on doit se demander si le scribe 
du xu" siècle ne s'est pas mépris sur la nature de l'acte qu'il 
analysait et ne la pas à tort qualifié privilegium Vitiliani. Cette 
supposition est cependant peu vraisemblable ; les analyses qui 
suivent immédiatement dans le manuscrit et qui sont à coup 
sûr du même auteur sont faites, autant qu'on en peut juger, sur 
les originaux, puisque le scribe en a copié quelques-uns ; il faut 
donc croire que ce scribe a eu sous les yeux im document qui 
se donnait et qui passait pour être une lettre de Vitalien. 

Une étude même sommaire de l'analyse suffît pour faire rejeter 
un tel acte du nombre des documents authentiques. Les bévues 
et les erreurs y sont accumulées comme à plaisir : fautes contre 
l'histoire, fautes contre la diplomatique, fautes contre la chro- 
nologie constituent la teneur : 

1® Fautes contre l'histoire. — Vitalien est dit 73® pape; dans 
l'état actuel de nos connaissances, les listes pontificales le 
donnent comme le 76® successeur de saint Pierre. L'empereur 
Constantin, fils de Constant, est bien Constantin III Pogonat. 

1. Mabillon, Annales ordinis S. Benedicti^ t. I, liv. XIV, p. 444-445. 



170 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

C'est lui en effet qui c< étendit en nombre et en vertus le peuple 
des fidèles et augmenta le respect et les honneurs dus à Téglise » : 
il convoqua à Constantinople, en 680, le sixième concile général 
qui condamna les théories monothélistes. Son père avait bien 
aussi été tué par ceux de son entourage dans son bain. Mais 
lassassinat de Constant II n*est pas antérieur à 668, et c'est 
Constant II et non Constantin Pogonat qu'on s'attendrait à 
trouver dans un acte de 662 ou de 661 ^ Il y a donc eu confu- 
sion entre le père et le fils. 

2® Fautes contre la chronologie. — Les éléments chronologiques 
de la prétendue lettre pontificale ne concordent pas. On a donné 
à cet acte la date de la charte de Berthefridus, c'est-à-dire le 
6 septembre 664, tandis que l'année de l'incarnation exprimée 
est 662. M. Grellet-Balguerie estime que, contrairement à l'opi- 
nion généralement suivie, l'ère de l'incarnation aurait été usitée 
dans les chartes ou actes privés, dans les chroniques et les 
inscriptions tumulaires, dès le vu* siècle, et non pas seulement 
à partir de la seconde moitié du vui® siècle *. On ne peut pas 
considérer une lettre pontificale comme un acte privé ; la date de 
l'incarnation est un nouvel indice de faux. En outre, le privi- 
lège de Vitalien aurait confirmé un acte que saint Rieul, succes- 
seur de Nivard, et que Berthefridus auraient rendu en faveur de 
Corbie ; une telle confirmation ne peut pas avoir existé, car saint 
Nivard survécut quelques mois à Vitalien ^, 

1. Gasquet, De Vautorité impériale en matière religieuse à. Constantinople, 
(Paris, 1879, in-8). 

2. Comptes rendus de V Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 1890, 
4« série, XVIII, p. 382. 

3. Selon Topinion commune, Vitalien mourut à la fin de janvier 672, et 
saint Nivard, le !«' septembre de la même année. — Mas-Latrie,- Trésor 
de chronologie, col. lOiO et 1470. Cf. Jaffé-Waltenbach, Regesta pontifia 
cum romanorum, — Il convient toutefois de noter que M. Charles Grellet- 
Balguerie place la mort du pape Eugène au 3 juin 6o8 et non 657 : d'où suit 
que son successeur Vitalien ne serait mort que le 27 janvier 673 au lieu de 
672, et ainsi de suite pour les successeurs de ce dernier pontife. (Comptes 
rendus de VAcad, des Inscript, et Belles-Lettres, 1890, 4« série, XVHÏ, p. 389). 
Nous ne savons pas comment M. Grellet-Balguerie est arrivé à ce résultat. 



LES CHARTES ECCLÉSIASTIQUES DE SAINT-PIERRE DE CORBIE 171 

3® Fautes contre la diplomatique. — Il est de toute évidence que 
la date de la charte épiscopale ne pouvait convenir à une lettre 
du pontife romain, puisque, à partir du pontificat de Vigile, les 
dates de Tempire et du postconsulat étaient parmi les éléments 
chronologiques des actes de la chancellerie romaine *. L'irrégu- 
larité de la souscription de chancellerie provient de ce que cette 
souscription est empruntée à la charte de Tévêque d'Amiens. 
Les souscriptions épiscopales dont nous avons parlé plus haut 
sont, au bas d'une lettre pontificale, tout à fait anormales. 
Enfin, Clovis II est dit roi très chrétien, M. Noël Valois a 
recherché l'origine de ce titre que nos rois ont porté. Ce fut 
d'abord un éloge individuel adressé par les papes à certains 
princes. On n'en trouve pas d'exemple antérieur à Peppin le 
Bref; il ne devint de style dans l'adresse des bulles qu'en 1464, 
sous le pontificat de Paul II *. 

On a donc de bonnes raisons pour croire à la fausseté de la 
lettre du pape Vitalien. 

Il est impossible, à l'aide de la seule analyse que nous avons, 
de déterminer à quelle époque ce faux fut consommé. Toutefois, 
étant donné ce que nous savons des rapports de ce texte avec la 
charte de Berthefridus, nous sommes tentés de placer sa rédac- 
tion au X® siècle. 

Une difficulté surgit. Comment se fait-il que, du x* au 
xiV siècle, on ne trouve pas trace de ce document? On doit suppo- 
ser que le faux ne fut pas rédigé en expédition définitive ; il avait 
été composé si maladroitement qu'il allait à Tencontre des inté- 
rêts mêmes de Tabbaye, qu'il contredisait le diplôme de fonda- 
tion dont nous avons démontré l'authenticité ; Tabbaye n'aurait- 



1. A. Giry, Manuel de diplomatique^ p. 668. — Mas-Latrie, Trésor de 
chronologie j col. 1044. Ce n'est qu'à l'avènement de Constantin III 
Pogonat que la date du postconsulat et celle de l'empire partirent de la 
même époque dans les actes pontiGcaux. 

2. Noël Valois, Le roi très chrétien, dans La France chrétienne dans 
l'Histoire (Paris, 1896, in-4), p. 317-331. - M. A. Giry avait dit cela en 1894 
dans son Manuel de diplomatique, p. 323. 



172 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

elle donc possédé que les biens ayant appartenu à Guntland 
pour que la reine se fût contentée de demander à ce personnage 
Timmunité? Et qu'est cette immunité dont Guntland peut dis- 
poser? Et puis, cette lettre ressemblait si peu aux documents 
authentiques de même origine ! On dut donc, et tout naturel- 
lement, renoncer à faire confirmer par Vitalien les documents 
anciens et s'en tenir à la charte de Berthefridus remaniée. 
Mais au xii^ siècle, un scribe, retrouvant dans les archives ce 
brouillon, Tanalysa, comme il analysa quantité d'autres pièces. 
Les auteurs des cartulaires, plus avisés ou mieux renseignés 
peut-être, se gardèrent d'introduire dans leurs recueils cet essai 
malheureux d'un faux qui eût plus nui que servi à la cause de 
l'abbaye. 

Il faut, en résumé, déclarer fausse la lettre de Vitalien, bien 
que le texte nous manque, et surtout négliger une ancienne tra- 
dition à laquelle elle a donné naissance pour s'en tenir aux ren- 
seignements précis fournis par des textes authentiques et dûment 
contrôlés. 

Ainsi nous avons en quelque manière surpris des moines cor- 
béiens en flagrant délit d'imposture. Les remaniements succes- 
sifs des souscriptions épiscopales ne nous autorisent-ils pas à 
conclure légitimement que leurs auteurs ont pu accroître le 
nombre des privilèges concédés primitivement à l'abbaye, en 
même temps qu'ils s'efforçaient d'étendre le champ d'action de 
ces privilèges ? En recherchant quel intérêt les guidait dans leur 
œuvre de faussaire, nous verrons si l'exemption du droit de gîte 
contenue dans l'un des fragments suspects fut réellement 
octroyée à l'abbaye de Corbie par Tévêque diocésain. Il me 
reste donc à prouver : 1® que les interpolations concourent 
toutes à un même but, à dénier certains droits à l'évêque de 
Noyon et à l'évêque de Reims en même temps qu'au diocésain; 
et 2* que parmi ces droits se trouvait le droit de gîte *. 

1. L'abbaye de Corbie posséda de bonne heure des biens dans le diocèse 
de Noyon-Tournai. L'héritage d'Adalhard était situé près d'Audenarde et 



LES CHARTES ECCLÉSIASTIQUES DE SAINT-PIERRE DE CORBIE 173 

Pour faire la preuve du déni de certains droits à Tévéque de 
Noyon, il suffit de rappeler que nous avons déjà constaté Texis- 
tence d'un procès ou tout au moins de démêlés entre Tabbaye et 
1 evêché de Noyon à Tépoque de Walbert, que le diplôme faux 
de Charles le Chauve du 23 mars 877 et le diplôme faux du 
18 mars 877, attribué à Louis le Bèg^e, devaient avoir été versés 
au procès pour justifier les prétentions sans nul doute illégitimes 
de Tabbaye au x* siècle. Les retouches que subirent les souscrip- 
tions de la charte de Berthefridus furent faites au plus tard au 
x^ siècle, avant la composition du cartulaire I ; il y a de grandes 
chances pour qu elles se rapportent à un même conflit que les 
faux ci-dessus indiqués. Dès lors si la charte contient des privi- 
lèges qui eurent leur raison d'être au x® siècle mais non au 
VIT* siècle, nous n aurons plus lieu de nous étonner. Sur un point 
au moins, Tacte épiscopal de 664 se défend mal du soupçon ; il 
s*agit précisément du droit de gite dont l'exemption est affirmée 
dans un des passages cités plus haut. 

Toutes les fois qu'il est directement question de la charte de 
Berthefridus dans les documents diplomatiques anciens, on ne 
parle jamais que de l'entière propriété des biens reconnue aux 
moines et du droit de libre élection selon la sainte règle. Le 
diplôme de Thierry III qui y fait allusion ne permet pas de pen- 
ser qu'elle contînt autre chose ; la bulle originale du pape 
Benoit III, 8 octobre 855, nous fournira des raisons de nous 
déterminer. 

L'abbé Anselmus *, au nom de Tabbé de Corbie Odon, 

de Tournai. L'on sait que Tévêché de Tournai était alors réuni à celui de 
Noyon. — Cf. Gallia Christiana, t. III, col. 210. — A. Longnon, Atlas historique 
de la France, texte, p. 123, 124 et note 6. — Fortia d'Urban, Examen d'un 
diplôme attribuée Louis le Bègue^ t. I, p. 234-235. — Armand d'Hcrbo- 
mez, VÉvêché de Tau rnay- Noyon, dans le Messager des sciences historiques, 
1891, p. 478-491. — L'article de M. d'Herbomez montre que les deuxévêchés 
de Tournai et de Noyon furent réunis sous la direction spirituelle de saint 
Médard, évêque de Noyon, en 532, tant à cause de la popularité de ce 
prélat à Tournai qu*à cause des intérêts politiques et religieux des deux 
diocèses. 

1. Mabillon n*a pu identifier ce nom {Ann, ord. S, Benedicti, t. III, 
p. 43). Nous n'avons pas été plus heureux que le célèbre bénédictin. 



174 EXAHEN DES CHARTES DE CORBIE 

demanda au pape Benoit de confirmer les privilèges ecclésias- 
tiques de Tabbaye corbéienne. Il montra [ostendit) au pontife 
romain deux privilèges, la charte de Berthefridus et l'acte du 
concile de Paris. Que disaient ces deux privilèges? Tous deux 
comportent, nous dit la bulle^ que le monastère jouit de Timmu- 
nité et que les moines ont le droit d'élire abbé Tun d'entre eux, 
selon la règle et les autorités canoniques ^ Cette analyse est- 
elle exacte ? Nous avons donné ci-dessus une analyse bien plus 
compréhensive de la charte épiscopale, dans son état actuel. 
Analysons aussi la décision des pères du concile parisien. 

En février 847, les prélats des Gaules étaient réunis à Paris par 
ordre du roi Charles le Chauve pour remédier aux maux occa- 
sionnés aux églises par les guerres civiles et par le relâchement 
des clercs et des fidèles. L'abbé Paschase Radbert, présent au 
concile, demanda confirmation aux évéques des privilèges de 
son abbaye et leur soumit les diplômes de Louis le Pieux et 
Lothaire (août 825) et de Charles le Chauve (840-841) qui confir- 
maient l'immunité des biens de l'abbaye corbéienne et procla- 
maient la liberté de Télection considérée comme une grâce, selon 
l'antique usage observé depuis la fondation. Les moines consta- 
taient qu'à leur époque les droits les plus respectables étaient 
méprisés, et que nombre de monastères étaient injustement 
dépouillés de leurs droits d'élection ; ils craignaient qu'un tel 
préjudice ne leur fût causé, et cette crainte explique leur 
démarche* Les pères du concile, en conséquence, confirment les 
privilèges d'immunité, et le droit d'élection « pour que cette 
élection soit, comme dans Téglise primitive, non simulée ou 

i. Bulle de Benoit III, 8 octobre 8H5 : a Ostendit quoque nobis privilégia 
ab episcopis édita, unum a praesule Ambiancnsi ad cujus dioecesim locus 
ilie pertinet et coepiscopis suis factum atque roboratum jam antiquis tem- 
poribus, et aliud al) archiepiscopo Remcnsis ecciesiae Hincmaro et univer- 
sali conciiio episcoporum Galliarum paucis intercedentibus annis con- 
scriptum. In quibus privilegiis dccretum est praefatum monasterium 
Corbeiae et reruni suarum liberam obtineant dominationem et eligeudi sibi 
abbatem de suis semper babeant potes tatem. Contradictores vero et répu- 
gnantes huic sanction! anathemate perpetuo damnandos. » 



LES CHARTES ECCLÉSIASTIQUES DE SAINT-PIERRE DE CORBIË 175 

faussée, mais libre, conformément à la loi canonique et à la 
règle de saint Benoît ». Tout le reste de Tacte est une para- 
phrase du chapitre 54 [De ordinando abbate) de la règle de 
saint Benoit. Ce texte a été maintes fois, sur la foi de quelques 
cartulaires, appelé privilegium Winiari (pour Hincmarï) ; on 
n en a jamais contesté Tauthenticité. L'analyse qu'en donne la 
bulle de Benoît III convient à merveille à la teneur ; mais la 
même analyse s'applique mal au privilège de Berthefridus. La 
question serait bien vite tranchée si la bulle pontificale confir- 
mait purement et simplement les deux documents : on devrait 
conclure à un remaniement total, peut-être même à la fabrica- 
tion de la charte épiscopale. Il n'en va pas ainsi, et la suite de 
la bulle est pour nous du plus vif intérêt. 

Le pape, en effet, rapporte que l'abbé Anselmus lui a appris 
que les rois de France avaient comblé de leurs faveurs le mona- 
stère fondé par sainte Balthilde et que les archives de l'abbaye 
possédaient la série des actes sortis de leurs chancelleries. En 
conséquence, le chef de l'Eglise universelle ne pouvait pas ne pas 
se montrer aussi généreux que les rois et ne pas accéder à la 
demande qui lui était faite. Il confirmait donc les préceptes 
ecclésiastiques anciens et modernes [sive quae diebus antiquis, 
sive moderno tempore gesta sunt) ; c'est-à-dire (et je continue 
d'analyser aussi exactement que possible la bulle de Benoît III) 
que les biens du monastère soient en la libre et entière posses- 
sion de l'abbé et des frères, que Tévêque d'Amiens ni quiconque 
de son clergé, ni quelque autre évêque dont le diocèse renferme- 
rait des terres de l'abbaye, ne puissent y tenir d'assemblée, y 
exercer le droit de gîte ou revendiquer un droit quelconque. Et 
le pape ajoute : « Que notre décision ne paraisse pas révolution- 
naire [nec novum nec inusitalum causelur quisquam fore quod 
decernimus) ; car il est constant que ces prérogatives furent 
autrefois concédées à ce monastère et à quantité d'autres, non 
seulement de Gaule et d'Italie, mais aussi du monde entier, non 
seulement à des monastères mais encore à des établissements de 
chanoines. » Et il continue de confirmer les droits et privilèges 



176 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

de Tabbaye. Je constate tout d'abord que Benoit III, en homme 
très prudent et très avisé, se garde bien de dire par qui ces pré- 
rogatives furent concédées au monastère de Corbie. Le soin qu'il 
met à prévenir que sa décision n'a rien de révolutionnaire nous 
autorise à croire qu'il y avait des gens pour la trouver telle ; et 
ces gens n'avaient pas tort. C'est qu'en effet le pape ne se con- 
tente pas de confirmer les préceptes qui lui sont soumis, il les 
explique {id est)^ les interprète selon les nécessités du temps, et, 
en les interprétant, il les développe. Ainsi pour la première fois, 
dans la bulle de Benoit III, nous trouvons l'interdiction faite à 
tout évêque, quel qu'il soit, de prétendre à quoi que ce soit sur 
les terres de Tabbaye. Il n'en est pas question dans la charte de 
Berthefridus telle que nous la possédons, quoiqu'une partie des 
domaines de l'abbaye à l'époque où vivait Berthefridus, fussent 
situés dans le pagus d'Arras *, placé sous l'autorité spirituelle de 
l'évêque de Cambrai 2. Il n'en est pas davantage question dans 
l'acte conciliaire que confirme Benoît III, bien que le concile de 
Paris ait été tenu à une date où cependant l'abbaye de Corbie 
avait acquis des biens dans les diocèses de Reims, de Beau vais 
et de Tournai. Quoi qu'en dise le souverain pontife, il y a bien là 
quelque chose de nouveau. L'exemption du droit de gîte ne 
serait-elle pas aussi une nouveauté ? A Tépoque mérovingienne, 
on ne trouve que de rares exemples de l'exercice du droit de 
gîte par les évêques 3, et je ne connais qu'un exemple dûment 
constaté d'exemption de ce droit remontant au vu® siècle ^. Mais 
si l'exemption du droit de gîte nous apparaît comme tout à fait 

4. Voy. diplôme de fondalion, Pièces jusUficatives, n° 1. 

2. Longnon, Atlas historique de la France, texte, p. 423. 

3. G. Collon, Étude sur le droit de gite des origines au X^ stèc/e, dans les 
Positions des thèses de V Ecole des Chartes, 1895, p. 17. 

4. Charte d'Agerad, évêque de Chartres, pour Notre-Dame-sur-Loire (?), 
696-697. Original, Arch, Nat,, K 3, n*» 11. Mais cette charte se présente 
dans des conditions toutes particulières et son formulaire est exceptionnel. 
Elle a été plusieurs fois éditée ; on la trouvera en particulier dans Pardes- 
sus, Dipl, Chartae,,,, t. Il, p. 234, n*' 435. Quelques autres exemples nous 
sont fournis par des documents mérovingiens ou qui se donnent comme 



LES CHAtlTES ECCLÉSiÂSTIQtES t>Ë SAINT-PIERRE bË CORBIE 17? 

exceptionnelle au vu® siècle, comme une mesure gracieuse, elle 
est courante au ix", car, en ce siècle, les abus se produisirent ; les 
conciles de Tolède et de Braga réglèrent Texercice de ce droit ; 
les empereurs, après les conciles, intervinrent pour en limiter 

mérovingiens : outre la charte de Berthefridus qui nous occupe ici, il faut 
signaler : une charte de Landri, évêque de Paris, juillet 653 (Pardessus, 
Diplomala, Chartae.,,^ II, p. 95-97. — Tardif, Monuments historiques^ 
p. 8, n^ 10 et pi. x) ; une charte d'Audebert de Paris, 642 (L. Auvray, 
Documents parisiens tirés de la bibliothèque du Vatican, p. ^2); et une 
charte de saint Orner, pour Sithiu (Saint-Bertin),662. (Pardessus, Diplomatay 
Chartae,.., H, p. 123, n^ 344.) La première serait un faux du x« siècle; la 
seconde est un faux du xi* siècle. Pour la charte de Landri, cf. Tardif, 
op. cit. ; — J. Havet, Les origines de Saint-Denis, dans ses Œuvres, p. 238, 
note 1. — M. A. Giry avait songé à publier une notice critique sur cette 
charte qu'il croyait être de la fin du x* ou du commencement du xi* siècle 
(Manuel de diplomatique, p. 875), ce qu'en dit M. Harttung étant absolu- 
ment insuffisant (Diplomatisch-historische Forschungen, p. 71 et p. 526). La 
charte de saint Orner n'a pas été, que je sache, Tobjet d'une étude attentive. 
Voici ce que Bréquigny et la Porte du Theil nous rapportent dans les Pro- 
légomènes du recueil des Diplomata de Pardessus (t. I, p. 97), au sujet de 
cette charte de Tévêque Omer : « L'acte avait été accusé de faux dans un pro- 
cès qui s'éleva, il y a plus de cinquante ans, entre cette abbaye et l'église 
de Saint-Omer, dont les moines de Sithiu se prétendaient indépendants. 
Cette prétention fut enfin confirmée par arrêt du Parlement en 1778. Nous 
avons cité quelques-uns des arguments qui furent employés de part et d'autre 
dans les mémoires produits au procès ; et nous avons allégué, en faveur de 
la charte, le jugement qu'en avait porté, en 1772, M. Butler, principal du 
collège royal des Anglais à saint Omer, savant très versé dans la connais- 
sance des anciennes chartes, et qui avait examiné avec soin toutes celles 
de Saint-Bertin. » On trouve, en efl;et, dans les notes des pages 123 et 125 des 
Diplomata les arguments qui plaident en faveur de l'authenticité de cette 
charte qui a beaucoup d'analogie avec celle de Berthefridus. Je ne suis pas 
convaincu ; je crois le privilège de saint Omer gravement interpolé. On 
trouve un autre exemple d'exemption du droit de gîte dans la charte épisco- 
pale d'Ibbon, évêque de Tours, en faveur du monastère de Saint-Martin de 
Tours (720). Cette charte a été publiée trois fois par Mabillon (AA. SS. ord. 
S. Benedicti, t. V, p. 745, d'après un ancien ms. ; — De re diplomatica, liv. vi, 
p. 487, d'après la Pancarte noire ; — Annales Bened., t. Il, p. 693, d'après 
une charte en lettres franco-galliques que Martène avait également vue. On 
en trouvera encore le texte dans Pardessus, Diplomata, Chartae,.,, t. II, 
p. 319 et suiv., n° 212). Elle a donné lieu à de longues discussions au 
XVIII* siècle, lors d'un procès entre l'archevêque de Tours et l'église Saint- 
Martin de Tours (1708-1790). Cf. Bréquigny et La Porte du Theil, Prolé- 
gomènes, p. 156-7, et E. Mabille, La Pancarte noire de Saint-Martin de 

VSm, *t Joe. Jt l'ÉeoU its CharM, — V. 13 



i78 EXâHBN t>ES CHARTES DE COttBiE 

Tusage K' Malgré les mesures législatives, le droit de gîte 
resta une lourde charge pour les monastères ; et si Benoit III, en 
85S, en exemptait Tabbaye, les moines pouvaient très bien, encore 
au X* siècle, chercher à s'y soustraire ; ce qu'ils firent à Taide d un 
document faux ^. Enfin, n'est-on pas en droit de se demander 
pourquoi au ix* siècle, c'est-à-dire à une époque où cette 
exemption était d'une telle importance et d'une telle utilité, 
Paschase Radbert eût négligé de solliciter la confirmation de ce 
privilège si, de toute antiquité, le monastère avait été exempt de 
nourrir Tévêque diocésain et sa suite. Qu'on veuille bien relire 
avec soin la bulle du pape Benoit III et se rappeler qu'au 
IX" siècle, un mouvement d'émancipation des monastères s'est 
produit qui devait aboutir au décret de Nicolas l^ accordant en 
bloc le privilège de l'exemption à tous les monastères des Gaules ^ ; 
alors on verra l'intention de Benoît III en pleine lumière. En 
résumé, il ne paraît pas douteux que la charte de Berthefridus 
ait été au moins remaniée sur ce point pour la mettre d'accord 
avec la bulle de Benoît III. Cette conclusion est étayée par la 
bulle du pape Nicolas I^'*. 

En 863, l'évéque de Beau vais, Odon, ancien abbé de Corbie, 

Tours^ brûlée en 4793 et restituée tf après les textes imprimés et manuscrits 
(dans Mémoires de la Société archéologique de Touraine, t. XVII, p. 348 
et suiv.). En dernière analyse, les diplomatistes ont admis Tauthenticité 
de ce texte qui invoque et confirme deux chartes épiscopales antérieures 
perdues, celle de Tévèque Crotbert (653-674) et celle de Bertus (696), et une 
lettre pontificale d'Adc^odat (672-676) qui nous a été conservée dans deux 
rédactions assez difTërcntes. Cependant la charte dlbbon mériterait d'être 
examinée de nouveau. Je la crois en rapport intime avec le privilège 
d'Adoodat qui est un faux. (Jaffë-Waltenbach, Hogesta pontificum romano- 
rum, t. I, p. 237, n° 2<05 [162iJ. Cf. Julius Harttung, Diplomatisch-histo- 
rische Forschungen, p. 121.) L*étude de ces documents prendra place dans 
un mémoire sur la diplomatique cpiscopale mérovingienne auquel je tra- 
vaille. 

1. G. CoUon, Étude sur le droit de gîte, p, 17-19. 

2. Voy. plus haut le diplôme faux de Charles le Chauve, forgé 
entre 932 et 993, p. 133. 

3. P. Viollet, Histoire des institutions politiques et administratives de la 
France, t. I, p. 371. 



LES CHARTES ECCLÉSIASTIQUES DE SAliNT-PlEtlRE DE CORBIE i79 

fut chargé par Tabbé actuel de Corbie, Trasulfus, de demander 
à Nicolas I*^*" une nouvelle confirmation des privilèges de l'ab- 
baye. Odon se rendit à Rome *, obtint une bulle que le pape 
adressa à Trasulfus le 23 avril 863. Le même jour, Nicolas I®' 
accordait à Tabbé et aux moines de Saint-Denis ^ et à ceux de 
Vezelai un privilège du même genre et lançait la bulle qui exemp- 
tait tous les monastères des Gaules et les rattachait à Rome. 

Bien que Odon eût été chargé de demander au souverain pon- 
tife confirmation de la bulle de Benoît III, Nicolas donne tout 
autre chose qu'une confirmation pure et simple. L'immunité jadis 
accordée par la charte de Berthefridus et l'acte du concile de 
Paris, seuls invoqués ici, est renouvelée ; il n'y est pas question 
du droit de gîte. Voilà qui est formel et décisif. 

Cette bulle nous fournit, d'autre part, les moyens de porter 
plus avant nos investigations. Nicolas l^ n'invoque l'autorité des 
privilèges épiscopaux que pour l'immunité. Pour les ordinations, 
la consécration des autels, et le saint chrême, il ne fournit pas 

1. En 863, Odon fut chargé par le concile de Scnlis d^aller porter à Rome 
les actes du procès de Hothade et de demander au pape confirmation. On 
trouvera des renseignements sur ce voyage d'Odon à Rome dans trois 
lettres de Nicolas l" (Bouquet, H. F., t. VII, p. 396, n^ 14; p. 398, n» 15; 
p. 405, n° 21), et dans une lettre de Ilincmar à ce pape (Bouquet, H, F., 
t. VII, p. 526, n® 7). La même année, Odon se rendit une seconde fois à 
Rome de la part du roi pour instruire le pape du procès entre l'évêque du 
Mans Aldric et Tabbaye de Saint-Calais, et du jugement rendu par le roi 
au plaid de Verberie (25 au 29 octobre 863). — J. Havet, Quesi, niérov., IV. 
Les chartes de Sainl-CalaiSj dans les Œuvres de J, Havel, t. I, p. 114 et 
113. Cf. Mabillon, Ann. ord, S. Benedicti, t. III, p. 103 à 106. C'est vrai- 
semblablement au cours de son premier voyage qu'Odon obtint une bulle 
du pape Nicolas I" en faveur de Corbie ; sinon, l'évêque de Beauvais aurait 
fait trois voyages à Rome dans la même année. 

2. Il est question ici de la bulle originale de Nicolas I"" (Jaffé-Wattenbach, 
Regesta^ n° 2717. — Tardif, Mon, hist., p. 124, n® 189), et non de la prétendue 
bulle adressée à Charles le Chauve pour Saint-Denis qui est un faux con- 
temporain de la fausse charte de Landri, et qui, comme elle et comme 
quelques autres documents de même origine, est écrite au dos de chartes 
sur papyrus. (JafTé-Wattenbach, Hegesta, n® 2718. — Tardif, Mon. Hist., 
p. 125, n° 190.) Cf. sur ces documents, J. Harttung, DipL-hist, Forschungen, 
p. 113 etsuiv., et p. 528 etsuiv. 



180 EXAMEN DES CHAAtt» DE CORfelIC 

de référence. Il se contente d'ajouter : « Hoc constitutum non 
solum episcopum Ambianensem, verum etiam omnes par 
Galliae Germaniaeque provincias episcopos, ubieumque praefa- 
tum monasterium vel ecclesias, vel agros, vel famulos habere 
dignoscitur, observare... decernimus. » On pourrait objecter que 
la mention de Tacte épiscopal et de Tacte conciliaire n'avait pas 
besoin d'être répétée. Cependant, nous ne trouvons pas dans l'acte 
conciliaire que l'évéque fût tenu de concéder sans rémunération 
le chrême, ni de donner les ordres mineurs et majeurs, ni de con- 
sacrer les autels. Ces prescriptions sont incluses dans la charte de 
Berthefridus seule. Il importerait de savoir si elles existaient 
dans le document épiscopal qu'ont vu Benoit III et Nicolas I^. 
Le mutisme de Nicolas I^*" sur ce point me paraît significatif 
car plus loin, quand il parle de la liberté de l'élection abbatiale^ 
il n'invoque pas encore l'autorité de Berthefridus : « Que les frères, 
dit-il, aient le pouvoir d'élire [eligendi potesias) l'abbé tiré de 
leur propre sein ^ » Il a raison de ne pas citer la charte de Ber- 
thefridus, car celle-ci est moins absolue : (c Lorsque l'abbé est 
mort, dit-elle, que celui d'entre les moines que la congrégation 
aura choisi comme bon et digne soit ordonné sans empêchement, 
selon les saints canons, avec l'autorisation du roi ou de ses 
successeurs, avec la nôtre ou celle de nos successeurs ^. » Dans 
l'élection, l'évéque et le roi jouent un rôle ; n'est-ce pas ce que 
nous constatons dans l'élection d'Erembert où l'évéque Theode- 
fridus et le roi Thierry III sont intervenus 3? L'acte du concile de 



1 . '( Abbatem vero fratres ipsius monasterii de se ipsis eligendi semper 
habeant potestatem. » 

2. « Et cum abbas fuerit de saeculo isto evocatus, quem unanimiter con- 
gregatio ipsius monasterii ex semetipsis bonum et dignum elegerint, data 
auctoritate a praefato principe vel ejus successoribus , a nobis vel successori* 
bus nostris absque uilo commodo secundum sanctos canones ordinetur. » 

3. Voy. plus haut, p. 59, et Pièces justificatives, n® 11. M. Marignan écrit : 
« Les moines des abbayes fondées par le roi étaient souvent autorisés à 
nommer Tabbé, mais le choix devait être toujours ratifié par Tévêque. >» 
(Études sur la civilisalion française^ t. I ; la Société mérovingienne, p. 228, 
note 2). C*est en efTet ce qu'exigeait la règle de saint Benoît» Mais les 



LES CHARTES ECCLÉSIASTIQUES DE SAINT-PIERRE DE GORBIE 181 

Paris ne parle pas du droit d'élection, de la potestas eligendi^ 
mais de la faveur, de la gratia electionis. Le premier, le diplôme 
de Louis le Pieux et de Lothaire (août 825), articule presque un 
droit, la licentia eligendi ; mais nous savons que ce diplôme ne 
nous est pas parvenu sous sa forme authentique. La bulle de 
Benoit III, qui s*appuie sur le diplôme de Louis le Pieux et de 
Lothaire, nous permet peut-être de penser que ce diplôme ne 
contenait rien de nouveau ; elle nous dit que bien avant les deux 
empereurs, les rois de France concédèrent au monsistère d'élire 
leur abbé ; elle fait sans doute allusion au diplôme de Thierry, 
car aucun autre ne traite de Télection abbatiale ; or, ce diplôme 
mérovingien nous présente l'élection sous le même aspect que la 
charte de Berthefridus et l'acte du concile de Paris. Enfin, 
Benoit III, s'adressantaux deux princes, l'empereur Louis II et le 
roi de Lotharingie Lothaire, son frère, leur fait un long plai^ 
doyer sur la nécessité où ils doivent être d'accorder aux moines 
de Corbie la potestas eligendi. Serait-il nécessaire de parler si 
longtemps en faveur d'un droit qui reposerait sur une longue 
tradition? Là encore Benoît III n'innove-t-il pas? Nicolas I**" 

immunités ecclésiastiques, les émancipations, comme les appelait 
J. Quicherat, nous montrent que dans la pratique le choix devait être auss 
ratifié par le roi. C'est peut-être ce qu'a voulu dire M. Marignan un peu 
plus loin (p. 229) : « Les monastères obtiennent le plus souvent des pri> 
vilèges qui garantissent la confirmation du choix des moines à la mort de 
Tabbé. » Dans tout le chapitre VI sur le clergé régulier, manifestement 
inspiré du Commentarius in régulant S. P. Benedicti de Martène, M. Marignan 
se tient trop près des règlements monastiques et ne s'est point servi de 
textes qui nous font mieux connaître les pratiques de la Société religieuse. 
Cesi également le reproche que j'adresserai à M. Esmein, bien qu'il soit 
mieux inspiré lorsqu'il écrit : « A la tête de chaque monastère était placô 
un abbé, personnage très important : d'après les règles du droit canon il 
était élu par les moines, sauf confirmation de l'évêque ;et, dans la monarchie 
franque, la confirmation du roi était également nécessaire. » [Cours élémen- 
taire d'histoire du droit français, 2« édition, p. 166.) Ainsi présentée, cette 
assertion, vraie d'une vérité très générale, est trop absolue ; il y avait de 
nombreuses dérogations aux règles du droit canon, comme celles que nous 
constatons à Luxeuil et à Corbie. Il est juste d'ajouter que le caractère du 
livre de M. Esmein, indiqué par le titre même, ne permettait pas à l'auteur 
d*entrer dans un examen trop détaillé, 



182 EXAMEN DES CHARTE» DE CORBIB 

n aurait pu que s*inspirer de Benoit III; et le pape Christophe 
légitimera une usurpation en accédant aux désirs de labbé 
Francon. 

En 903, Christophe fut sollicité par Tabbé de Corbie de con- 
firmer les privilèges royaux, impériaux, épiscopaux et ponti- 
ficaux de labbaye corbéienne. Le 26 décembre de cette année, 
il publiait une bulle par laquelle il corroborait Timmunité, éten- 
due par lui à toute la ville récemment enceinte de murailles, 
et sanctionnait la poiestas eligendi. 

C'est alors seulement que les moines de Corbie purent parler 
de leurs droits d'élection (jura electionis)^ comme dans le 
diplôme faux de Charles le Chauve (29 mars 877) rédigé au 
x^ siècle. Nous assistons en quelque sorte à la naissance et au 
développement d'une tradition au nom de laquelle on pourra plus 
tard revendiquer de nouveaux droits ; le processus de la liberté 
électorale dans les monastères découle des empiétements des 
pouvoirs métropolitain et pontifical sur celui des évêques ; en 
vertu de la bulle de Benoît, si le privilège de libre élection est 
violé par le roi, les moines feront appel à l'évêque pour qu'il 
intervienne ; en cas de déni de justice, à l'archevêque métropoli- 
tain ; en vertu de la bulle de Nicolas I®**, l'appel en cour de 
Rome est institué. 11 y a corrélation entre le développement des 
droits monastiques et le rattachement des abbayes à Rome. 

Nous concluons de tout cela que si Nicolas I®*" n*a pas invoqué 
sur la question de l'élection le texte épiscopal, c'est qu'il ne 
pouvait pas l'invoquer ; de même, s'il n'a pas cru devoir mettre 
sous le nom de l'évêque d'Amiens, Berthefridus, les privilèges 
relatifs aux ordinations, consécrations et concession d'huiles et 
de chrême, c'est qu'il ne trouvait rien de tel dans l'acte émané 
de cet évêque *. Dès lors, si Ton retranche de la charte épiisco- 

1. On lit sur le folio de garde 40 v° du manuscrit latin 17762 un frag- 
ment de charte que nous ne trouvons nulle part ailleurs et qui ne peut être 
identifié avec aucun des textes diplomatiques venus à notre connaissance. 



LES CHARTES ECCLÉSIASTIQUES DE SAIIST-PIERRE DE GORBIE 183 

pale tout ce qui concerne le droit de gite, les ordinations, les 
consécrations d'autel, la concession des saintes huiles et du 
chrême, que reste-t-il? L'immunité, Télection abbatiale soumise 
à Fautorisation royale et épiscopale, et la juridiction exclusive 
de Tabbé sur ses moines. L'analyse de la charte que donne la 
bulle de Benoit III ne parle pas de ce droit de juridiction 
exclusive. Aucun document jusqu'au x** siècle ne confirme cette 
prérogative de l'abbé de Corbie. Lecointe a déjà fait remarquer 
que les documents contemporains de cette charte ne comportent 
rien de tel, et qu'il faudrait peut-être remplacer le membre de 
phrase qui dénie en matière de juridiction tout droit à l'évêque 
par la formule de Marculfe qui respecte les prérogatives épisco- 
pales. La solution radicale, qui consiste à laisser encore tomber 
cette phrase relative à la juridiction de l'abbé sur les moines, 
nous paraît plus conforme à la vérité. Et maintenant, concevons- 
nous encore des doutes sur le contenu de la charte de Berthe- 
fridus? 

En définitive, Berthefridus donna aux moines de Corbîe, le 
6 septembre 664, une charte très simple qui traitait de l'immu- 
nité et de l'élection abbatiale ; les droits de l'évêque diocésain 
étaient reconnus et proclamés saufs. Ce privilège fut confirmé à 
maintes reprises; les confirmations n'en altérèrent pas le fond 
jusqu'en 855 ; à cette date, des modifications profondes accrurent 
les concessions primitives. La bulle de Benoit III étendait à tout 
évêque dont le diocèse renfermait des biens de l'abbaye les obli- 

Serait-ce la copie d'un brouillon écrit en vue de Tacte à fabriquer? Voici 
d'ailleurs ce document : « Precipimus ne quis episcoporum a quibus ista pos- 
tulare voluerint eis oleum, chrisma, tabulas, benedictiones, ordines suis 
temporibus prout ipse abbas vel fratres vel eorum successores cxpeticrint 
présumât denegare. Et ne quis episcoporum Ambianensium bec eis deneget 
vel alium qui eis contulerit pro hoc interpellare quoque tempore temptet 
omnino interdicentes prohibemus. » Ce texte laisse à penser que des dif- 
ficultés s'étaient élevées à propos des ordinations, consécrations d'autels et 
concession d'huile et de chrême entre les moines de Tabbaye et un quel- 
conque des évêques d'Amiens. 



184 EXAMEN DES CHARTES DE €ORBKE 

gâtions que 1 evêque d^ Amiens avait contractées pour lui et ses 
successeurs à Tégard de Tabbaye, développait l'immunité en y 
ajoutant l'exemption du droit de gite , complétait la liberté de 
Télection abbatiale en ne laissant plus de place à Tintervention 
du roi et de Tévêque. En 863, son successeur, Nicolas I"", renou- 
velait les privilèges concédés à Tabbaye par Benoit III; il 
libérait en outre Tabbaye des charges financières qui lui incom- 
baient dans les ordinations, la consécration des autels et 
Tusage des huiles saintes et du chrême; il rattachait enfin 
Tabbaye directement à Rome par la voie de Tappel en cour 
de Rome. C'est cette immunité très large que Christophe 
confirma en 903. 

Mais, dira-t-on, si les bulles pontificales authentiques don- 
naient aux moines ce qu'ils réclamaient, qu'auraient-ils eu besoin 
de forger un document faux pour légitimer leurs prétentions ? 
L'exemption des monastères, concédée par les papes du ix® siècle, 
n'avait pas été sans créer de nombreuses difficultés et susciter 
des débats sans fin ; les actes des souverains pontifes furent 
discutés, leurs décisions rejetées comme inacceptables en droit 
et en fait K Mais qui eût osé marcher à l'encontre d'un droit 
vieux de quatre cents ans, respecté par les empereurs Louis le 
Pieux et Lothaire I***, par Charles le Chauve et par le roi 
Louis (?), comme en témoignaient des documents faux ou rema- 
niés que l'on avait introduits subrepticement dans les archives 
monastiques. 

Les raisons qui militent en faveur de Texistence d'une charte 
primitive et authentique de Berthefridus subsistent ; celles qui 
nous conduisent à douter de l'authenticité du texte qui nous est 
parvenu nous permettent aussi de dire que ce texte a été inter- 
polé, et non qu'il est faux de toutes pièces, comme le veut 
Launoy, comme l'insinue M. Krusch. 

1. P. VioUet, Hist. des inatit. polit, et adrnin, de U France^ t. I, p. 372. 
— On Yoit par le diplôme faux de Charles le Chauve qu'au x* siècle des 
évêques refusaient de se soumettre aux décisions pontifîcalcs et préten- 
daient encore exercer le droit de çîtc. 



LES CHARTES ECCLÉSIASTIQUES DE SAINT-PIERRE DE CORBIE 185 

Pouvons-nous maintenant caractériser d'une façon plus pré- 
cise l'instrument diplomatique conservé dans les archives de 
Corbie et considéré comme Toriginal ? L'inventaire de 1421 nous 
apprend que la charte de Berthefridus était écrite au dos du 
diplôme de fondation ^ Cette charte n'était donc pas l'original. 
Qu'était devenue la charte originale primitive ? Elle s'était con- 
servée, je pense, jusqu'à la fin du ix® siècle ; il m'a semblé, en 
effet, que dès l'année 903 elle n'existait plus ou était en trop 
mauvais état pour être présentée à Christophe qui n'en parle 
que d'après Benoit III ^. On se décida à refaire le document ^. 
Ne devait-on pas, à une époque où l'on avait maint procès à 
débattre, faire dire à Berthefridus le plus de choses possible? 
On y était presque nécessairement amené par la lecture des 
bulles pontificales du ix*' siècle, surtout si les moines de Corbie 
(ce qui est très possible) avaient en leur possession la formule de 
Marculfe, contemporaine à peu d'années près, qui contenait les 
concessions essentielles qu'on voulait mettre sous le nom de 
Berthefridus. On se servit donc, selon toute vraisemblance, de 
la charte originale détériorée, de la formule du vu* siècle et des 
bulles pontificales. Quand on jugea nécessaire de suppléer à l'in- 
suflisance de ces sources pour les exigences actuelles, on le fit 
sans scrupule, mais aussi sans habileté : c'est alors que le faus- 
saire, livré à ses seuls movens, commit les fautes de rédaction 



1. BibL Nai.y fr. 24143, fol. i5. — Voy. p. 28, note 3, et cf. ce que nous 
avons dit au sujet du diplôme de fondation. 

2. Bulle de Benoit III : « Ostendit quoque no bis privilégia ab episcopis 
édita, unum a praesule Ambianensi ad cujus dioecesim locus ille pertinet 
et coepiscopis suis factum atque roboratum jam antiquis temporibus... », 
— Bulle de Christophe : « ... necnon et privilégia episcoporum, unum a prae- 
sule Ambianensi Bertefrido ad cujus dioccesim locus ille pertinet et coepis- 
copis suis factum et primitus aediûcato ipso monasterio datum » Chris- 
tophe ne dit pas, comme Benoît III, que Tabbé Francon lui a montré le 
privilège. En outre, la similitude des expressions de tout le passage 
(cf. Pièces Justificatives, n*» 29 et 38) prouve qu'il s'est contenté du témoi- 
gnage de Benoit III. 

3. Il est vraisemblable de penser que Tacte refait fut écrit vers le même 
temps que les autres faux, entre 932 et 993. 



186 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIB 

révélatrices. Exemple : dans un des passages interpolés, nous 

relevons la phrase : « Quod nos considérantes concessisse vel 

induisisse visas sum », qui appartient à la prose métrique. Mais 
visas sam est une grosse maladresse. Comment expHquera-t-on 
cette faute d'accord entre le sujet et le verbe ? Croire à une 
simple faute de lecture n'est guère possible ; mais si le scribe a 
introduit ici quelque chose de son cru, dans une phrase qu'il ne 
copiait plus, il a pu oublier que le rédacteur de Tacte parlait à 
la première personne du pluriel et se servir de la première per- 
sonne du singulier ; revenant alors au texte original qu'il copiait, 
il a pu lire par inadvertance visas sam pour visi samus. Or 
c'est précisément avant cette fin de phrase métrique que nous 
trouvons Tincise incriminée : ana cam consensa fratram meorum. 
L'adjectif meorarh a pour ainsi dire amené le visas sam. Qu'on 
supprime l'incise et qu'on rétablisse la bonne leçon visi sumuSy 
et nous avons une phrase d'un tour bien mérovingien. 

Je conclus donc, avec Lecointe, que la charte de Berthefridus 
est un texte interpolé ; je la crois plus profondément remaniée 
que Lecointe le pensait. Elle est un acte récrit; sous sa 
forme actuelle, on retrouve les éléments du document primitif 
dont j'ai essayé de restituer le texte K Les autres documents 
ecclésiastiques, sauf la lettre de Vi talion qui est l'essai informe 
d'un faux, sont bons et authentiques. 

Catalogue des chartes ecclésiastiques de Vabbaye. 

I. Privilège de Berthefridus, 664, 6 septembre, Captonnaco 

[acte interpolé au X"^ siècle), 
II. Lettre du pape Vitalïen confirmant les privilèges de l'ab- 
baye, 664, 6 septembre, Captonnaco {faux forgé au 
A* siècle^ perdu). 
III. Acte du CoNQLE DE Paris confirmant les privilèges de l'ab- 
baye, 847, U-28 février. 

1. Piècei justificatives, n* 5. 



LES CHARTES ECCLÉSIASTIQUES DE SAINT-PIERRE DE CORBIE 187 

IV. Bulle de Benoît III confirmant et étendant les privilèges 

de l'abbaye, 85S, 7 octobre {original). 
V. Bulle de Nicolas I®*" confirmant les privilèges de labbaye, 

les étendant et rattachant l'abbaye à Rome, 863, 28 avril. 
VI. Bulle du pape Christophe confirmant les privilèges de l'ab- 

bave, et étendant l'immunité à toute la ville enceinte de 

murailles, 903, 26 décembre. 



CHAPITRE V 



LES CHARTES PRIVÉES DE L*ARBATE 



L*abbaye de Ck)rbie, comblée de faveurs par les rois, les empe- 
reurs, les évêques et les papes, reçut aussi des particuliers des 
donations. Les chartes privées que contenaient les archives de 
Corbie avant la fin du x^ siècle devaient être nombreuses ; il ne 
nous en est parvenu en copies qu*un nombre très restreint, trois. 
Quelques autres nous sont connues par des mentions trop 
brèves. Ainsi, Tabbé Mordramnus donna au monastère le 
domaine de Tennes K Adalhard le Vieux, entrant à Tabbaje 
comme novice, se dépouilla au profit de Corbie de ses biens 
qui constituèrent Y héritage d* Adalhard ; ces biens étaient situés 
près de Tournai et d'Audenarde ^. Je rappelle, à titre de men- 
tion, la donation de Wittisheim, de Duerningen et de Flônheim 
faite par la reine Gerberge ^. Le de pastis qui fut rédigé vers 
986, peu après la mort deRatoldus, prédécesseur de Tabbé Main- 
gaudus, auquel nous avons déjà emprunté la mention de la dona- 
tion de Mordramnus, nous apprend encore : 1^ qu'une certaine 
Benedicta fit don de Ribemont au monastère, très probablement 
sous Tabbatiat de Trasulfus ^ ; 2® qu'une autre pieuse bienfaitrice 
du monastère, Inda, qualifiée de nobilis matrona^ transmit à 

i. Bibl. Nal,j lat. 13908, fol. 25 : » XIII Kal. junii obiit Maurdramnus 
abbas qui Tanedas monasterium dédit nobis. » 

2. Paschase Radbert, Vilat sancti Adalhardij § 8, dans Migne, Pairol. lai., 
t. 120, col. 1512. — Mabillon, Annales ord, S. Benedieti^ t. II, liv. xxiv, 
p. 244. Bibl, Nat,, Grenier, t. 32, p. 232. 

3. Voy. plus haut, p. 125 et suiv. 

4. Bibl. NaLf lat., 13908, fol. 25 v« : « X Kal. ejusdem mensis {januarii) 
debent fratres habere pastum de Ritbodi monte pro Trasulfo abbate et 
Ronedicta qu^ banc pro salute animç suç tradidit ad altare sancti. Pétri. » 



LES CllARtES ^RIVÉES 1>Ë L ABBAYË 189 

Tautel de Saint-Pierre son alleu, Beitoncourt, et le domaine 
d'Avesnes situé sur la Corbie, affluent de la Somme ; 3^* enfin 
que le frère Jean, qui fut dans la suite sacristain de l'église 
Saint-Pierre, accrut cette donation par l'abandon au monastère 
d'un manse allodial, sis dans le domaine d*Avesnes, qu'il avait 
acheté 46 sous de deniers d'un chevalier Geroldus, d'Eufemia 
sa femme et de leurs enfants ^ Sous Tabbatiat de Ratoldus, le 
domaine de Dampierre-sous-Ârques, sis dans le diocèse de 
Beauvais, fut enlevé par les Normands à Tabbaye ; Tabbé envoya 
le cellerier Jean près du duc de Normandie, Richard I^' Sans- 
Peur, et obtint que Dampierre lui fût rendu. L'acte de donation 
de Dampierre aux moines de Corbie nous est inconnu ; l'acte de 
restitution nous est révélé par cette mention ^. Les domaines de 
Corbie, dont les titres de propriété sont perdus, sont légion : 
Gagny, Ville-sous-Corbie, Cerisy-Gailly, Ver (Viernum), Haiono 
VillariSj Henencourt, le Donacre, Havernas, Campagne, Valhuon 
{Walhono Curté)^ Vadencourt, Sailly-le-Sec, Foncquevillers, 
Tiitono Montis^ Demuin, Paliortus [Paliardus ou Paleardus), 
AlaSy Arvillers, Gaillv^ Coullemelle, Courcelles, Berberias^ 



1. BibL Nai., lat. 13908, fol. 26 : «In festivitate sancti Michahelis pastum 
debent habere pro memoria Indç cujusdam nobilis matronç quç nobis ad 
altare sancti Pétri suum alodum de Bettoniscurte tradidit et villam quç voca- 
tur Avesnas super fluvium Corbeie. — Insuper frater Johannes postea eus- 
tes ecclesie sancti Pétri adauxit nobis unum mansum alodi in eadem villa 
quem scilicet comparavit quadrag^nta sex solidis denariorum cum quodam 
milite nomine Geroldo et ejus uxore nomine Eufemia et eorum infantibus. 
Videte ne memoria obliviscatur datorum ha mm rerum. » 

2. BibLNat.j lat. 13908, fol. 26 : « In festivitate sancti Mathei apostoli pas- 
tum debent habere pro domno abbate Ratoldo de villa que vocatur Domnus 
Pétri quam Normanni nobis pridem de nostra po testa te tulerant, sed Deo 
propitio et sancto Petro jam dictus patronus nosterpro suo jugi famulatu et 
inçnarrabili bonitate tantum potuit apud Ricardum comitem ut ei prefatam 
villam redderet. Quam sane nobis deprecatione Johannis tune temporis cel- 
lararii ad nostram communitatem reddidit. Qui nullo cogente nobis sponte 
sua unam exinde addidit refectionem qua festive carebamus illo in die. » 
Cf. Mabillon,iln/i. ord. S. Bénédictin III, liv. xlvi, p. 476. Cet acte de res- 
titution est nécessairement compris entre 943, date de Tavènement de 
Richard !•% et 98^-986, date de la mort de Ratoldus. 



190 EXAMEN t^ES CHARTES DE COHftlE 

Saint-Quentin-de-Tourmont, Brache, Bouzencourt^ Maisnières, 
Popincourt, la Vallée, Foucaucourt-en-Santerre, toutes posses* 
sions que Tabbaye tenait à la fin du x* siècle, sont dans ce cas *. 
Ajoutons-y encore Naours que M. Garnier croit à tort faire par- 
tie de la dotation de l'abbaye lors de la fondation ^, et Orville 
dont l'échange contre d'autres biens nous a appris les droits de 
Tabbaye sur ce domaine au moment même où ces droits dispa- 
raissaient 3. 



1. Tous ces noms sont dans les Statuts d^Adalhard et dans les pièces qui 
suivent dans le ms. lat. 13908 de la Bibl. ATa/. — La l*** partie de ce 
manuscrit est de la fin du x" siècle. 

2. J. Garnier, Mém. de la Soc. des Antiq, de Picardie, t. VIII, p. 482, 
note i. 

3. Voy . plus haut, p. 92 et suiv. -^ Il faudrait peut-être encore allonger cette 
liste de quelques noms comme Berthem, village voisin de Louvain, Baelem 
et Deschel en Campine, Widoye (entre Saint-Trond et Tongres), h moins 
qu*on ne considère ces domaines comme faisant partie du patrimoine 
d'Adalhard. Pour Berthem, en effet, on peut croire que ce village était 
compris dans les biens qu'Adalhard transmit à Tabbaye de Corbie, Une 
charte d'Odon, évêque de Cambrai, datée de 1112, contient cette phrase : 
«...Advertentes igiturdevotam dilectissimifratrisNicolai,reverendi Corbeîe 
abbatis, petitionem, et ecclesie sue justiciam, altare de Berthem cum 
appendiciis, quod Iricennali eliam possessione et eo amplius Sancti Pétri 
Corbeiensis ecclesia tenuerat in personatu, salvis nostris et ministrorum 
noKtrorum debitis, eidem ecclesie reconsigoamus... » Bibl. Nat., lat. 17759 
(Cartulaire blanc) j fol. 52 v°. — Cettecharte a été publiée par Alph. Wauters, 
Analectes de diplomatique, 2* série. (Extrait du tome VII, n^ 3, 4* série du 
Compte rendu des séances de la Commission royale d'histoire), p. 74. — 
M. Wauters a remarqué l'importance de cette phrase. (Ibid., p. 74, 
note 1.) Ailleurs, il est vrai, il estime que Tépoque de la cession de 
tous ces domaines, y compris Neer Yssche qui ne fut donné à Tabbaye 
•qu'en 1145 (Wauters, Analectes de diplomatique, 2* série, p. 93), aux 
religieux doit être très rapprochée de celle de la fondation même de 
Tabbaye : les raisons qu'il fournit sont bien insuffisantes. Cf. Diplôme de 
Vépoque carlovingienne concernant le village de Huysse, dans Bulletin de 
VAcad. royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique, 
42* année, 2* série, t. XXXVI, p. 94. On trouvera une liste complète des 
possessions de Tabbaye de Corbie en Belgique dans R. M. K. Pr. Dona- 
tion faite en faveur de l'abbaye de Corbie (France), par Bobert , comte 
de Flandre en 4096, dans les Analectes pour servir à C histoire ecclé- 
siastique de la Belgique, t. II, 1865, l*"* livraison (Louvain et Bruxelles, 
s. d., in-8), p. 269 et suiv. Voy. plus haut, p. 82^ note 1. 



LES CHAHtEâ PRIVÉES DE L*AfiBAY£ 491 

Nous avons encore à enregistrer la perte d*une charte seigneu- 
riale. Le comte d^Amiens, Ermenfroi, et son frère Gozbertus 
donnèrent à Tabbaye le domaine de Méricourt-labbé ^, Cela se 
passait vraisemblablement du temps de Fabbé Francon, frère du 
comte et de Gozbertus. Mais Ermenfroi et Gozbertus avaient 
aliéné cet alleu sans le consentement de leurs parents; leur 
donation était illégitime et pouvait être contestée. En 987, à une 
date indéterminée entre le l^' juin et le 31 décembre, le comte 
d'Amiens, Gautier ou Vautier (Walterius)^ avec le consentement 
de sa femme, Adèle, et de ses enfants, renouvelait la donation ; 
l'acte fait à Amiens fut souscrit par le comte, par Gui [Wido), 
par Adèle, Vautier, Raoul, Godefroi et Foulques -. 

En 985, le comte Vautier avait, grâce à Tintervention du 
camérier de l'abbaye Jean, mis fin à la longue rivalité qui avait 
éclaté entre les moines, le comte d'Amiens et ses vicomtes, 
Rorico et Sasgualo. Par acte, il s'engageait à ne plus rallumer 
la querelle ; douze témoins souscrivirent en même temps que lui, 
entre autres l'évêque d'Amiens, Godesmanus, et les deux 
vicomtes cités plus haut •^. 

Du Gange attribue les deux chartes à Vautier II ^. Je crois que 
c*est une erreur. Il s'agit bien dans les deux actes du même 
comte d'Amiens, de Vautier, qui a pour femme Adèle, et pour 



1. Bibl.'Nat., lat. 13908, fol. 26 y». — Il est parlé d'Ërmenfroi dans le 
diplôme de Charles le Simple. Voy, Pièces junlificalives, n° 37. — Du Gange, 
Histoire des comtes d'Amiens, Bibl. Nat., fr. i2019, p. 24. 

2 Pièces justificatives f n^ 40. — Cf. Mabillon, Ann» ord, S. Bénédictin III, 
liv. XLiv, p. 476. 

3. Pièces Justificatives , n« 44. 

4. Du Cange, Histoire des comtes d'Amiens^ Bibl. Nat.,(r, 12019, p. 59. Il 
attribue à Vautier II et à sa femme Adèle la fondation de Saint-Arnoul-de- 
Crépy. Dans V Histoire de Vétat de la ville d'Amiens et de ses comtes, du 
même auteur, publiée par Hardouin, à Amiens, en 1840, on retrouve la même 
erreur : « La chronique de Corbie atteste qu*il (Vautier II) donna le vil- 
lage de Méricourt-rabbé à ce monastère conjointement avec sa femme 
Adèle », p. 146. Il est d'autant plus étonnant de trouver cette erreur sous 
la plume de Du Gange que dans le même ouvrage (p. 136) il identifie le 
Vautier du diplôme d'Hugues Capet avec Vautier l". 



192 k5(ami;n des dHARtEs de coroië 

fils Tévêque Gui, Vautier, Raoul, Godefroi et Foulques. Or c'est 
Vautier I®', celui-là même qui a souscrit, le 30 ou le 31 décembre 
987, la confirmation des privilèges que Hugues Capet accorda 
aux moines de Corbie, avec trois de ses fils, Vautier, Raoul et 
Godefroi, en même temps que Tévéque Godesmanus d'Amiens 
et Tévêque Gui de Soissons ^ 

Le personnage qui, dans Tacte de 985, traite au nom de 
l'abbaye, le camérier Jean, devait être un homme important et 
influent. C'est probablement lui qui, avec le titre de cellerier, se 
rendit auprès du duc de Normandie, Richard I*', pour faire resti- 
tuer à l'abbaye Dampierre *. Nous avons de lui une charte pré- 



1. Je rappelle qu*il existe deux diplômes de Hugues Capet, datés du 30 
ou 31 décembre 987 et de Compiègne, ayant même objet ; que Tun est 
nécessairement un faux. Voy. mon étude : Deux diplômes d^IIugues Cupet 
en faveur de Vabbaye de Corbie (987), dans Le Moyen Age, 2* série, t. Ï[I, 
janvier-février 1899, p. 65 et suiv. 

2. Voy. plus haut, p. 189, note 2. — Le comte Richard dont il est ques- 
tion dans le manuscrit latin 13908, fol. 26, est bien le duc de Normandie, ce 
quen'avaitpas vu Caulaincourt. Du Cange (Histoire de létal de la ville d^ Amiens, 
p. 141) écrit très justement : «Je ne puis omettre de signaler en cet endroit 
Terreur de Tauteurde la chronique manuscrite de Corbie, qui donne le titre 
de comte d*Amiens à Richard qui vivait sous Tabbé Rathold,mort Tan 986. 
L'auteur de cette chronique écrit que Tabbé était en si bonne intelligence 
avec ce comte, qu*en sa considération ce dernier restitua au monastère le 
village de Dampierre qui avait été usurpé durant les courses des Normands. 
Son auteur ne s'est pas aperçu que ce Richard qui est nommé comte sans 
aucune addition du lieu, dans le manuscrit de cette abbaye, dont il a tiré 
ce q J*il met et que j'ai lu aussi, était duc de Normandie, et que Dampierre, 
qui appartient encore à présent à ce monastère avec le titre de prévôté, est 
du diocèse de Lisicux. » Sur TidentiGcation de Domnus Petriy le témoi- 
gnage de Du Cange est contredit par un terrier de Tabbaye écrit au 
XV* siècle. Il s'agissait de Dampierre-sous-Arqucs, au canton d'Envermeu, 
dans le département de la Seine-Inférieure. Cf. M. H. Cocheris Notices el 
Extraits».,, t. I, p. 648, n^ 356. Du Cange a tort évidemment. Mabillon a 
commis la même erreur (Ann. ord, S. Benedicti, t. III, liv. xliv, p. 476). Il 
est question d'un domaine de l'abbaye, Dompierre, au livre V du Carlulaire 
Noir (Bibl. Nat., lat. 17758, fol. 99 v°). M. Cocheris l'identifle avec Dompierre, 
canton de Crécy, dans le département de la Somme, arrondissement d'Abbe- 
ville {Notices et Extraits..,, t. I, p. 575). C'est une erreur. 11 n'est question 
dans ce livre V que des domaines de l'abbaye à Maisnières en Vimeu et à 
Dampierre. On y trouve la trace d'un différend qui s'éleva entre Tabbaye et 



LES CHARTES PRIVÉES DE l'aBRAYE 193 

servée de Toubli par le plus grand des hasards ; c'est un de ces 
actes comme on devait en publier souvent, presque journelle- 
ment, dans Tabbaye. Il s'agit de la création de l'anniversaire de 
Tabbé défunt Ratoldus ^ Jean, élève spirituel de Ratoldus, avait 
été nommé par lui camérier. En cette double qualité d'élève et 
de protégé de Tancien abbé, Jean obtint du nouvel abbé, Main- 
gaudus, que le camérier donnât chaque année, le 15 mars, jour 
anniversaire de la mort de Ratoldus, un repas dont les frais 
seraient pris sur Téglise Saint-Quentin-de-Tourmont-sur-Mer. 
Cet acte est daté de 986, 14*^ indiction, première année du 
roi Louis. Il s'agit ici de Louis V. On ne connaît de ce roi 
que des diplômes antérieurs à la mort de son père. M. Giry 
dit que le sacre de Gompiègne du 8 juin 979 doit avoir servi de 
point de départ au compte des années du règne ^. Il est vrai- 
semblable de penser que Louis V, après la mort de Lothaire, 
data ses diplômes de son règne personnel, comme ses sujets le 
faisaient, et l'on sait que Lothaire mourut en 986. Les trois 
données chronologiques concordent. 

La création de l'anniversaire de Ratoldus ne doit pas avoir 
fait exception ; tous les anniversaires étaient sans doute institués 
dans l'abbaye de Gorbie par des actes similaires. La charte du 
moine Jean lève pour nous un coin du voile qui nous cache la 
vie monastique du haut moyen âge ; à l'intérêt particulier qu'elle 
présente, elle joint un intérêt général. Elle clôt dignement la 
liste des nombreux documents diplomatiques que nous avions à 
étudier. 



un certain Guillaume d'Aigneville. Or Maisnières et Aigneville sont toutes 
deux dans le canton de Gamaches, arrondissement d'Abbeville. Gamaches 
se trouve sur la Bresle tandis que Crécy est près de l'Authie. Dampierre, 
canton d'En vermeu, répond mieux aux données delà question. Envermeu est 
arrosé par TEaulne, affluent de droite de la Béthune. D'ailleurs, Dompierre 
n*a jamais fait partie de la Normandie ; or on trouve au fol. 99 v» une lettre 
qui ne laisse pas de doute : Littera judicum Henrici régis Normannie dehos- 
pitibus domini Roberti de Dompierre apud Dompierre sitis, 

1. Pièces justificatives, n® 28. 

2. Manuel de diplomatique, p. 729-730. 

M4m. «I ioc, d« l'Éeolt du Charta. — V. 1S 



194 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 



Catalogue des chartes privées. 

I . Donation des domaines Wiiiisheim , Duemingen et Flônheim 

par la reine Gerberge, 768-773 [perdue). 
IL Donation du domaine de Tennes par Tabbé Mordramncs 
[perdue). 

III. Donation par Adalhard de ses biens sis près de Tournai 

et d'Audenarde, à Tabbaye de Corbie [perdue). 

IV. Donation par Benedicta de Ribemont, sous Tabbatiat de 

Trasulfus [perdue). 
V. Donation par Inda de Bettoncourt et d'Avesnes-sur-Corbie 
[perdue). 
VI. Donation par Jean d*un manse allodial sis à Avesnes-sur- 

Corbie [perdue). 
VII. Donation de Dampierre-sous-Arques [perdue). 
VIII. Richard I*^*", duc de Normandie, restitue à Tabbaye de Cor- 
bie, sur la prière du cellerier Jean, le domaine de Dam- 
pierre-sous-Arques, et il y ajoute la fondation d'im repas, 
943-986 (perdue). 
IX. Charte d'EaMENFROi, comte d'Amiens, et de son frère Goz- 
bertus donnant à labbaye que dirige leur frère Francon 
le domaine de Méricourt-l'abbé [perdue). 
X. Charte de Valtier I®"", comte d'Amiens, mettant fin à la 
rivalité du comte, des vicomtes Rorico et Sasgualo et 
de l'abbaye de Corbie, 985. 
XL Création de Tanniversaire de Ratoldus par le camérier 

Jean, 986. 
XII. Le comte Vautier I**", avec le consentement de sa femme 
et de ses fils, renouvelle àlabbave la donation de Méri- 
court-l'abbé, 987, !«' juin-31 décembre. 



CHAPITRE VI 



CONCLUSIONS 



Coordonnons maintenant les résultats de nos recherches, et 
tirons des documents diplomatiques les renseignements précis 
que rhistorien de labbaye de Corbie utilisera pour écrire une 
œuvre débarrassée des erreurs ou des traditions sans fondement 
que les chroniqueurs antérieurs, moines de Corbie ou autres ^, 
recueillaient avec un pieux respect, mais sans critique, et que 
Térudit se doit à lui-même de rejeter s'il est animé par le seul souci 
de la vérité entrevue. 

Le moyen-âge a été une époque essentiellement religieuse. 
Aux heures les plus troublées de son histoire, il vit se produire 
une recrudescence du sentiment religieux et mystique qui porta 
les âmes inquiètes vers la paix et le recueillement des monastères. 
Le VII® siècle, en particulier, assista à la réformation des abbayes 
déjà existantes, à la fondation de nouveaux établissements où 
affluèrent tous les vaincus de la vie et tous ceux auxquels 
l'action répugnait. C'est alors que fut fondée Tabbaye de Corbie. 

L'illustre monastère de Luxeuil fut l'agent le plus actif de la 

1. Un Célestin do xviii* siècle, le P. Daire, a rédigé une série de notices 
sur les doyennés de la Picardie qui sont contenues dans le ms. n° 507 de la 
Bibliothèque d^ Amiens. M. Alcide Ledieu en a entrepris la publication 
intégrale dans Le Cabinet historique de l'Artois et de la, Picardie, revue 
d'histoire locale. Dans une de ces notices intitulée Histoire civile, ecclésias- 
tique et littéraire du doîenné deFouilloy, le P. Daire a écrit une courte histoire 
de Corbie qui est comme le spicilège de toutes les principales erreurs 
qui ont été émises sur Tabbaye corbéienne. Il n*y a, pour ainsi dire, pas un 
fait énoncé qui ne contienne quelque sottise. On trouvera cette notice dans 
Le Cabinet historique, t. XIV, passim. Était-il nécessaire de publier une 
œuvre aussi médiocre qui méritait tout juste Toubli où elle était plongée? 



196 EXAMEN DES CHAHTES DE CORBIE 

diffusion de Tordre monastique en Gaule, surtout lorsque labbé 
Waldebert eut adouci la règle de saint Columban en la combi- 
nant avec celle de saint Benoit. Il eut une collaboratrice toute- 
puissante dans la reine Balthilde, veuve de Clovis II et régente 
sous le nom de son fils Clo taire III. L^institution monastique 
luxovienne et Balthilde se trouvèrent réunies auprès du berceau 
de Tabbaye corbéienne et présidèrent à sa naissance. 

Sur les bords de la petite rivière de Corbie, au confluent de 
ce ruisseau et de la Somme, dans un site heureusement choisi, 
la reine Balthilde fonda un monastère pour les hommes, qui prit 
le nom du cours d'eau voisin. L'abbaye de Corbie s'éleva sur un 
domaine qui avait jadis appartenu au maire du palais de Neustrie, 
Guntland, et qui, à la mort de celui-ci, avait fait retour au fisc 
royal. Sa naissance se place à une date indéterminée entre le 
10 octobre ou 16 novembre 657 et le 23 décembre 661. 

Balthilde associa à son œuvre son fils, le jeune Clotaire III, à 
peine âgé de 9 ans, en mettant sous son nom la très belle dota- 
tion qu'elle fit au monastère. Les biens qu'elle transmit aux 
moines étaient situés dans les pagus d'Amiens et d'Arras; 
c'étaient Corbie, Fouilloy , Gentelles, Chipilly, Aubigny, Monchy- 
aux-Bois, Wailly, Beaurains, Talmas, une pagena de bois dans 
la forêt de la Vicogne et une partie de la forêt sise au lieu dit 
Thésy, qui avait été acheté par le fisc à Frodinus. Le monastère 
était déclaré immuniste. — Le 23 décembre 661 , le roi l'affran- 
chissait des tonlieux dans les limites de son royaume. 

Balthilde avait demandé à l'abbé de Luxeuil, Waldebert, de 
donner au monastère de Corbie un abbé tiré de l'abbaye luxovienne. 
Ce fut Theudofredus (ou Theodefridus) qui apporta avec lui la 
règle de saint Columban et de saint Benoit sous laquelle 
vécurent les moines corbéiens jusqu'au vni® siècle ^ La reine sol- 

1. Les liens qui unissent Corbie à Luxeuil sont encore attestés par 
un Kalendarium Corbeiense publié par Br.Krusch dans un article du Neues 
Archivy intitulé Chronologisches au8Handschrift€n{iS%0fXf p. 91 et 92). Ce 
Kalendarium est contenu dans le ms. lat. de la BibL iVaf., 14086, fol. 3-5* 
(anc. Saint-Germain, n» 264, puis n« 1311), in-8, viii* siècle, écrit en 



CONCLUSIONS 197 

licita de l'évéque d'Amiens, Berthefridus, une immunité ecclé- 
siastique que celui-ci octroya. 

L'abbaye était fondée, et les moines vinrent en grand nombre 
aux bords de la Corbie et de la Somme. 

Tous les autres renseignements sur l'histoire de Corbie puisés 
aux sources diplomatiques se groupent sous trois chefs qui nous 
sont indiqués par le récit de la fondation tel que nous venons de 
l'écrire : accroissement du temporel, développement de l'immu- 
nité laïque, extension de l'immunité ecclésiastique. 

I. Accroissement du temporel. — L'abbaye ne tarda pas à 
prendre une place importante parmi les monastères de la Gaule 
Le développement de son influence peut, en quelque sorte, se 
mesurer à laccroissement de son temporel K II n'est donc pas 
inutile de dresser ici le bilan des donations qui enrichirent suc- 
cessivement labbaye jusqu'au x" siècle. A l'époque mérovin- 
gienne, il semble que les largesses de Clotaire III aient épuisé 
la générosité des rois à l'égard de Corbie. Le roi mérovingien 
avait, en effet, une clientèle nombreuse et avide; il lui fallait 
satisfaire aux exigences de tant d'hommes puissants, de tant 
d'églises et de tant de monastères, qu'à force de donner il s'ap- 
pauvrissait jusqu'à côtoyer la banqueroute 2. On comprend que 
ses libéralités se soient faites de plus en plus rares. Les succes- 
seurs de Clotaire III se contentèrent de confirmer les donations 



onciales. 11 avait été édité par Martène et Durand, Amplissima Colleclio.,.. 
III, p. 1591. On y trouve les mentions des abbés de Luzeuil, Eustasius, 

Waldebertus et Attala : VI ids. mar. deps sci Atalae abbtis IIII. nons 

apr. Lusse viomonasterio deps Eustasii abbs et pass. sci. Prancati. VI nons. 
mad. deps. sci. Waldeberti. abb. (p. 92). 

1. Les monastères étaient des personnes morales, nous dirions aujour- 
d'hui des établissements reconnus d'utilité publique, et, comme tels, 
capables d'acquérir des biens par actes entre vifs. Cf. A. Esmein, Cours 
élémentaire d'histoire du droit français, 2« édit., p. 161-162. 

2. « Le roi mérovingien, à Torigine, est un parvenu qui dispose d'un riche 
trésor de biens et d'honneurs ; il n*a pas trouvé d'autre politique que de 
dépenser ce trésor au jour le jour ; il devait finir et il a fini par la banque- 
route. » E. Lavisse, Etudes sur Vhistoire d'Allemagne^ dansi?ev(;e des Deux- 
Mondes, 15 décembre 1885, in fine. 



198 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

antérieures. En 716, le roi Chilpéric II, è l'exemple de son père 
Childéric II, confirma au monastère la concession de certains 
revenus en nature à prélever sur le tonlieu de Fos, près Mar- 
seille, que Clotaire III avait consentie aux moines corbéiens, et 
Toctroi d'une tracioria qui exonérait Fabbaye de la nourriture et 
du gîte des envoyés chargés de percevoir ces revenus, et qui la 
déchargeait des frais de transport. La concession était importante, 
autant que nous en pouvons juger. L'abbaye recevait annuelle- 
ment dix mille livres d*huile, trente muids de garum^ trente 
livres de poivre, cent cinquante livres de cumin, deux livres de 
girofle, une livre de canelle, deux livres de nard, trente livres 
de CQStus^ cinquante livres de dattes, cent livres de figues, cent 
livres d'amandes, dix livres de pistaches, cent livres d*olives, 
cinquante livres d'un aromate appelé hidrio^ cent cinquante 
livres de pois chiches, vingt livres de riz, dix livres de piment 
doré, dix peaux seoda, dix peaux de Cordoue, cinquante mains 
de papyrus. L'exonération des frais de transport était à peine 
moins considérable que la donation. Il ne fallait pas moins de 
dix envoyés pour prendre livraison de ces revenus en nature, 
puisqu'à chaque relai on fournissait dix chevaux de selle et dix 
pains blancs. Pour transporter de Fos à Corbie, c est-à-dire à 
travers toute la France du sud au nord, les produits concédés, 
quinze chars étaient réquisitionnés à chaque relai. Enfin, à chaque 
relai également, les envoyés touchaient un muid de vin, deux 
muids de bière, 10 livres de lard, vingt pesées de viande, douze 
livres de fromage, vingt livres de pois, un chevreau, cinq pou- 
lets, dix œufs, deux livres d'huile, une livre du condiment appelé 
garum^ une once de poivre, deux onces de cumin, du sel, du 
vinaigre, de l'huile et du bois en quantité suffisante. La nou- 
veauté du diplôme de Chilpcric II était que la tracioria devenait 
perpétuelle. L'abbé Sébastien (ou l'abbé Grimon), qui avait solli- 
cité le roi, attachait donc une grande importance à ce privilège. 

La charte de Berthefridus dans un des passages qui ne furent 
pas, à notre avis, remaniés, nous laisse entendre que .des parti- 



CONCLUSIONS 199 

culiers avaient, avant 664, donné des biens à labbaye de Corbie. 
Aucun renseignement précis ne vient corroborer ce texte. Il est 
cependant vraisemblable que les donations privées avaient été 
fréquentes. Les statuts d'Adalhard, dans la partie qui fut rédigée 
en 822, nous parlent des domaines de Tabbaye dans les pagi de 
Beauvais, d'Amiens et d'Arras, mentionnent ceux de Gagny, 
Ville-sous-Corbie, Cerisy-Gailly, Ver, Haiono VillariSj Henen- 
eourt, le Donacre, Havernas, Campagne, Valhuon, Vadencourt, 
Sailly-le-Sec , Foncquevillers, Tittono-Montis, Demuin, Palior- 
tus, AlaSy Arvillers, Gailly, GouUemelle, Courcelles, Berberiasj 
Saint-Quentin-de-Tourmont, Brache, Bouzencourt, Maisnières, 
Popincourt, la Vallée, Foucaucourt-en-Santerre. 

A quelle époque tous ces biens étaient-ils venus à Tabbaye ? Le 
plus grand nombre des titres de propriété remontaient sans 
doute à Tépoque mérovingienne. Il en est de même d'Orville, 
qui contenait au moins centbonniers de terres, qui, appartenant 
à Corbie, furent échangés contre d'autres domaines du fisc, à la 
demande de Fabbé Adalhard. Charlemagne, sur les conclusions 
de l'enquête menée par le comte Maginarius, consentit à cet 
échange. 

Il se peut toutefois que les biens dont nous avons relevé les 
noms dans les statuts d'Adalhard aient été en partie accordés 
par les rois des deux premières dynasties franques. Cependant, 
de 751 à 812, aucun texte ne montre que les rois et empereurs 
carolingiens aient accru le temporel de Corbie. Les documents 
perdus sont en trop grand nombre pour qu'il soit possible de 
dire que les sources de la faveur royale étaient taries ; on peut 
croire néanmoins qu'elles étaient moins abondantes et ne cou- 
laient plus à pleins bords. L'abbaye de Corbie avait dû mécon- 
tenter Charlemagne comme elle mécontenta Louis le Pieux. 
Paschase Radbert nous enseigne, dans sa Vita Sancii Adalhardi, 
qu'Adalhard entra dans les ordres monastiques à vingt ans, parce 
qu'il désapprouvait la conduite de Charlemagne à l'égard de 
Désidéria, fille du roi lombard Didier, répudiée sans motif. 
Adalhard s'était retiré à Corbie qui, peu de temps après, reçut 



200 EXAMEN DES CHABTES DE CORBIE 

comme moine le roi lombard Didier, vaincu et dépouillé de son 
royaume K Charlemagne garda longtemps rancune à son cousin 
Adalhard. Pardonna-t-il aux moines de Corbie de lavoir bravé 
en donnant pour successeur à Tabbé Mordramnus, démissionnaire, 
ce même Adalhard? Après 814, les relations de l'abbaye et de 
Tempereur Louis le Pieux furent plus tendues encore. Corbie 
devient un centre de rébellion contre le faible successeur de 
Charlemagne; Adalhard, son frère Wala, qui fut moine puis 
abbé de Corbie, furent les chefs du parti aristocratique ; ils trou- 
vèrent un moine, Paschase Radbert, pour les louer, et Ton ne 
voit pas qu'il y ait eu scission entre les abbés et les moines à 
cette époque. La piété des empereurs leur commandait peut- 
être de confirmer les privilèges anciens de la communauté cor- 
béienne; elle ne les obligeait pas à récompenser Tinsubordina- 
tion de leurs sujets. Aussi, c'est à Tépoque de Charles le Chauve, 
où Tabbaye prit parti pour le fils de Judith contre Lothaire, que 
réapparaissent les donations royales. Jusque là, Tabbaye ne 
reçut de nouvelles terres que par actes privés. C'est Mordramnus 
qui offre au monastère qu'il gouvernera le domaine de Tenues ; 
c'est Adalhard qui se dépouille de son patrimoine et l'oiFre au 
patron de l'abbaye, à saint Pierre. Les biens fonciers dWdalhard 
étaient sis près de Tournai et d'Audenarde et comprenaient 
Beeringen, Montenaeken, Gompell (sous MoU), MoU et leurs 
dépendances, peut être même Huyse, Berthem et quelques autres 
villae. 

Avec Charles le Chauve, Corbie s'enrichit de nouveaux terri- 
toires. Telle fut la libéralité de ce prince envers les moines de 
Corbie que la messe quotidienne, célébrée de son vivant, pour 
le salut de son âme, fut remplacée par un anniversaire qui 
devait remémorer, à l'esprit des générations futures de moines, 
les bienfaits dont Charles le Chauve avait comblé l'abbave. Vers 



I. Peut-être est-ce à cette date que Tabbaye reçut de Gerberge, femme 
de Carloman et ennemie de Charlemagne, les domaines de Wittisheim, 
Duerningen et Flônheim. 



CONCLUSIONS 201 

la fin de décembre 842 ou au commencement de 843 ^ il concède 
aux moines le pont de Daours et le vectigal que les agents du 
fisc avaient accoutumé d'y percevoir. Entre le 10 septembre 843 
et le mois d'avril 844, il leur remet en échange des domaines 
de Wittisheim, Duerningen et Flonheim qu'ils tenaient de la 
reine Gerberge, femme du roi Carloman et belle-fille de Peppin 
le Bref, le domaine de Wailly au diocèse de Soissons. En 856, 
le 3 octobre, il confirme la donation faite par sa femme de biens 
sis à Feuquières et à Roye. En 857, le 18 septembre, il com- 
plète sa donation de 843-844 par celle du manse Waheliregius 
qui était compris dans le domaine de Wailly. Enfin, si Tacte 
faux de 877, attribué à Loui^ le Bègue, n'est pas absolument à 
négliger, s'il contient une parcelle de vérité, si la donation du 
domaine d'Huyse à Tabbaye par Toncle de Charles le Chauve, 
le comte Conrad, est bien authentique, ou même si ce n'est 
qu'une simple restitution, c'est sans doute avec l'autorisa tion de 
l'empereur que cette donation ou cette restitution fut faite K II 
n'y a à cela rien d'impossible ; les faussaires prenaient dans les 
archives des actes authentiques pour composer le canevas de 
leur faux. Quoi qu'il en soit, Huyse appartenait au monastère à 
la date de la fabrication du faux, c'est-à-dire au x® siècle. 

A la fin du ix^ siècle, les moines de Corbie se lancèrent de 
nouveau dans la politique militante ; ils se laissèrent entraîner, 
comme leur abbé, Francon (du moins on le suppose), dans le 
parti de Charles le Simple par le comte d'Amiens, Ermenfroi. 
L'abbaye fut, dans le cours des guerres civiles, pillée, brûlée. 
Les invasions normandes vinrent mettre le comble à la confu- 
sion et à la désolation. Au milieu des troubles, l'abbaye demanda 
au roi Charles le Simple de confirmer ses privilèges et de répa- 
rer les désastres causés dans ses archives par les incendies et les 
guerres civiles. Elle ne devait plus rien obtenir de la munificence 

1. Cf. le diplôme de Carloman pour Saint-Germain-d'Auxerre (884, 11 
juin, Meaux), dans M. Quantin, Car/u/aire général de VYonne^ t. I, p. 110, 
n*» 57. 



202 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

des derniers Carolingiens. Ceux-ci réduits à la seule ville de 
Laon n'avaient plus rien à donner. 

Dès lors, comme h la fin de la période mérovingienne, Tabbaye 
adressa ses requêtes à des particuliers. Dampierre-sous-Arques, 
dans le diocèse de Beauvais, qui lui fut donné je ne sais quand, 
lui fut enlevé par les Normands et rendu par le duc de Nor- 
mandie, Richard I*'' ; Méricourt-l'abbé, qui lui avait été donné 
par le comte d*Amiens, Ermenfroi, lui fut peut-être contesté par les 
héritiers de celui-ci, et donné de nouveau par le comte Vautier 1*, 
en 987. De pieuses femmes, Benedicta et Inda, lui transmirent 
leurs droits de propriété sur Ribemont, Bettoncourt, Avesnes; 
et le sacristain de Tabbaye, Jean, compléta la donation d* Avesnes 
en renonçant à ses droits sur des terres qu'il possédait dans ce 
domaine. 

Ainsi, au x* siècle, l'abbaye de Corbie possédait des domaines 
dans les diocèses d'Amiens, d'Arras, de Soissons, de Beauvais 
et de Tournai *. 

II. Développement de l'immunité. — Par le diplôme de fonda- 
tion, Tabbaye de Corbie était placée sous Timmunité : nul agent 
royal ne devait entrer sur les terres de Tabbaye pour y juger, y 
percevoir les freda^ y exercer le droit de gîte, y commettre des 
exactions. Cette immunité fut à maintes reprises confirmée par 
les rois et les empereurs. C'était pour les rois une manière de 
s'attacher, au début de leur règne, les habitants influents des 
monastères; c'était pour les moines une occasion de faire con- 
naître leurs droits et leurs privilèges. Les diverses confirmations 
de l'immunité avaient peut-être aussi pour but d'étendre l'im- 
munité aux biens acquis depuis la dernière confirmation, bien 
que le roi précédent eût toujours proclamé la perpétuité et l'uni- 
versalité du privilège immunitaire. 

En 664, l'évêque d'Amiens, Berthefridus, corroborait l'immu- 
nité royale de son autorité épiscopale ; il y ajoutait une immu- 
nité ecclésiastique (ce que Jules Quicherat appelle une émancipa- 

1. Elle en avait possédé au ix« siècle jusqu^n Alsace. 



CONCLUSIONS 203 

tion) qui interdisait à Tévéque d'Amiens, à larchidiacre et à 
tout autre membre du clergé amiénois d'usurper ou de changer 
quoi que ce fût des choses du monastère, d enlever au profit de 
Tévêché des ornements qui auraient été donnés à l'abbaye. Il 
accordait aux moines la faculté d*élire leur abbé, après qu'ils 
auraient demandé l'autorisation du roi et de Tévêque. 

Ces deux immunités, Timmunité laïque et l'immunité ecclé- 
siastique, eurent le même sort. Les religieux de Corbie ne se 
contentèrent ni de l'une ni de l'autre, et cherchèrent à les 
étendre. 

L'immunité laïque fut le point de départ de divers empiéte- 
ments des églises sur le pouvoir royal et spécialement sur le fisc. 
Les agents royaux, ne pouvant pas pénétrer dans les limites de 
l'immunité pour y lever les revenus du fisc et en particulier les 
tonlieux, furent suppléés par l'immuniste lui-même ^ Il arriva 
parfois que les rois concédèrent à l'immuniste les sommes pro- 
venant de la perception des tonlieux sur ses domaines, soit par 
^ine clause spéciale introduite dans le privilège de l'immunité, soit 
par un acte spécial *. Corbie n'eut pas ce privilège ; elle l'acquit 
par une usurpation presque légitime puisqu'elle était tacitement 
consentie par la royauté ; mais elle l'acquit tardivement. Si, en 
842-843, Charles le Chauve lui concède le tonlieu de Daours, 
c'est donc que l'abbaye ne percevait pas les tonlieux sur toute 
l'étendue de ses terres. A la fin de ce même siècle, elle s'appro- 
pria les tonlieux. La perception du tonlieu entraîna la juridiction 
du marché, et le^ii* mercati entraîna le jus monetae. Le droit 

1. Fustel de CoiûsiUges, Étude sur V immunité mérovingienne {Kxiraiii de la 
Bévue historique. 1883), p. 27 et suiv. — Nous admettons sur ce point l'in- 
terprétation de Fustel de (boulanges, de préférence à celle de Boutaric* De 
V origine et de rétablissement du régime féodal (Extr. de la Revue des Ques- 
tions historiques^ 1875, p. 32ri-380), p. 45 et suiv. — Mais sur quantité d'autres 
points, nous faisons des réserves expresses. 

2. M. Prou, Essai sur V histoire monétaire de V abbaye de Corbie, p. 5 et 
6. — Voir du même auteur la très remarquable Introduction au catalogue des 
monnaies carolingiennes de la Bibl, Nat, Paris, 1896, in-8, et en particulier 
ch. in, le Droit de monnaie. 



204 'EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

de battre monnaie fut une extension de Timmuniié laïque. L* ab- 
baye de Corbie n*acquit ce droit qu*à la (in du ix* siècle ou au 
commencement du x* siècle. Il faut donc rejeter, avec M. Prou, 
l'attribution à Corbie d*un tiers de sol mérovingien aux légendes 
Racio Sancti Pet ri et Bacio ecclesie. « Le premier monument 
certain du monnayage de Corbie est un denier portant au droit 
le nom du roi Eudes et un monogramme composé des lettres 
FR qui représente le nom de Francon, abbé de Corbie, et au 
revers la légende Corbeiensis K » Ce denier est antérieur à la 
mort du roi Eudes, c est-à-dire au l**' janvier 898. Après la mort 
de celui-ci, Francon fut assez puissant pour faire disparaître des 
monnaies frappées dans Tatelier de Corbie le nom royal. « C'est 
à lui, en eiïet, qu'il faut donner un denier marqué du mono- 
gramme FR provenant de la même trouvaille que le précédent 
et qui n'en diiïère que par la substitution de la légende Sci Pétri 
mo[naBterium\ à Hodo rex Fran\corum\ •. » Cette substitution 
montre bien qu'il y a là empiétement sur le droit régalien de 
monnaie, probablement d'ailleurs approuvé par Charles le 
Simple qui n'aura su rien refuser à l'un de ses plus fermes 
partisans dans les luttes récentes. « La monnaie publique devient 
la chose privée... de Tabbé. De là à légiférer sur la monnaie, à 
en fixer le titre et le poids, à en déterminer le cours, à lever 
les amendes auxquelles cette matière pouvait donner lieu, à sai- 
sir en un mot tout le droit régalien de la monnaie, il n'y avait 
qu'un pas ^. » Ce pas, les abbés de Corbie mirent près de deux 



^. M. Prou, Essai..,, p. H. — Gariel, Les monnayes royales de France 
sous la race carolingienne, !'• partie, p. 111 (découverte d'Arras), n®" 51 et 
52 ; 2« partie, p. 283, n" 2i. — Calai, des monnaies fr. de la Bibl, Nat. Les 
monnaies carolingiennes, n" 244. 

2. M. Prou, Essai,.., p. 11. Gariel, op. cit., i^* partie, p. 112, n" 53. — 
M. Prou, dans son Introduction..., p. lxxi, écrit: « Quant aux églises qui, 
dès le IX* siècle, ont inscrit leur nom sur des deniers, ce sont celles qui 
avaient d*ancienneté un atelier, celles dont le monnayage remontait à 
répoque mérovingienne. » Corbie au ix* siècle n*avait pas ce droit, puis- 
qu'elle Tusurpe après 898. 

3. Prou, //i/roc/ïic/iow...,p. LXXI. 



CONCLUSIONS 205 

siècles à le franchir^ si le règlement d'Evrard sur la monnaie 
de Corbie est le premier document de ce genre émis par les 
abbés: labbé Evrard doit en effet être replacé dans la liste des 
abbés de Corbie entre Foulque et Nicolas I®*", vers 1085 K Ce 
règlement d'Evrard, attribué par tous les historiens de Corbie, 
sans distinction, à Herradus, successeur de Francon ^, a reçu 
une autre destination. M. Prou, dans son Essai sur r histoire 
monétaire de Corbie, Ta restitué incontestablement à son véri- 
table auteur ^. Il ne donne pas la raison capitale qui Ta déter- 
miné, et je dois de pouvoir Texposer ici à son érudition et à sa 
bienveillante obligeance. Le denier d'Evrard ne peut pas être 
antérieur à la fin du xi*' siècle. A l'époque carolingienne et même 
sous Hugues Capet, le denier est d'argent fin. Ce n'est que vers 
1100, à partir du règne de Philippe I*^', que le denier est dit ad 
medietatem, c'est-à-dire à 6/12 d'argent fin. La diminution du 
taux se fit graduellement, comme Ta très bien exposé Cornelio 
Desimoni *. Or, Evrard nous dit que sa monnaie est à 7/12 
d'argent fin, au taux de la monnaie royale d'Amiens; elle est 
nécessairement voisine de l'époque où la monnaie royale atteint 
la medietas ^. 



1. Voy. Appendice^ n® 2. — Dom Grenier avait placé en 1084 la constitu- 
tion d'Evrard touchant la monnaie de Corbie. Bihl. \at.. Grenier, 
t. 53, fol. 50, et t. 233, fol. 247 v^. Dom Carpentier, dans son supplément 
au Glossaire de Du Gange (t. II, p. 1328) fixe la date de cetlc pièce à iOSr». 
Voy. Bouthors, Notice historique sur la commune de Corbie, p, 48, note. — 
H. Cocheris, Notices et extraits..,. j t. I, p. 565. 

2. Voy. en particulier, Mabillon, Ann. ord. S. Benedictiy III, liv. xli, 
p. 337, qui date ce règlement de 912. — Dom Grenier s'est plusieurs fois 
contredit. 

3. P. 12-20. 

4. G. Desimoni, La décroissance graduelle du denier de la fin du 
XI* siècle au commencement du X II I'^ siècle, dems Mélanges de numismatique, 
publiés par F. de Saulcy et Anatole, de Barthélémy, t. III (1882), p. 52 et 
suiv., et spécialement p. 57. 

5. Communication orale de M. Prou, 11 septembre 1897. — Il est utile de 
faire remarquer aussi que Herradus dans les documents anciens n'est jamais 
appelé Evrardus et qu'on n'a pas le droit de les identifier sans preuve 
sérieuse. 



206 EXAMEN DES CHARTES DE GORBIE 

Ainsi au x® siècle labbaye était en possession d*un atelier 
monétaire ; elle accaparait peu à peu le droit régalien de 
battre monnaie. Ce fait se produit précisément au moment où 
Fabbé Francon obtient de Charles le Simple l'immunité pour le 
castellum qu'il a fait construire, et du pape Christophe l'exten- 
sion de cette immunité à tout ce que renferment les murailles 
de Corbie, élevées depuis peu pour prévenir le retour des Nor- 
mands. Cette immunité du chàteau-fort implique en elle-même que 
Tabbé avait le droit de convoquer ses hommes pour la défense 
de labbaye envers et contre tous K C'est encore là Tusurpation 
d'un droit régalien. Ardo Smaragdus {f 843) en tête de la vie 
de son maître, saint Benoit d'Aniane [-f 821), rapporte que Louis 
le Pieux, à la demande du saint, qui lui représenta la misère des 
moines, décida de déterminer dans quelle mesure les abbayes 
devraient le service à l'empereur -. Les monastères de l'empire 
furent répartis en trois groupes : 1® ceux qui devraient le service 
militaire et les dons annuels ; 2® ceux qui seraient exempts du 
service militaire, mais paieraient les dons ; 3® ceux qui s'acquit* 
teraient envers le prince seulement par des prières. Les mona- 
stères les plus riches composaient le premier groupe ; c'est à ce 
groupe qu'appartient l'abbaye de Corbie ^ avec les treize autres 

i. Voy. plus haut, p. 132, et la note i de la page 133. 

2. Ch. 54, dans Mabillon, Acla sanclorum ordinis Bened,y IV s., I, p. 214. 
— Cf. Mon, Germ. hist., Legum sectio II, Capit. reg. Franc, Hanovi^, 
1883, p. 349. 

3. « Anno incarnationis Domini nostri Jesu Christi DCCCXVII, HludowL 
eus serenissimus augustus, divina ordinante providentia, coDventuni fecit 
apud Aquis sedem regiam episcoporum, abbatum seu totius senatus Fran- 
corum; ubi inler ceteras dispositioncs imperii statuit atque constitutum 
scribere fecit, quae monasteria in regno vel imperio suo dona et mtlitiam 
facere possunt, quae sola dona sine militia, quae vcro nec dona, nec militiam, 
sed solas orationes pro salute imperatoris vel filiorum ejus et stabilitate 
imperii. — Haec sunt quae dona et militiam facere debent. numéro XIII : 
Monasterium soi Benedicti, Mon. Ferrarias, Mon. Nigelli, Mon. scaeCrucis, 
Mon. Corbeia, Mon. S. Mariae Suessionis, Mon. Stabulaus, Mon. Flavi- 
niacum. Mon. soi Eugendi, Mon. Novalicium. — Ultra Rhepum : Mon. sci 
Nazarii, Mon. Offunwilarii. — In Bavaria, Mon. Mananseo, Mon. Tegerin- 
seo. — Capitularia reguni Francorum (éd. Alfr. Boretius), Mon. Gerni^ 



CONCLUSIONS 207 

monastères de Fleury-sur-Loire au diocèse d'Orléans, de Fer- 
rières au diocèse de Sens, de Nigella au diocèse de Troyes, de la 
Croix-Saint-Leufroy, au diocèse d'Evreux, de Notre-Dame de 
Soissons, de Stavelot au diocèse de Liège, de Flavigny au dio- 
cèse d'Autun, de Saint-Claude au diocèse de Lyon, de Novalaise 
au diocèse de Turin, de Lorsch au diocèse de Mayence, d'Offen- 
w^eiler (Schuttern) au diocèse de Strasbourg, de Mondsee au dio- 
cèse de Passau, et de Tegernsee au diocèse de Freysingen. Les 
abbés étaient obligés de conduire leurs hommes et de les comman- 
der ^. (( Cette obligation pénible imposée aux principaux digni- 
taires ecclésiastiques dans le temps même où leur crédit, leur 
faveur est à son apogée, se justifie à merveille, si on fait atten- 
tion aux nombreux privilèges d'immunité qui interdisaient aux 
ofEciers du roi l'entrée des possessions ecclésiastiques. L'évêque 
ou l'abbé dut remplacer lui-même le comte, le vicaire ou le cen- 
tenier, puisque ces fonctionnaires avaient perdu toute autorité 
siu* les hommes qui relevaient de l'Eglise ^. » M. Paul Viollet 

hist.^ Ibid.,p, 350, sous le titre Notitia de servitio monasteriorum. Ce texte 
avait été publié par dom Bouquet, dans les Hist, de Fr., t. Vï, p. 407 
et suiv., mais d'une façon très incorrecte : Fariniacum pour Flaviniacum, 
Manauser pouT Mananseo, Tegnauser pour Tegerinseo, etc.. 

1. P. Viollet, Hist. des institutions politiques et administratives de la 
France, t. I, p. 440, et surtout note 3. Parmi les textes de Tépoque carolin- 
gienne, il en est un très significatif, la lettre que Tabbé de Ferrières, 
Odon, écrivit à Louis, abbé de Saint-Denis et chancelier. On y lit : « Cete- 
nim impellit me nécessitas îterum vestri adjutorii patrocinium suppliciter 
implorare. Namque postquam vobis auxiliantibus impetrata licentia ab 
expeditione Aquitanica gravatus infirmitate redii, eadem pêne semper 

attritus, necdum revalui Misi tamen homines nostros una cum 

comité, pagi qui expeditionis officia more solito exsequerentur. » Desde- 
vises du Dezert, Lettres de Servat Loup (Bibl. de TÉcole des Hautes 
Études, 77» fasc), p. 83, n^ ^9 (n» 24 de Téd. Baluze), M. Desdevises du 
Dezert a daté cette lettre de 845; elle doit être rapprochée de la lettre n^ 14, 
p. 77 (n*" 28 de Baluze) qui est du 11 août 840, et elle doit être datée de 
juillet-août 840. Cf. A. Giry, Etudes carolingiennes, dans Études du 
Moyen Age dédiées à Gabriel Monod, p. 117. 

2. P. Viollet, op. ci/., p. 440. La question de savoir si les abbés conduisant 
leurs hommes à la guerre prenaient part au combat est ici accessoire. Elle 
est d'ailleurs très controversée. Bien que les lois ecclésiastiques interdisent 
de verser le sang, je pense, avec M. Viollet, qu'il faut la résoudre par l'af- 
firmative, même pour le ix« siècle. 



208 EXAMEN DES UIÂKTES DE COHBIE 

ajoute : « Une abbaye ou un évêché possède des domaines très 
dispersés, voisins de fonctionnaires royaux très divers. Il est 
plus simple de confier ces hommes à leur chef, à leur seigneur, 
abbé ou évéque. Le roi y trouve son avantage, car il a sous la 
main une responsabilité bien nette et bien déterminée pour 
une catégorie de sujets non moins nette et non moins déterminée. 
Les hommes de Téglise y ont aussi leur avantage : ils gardent leur 
protecteur naturel et ils échappent aux exactions du comte ou du 
vicaire *. » Si le roi v trouva son intérêt, si les hommes de Tab- 
baye eurent à s'en réjouir, Tabbé finit par en tirer parti. A 
Tépoque où le pouvoir central était faible, où toute la savante 
organisation carolingienne, dont le maintien eût exigé de la part 
des faibles successeurs de Charlemagne autant de génie qu'il en 
avait fallu à celui-ci pour la créer, comme Ta très bien dit 
M. Simson, craquait de toutes parts et se disloquait, chacun 
tira à soi la plus grande part possible des pouvoirs publics. Il y 
avait dans lancienne servitude militaire un droit que les prélats 
ne pouvaient abandonner ; évêques et abbés revendiquèrent ce 
droit, quelquefois même à Taide de documents faux -, le plus 
souvent au nom même de l'habitude prise, comme Tabbé de 
Corbie. Un texte diplomatique du xi® siècle nous montre Tabbé 
de Corbie défendant les prérogatives de Tabbaye. En 1016, le 
roi Robert II le Pieux est appelé par Tabbé Herbert à juger les 
contestations qui se sont élevées entre Tabbaye et l'avoué de Cor- 
bie, Efroi d*Encre. L'avoué prétend, entr'autres choses, faire 
héberger ses hommes par Tabbaye lorsque le roi le convoque pour 
le service militaire, et veut que, si quelques travaux sont néces- 
saires dans son château d'Encre, les hommes de l'abbaye y soient 
employés. Le roi déboute Efroi de ses exigences: les hommes de 



1. P. Viollel, op. cit,, p. 441, en noie. 

2. P. VioUet, op, cit., p. 441, en note. — M. J. Ilavct {Quest. niérov., VII. 
Les Actes des évêques du Mans) me semble avoir lavé la mémoire derévêque 
du Mans, Aldric, de tout soupçon d'imposture. M. VioUet, après d'autres 
érudits, attribue à Aldric le Capitularium de Benoit le Lévite auquel je 
fais allusion ci-dessus. 



CONCLUSIONS 209 

labbaye ne marcheront que si le roi a convoqué labbé, et dans ce 
cas seulement Tavoué pourra réclamer les sumptus ; Efroi ne pourra 
jamais ni exiger que les hommes de Tabbaye travaillent à son 
château ni jouir du droit de gîte sans le consentement de l'abbé *. 
L'abbaye est donc au commencement du xi° siècle une seigneurie 
collective, soumise au ban, comme toutes les autres seigneuries. 
L'abbé exerce son droit de ban à l'égard de ses hommes liges 
comme tout autre suzerain, et cela dès l'époque de Francon, en 
vertu du serment de fidélité et de Thommage. On lui prête 
fidélité et hommage comme au seigneur laïc, à chaque décès '^. 
A défaut d autres textes, il est légitime de penser que le droit 
de justice souveraine exercé par l'abbé dans les domaines de 
l'abbave au x® siècle est une nouvelle extension de l'immunité 



1. Diplôme de Robert le Pieux, 1016, entre le 1" mars et le 24 octobre 
Pont-Sainte-Maxence. Ce texte a' été plusieurs fois publié. Martène, Amplis- 
sima Colleciioj t. I, col. 379, d*après Toriginal. — Hist. de France^ t. X, 
p. 598, d'après Martène. — Brussel, Usage des fiefs, t. II, p. 787, note 
a, d'après Martène. — Migne, Patrol. /a/., t. 141, col. 995. — Mabillon en a 
donné un fragment dans les Annales ord. S. Benedicli, t. IV, p. 249. 
Cf. Pfîsler, Études sur le règne de Boberi le Pieux, catal. p. lxxvi, n*» 53. 
La date est ainsi conçue : « Acta est haec constitutio in villa, vocabulo Pons 
Sanctae Maxentiae, régnante glorioso rege Botbcrto, anno vicesimo, indic- 
tione XIIII. » L'indiction est fausse ; il faut lire 1111. 

2. Mabillon, Annales ord. S. Benedicti, III, liv. xxxix, p. 277 : 

(c Franco tria placita quotannis fieri jussit, in quibus homines ligii ejus 

monasterii pertres dies in Natali Domini, Paschate clauso et Pentecoste clien- 

telam suam abbati exhibere deberentsub multa decem solidorum Habe- 

turinrotulo seu volumine Corbeiensi index omnium hominum ligiorum, ex 
quibus praecipui erant domni Incrensis, Bovensis, Picquiniacensis, Britu- 
licnsis et Helliacensis : quorum heredes, cum in feodum succedebant, 
domino abbati decem libras pro relevatione et pallium suum cambellano 
debebant ; fidelitatem faciebant domino abbati; et dominus abbas eos de 
feodo investiebat suo anulo aureo; debebant exercitum et equitatum ; et post 
mortem abbatis hominium et fidelitatem exhibebant novo abbati, qui eos 
anulo suo aureo de feodo investiebat. Similia officia praestabant alii ligii 
homines, qui numéro centum quinquaginta erant, praeter homines non 
ILgios, qui tantum fidem suam abbati obstringebant. » Mabillon ne nous dit 
pas de quelle époque était ce rouleau (rotulus) qui ne nous est présen- 
tement connu que par une copie prise sur Toriginal par Bonnefons. Voy. 
plus haut, V Introduction. 

Uèm. tt doe, dt VÉeoU des Chnrtet. <— V. 14 



210 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIB 

laïque : la juridiction de Fabbé, après avoir suppléé celle du 
comte tout en demeurant subordonnée à la juridiction du roi ^, 
finit par échapper au contrôle de la plus haute autorité laïque. 
Mais ce dernier empiétement sur les droits régaliens dût paraître 
plus audacieux aux abbés de Corbie que les autres et c'est à la 
faveur de Fimmunité ecclésiastique que le seigneur-abbé acca- 
para le droit éminent de justice. 

III. Extension de l'immunité ecclésiastique. — L'immunité 
ecclésiastique fut vers le même temps transformée en exemption 
totale, avec le consentement du pape. Jusqu'en 855, les modifi- 
cations apportées aux concessions de Berthefridus furent peu con- 
sidérables ; spécialement, l'élection de l'abbé continua de se faire 
selon les règles posées par Tévéque diocésain. Vers 673, Theo- 
defridus, premier abbé de Corbie, promu à l'évêché d'Amiens, 
désigna son successeur Chrodegarius ; il imitait en cela saint 
Columban. Le roi donna son autorisation ; seuls, les moines 
n'avaient pas été appelés à se prononcer. Quand Chrodegarius 
mourut, les moines se conformèrent aux prescriptions de Berthe- 
fridus et demandèrent au roi et à l'évêque la permission d*élire 
leur abbé. Erembertus fut choisi, et Thierry III confirma l'élec- 
tion. Ce mode d'élection dut être conservé jusque vers le milieu 
du IX* siècle. En 855^ tout change : Benoit III étend à tous les 
évêques qui avaient dans leurs diocèses des terres de l'abbaye 
l'immunité de Berthefridus, et il exempte l'abbaye du droit de 
gîte. En matière électorale il proclame la liberté absolue de l'élec- 
tion. Ce sont là des innovations dont il n'était pas même question 
en 847 quand les pères du concile de Paris s'occupèrent des 
droits de Tabbaye. En 863, Nicolas V^ confirma les privilèges 
étendus de Benoît III et y ajouta l'exonération des frais d'ordina- 
tion, de consécration des autels, la concession gratuite du saint 
chrême. Dès lors cette émancipation fut confirmée par Charles 

1. Fustel de Coulanges, Études sur Vimmunilé mérovingienne y p. 30 et 
suiv. Je crois que cet auteur a pleinement raison contre M. A. Prost, L^im- 
munitéf dans la Nouvelle Revue historique de Droite mars 1882, p. 37 et suit. 



CONCLUSIONS 2H 

le Simple et Christophe. Et qui sollicita ces deux confirmations 
royale et pontificale ? Celui-là même qui avait usurpé les droits 
de battre monnaie et de convoquer le ban: Tabbé Francon. 

Le monastère tendait à une autonomie absolue ; l'abbé devait 
au xu® siècle chausser les sandales, se coiflfer de la mitre, 
prendre la crosse. Le voilà donc sur le chemin qui conduit à 
rindépendance. Nicolas P' avait institué Tappel en cour de 
Rome pour protéger l'abbaye contre les prélats intéressés, sup- 
posant bien que les diocésains et métropolitains ne se laisse- 
raient pas dépouiller sans force protestations. 

Les prétentions des abbés de Corbie et les décisions pontifi- 
cales soulevèrent bien des colères sans doute. L'écho des riva- 
lités qui éclatèrent alors entre Tabbaye et les évéques diocé- 
sains, et en particulier avec celui de Noyon, nous est arrivé par 
l'intermédiaire des documents faux. L'abbaye voulut vieillir les 
concessions contestées et créer des précédents. Les diplômes de 
Louis le Pieux et Lothaire, de Louis (?), de Charles le Chauve, 
qui sont des précédents fictifs, sont des armes défensives ; la 
charte remaniée de Berthefridus est tout à la fois une arme 
défensive parce qu'elle regarde vers le passé, fortifie des conces- 
sions qui ont bien été octroyées, mais trop récemment pour ne 
pouvoir plus encore être contestées, et une arme offensive parce 
qu'elle prépare l'avenir : elle comporte le droit de juridiction 
absolue de l'abbé. Le seigneur haut justicier se dresse au seuil 
du XI* siècle *. 



4. M. Hardouin avait, le 9 juillet 1845, présenté à la Société des Anti- 
quaires de Picardie un travail intitulé Le premier comte abbé de Corbie ; il 
eft modifia le titre et lut son mémoire Francon, comte abbé de Corbie, le 
13 juillet suivant, en séance publique. Cf. Bulletin de la Société des Anti- 
quaires de Picardie, années 1844-1846, p. 207 et 220. M. Garnier a loué ce 
travail (voy. Mém, de la Soc. des Antiq. de Picardie, t. VIII, p. 381), ce 
qui n'est pas nécessairement une recommandation. Cette biographie de 
Francon n'a pas été publiée. Je ne connais aucun texte qui permette de 
dire que Francon fût comte de Corbie et en prît le titre. Francon avait 
cherché à en assurer les prérogatives et les droits à ses successeurs ; c'est 
tout ce que nous pouvons dire. 



212 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

En résumé, Thistoire de Tabbaye du vu^ au x" siècle, vue à 
travers les textes diplomatiques, conduit à cette conclusion : tout, 
Taccroissement des domaines de Corbie, le développement de 
Timmunité laïque^ Textension de l'immunité ecclésiastique, con- 
verge vers le même but, la constitution d'une seigneurie ecclé- 
siastique de Corbie au profit de Tabbé qui jouit des droits 
régaliens de monnaie, de ban et de justice ^ Uabbé-comte de 
Corbie est le fruit de cinq siècles d'histoire. 

1. M. Auguste Longnon n'avait vu, semble-t-il, qu'une partie de la vérité, 
quand il écrivait à propos des seigneuries ecclésiastiques : « L^origine de 
ces seigneuries, dont quelques-unes comprenaient une vaste étendue de 
pays, est ordinairement fort obscure ; mais il semble qu'à l'exception de 
ï'évêque de Beauvais, cette origine doit être cherchée dans les immunités 
accordées par les rois francs : c'est Ui d'ailleurs un fait qui ne paraît point 
douteux en ce qui concerne Tévèché de Langres et l'abbaye de Corbie. >» 
Atlas historique de France, texte, 3* livraison, p. 223. — M. Longnon a 
reproduit textuellement ce passage dans V Atlas de géographie historique de 
F. Schrader, publié par la maison Hachette en 1896, n« 21. — On voit qu'à 
côté de l'immunité accordée par les rois, il faut faire intervenir l'immunité 
accordée par Ï'évêque d'Amiens, conHrmée et étendue par les papes. C'est 
une faute du même genre qu'a commise M. Esmein. L'amélioration de la 
situation des monastères et l'accroissement de leurs privilèges à l'époque 
franque sont surtout considérés par cet érudit comme le fruit de l'alliance 
politique contractée entre Clovis et le clergé (Cours élémentaire d'histoire 
du droit français, 2« édit., p. 162 et suiv.). Ce n'est pas tout à fait exact. Si 
la conduite des rois francs à l'égard du clergé régulier est dictée par 
l'alliance du clergé et de la monarchie franque, celle des évêques et des 
simples particuliers, qui n'a pas moins contribué à l'amélioration de la situa- 
tion et à l'accroissement des privilèges, échappe à l'influence de ce pacte 
fondamental conclu entre Clovis et TEglise. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 



N« 1. 

DIPLÔME DE FONDATION DE L*ABBAYE DE CORBIE 

[657, 10 octobre-16 novembre. — 664, 23 décembre], s. 1. 

Le roi Clotaire III donne au monastère des SS, Pierre^ Paul et 
Etienne, fondé par lui et par sa mère Baltkilde, a Corbie, les 
domaines de Corbie, Fouilloy, Genlelles, Chipilly, Forceville, Aubi- 
gny, Monchy-aux-Bois, Wailly, Beaurains, Talmas, une pagena de 
la forêt de la Vicogne et une partie de bois sise à Thésy, Il lui confère 
Vimmunité, 

A, Original perdu. 

A\ Copie figurée (?) du x® siècle, perdue. — B, Copie de la fin du 
X* siècle, carlulaire i, BibL impériale de Berlin, Phillipps, n® 79, 
fol. 121* (29), d'après i4\ — C*. Copie du xii'- siècle, carlulaire vu, 
Bibl. Nat., ms. iat. 17763, fol. 70 v*», d'après A\ — C^. Copie de la 
même main que la précédente, faite entre 1184 et 1 187, cartulaire viii, 
BibL Nal,, ms. Iat. 17758, fol. F, d'après .4'. 

Z)*. Copie de la fin du xii*" siècle, cartulaire ix, BibL NaL, ms. Iat. 
17764, fol. 18, d'après C*. — D*. Copie du xiii® siècle, cartulaire xi, 
BibL NaL, Iat. 17759, fol. 116 [Cartulaire Blanc), d'après C*. — 
D^, Copie du xiii® siècle, après 1295, cartulaire xii, BibL Nat,, ms. Iat. 
17758, fol. 33 (Cartulaire Noir), d'après C* . — E, Copie de Caulaincourt, 
XVI* siècle, BibL NaL, ms. Iat. 10111, p. 347, d'après C^. — F*. Copie 
du xvi* siècle, cartulaire xvi, BibL NaL, ms. lai. 17760, fol. 1 et 3 (Car- 
tulaire Esdras), d'après /)'. — F*. Copie de Bonnefons, xvii^ siècle, 
BibL NaL, Iat. 17142, fol. 123 et 124, d'après 2>^ — G*. Copie du 
xvii« siècle, BibL NaL, ms. Iat. 17142, fol. 122 v^et 123 v°, d'après a. 
— G*. Copie du xviii® siècle, BibL NaL, dom Grenier, t. 53, fol. 1, 



214 BXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

d'après a. — H. Copie d'André Ducfaesne, xvii* siècle, BibL Nat,^ 
Armoires Baluze, t. 42, fol. 212, d'après une copie de Sirmond prise 
sur D^, 

a. Sirmond, Concilia anliqua Galliae^ I, p. 500, d'après J?. — b, 
Lecointe, Annales ecclesiasiici Francorum^ III, p. 448, d'après a, — 
c. Hardouin, Concilia, III, col. 1009, d'après a. — d. Labbe, Concilia, 
VI, col. 525, d'après a. — e. Gallia Christiana^ X, instrumenta, 
col. 281, n® 1, d'après a. — f. Bouquet, Recueil des historiens de 
la France f IV, p. 642, d'après a. — g. Pardessus, Diplomaia, Char- 
iae,..y II, p. 114, n<> 336, d'après a. — A. K. Pertz, Diplomaia, I, 
p. 36, n^ 38, d'après les mss. 

Indiq. : Bréquigny, Table chronologique des diplômes, t. I, p. 63, 
sous l'année 662. — De Foy, Notice des diplômes, p. 76, sous Tannée 
660 et à la date du 23 décembre. — Pierre Georgisch, Begesta chro- 
nologicO'diplomaiica, col. 13, sous Tannée 662, n^ 2. 

Établissement du texte d'après B, C (C* et C). 

Hlotharius *, rex Francorum, vir[is] inlustribus *. Ad mercedem 
nostram in Dei nominc credimus pertinere quicquid pro animç sainte 
locis sanctorum conferimus, ut ibidem perhenniter proficiat, ut 
gloriam Deo auxiliante habere ^ mereamur. Igitur dum nos et precelsa 
genitrix nostra, domna Baldehildis ^ ^ regina, monasterio v[iro]rum *^ 
in honore sancti Pelri et [sancti] Pauli, princip[um] ^ apostolorum 
et sancti Stephani protomartiris f super iluvium Somna', in loco qui 
dicitur Corbeia ^ quem (luntlandus ^ quondam posséderai et 9 ad 
fiscum nostrum pervenerat, ubi preest venerabilis vir Theodefridus ^ 

a. B omet le moi viris; virum inlustrem, C La lecture viris inlustribus 
s* impose, — b, haudire, C. — c. Balthccildis, C, — d, vestnim, fî, C. La 
variante vostro est une correction mauvaise de K. Pertz, Voy, plus haui^ 
p, 37 et 38. — e. princcps corr, en principis, B; principes, C — f, protho- 
martyris, C. — g. Omis dans C, 

1. Clotaire III. 

2. Balthilde, veuve de Clovis II, régente pendant la minorité de son fils. 

3. La Somme, riv. de Picardie. 

4. Corbie, ch.-l. de canton, arrond. d^Amiens, Somme. 

5. Peut-être le maire du palais de Ncustrie, mort en 641. 

6. Theodefridus ou Theudofredus ou Teudefredus, moine de Luxeuil, pre- 
mier abbé de Corbie, évoque d'un siège indéterminé (1res probablement 
Amiens), après 673. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 215 

abba, per aetecnum luminis edificare precepimus * ut monachi sub 
sancta régula * ibidem debeant conversare, scilicet^ cognoscat strenui- 
tas vestra, quod nos ipsa villa Corbeia ad ipsum monasierium cum 
adjaceniias suas in ^ integrum, seu et alias villas nuncupantis 
Folieto ** *, Gentilla *, Cipiliaco '*, Forciaca villa ^ ^ vel reliquas adja- 
centias earum ad integrum, Albiniaco f * cum adjacentias vel appen- 
diciis suis, quantum ibidem fiscus noster tenuit ad integrum in pago 
Ambianense "^ seu et Monciacofl^*, Walliaco '» •, Bellirino ^® cum 
adjacencias earum in pago Atravetense ' *S cum adjacentias earum 
immoque et villa quç vocatur Templum Martis*^ sitam in pago Ambia- 
nense ad integrum cum pagena J de silva de foreste nostra Widego- 
nia ^ *^f hoc est per loca denominata : a fine Castainse ** usque in 



a. Les éditeurs ont ici interprété : pro aeterni numinis intuiti aedifi- 
care praccepimus, a; — pro aeterno numinis intuitu, h. On ne trouve rien 
de tel dans les manuscrils. La lecture de h tendrait à montrer que 3/. K, 
Pertz s^esl contenté de suivre Védition de Sirmond au lieu de recourir aux 
manuscrits, — b, sed, B. — c. Omis dans C. — d. Foliacum, C — e. On lit 
Fornciaca sur un grattage dans B. L' n est exponctué. Tous les autres textes 
donnent Fronciaca villa, saufD^ qui offre Fronciacam villam. — Fortilca, a, 
doit être une mauvaise lecture de Forciaca. — Les mss. portent devant ce 
mot in — f, Albiniacum, C, — g, Monciacum, C*. — h. Walliacum, C^. 
— i, Atravioense, C. — j\ pagina, C. — k. Vindigonia, C. 

1. La règle de saint Benoît et de saint Columban apportée de Luxeuil. 

2. Fouilloy, canton de Corbie, arrond. d'Amiens, Somme. 

3. Gentelles, canton de Sains, arrond. d'Amiens, Somme. 

4. Chipilly, canton de Bray-sur-Somme, arrond. de Péronne, Somme. 

5. Forceville. 11 y a deux villages de ce nom : Tun, dans le canton 
d^Acheux, arrond. de DouUens; l'autre, dans le canton d'Oisemont, arrond. 
d'Amiens. Il s'agit ici du premier. 

6. Aubigny, canton de Corbie, arrond. d'Amiens, Somme. 

7. Pagus d'Amiens. 

8. Monchy-aux-Bois, canton de Beaumetz-les-Loges, arrond. d'Arras, 
Pas-de-Calais. 

9. Wailly, canton et arrond. d'Arras, Pas-de-Calais. Il ne faut pas con- 
fondre ce Wailly avec le Wailly du diocèse de Soissons qui ne sera donné 
à l'abbaye qu'en 843-844 par Charles le Chauve. 

10. Beaurains, canton et arrond. d'Arras, Pas-de-Calais, 
il. Pagus d'Arras. 

12. Talmas, canton de Domart, arrond. de Doullens, Somme. 

13. La Vicogne, canton de Domart, arrond. de Doullens, Somme. 

14. M. A. Longnon a rejeté l'identification proposée par K. Pertz, Caste- 
noi. Voy. Revue Critique^ 1872, 2^emestre, p. 96. 



216 EXAMEN DES CHARTES DE COBBIE 

Dominico Laico * * per Ficca Siderude ^ *, per Cervorum Marcasio *, 
per Bagusia '*, per via publica usque Fraudehario <^ Exsarto '; 
similiter et porlionem in loco qui vocatur Taceaco «* * quem Frodi- 
nus ' de Hursino * dato prelio comparavit et ad fisco nostro « ipse 
Frodinus in compensationem pro alia re f dédit, in ipso pago Ambia- 
nense, aff die praesenti sub intégra emmunitate absque introitum 
judicum visi fuimus ^ concessisse '. Proinde per hanc praeceptum 
specialius decernemus J [ordenandum quod in perpetuum volemus] * 
esse mansurum, ut tam ipso loco Corbeia, quam et suprascriptas villas 
una cum terris, domibus, mancipiis, çdiiiciis, vineis ' , silvis, pratis, 
pascuis, farinariis "^ , adjunctis " appendicias vel quod ibidem videtur 
aspicere, pars ipsius monasterii vel omnis congregatio in sua domina- 
tione percipiat sub intégra emmunitate absque introitum judecum 
ad '^ possedendum P, aut omnis congregatio de ipso monasterio valeat 
possedire 7 vel dominare. Et nullus quilibet de judicebus ^ nec ad ' 
ipso monasterio, nec ad homines suos, nec in curtes suas, quicquid a 
die présente ibidem contulemus ^, et quod a nobis aut a succedente- 
bus " domnis régis vel a Deo timentis hominebus ^ inibi ^ fuerit ' 
collatum V nec ad causas audiendum nec frida ^ exigendum, nec man- 
siones faciendum, nec paratas requirendum, nec nullas redebutiones ' 

a. Dominicum Laïcuni, C — b. Sicca, B. — c. Fridugebario, C. — 
d. dicitur Taceacum, C — c. fiscum nostrum, C — /". rem, B. — g. ad, 
B, — h, sumus, C. — i. conscnsissc, C — j. decernimus, C. — A*. V oy. 
plus haut, p. 37, — /. vineas, B. — m. furnariis, C. — n. ajunctis, B, — 
o. omis dans C^. — p. possidendum, C, — q. possidere, C*. — r. judi- 
cibus C. — s. ab, C'^. — l. contulimus, C. — u. succedentibus, (-'. — 
r. hominibus, C. — w. d'ici jusqu'au mot inibi qui est plus loin, le copiste 
fait un bourdon occasionné par inibi. — x. fuerat, B, — y. conlatum, 
C — z. frita, fi, C*. — a. redibutiones, C*. 

4. M. A. Longnon (//>/(/., p. ilO) rejette comme impossible Tidentifica- 
tion Doullens proposée par J. Garnier, Dictionnaire topographique de la 
Somme. Comme nous, il ignore ce qu'est Dorlens proposé par M. K. Pertz. 

2. FieflTes, canton de Dumart, arrond. de Doullens, Somme. 

3. Le nom moderne n'est pas connu. Cf. Longnon, Ibid,, p. 97. 

4. Perlz propose Baretangle qui est impossible. Cf. Longnon, Ibid,, 

p. 92. 

5. Hérissart, canton de Domart, arrond. de Doullens, Somme. L'abbaye 
possédait là un fief que l'on appelait le Sart. 

6. Thésy-Glimont, canton de Sains, arrond. d'Amiens, Somme. 

7. Peut-être Chrodinus ou Chlodinus, référendaire de Clolaire III. 

8. Peut-être Ursinus, référendaire de Clotaire II. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 217 

requirenclum, in villas superius nominatas, quicquid tempore pré- 
sente « veditur * possedire ^ aut adhuc, ut dixemus «*, a nobis vel a 
suecedentebus ^ régis vel a Deo timentis hominebus f inibi si adde- 
tum ^ vel delegatum fuerit, ipsa judieiafia potestas non présumât 
ingredere, nisi sub intégra immunitate pars ipsius monasterii ^ vel 
omnis congreg^tio ibidem consistenlis absque introitum judecum J , 
ut dixemus '^*, sub intégra emunitate ' possidere valeat "^ vel domi- 
nare. Et ut hec preceptio cessio nostra perhennis " temporibus firmiorem 
optineat vigorem, nos et prçeelsa genetrix ° nostra, domna Baldechil- 
disPregina, signaculis manus nostri 7 eam subter decrevimus aflir- 
mare ^ *, 



a. présent!, C*. — b, vidctur C*. — c. possidere, C*. — d. diximus, C*. 
— €. succedentibus, C. — f, bominibus, C*. — g. ibidem, C*. — h, addi- 
tum, C*. — i. monastcric, B, — j. judicum, C, — k. diximus, C*. — 
/. immanitate, C*. — m. valeat possidere, C^. — n, hec preceptio cessio 
nostra ut perhennis, C^. — o. genilrix, C. — p. Balthecildis, C. — q. nos- 
Ire, C*. — r. adGrmare, C^. 



1. Là s'arrêtent les manuscrits B etC*; là s'arrêtaient toutes les éditions 
antérieures à celles de K. Pertz. On trouve dans C^ une addition posté- 
rieure à la rédaction, qui a été reproduite plus ou moins complètement 
dans les autres manuscrits et qui a été imprimée pour la première fois par 
K. Pertz. Nous la publions ci-dessous : 

« Anno gracie Verbi Oominici sexcentesimo sexagesimo secundo. Reolus 
Remensis archiepiscopus vigesimo sexto subscripsi. — Berthefridus 
Ambianensis episcopus nono subscripsi. — Niphonus episcopus subscripsi. 

— Audoenus archiepiscopus Rothomagensis subscripsi. — Genesius Lug- 
dunensis archiepiscopus subscripsi. — Caoaldus episcopus subscripsi. — 
Gautiobertus episcopus subscripsi. — Boso episcopus subscripsi. — Ragno- 
bertus episcopus subscripsi. — Audobertus episcopus Cameracensis sub- 
scripsi. — Dado episcopus subscripsi. — Emmo episcopus subscrip'si. — 
Leodebaldus episcopus subscripsi. — Crodoberlus Parisiensis episcopus 
subscripsi. — Paternus Egloensis episcopus subscripsi. — Drauscio Sues- 
sionensis episcopus subscripsi. — Pharo Meldensis episcopus subscripsi. 

— Audomarus Teruanensis episcopus subscripsi. — RuITo episcopus sub- 
scripsi. — Etoaldus episcopus subscripsi. — Eligius Xoviomensis episco- 
pus subscripsi. 

Facta est autem carta sub die octavo idus septembris, anno vii^ régnante 

Chlothachario rege, Captonnaco in palatio publico. 

Syggo diaconus cartam praelibatam scripsit (locus monogr.). » 

Cette date et ces souscriptions ajoutées au xii* siècle dans le cartulaire 

C n'ont jamais appartenu au diplôme de Clotairc III; une note placée 



218 EXAMEN DES CHARTES DE OORBIE 



NO 8. 

DIPLÔME DE CLOTAIRB III 

661, 23 décembre, Eterpigny. 

Le roi Clotaire III affranchit de tout tonlieu le monastère que sa 
mère Balthilde a fondé k Corbie. 

A. Original, perdu. 

H, Copie de la fin du x* siècle, cariulaire i, Bibl. impériale de 
Berlin, Phillipps, n« 79, fol. 123 (31), d'après .4. 

C*. Copie de Caulaincourt, xvi^ siècle, Bibl. Nal,, ms. lat. 10111, 
p. 349, d'après B. — C. Copie d'André Duchesne, xvii' siècle, Bibl, 
Nat., Armoires Baluze, i. 42, fol. 213. d'après des noies de Sirmond 
prises sur B, — D*, Copie de Bonnefons, xvii* siècle, Bibl. Aa(., ms. 
lat. 17142, fol. 122, d'après a. — Z>>. Copie du xviii» siècle, Bibl. 
Nat.y dom Grenier, t. 53, fol. 4, d'après a. — E. Copie de Lévrier, 
xviii® siècle. Bibl. Aa(., Vexin, i. 46, fol. 59, d'après une copie de a. 

a. Sirmond, Concilia aniiqua Galliae, I, p. 501, d'après B. — 

b. Lecointe, Annales ecclesiastici Francorum, III, p. 494, d'après a. — 

c. Gallia Christiana, X, instrumenta, col. 281, d'après a. — d. Labbe, 
Concilia, VI, col. 526, d'après a. — e. Hardouin, Concilia, III, col. 
1010, d'après a. — f. Bouquet, Recueil des historiens de la France^ 
IV, p. 643, d'après a. — g. Pardessus, Diplomata, Chartae...^ II, 
p. 115, d'après a. — A. K. Pertz, Diplomata, I, p. 35, n® 38, 
d'après B. 

Indiq. : Bréquigny, Table chronologique des diplômes, t. I, p. 62, 
sous l'année 661. — De Foy, Notice des diplômes, p. 77, sous l'an- 
née 661. 



dans le ms. Z)* (fol. 17 bis) aurait dû mettre K. Pertz en gaixic contre elles, 
si ses connaissances de la diplomatique mérovingienne étaient insuflisantes. 
Le ms. Z>* porte simplement : « Facta autem est hec caria sub die viii<* 
idus septembris, anno gracie Verbi dominici sexcentesimo sexagesimo 
secundo, régnante Lothario rege, Captannaco in palatio publico. — Siggo 
diaconus cartam prelibatam scripsit. » 

Le ms. E* ne donne que la date de rincarnatïon : 

« Anno gratic Verbi Dominici sexcentesimo sexagesimo secundo. » 

Sur cette date et ces souscriptions, voy. plus haut, p. 27-29 et p. 161. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 219 

Htablissement du texte d'après B, 

Chlotharius, rex Francoruin, vir[is] inlus[iribus]', omnibus agenti- 
bus tam prcsentibus quam futuris. Cognoscat magniludo seu industria 
veslra, pro mercedes ^ nostre augmentum et divino intuitUf talem, 
acloribus seu discursoribus monasterii virorum Corbeia, quem domna 
et genetrix nostra Baldehildis regina suo opère construxit, prestitisse 
benelîcium, ut quociens/^umque monachi missi vel discursores ipsius 
monasterii partibus provintiae vel per reliqua loca ad cappas compa- 
randas aut reliqua oportunilate ipsius monasterii exercendum, seu 
cellario fuerint egressi mercandum, in quibuslibet locis vel territuriis, 
seu porturia, ubicunique consucludo, telloneo, pontateco, rodatico, 
ceterasque redebuliones fiscus noster discursoribus seu iter agentibus 
exigere consuevit, habeant hoc monachi de .jam dicto monasterio 
Corbeia consistentes, tam praesentes quam futurum inibi advenientes, 
in omnibus indultum simulque concessum ; ea scilicet ratione, ut neque 
vos neque juniorcs aut successores vestri, nullo umquam tempore de 
ea, quod superius continetur, ad monachos aut missos vel discursores 
ipsius monasterii exigere nec rcquirere nuiJis locis nullisque ordinibus 
infra termino regni nostri exigere non presumatis ^ ; sed, ut super habe- 
tur insertum, habeant ipso beneBcio jam dicti monachi sanctç congre- 
gationis Corbeia monasterio et actores eorum ex nostra largitate muni- 
iiccntia concessum simulque indultum, quo potius delectat ipsa 
sancta congregatione pro ipso benctîcio pro stabilitatem regni nostri 
Domini misericordiam cxorare. Et ut hec preceptio lîrmior habeatur 
et per tempora conservetur, nos et precelsa genetrix nostra, domna 



a. vif inluster, B. Correction de J, Havet. — b, corr. mercedis, a. — 
c. On trouve dans les éditions : ea scilicet ratione, ut neque nos neque 

juniores aut successores nostri non presumatis. Cette faute servit à 

légitimer une opinion de 3/. Bou tarie que combattit Fustel de Cou langes. 
Ce dernier proposait de /restituer vos et vestri. Nos et nostri n étaient pas, 
comme il le supposait, une faute du copiste, mais une faute du premier 
éditeur, Sirniond, trop fidèlement suivi. Cf. F. de Coulanges, « Étude 
sur r immunité mérovingienne », p. 27, note 3. On trouve une faute du 
même genre dans un diplôme original d'immunité de Childebert III pour 
Saint- Maur-deS'Fossés : Idioque per présente preceptione decernemus 
urdcnandum [quod in perpetuumj volomus esse mansurum, ut neque nus, 

neque junioris seu subcessoris vestri, nec quislibit (Original, Arch^ 

Nat., K. 3, n» 123. — Tardif, Mon. hist., p. 34, n» 41. — K. Pertz, 
Diplomata, I, p. 64, n^ 72.) // faut nécessairement lire vos au lieu de nus. 



220 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

Baldechildis regina, ma [nus] ' nostri ^ signiculis subter eam decrevi- 
mus adfirmare. 

Vidrehadus * jussus [opiolil] **. 




Signum glorioso domino Chlothario rege. 





Signum precelse Baldechilde regine. 

Data sub die xxiii mensis Decembris, anno v regni nostri, StiT>»- 
niaco *. In Dei nomine fe[liciter] ^. 

N^ 3. 

DONATION DR CLOTAIRE III 

[657-673]. (Perdue.) 

Le roi Clolaire III donne au monastère de Corbie des revenus à 
prélever sur le tonlieu de Fos. 

Ce document est mentionné dans le diplôme de Chilpéric II 
(29 avril 710, Compiègne). Voir ce document plus loin. 

N^ 4. 

CHARTE DE L*KVKQl'E d' AMIENS, BERTHEFRIDrS 

664, 6 septembre, Captonnaco. 

Lévêque d Amiens^ Berlhefridus, à la requête du roi Clotaire III 
et de la reine mère Bal tilde ^ accorde à l'abbaye de Corbie le privi- 
lège de V exemption, 

a. maxima, B. (correction de J. llavet. — A. nostris, B, Correction de 
J, Havet, — c. restitué par K, Pertz. — d, feci, B. Besiitué par Sirmond, 

1. Vidrehadus ou Vidrachadus, référendaire cité dans un diplôme de 
Clotaire III, sans date. Pardessus, Diplomata, C/iar/ap..., t. II, p. t08, 
n° 332. Cf. H. Bresslau, Handbuch der Urkundenlehre fur Deutschland 
und Italien, t. I, p. 270. — K. F. Stumpf, dans Historiache Zeitschrift, 
1872, p. 365. 

2. Eterpigny, canton et arrondissement de Péronne, Somme. Voy. plus 
haut, p. 53-54. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 221 

^4. Original, perdu. 

A\ Copie figurée (?) du x* siècle, perdue. — B. Copie de la fin du 
X* siècle, carlulaire i, Bibl. impériale de Berlin y Phillipps, n° 79, fol. 
93 (1), d'après A\ — C. Copie du xi* siècle, cartulaire ii, Bibl. Nat.^ 
ms. lat. 17764, fol. 2 v®, d'après A\ — D, Copie de 1295, cartulaire xii, 
Bibl. Nai., ras. lat. 17758, fol. 28 [Carlulaire Noir), d'après A\ 

E*. Copie du xii® siècle, cartulaire lu, Bibl. Aa^, ms. lat. 17762, 
fol. 1 V® (fragment), d'après B. — E^ Copie du xii« siècle, cartulaire iv, 
Bibl. NaL, ms. lat. 17762, fol. 34 v° (fragment), d'après B. — ^:». Copie 
de Caulaincourt, xvi* siècle, Bibl. Nal., ms. lat. 10111, p. 350, d'après 
B. — F^. Copie du xii® siècle, cartulaire vu, Bibl. NaL, ras. lat. 17763, 
fol. 1, d'après 5 et C. — F*. Copie faite entre 1184 et 1187, cartulaire 
VIII, Bibl. Nal., ms. lat. 17758, fol. G v«, d'après/^ et C. — G. Copie 
d'André Duchesne, xvn® siècle, Bibl. Nal., Armoires Baluze, t. 42, 
fol. 223, d'après les notes de Sirmond prise sur B. — H. Copie de 
Bonnefons, xvii*^ siècle, Bibl. Aa/., ms. lat. 17142, fol. 124 v*, d'après 
D. — /. Copie du xviii* siècle, Bibl. Nat., dom Grenier, t. 53, 
fol. 5, d'après D. 

a. Sirmond, Concilia an tiqua Galliae, I, p. 502, d'après i5. — b. 
Labbe^ Concilia, VI, p. 527, d'après a. — c. Le Mire, Opéra diplo- 
malica, I, p. 639, d'après a. — d. Lecointe, Annales ecclesiastici 
Francorum, III, p. 537, d'après a, et V, p. 285, d'après d. — 
e. Preuves des libertés de l'église gallicane, partie IV, p. 199, d'après 
a. — f. Hardouin, Concilia, III, col. 1010. — g. La Morlière, 
Antiquités de la ville d'Amiens, des prévôtés, p. 437 et 438. — 
h. Pardessus, Diplomata, Chartae..., II, p. 126, d'après d, avec 
quelques variantes communiquées par dom Labbat à Bréquigny. 

Indiq. : Bréquigny, Table chronologique des diplômes, t. I, p. 61, 
sous Tannée 664. — P. Georgisch, Begesta chronologico-diplomatica..., 
t. I, col. 13, sous Tannée 664. 

Ktablissement du texte d'après b, c, d. 

In nomine sanctç et individuç Trinitatis ^. Dominis sanctis et summi 
culminis apice pontificalis cathedrae spécula pracsidentibus in Christo 
fratribus, Nivoni ^ *, Genesio ^, Ethoaldo ^, Emmoni ^ ^, Audoni ^ ^, 

â. Cette invocation n'est donnée que par C. — b. Nifone, B. — c. Emme, 
B. — d. Audone, B. 

1. Ëvêquc de Reims. 

2. Evêque de Lyon. 

3. Évêque de Genève. 

4. Évêque de Sens. 

5. Évêque d'Orléans. 



222 EXAMEN DES CHAKTES DE CORBIE 

Audomaro « *, Audoino *, Audeberto ', Burjçundofaroni '^ *, ilem 
Audeberto *, Drauscioni <" •, Berlhefridus ' munere supemî largiloris 
Ambianensis ecclesiae episcopus [praesumit mittere salutem] ''. 
Licet nos antique rcgulae constitula salubri observatione custodire 
conveniat, lamen utili provisione tractantes constituimus, ut quod 
sacris deliberationibus non derogat, intrepida observatione conserve- 
tur. Et quia gloriosissimus domnus Illotharius ^ " rex necnon et 
precelsa domna Balthildis * regina, divino inluminati /* auxilîo, 
nionasterium suo opère, Christo presule, in loco nuncupante Corbeia 
construxerunt ^, religiosam petitionem ^ nostris auribus ' patefecerunt 
quac viscerali pietatis afTectu ita cor intrinsecus voluntatis eorum 
mollivit, ut petita nofi concedere aut certe libentissime non implesse J , 
noster duntaxat aninius inreligiosum fore putaret. Sancto igitur 
amore succensi nostrae vilitatis extremitatem ^ petierunt, ut et nos et 
vestra fraternitas consentientes, pro reverentia sanctorum Pétri et 
Pauli apostolorum principes et sancti Stephani protomartyris ' , qui 
ob gloriosum "* ac triumphale votum pro amore Christi coronam mar- 
tyrii " consccuti sunt, ad praedictum monasteriuni in eorum honore 
constructum privilegium concedere deberemus, licet sancta *> Gartha- 
ginensisP synodus 7*® a bone memoriae Bonifacio '' *' cjusque coepis- 
copis facta*, vel ipsius sacerdotis epistolac ad Liberium ' •* porrecte 

a. Audemaro, B. — />. Bui*gunde Farone, B. — c. Drauscione, B, — d. Bes- 
titué d après la charte d'Emmon^ en faveur de Saint^Pierre-le-Vif. — 
c. Lotharius, C. — /*. illuminati, C, D. — </. Cor[beia construxerunt: ont 
été grattés dans B. — /i. religiosa pelilione, B. — i. nostri^s auribus] 
ont été grattés dans B, — j\ iiiplessc, B. — k. exlrcmitate, B. — /. pro- 
thomartiris, C. — m. gloriosam, B. — n. martirli, C — o. sancti, B. — 
p. Cartaginensis, C — q. sinod., B. — r. Boiiefacio, C. — s. factus, B. — 
t, Corr» Liberatum. 

i . Évêque de Térouanne. 

2. Évêque de Rouen. 

3. Évêque de Cambrai. 

4. Évêque de Meaux. 

5. Évêque de Senlis. 

6. Evêque de Soissons. 

7. Évêque d'Amiens, 664-673. Pour celte dernière date, voir plus haut, 
p. 66. 

8. Clolaire III. 

9. Balthildc, veuve de Clovis II, more de Ciotaire III. 

10. 16« (17", selon Pagi) concile de Carthage, tenu le 5 février 525. 

11. Évêque de Carthage. 

12. Libéra tus, diacre de Carthage. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 223 

non prohibeanl monachos sub privilegio proprio * residere ; vel sancti 
Auguslini praeclari doctoris lihri De gradibus ecclesiaslicis ^ doceant 
monachos sub quiète regulariter viventes, absque inquietudine cleri- 
corum vel episcoporum residere. Quod nos considérantes, dum et 
canonica institutio de hac re nos non praejudicat vel ideo supradictus 
domnus et ^ praedicta domna dum se patrocinio ^ tam et in praesentt 
vita quam et in futurum, praefatorum sanctorum plenissima devotione 
tradiderunt, uteis ubiqueapud clementissimum et omnipotentem Domi- 
num eorum intercessio prebere digneturadminiculum <* vel pro reveren- 
iia tantorum martyrum ^, seu prout monachi ibidem degentes sub régula 
sanctorum patrum * quieti conversari f possint, hoc privilegium plena 
voluntate una cum consensu fratrum meorum concessisse vel induisisse 
visus sum, per quod decerno atque ob tcstificationem divini nominis 
interdico, ut nec ego nec ullus episcoporum successorum meorum hoc 
inrumpere 9 présumât. Nec nos hoc '^ propriae deliberationis institutum 
postcritas aestimet decrevisse, cum etiam antiquiora vel in novo 
iempore monasteria propria privilégia sint consecuta, ex quibus vel 
pauca dum longum est omnia evolvere nominemus Agaunensium ^, 
quod velut istud regio est munere ditatum, et Lirinensium * vel 
basilica domni Marcelli ', immoque et monasterium ^ Luxoviense ^, 
hoc videntur habere concessum et omnem libertatem sunt consecuti J\ 
et ita a succedentibus custoditur ut quicquid ibidem ofTertur, ipsi 
abbates vel monachi ibidem deservientes ^^ absque contrarietate vel 
repetitione episcoporum ' , libère cum Dei adjutorio hoc possideant. 
Ergo omnes unius conspiratione consensus'" antedictis principibus 
postulatione '■ socia ^ libentissime annuentes, sic ab omnibus decretum 
est P ut quaecumque 7 predicti monasterii vel monachis sub liber- 

a. OmU dans B. — b. vel, B, — c. patrocinium, B, — d, amminiculum, C. 

— c. martirum, D. — f, conservare, B, — g, irrupere, D, — h. Et nec 
nos ad hoc, B, — L monasterius Luxoviensis, B, — j, consequti, C. — 
k, servientes, B. — /. Omis dans C. — m. consensum, B ; consensim, C. 

— n. postulationem, B, — o. sotia, C — p. decrevimus, D, — q, quicquid, 
fî, C. 



\. Le De giatibus ecclesiasticis est inconnu. Peut-être s*agit-il du De 
vita et moribus clericorum, Voy. plus haut, p. 150. 

2. La règle de saint Benoît et de saint Columban. 

3. Saint-Maurice en Valais. 

4. Saint-Honorat de Lérins. 

5. Saint-Marcel de Chalon-sur-Saône. 

6. Saint-Pierre de Luxeuil. 



221 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

tate evangelica regio munèref seu a quibuslibet christianLs, in agris, 
mancipiis, vineis, silvis, auro a, argenlo vel ^ veslibus vcl quibusli- 
bet speciebus ad predictum monasterium pertinentibus conlatura ^ sunt, 
sepediclum monasterium ^ vel monachi ibidem degentes vitç nos- 
trae temporibus seu successoruni nostrorum libère' optineant, 
nec f ego/", nec uUus sibi ponlifex, aut aliquis ex ordine clerico- 
rum ff Ambianensis ecclesiae, suis usibus usurpare aut minorare, aut 
ad civilatem aliquas species déferre praesumat, sed sub omni libertate 
vel emunitate saepedictum monasterium ^ vel monacbi ibidem consi- 
stentes possideant. Altaria ad saepedictum monasterium vel tabulae si 
defuerint^ episcopus Ambianensis ccclesiae in Dei nomine benedicat 
et chrisma sanctum conticiat sine ' precio ' et * annis singulis pro 
reverentia sanctorum sine ullo premio muneris causa concédât. Et 
quod ad ipsum monasterium in Dei nomine fuerit oblatum, vel a quo- 
cumque Deo inspirante transmissum, nihil sibi exinde pontifex aut 
ejus archidiaconus aut quislibet ordinaior ccclesiae audeat vindi- 
care, nec ad praefatum monasterium accedere, nec in agris ipsius 
convivia ego vel pontifices successores nostri, vel archidiaconus i\ aut 
quislibet ordinator ccclesiae Ambianensis praeparare présumât, nisi ab 
abbate saepedicti monasterii spontanea voluntate fuerit rogatus. Et 
cum abbas fuerit de saeculo isto evocatus, quem unanimiter ^ congre- 
gatio ipsius monasterii ex semetipsis bonum et dignum elegerint, 
data auctoritate a praefato principe vel ejus successoribus, a nobis vel 
successoribus nostris^ absque ullo commodo secundum sanctos canones 
ordinetur '. Similiter et"* reliquos"* gradus clericorum minores ac 
majores quos abbas jamdicti monasterii elegerit, sive intra aut extra 
monasterium ", sine aliqua premii acceptione, juxta quod lectio docet, 
constituimus consccrare. Ncque ulla alia potestate in ipso monasterio 
utatur ^, ut diximus, neque in ministerio seu in rébus aut ornamento P 
ipsius, neque in personis, dum tanti gloriosissimi principis 7 petitio 
intercessit, vel quia ipsi monasterium ipsum construxerunt vel ditave- 
runt, vel pro reverenlia sanctorum apostolorum et martyrum '*, seu pro 

a. aurum, B, — b. argentumve, B. — c. a quibuslibet collatis, C — 
Après ce mot, D donne : aut deinccps confcrenda sunt. — </. sacpedictus 
monasterius, B, A partir de ces mots, D a omis le membre de phrase jusqu'à 
vitç nostrae. — e. Omis dans B. — /*. Omis dans C. — g. B. fait suivre ce 
mot de ordinatores. — h, saepedictus monasterius, B. — i. Omis dans B. — 
j\ B abrège archidiacon {qu'on doit lire archidiaconum). — k. uniani- 
miter, B. — /. Toute cette phrase est omise dans C — m. Si quos autcra, 
C. — n. Cette incise est omise par B. — o. Omis dans B, — p. neque in 
rehus seu ministerium aut ornamentum, B. — q. tantorum gloriosissimo- 
rum principum, D, — r. martirum, C. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 223 

eo ut quieti ' sub régula sancta ipsi monachi vivere debeanl ad ipsum 
monasterium deservientes. Nec episcopus nec archidiaconusautquaeli- 
bel ^alia persona ordinator ecclesiae Ambianensis, aul quodcumque ^ 
de eodem monasterio sicul dereliquis parroec^iiis ^, usurpare aut com- 
mutare, aut aliquibus rébus ^ auferre, vel species quae ad ipsum monas- 
terium sunt conlate t déferre ad civitatem audeat, ut de perfecla quiète 
valeant ipsi monachi, qui ad praefatum monasterium deserviunt, duce 
Domino, per tempora exultare, et, sicut antedicta monasteria, sub 
libertate vivant, ut pro statu ecclesiae et salute rcgum vel stabilitate ff 
regni et tranquillitate ^ patriae valeant plenius pium Dominum exo- 
rare. Et si aliquis de ipsis monachis contumax fuerit, ab abbate prae- 
dicti monasterii secundum canonicam institutionem emendetur. Ut 
hoc privilegium sub ea, ut diximus, libertate qua antedicta monasteria 
et monachi vivunt, debeat in perpetuum permanere firmissimum, ut 
jamdicti monachi ' saepedicto monasterio deservientes nostris et futu- 
ris temporibus sub libertate consistant, quia nihil de canonica aucto- 
ritate convellitur, quicquid domesticis fidei pro tranquillitate pacis 
vel pro reverentia sanctorum tribuitur. Illud etiam addi placuit, ut 
ipsi monachi, sub régula sancti Benedicti vel sancti Columbani ^, con- 
versare et vivere debeant. Quod si aliquis calliditate aut cupiditate 
preventus fuerit episcopus et J ea quae sunt superius comprehensa 
temerario spiritu violare praesumpserit, tribus annis pœnitentiam 
districtissime agat a communione fratrum sequestratus. Et nihilo- 
minus ^ hoc privilegium, Christo protegente, qui et adjuvet illud 
conservantes ' et dissipet illud destruere cupientes '»», perpctim maneat 
incorruptum. Quam defînitionem constitutionis nostrae, ut nostris 
et futuris temporibus valetura ^ sit, manus nostrae subscriptioni- 
bus roboravimus et coepiscopos dominos ^ et fratres nostros P roga- 
mus ut ipsum in omnibus confirmare debeant. 

Berthefridus V peccator Ambianensium urbis episcopus hoc privile- 
gium a me factum ''relegi, consensi et subcripsi ', In Christi nomine, 
Genesius acsi peccator episcopus hoc privilegium consensi et sub- 

a. quiète D. — b, quislibet, B, — c. quodcunque, C. — d. parochiis, 
D ; de reliquas parroechias, B. — e. aliquas res, D, — /*. collatç, C ; coUate, 
D. — g. stabilitatem, J5. — /i. tranquillitatcm, B. — i. B ajoute ad. — j\ Omis 
dans B. D construit cette phrase en supprimant fuerit et et. — k. nichilo- 
minus, C, D. — /. conservantibus, B, — m. cupientibus, B, — n, valitura, 
C. — o. domnos, D, ; — coepiscopis doniinis, B. — p. fratribus nostris, B, 
— q. Bertefridus, B. — r. facto, B. — s. La fin du mot subscripsi, dans B, 
se perd dans un parafe qui voulait imiter sans doute le pseudo original, 

1 . Cette règle mixte fut rédigée par Tabbéde Luxeuil, Waldeberl (629-670). 

J/tM. §t doc, d» VÉeoU du CKarUi. -> V. 15 



226 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

scripsi. In Christi nominef Chaoaldus ' ^ episcopus hoc privilegium 
consenliens ^ subscripsi. In Christi nomine, Gauciobertus^^ ' acsi 
peccator episcopus hoc privilegium subscripsi. Boso ^ ', in Dei nomine, 
episcopus hoc privilegium consensi el subscripsi. In Christi nomine, 
Ragnobertus * acsi indignus episcopus hoc privilegium consentions 
subscripsi. In Christi nomine, Mummolenus ' acsi peccator episcopus 
hoc privilegium consensi et subscripsi. In Christi nomine, Audebertus 
acsi peccator episcopus hoc privilegium consensi et subscripsi. 
Audoenus episcopus hoc privilegium consensi et subscripsi ^. — Dado ^ 
peccator hoc privilegium consensi et subscripsi. ~ Emmo episcopus 
subscripsi. — Leodeboldus ^ peccator episcopus hoc privilegium sub> 
scripsi. — Chrodobertus • peccator hoc privilegium subscripsi. — Pater- 
nus * peccator Egloensis f*^ ecclesiae acsi indignus episcopus hoc privi- 
legium consensi et subscripsi. — Drauscio acsi peccator hoc privile- 
gium consensi et subscripsi. — In Christi nomine, ego Audebertus acsi 
peccator episcopus hoc privilegium consentie ns subscripsi. 

Factum hoc privilegium 9 sub die VIII idus septembris, anno VU 
régnante Hlothario * rege, Captonnaco *^* in palatio publico. 

SiggoJ in Dei nomine, diaconus hoc privilegium scripsi et sub- 
scripsi ^, 

a. Cahoaldus, C — b. consensi et, D. — c. Gautiobertus, Z). — d. Simi- 

liter in ejusdem Xpi nomine, omncs infrascripti episcopi hoc privilegium 
consentiendo subscripserunt, videlicet Boso episcopus, Ragnobertus eps, 

Mommolenus eps, Audobertus eps, Audenus eps, Dado eps, Emmo eps, 

Leodebaidus eps, Crodobertus eps, Paternus peccator Eglonensç çcclesiç 

acsi indignus episcopus, Drauscio eps, Audobertus eps, C — e. Celte sou- 
scription est omise dans B. — /", Egloense, B. — </. privilégie, B, — h, Clo- 
tharii régis, B. — i, Captannaco, B. — j, Sigo, D. — A. J^. — Tous les 
mss.j sauf B, donnent la graphie ç ou e pour les diphtongues œ et œ. Nous 
avons jugé inutile de donner ces variantes. 

1. Évêque de Vienne. 

2. Évêque de Chartres. 

3. Évêque d'Angers ou de Constance. 

4. Évêque de Bayeux. 

5. Évêque de Noyon. 

6. ? — Peut-être Ado, évêque de Boui^es, ou encore Dido, évêque de 
Poitiers. 

7. Évêque de Lisieuz. 

8. Évêque de Paris. 

9. Personnage inconnu. 

10. Peut-être Ëauzc. 

M . Ce lieu n'a pu être identiGé. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 227 



N« 5 



BSSAI DE RESTITUTION DR LA CHARTE DE BBRTHBFRIDUS CONFERANT L IMMUNITE 
ECCLÉSUSTIQUB ET UN DROIT LIMITA d' ÉLECTION A l' ABBAYE DE CORBIE 



664, 6 septembre, Capionnaco, 



In nomine sanctae et individuae Trinitatis. Dominis sanctis et 
summi culminis apice pontificalis calhedrae spécula praesidentibus in 
Christo fratribus, Nivoni^ Genesio, Ethoaîdo, Emmoni, Audoni, 
Audomaro, Audoino, Audeberto, Burgundofaroni, item Audeberto, 
Drauscioni, Berthefridus munere superni largitoris Ambianensis eccle- 
siae episcopus praesumil mittere salutem. Licet nos antiquae regulae 
constituta salubri observatione custodire conveniat, tamen utili provi- 
sione tractantes constituimus, ut quod sacris deliberationibus non 
derogat, intrepida observatione conservetur. Et quia gloriosissimus 
domnus Hlotharius rex^ necnon et praecelsa domna Balthildis regina, 
divino inluminati auxilio, monasterium suo opère, Christo praesule, in 
loco nuncupante Corbeia construxerunt, religiosam petitionem nostris 
auribus patefecerunt quae viscerali pietatis alTectu ita corintresecus 
voluntati eorum molli vit, ut petita non concedere aut certe libentis- 
sime non impiesse, noster duntaxat animus inreligiosum fore putaret. 
Sancto igitur amore succensi nostrae vilitatis extremilatem petierunt, 
ut et nos et vestra fra terni tas consen tien tes, pro reverentia sanctorum 
Pétri et Pauli apostolorum et sancti Stephani protomartyris, qui ob 
gloriosum ac triumphale votum pro amore Christi coronam martyrii 
consecuti sunt, ad praedictum monasterium in eorum honore construc- 
tum privilegium concedere deberemus, licet sancta Carthaginensis 
synodus a bonae memoriae Bonifacio ejusque coepiscopis facta, vel 
ipsius sacerdotis epistolae ad Liber[at]um porrectae non prohibeant 
monachos sub privilegio proprio residere ; vel sancti Auguslini praeclari 
doctoris libri [De vita et moribus clericorum] doceant monachos sub 
quiète regulariter viventes, absque inquietudine clericorum vel episco- 
porum residere. Quod nos considérantes, dum et canonica institutio 
de hac re nos non praejudicat vel ideo supradictus domnus etpraedicta 
domna dum se patrocinio tam et in praesenti vita quam et in futurum, 
praefatorum sanctorum plenissima devotione tradiderunt, ut eis 
ubique apud clementissimum et omnipotentem Dominum eorum inter- 
cessio praebere dignetur adminiculum vel pro reverentia tantorum 



228 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

martyrum, seu prout monachi ibidem degentes sub régula sanctorum 
patrum quieti conversari possinl, hoc privilegium plena voluntaie con- 
cessisse vel induisisse visi sumus. Nec nos hoc propriae deliberalionis 
înstitutum posleritas aestimet decrevisse, cum etiam antiquiora vcl in 
novo lempore monasteria propria privilégia sint consecula, ex quibus 
vel pauca dum longum est omnia evolvere nominemus, Agaunensium, 
quod velut islud regio est munere ditalum, et Lirinensium vel basilica 
domni Marcelli, immoque et monasterium Luxoviense, hoc videntur 
habere concessum et omnem libertatem sunt consecuta ; et ita a succe- 
dentibus custoditur ut quicquid ibidem oITertur, ipsi abbates vel 
monachi ibidem deservientes, absque contrarietate vel repetitione, 
libère cum Dei adjutorio hoc possideant. Ergo antedictis principibus 
poslulationem sociam libentissime annuentes, sicab omnibus decretum 
est ut, quaecumque praedicto monasterio vel monachis sub iibertate 
evangelica, regio munere, seu a quibuslibet christianis, in agris, man- 
cipiis, vineis, silvis, auro, argento vel vestibus vel quibuslibet specie- 
bus ad praedictum monasterium pertinentibus conlatura sunt, sepedic- 
tum monasterium vel monachi ibidem degentes vitae nostrae tempori- 
bus seu successorum nostrorum, libère optineant et sub omni Iibertate 
vel emunitate possideant. Et cum abbas fuerit de saeculo isto evocatus, 
quem unanimiter congregatio ipsius monasterii ex semetipsis bonum 
et dignumelegerint, data auctoritate a praefato principe vel ejus succès- 
soribus, a nobis vel . successoribus nostris, absque ullo commodo 
secundum sanclos canoues ordinetur. Nec episcopus, nec archidiaco- 
nus aut quaelibet alia persona ordinator ecclesiae Ambianensis, aut 
quodcumque de eodem monasterio sicut de reliquis parochiis, usurpare 
aut commutare, aut aliquas res auferre, vel species quae ad ipsum 
monasterium sunt conlatae déferre ad civitatem audeat, ut de perfecla 
quiète valeant ipsi monachi, qui ad praefatum monasterium deserviunt, 
duce Domino per tempora exultare, et, sicut antedicta monasteria, 
sub Iibertate vivant, ut pro statu ecclesiae et sainte regum vel stabili* 
tate regni et tranquillitate patriae valeant plenius pium Dominum 
exorare. Illud etiam addi placuit, ut ipsi monachi sub régula sancti 
Benedicti vel sancti Columbani conversare et vivcre debeant. Quod 
si [quis ex nobis] calliditate aut cupiditate praeventus fuerit et ea quae 
sunt superius comprehensa temerario spiritu violare praesumpserit, 
tribus annis poenitentiam districtissime agat a communione fratrum 
sequestratus. Et nihilominus hoc privilegium Christo protegente qui et 
adjuvet illud conservantes et dissipet illud dcstruere cupientes, perpe- 
timmaneat incorruptum. Quam definitionem constitutionis nostrae, ut 
nostris etfuturis temporibus valitura sit, niaiius nostrae subscriptioni- 
bus roboravimus et coepiscopos domnos et fratres nostros rogamus ul 
ipsum in omnibus confirmare debeant. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 229 

- Berthefridus peccalor episcopus hoc privilegium a me faclum reJegi, 
consensi et subscripsî. 

Geneaius acsi peccalor episcopus hoc privilegium consensi et sub- 
scripsî. 

Audoenus episcopus hoc privilegium consensi et subscripsi. 

Audomarus [ ] 

Burgundofaro [. . . . . . . ] 

Audebertus acsi peccalor episcopus hoc privilegium consensi et sub- 
scripsi. 

Faclum hoc privilegium sub die oclavo idus seplembris, anno VII 
régnante Clotario rege, Caplonnaco in palatio publico. 

Siggo in Dei nomine diaconus hoc privilegium scripsi et subscripsi. 



N« 6 

LETTRE DU PAPE VITALIBN (aNALYSe) 

[664, 6 septembre], Captonnaco. 

Le pape Vitalien confirme V abbaye dans la possession des biens 
que lui a concédés la reine Ballhilde, dans la jouissance de r immu- 
nité accordée par Gothlandus et de l'exemption octroyée par saint 
Rieul^ archevêque de Reims ^ et par Berthefridus^ évéque d'Amiens, 

A. Original perdu. 

B. Analyse du xii® siècle, cartulaire viii, Bibl. Nat., ms. lat. 17758, 
fol. A, col. I et II. 

C. Copie de Bonnefons, xvii« siècle, BibL Nat., ms. lat. 17142, 
fol. 120, d'après B, — C* Copie d'André Duchesne, xvii* siècle, 
BibL Nat., Armoires Baluze, t. 42, fol. 226, d'après B. 

ÏNDiQ. : H. Cocheris, Notices et extraits, I, p. 553. 

Etablissement du texte d'après B, 

Privilegium Vitiliani * pape de fundamento ecclesie. 

Anno gratie V^erbi Dominici sexcentesimo sexagesimo secundo, exi- 
slente domno VitilianoRomanorum pontifice septuagesimo tereio beati 
Pétri vices tune agente in papatu, Constantino ' videlicet filio Con- 

1. Vitolien, 30 juillet 657-27 janvier 672. 

2. Constantin Pogonat. 



230 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

stanlis qui a suis interfectus fuit in balneo existenie imperatore, cum et 
merito et numéro dilata ri cepisset credentium populus, coltus et 
honor ecclesie m agis ac magis ampliari, devotissima regina Franco- 
rum Balthildis viro suo Clodoveo christianissimo rege defuncto 
superstes gubemando, tanquam mulier fortis et imitatrix Salomonis 
sapientissima, Corbeiense monasterium orsa est de novo construere 
ab infimo usque ad summum, redditibus et amplis possessîonibus prout 
in ejusdem est et magis quam in evidenti ditare et preditare. Et ut 
succincte singula perstringantur, nichil quod Dei gratiam impediret et 
pii operis sui libertatem scrupulo suspicionis voluit dimittere; neve 
cauteriata futurorum malicia occasionem malignandi adinveniret in 
bono, et loci ipsius a Gothlando * tune principe obtinuit emunitatem, 
et tam a sancto Reolo Remorum afchiepiscopo vigesimo sexto qui 
post sanctum Nivardum archiepiscopatum regebat quam a Berthefrido 
Ambianensi episcopo nono impetravit eam, quam nunc habet ipsum 
monasterium, exemptionem cum suorum sanctionibus sigillorum in 
litteris annota tam, que non indiget expositione sed observatione. Atta- 
men nichil oflicil paucis expedire sanctorum nomina qui tali subscrip- 

serunt privilégie de quibus interfuerunt eminentiores, videlicet ses 

Audoenus Kothomagensis archiepiseopus, ses Genesius Lugdunensîs 

archiepiscopus, ses Cahoaldus ' episcopus, Gautiobertus ' episcopus, 
Boso * episcopus, Ragnobertus ' episcopus, Mummolenus * episcopus, 

Audobertus Caraeracensis episcopus, ses Dado ' episcopus, Emmo * epis- 
copus, Leodebaldus * episcopus, Chrodobertus Parisiensis episcopus, 

SCS Paternus Eglonensis ecclesie episcopus, Drauscio episcopus ses 

Suessionensis, ses Pharo Meldensis episcopus, Audomarus Teruanensis 

episcopus SCS, Rupho episcopus, Burgundius episcopus, Ethoaldus '• 

episcopus, Eligius Noviomensis episcopus ses. 

Factum est autem privilegium sub die octavo idus septembrîs, anno 
septimo régnante Lolhario rege, Captonnaco, in palatio publico. 

Siggo diaconus privilegium prelibatum scripsit. 

1 . GunUand, maire de Neuslrie ? 

2. Évêque de Vienne. 

3. Évêque de Chartres. 

4. Évêque de Constance ou d^Angers. 

5. Évêque de Bayeux. 

6. Évêque de Noyon. 

7. Évêque de Bourges? ou de Poitiers? 

8. Évêque de Sens. 

9. Évêque de Lisieux. 
iO. Évêque de Genève, 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 231 



NO 7 

CONFIRMATION DE CHILDÉRIC II 

[673-675]. (Perdue.) 

Le roi Childéric II confirme le diplôme de fondation de Vabbaye 
de Corbie, 

Ce documenl est mentionné dans les diplômes de Peppin le Bref et 
de Charlemagne ayant même objet. Voir ces documents plus loin. 

Signalé par K. F. Stumpf, Ueber die Merovinger Diplôme, dans 
Historié he Zeitschrift, XXIX, p. 397, n® 55. 

NO 8 

CONFIRMATION DE CHILDÉRIC II 

[673-675]. (Perdue.) 

Le roi Childéric II confirme la concession faite au monastère de 
Çorbie par Clotaire III de revenus à prélever sur le tonlieu de Fos. 

Ce document est mentionné dans le diplôme de Chilpéric II 
(29 avril 716, Compiègne). 

No 9 

CONFIRMATION DE THIERRY III 

[673-690J. (Perdue.) 

Le roi Thierry III confirme le diplôme de fondation de l'abbaye de 
Corbie. 

Ce document est mentionné dans les diplômes de Peppin le Bref et 
de Charlemagne ayant même objet. Voir ces documents plus loin. 

Signalé par K. F. Stumpf, Ueber die Merovinger Diplôme, dans 
Historische Zeitschrift, XXIX, p. 397, n» 64. 



232 EXAMEN DES CHARTES DE GORBIE 



N» 10 



DIPLÔME DE TIlIBRRr III 



^673-690.] [Perdu.) 



Le roi Thierry HI ordonne aux moines de Corbie d'élire Chrode- 
garius pour leur abbé. 

Ce diplôme est mentionné par allusion dans le suivant. 



N*» 11 

DIPLÔME DE TlIIERRr III 

[673-690]. s. 1. 

Le roi Thierry III confirme Véleclion d*Eremberl comme abbé de 
Corbie^ à la mort de Vabbé Chrodegarius. 

A. Original perdu. 

B. Copie de la fin du x*" siècle, cartulaire i, Bibl. impériale de 
Berlin, Phillipps, n° 79, fol. 126»» (31), diaprés .4. 

C. Copie d'André Duchesne, xvii* siècle, Bibl. A a/., .Armoires 
Daluze, t. 42, fol. 216, d'après des notes de Sirmond, d'après B, — 
Z>. Copie de Bonnefons, xvii® siècle, Bibl. Nat., ms. la t. 171 42, fol. 
126, d'après a. 

a, Sirmond, Concilia antiqua Galliae, I, p. 505, d'après B. — 
/>. Lecointe, Annales ecclesiasiici Francorum, IV, p. 249, n<* 23, d'après 
a. — c. Gallia Christiana, X, instrumenta, col. 281, n" 2, d'après a. 
— d. Preuves des libertés de Véglise gallicane, II, p. 67, d'après a. — 
e. dom Bouquet, Recueil des historiens de la France, IV, p. (MiO, 
II® 6i, d'après a. — /*. Pardessus, Diplomata, Chartae..,, II, p. 188, 
n° 398, d'après a. — g. K. Pertz, Diplomata, I, p. 46, n® 52, d'après 
B (?). 

Indiq. : Bréquigny, Table chronologique des diplômes, t. I, 
p. 72, dans l'année 691. — De Foy, Notice des diplômes.,., p. 9i, 
sous l'an me ()91. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 233 

Établissement du texte d'après B. 

Theodericus, rex Francorum, episcopis et viris illustribus. Decet 
regalem clementîam ut non soluni gubernacula regalis culminîs provi- 
deat, sed et regimina ecclesiarum et monasteriorum pro Dei intuitu et 
mercedis nostrç augmenlo sollerti cura providere, ut pax ecclesiarum 
et secupa libertas monachorum, Domino omnipotenti militantium, per 
omnia conservetur. Et de sacrosancto monasterio nuncupato Corbeia, 
in pago Ambianense constructo, ad regalem nostram praesentiam 
monachi et viri Dei venienles, serenitatis nostrç clementiae auribus 
suggesserunt ut dum et venerabilis vir Chrodegarius * abba secundum 
consuetudinem humanç fragilitatis de hac luce ad Dominum migrasse 
dinoscitur, quem apostolicus vir domnus et pater noster Theodefredus 
episcopus ^, dum et ille onus pontificale meruit accipere, per nostram 
voluntatem et perceptionem * ad regendum ac dominandum monaste- 
rio suprascripto constituit, cum relatione et consensu totius congre- 
gationis ipsius monasterii petierunt, ut liceat eis secundum eorum 
electionem et secundum sanctum privilegium, quod supra sancto loco 
ex regali muniBcentia et sacerdotum concessione indultum est, de 
semetipsis elegere rectorem. Et dum eorum petitio nostrae serenitati 
congrua esse et rationabilis in omnibus videtur, venerabilem virum 
Erinbertum ^ dum in ipso monasterio fuit nutritus, quem ipsi homines 
cum voluntate suprascripti pontifîcis domni Theodefredi episcopi ele- 
gerunt, nostra clementia ipsis monachis concessisse conperite, sicut 
suggesserunt. Precipientes ergo per banc preceptionem serenitatis 
nostrae et auctoritatis regalis concessimus et omnino jubemus, ut 
suprascriptus venerabilis vir Erinbertus abba et rector monasterii 
Corbeiensis in omnibus sit constitutus, et sicut bonus pastor ea, que 
utilia sunt ad opus monasterii et ad regimina monachorum, prevideat et 
regat et erudiat, et mereatur audire vocem Domini dicentis : « Euge 
pastor bone et fidelis, quia super pauca fuisti Rdelis, super multa te 
constituam, » dicit Dominus; « intra in gaudium Domini tui *, » Et tu 
taliter agat, ideo nostra clementia ei induisit, ut habeat potestatem 
de tota congregatione ipsius monasterii vel eorum hominibus in eorum 
terris commanentibus, vel de eorum rébus et possessionibus mobilibus 
et immobilibus, sicut sancta régula^ docet et sanctus ordo monacho- 
rum dinoscitur esse conservandus, ita ut de die prçsenti omnibus 

a. corr. preceptionem. 

i. Chrodegarius, 2* abbé de Corbie. 

2. Voir plus haut, p. 66-67. 

3. Eremberl, 3« abbé de Corbie. 

4. Saint Matthieu, 25, 23. 

5. Règle de saint Columban et de saint Benoit. 



234 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

iemporibus vitae suae secundum Dei voiuniatem et secundum sanc- 
ium ordinem dominatum accipiat, et ipsa sancta congregatio, sub illo 
constituta, precibus assiduis aures reverentissimas majestatis Doinini 
pro nobis et pro stabilitate regni nostri jugiter fundat. Et ut hoc pre- 
ceptum firmius habeatur, quod pro Dei timoré indulsimus auctoritate 
praecelsa, manus nostrç subscriptionibus subter decrevimus roborare. 

N' 12 

CONnRMATION DE CLOVIS III 

[690-695]. (Perdue,) 

Le roi Clovh III confirme le diplôme de fondstiion de Cabbaye de 
Corhie, 

Ce texte est mentionné dans les diplômes de Peppin le Bref et de 
Cbarlemagne ayant même objet. Voir ces documents plus loin. 

Il est signalé dans K. F. Stumpf, Ueber die Merovinger Diplôme^ 
dans Historiche Zeitschriftj XXIX, p. 398, n®85. 

N* 18 

CONFIRMATION DE GHILDBBBBT III 

[mars 695-14 avril 711]. {Perdue.) 

Le roi Childeberl III confirme le diplôme de fondation de I abbaye 
de Corbie. 

Ce diplôme est mentionné dans ceux de Peppin le Bref et de Cbar- 
lemagne ayant même objet. Voir ces documents plus loin. — II est aussi 
mentionné dans le Chronicon de Caulaincourt [Bibl, Nat,, lat. 
J7757, fol.Ôv"). 

Signalé par K. F. Stumpf, Ueber die Merovinger Diplôme^ dans 
Historische Zeilschrifl, XXIX, p. 398, n* 85. 

N«> 14. 

CONFIRMATION DE DAGOBERT III 

[15 avril 711-2'* juin 715]. (Perdue,) 

Le roi Dagoberi III confirm e le diplôme de fondation de V abbaye 
de Corbie. 

Ce diplôme est mentionné par ceux de Peppin le Bref et de Cbarle- 
magne ayant même objet, ^'oir plus loin ces diplômes. — Il est aussi 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 235 

mentionné dans le Chronicon de Caulaincouri (Bibl, Nat,, lai. 17757, 
fol. 6 V). 

Signalé par K. F. Stumpf, Ueber die Merovinger Diplôme^ dans 
Hisiorische Zeiischrift, XXIX, p. 399, n* 92. 



N" 15 

DIPLÔME DE CtULPÉRIC II 

716, 29 avril, Compiègne. 

Le roi Chilpéric 11^ à la demande de Vabbé Sébastien^ confirme le 
diplôme de Clolaire III et la confirmation de ce diplôme par Childé- 
ric II qui concédaient à l'abbaye de Corbie certains revenus en nature 
à percevoir sur le tonlieu de Fos et une tractoria aux officiers de V ab- 
baye chargés de les toucher. 

A. Original perdu. 

B. Copie de la fin du x^ siècle, cartutaire i, BibL impér, de Berlin^ 
Phillips, n'>79, fol. 124 (32), d'après A. 

C*. Copie moderne, BibL Nat,,ms, lat. 12670, fol. 2^ [Monasticon 
Benedictinumy t. XIII), d'après B, — C^. Copie d'André Duchesne, 
XVII® siècle, Bibl, Nat,, Armoires Baluze, t. 42, fol. 214-215, d'après une 
copie de Sirmond prise sur B, — Z). Copie de Bonnefons, xvii* siècle, 
BibL NaL, ms. lat. 17142, fol. 127, d'après a. — E. Copie du 
xvm* siècle, BibL NaL, dom Grenier, t. 53, fol. 7 v**, d'après d, 

a, Sirmond, Concilia antiqua Galliae^ notes, I, p. 620^ , d'après B, 
— b. Lecointe, Annales ecclesiaslici Francorum^ \\\ p. 579, d'après 
a, — c. La J^ande, Concilia Galliae, p. 72. — d. Labbe, Alliance 
chronologique^ II, p. 436, d'après a, — e. Dom Bouquet, Recueil 
des historiens de la France^ IX, p. 693, d'après d. — f. Pardes- 
sus, Diplomata, Chartae,.,, II, p. 308, n** 501, d'après a. — g. Pertz, 
Diplomata, I, p. 76, n*» 86, d'après B (?). — h, G. Henschen, De 
tribus Dagobertis Francorum regibus diatriba, p. 168 et suiv. (en 
partie). 

Indiq : Bréquigny, Table chronologique des diplômes^ t. I, p. 81, 
sous l'année 716. — De Foy, Notice des diplômes^ p. 109, sous 
Tannée 716, 



236 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

Etablissement du texte d'après B. 

Ghilpericus, rex Francorum, viris inlustribus, omnibus agentibus, 
tam presentibus quam et futuris. Quicquid in luminaribus locis sancio- 
rum vel pro oportunitate servorum Dei concidemus, et quç parentes 
nostri pro eorum niercide concesserunt, pi*o noslris oraculis confirma- 
mus, ad mercidem nobis vel pro stabilitate regni nostri pertinere con- 
tidimus. Igitur religiosus et venerabilis abbas de monasterio cognomi- 
nante Corbeia qui ponitur in pago Ambianense, quem praecelsus avun- 
culus noster Ghlodecharius quondam rex vel domna et ava nostra 
Baldechildis quondam regina, ob amorem Ghristi in honore sancto- 
rum Pétri et Pauli, principes Apostolorum, et sancti Stephani maKy- 
ris vise fuerunt construxisse, ad nostram accessit presentiam, climen- 
tiae regni nostri sugessit, eo quod prefatus avunculus noster 
Ghlottarius quondam rex seo etiam dicta ava nostra domna Baldechil- 
dis regina, unde lumenana monachis ibidem consistentis habere debe- 
rent, de tulloneo de Fossas * annis singulis « ad ipso monasterio 
concesserunt ; hoc est : oleo lib. X milia, garo modios XXX, pipere 
lib. XXX, cumino lib. CL, carioiile lib. II, cinnamo lib. I, spico lib. 
II, costo lib. XXX, dactilibus lib. L, krigas ^ lib. G, amandolus lib. G, 
pistacias lib. XXX, olivas lib. G, hidrio lib. L, cicer lib. GL, oridia 
lib. XX, auro pimento lib. X, seoda pelles X, cordevise pelles X, carta 
tomi L ; ita ut tolonaria qui post toloneo Fossense agere videbatur, 
anno illatione hec omnia ad missus ipsius monasterii, qui inde directi 
fuerint, dare et adimplire <^, immoque et evectione ad ipsus missus, 
qui hoc exigeri ambularent, perpetualiter absque renovata tracturia 
annis singulis dare precipemus; hoc est : viredus sive paraveridus 
decem, panis nitedus decem, sequentes vegente, vino modius I, cervisa 
mod. II, lardo lib. X, carne ponda vegente, cassio lib. XII, pisus lib. 
XX, capro I, pullus V, ova X, oleo lib. Il, garo lib. I, piper uncia I, 
cimino uncias II, sal, acetum, olera, lignum sufBcienter. Hçc omnia 
superius memorata locis convenientehus annis singolis eisdem, tam 
euntibus quam redeuntibus, absque mora dare et adimplere deberitis ; 
etiam ad revertendum carra XV de loco in loco pro loca consuetudi- 
naria, usque quod ipse cellarius ad ipso monasterio proveniebat, eis 
dare deberitis, qualiler pro eorum mercide absque dispendio ipsius 
monasterii deberet provenire. Unde et ipsa prescriptione subscripto 

a. Corr. en sîngalis, B^ ce qui laisse à penser que Vorigintkl portait la 
leçon singolis. — b. lis. karigas. — c. B porte adimplere corrigé en adimplire. 

1. Il y a deux Fos : Tun, dans les Bouches-du-Rhône, arrondissement 
d'Aix ; l'autre, dans la province de Liège en Belgique. Cf. A. Longnon, 
Atlas historique, pi. VU et VUI, texte p. 28 et 180. — Il s'agit ici du pre- 
mier. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 23*} 

avunculo nostro Chlodechario necnon et ava nostra Baldechilde 
regina, seo et confirma tione domno et genitore nostro Childerigo 
quondam rege, ipse venerabilis Sebaslianus * abba nobis ^ in présente 
ea hoc protulit relegenda, vel »e ex hoc pre nianebus habere affirmât. 
Sed p'ro firmîtate studium petiit ipse domnus Sebastianus celsitudine 
nostra, ut hoc circa ipso vel ipso monaslerio Corbeia, aut successores 
suos, vel ipsa con^j^rega tione, que in ipso monasterio consistere 
videntur, pro nostra auctoritate plenius in Dei nomine confirmarc vel 
concedere deberemus. Cujus peti tione gratante animo pro merccdis 
nostre compendium, vel pro reverentia ipso sancto loco, ita prestitisse 
vel confirmasse seu et ad nostro precepto concessisse vel confirmasse 
cognoscite. Precipientes enim, ut ipso cellareo de jamdicto tuUeneo 
Fossense, seo et ipsas tractuas, inspectas ipsas preceptionis mémo- 
ratis principebus, sicut pro easdem declaratur, pro hanc nostra 
auctoretate, plenius in Dei nomine confirmatum, tullonarie quam 
et reliqui judicis subscripto cellario ad missus ipsius monasterii 
dare et adimplere procuretis, etiam dum in loco fuerint demorate, 
suprascripta prebenda eis dare studeatis. Immoque et reliqui judi- 
cis pro locis convenientibus de constituta evectione tam carrale 
quam navale, seu et suprascripta prebenda, eisdem omnimodis nostris 
et futuris temporebus absque mora vel delà tione dare et adimplere 
annis singulis faciatis, qualiter nobis pro beneficium integram et 
perpetualem debeat provenire mercidem. Et ut h^c preceptio firmior 
habeatur vel pcr tempora conservitur, manus nostras subscriptio* 
nebus subter eam decrivemus roborare. 

Data sunt sub die III Kalendas Maii, anno primo rcgni nostri, 
Compendium. In Dei nomine féliciter. 

Dn*LÔME DE PEPPIN LE BREF 

[751-768J, s. 1. 

Peppin le Bref^ à la demande de l'abbé Leodegarius, confirme tes 
donations faites à V abbaye de Corbie par Cloiaire III et les confirma- 
tions des rois Childéric II, Thierry III, Clovis III, Childeberl III et 
Dagobert III ^ et renouvelle le privilège de t immunité, 

A, Original, perdu. 

B. Copie prise entre 1184 et 1187, cartulaire viii, BibL Nat,, ms. 

a. Les mots : ipse venerabilis Sebastianus abba nobis, sont écrits sur un 
grattage. L'écriture est contemporaine de celte du manuscrit. 

!• Sébastien, 4* abbé de Corbie. 



238 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

la t. 17758, fol. 4 v®, d'après A. — C. Copie de la fin du xii* siècle, 
cariulaire ix, BibL Nat.^ ms. lat. 17764, fol. 19 v®, diaprés A. 

D*, Copie du xv^ siècle, sur papier, BibL NaL^ ms. lat. 17184, 
fol. 1 (anc. Blancs Manteaux, n® 8), d'après C. — D*, Copie de Bon- 
nefons, xvn* siècle, BibL Nat,, ms. lat. 17142, fol. 128, d'après C. — 
E. Copie du xvni* siècle, BibL Nat.^ dom Grenier, t. 53, fol. 9, 

d'après D. 

a. De Sickel, Beitràge zur Diplomatik^ \\ 389, n^ 1, d'après B, 

Indiq. : Sickel, Acta Karolinornm^ II, p. 10, n** 33. — Bôhmer- 
Mûlhbacher, Regesta, I, p. 50, n"" 108. 

Etablissement du texte d'après B, C. 

Pipinus*, rex Francorum, viris inluslribus 'i. Si ea quae ab ante- 
riorum ^ regum quondam nostrorum ad loca sanctorum vel pro oppor- 
lunitate ^ servorum Dei fuit ^ concessum alque indultum nostris ^ ora- 
culis affirmavinius f ^ regum Q consuetudinem exercemus et nobis ad 
mercedem vel /^ stabilitatem ^ regni nostri pertinere confidimus. Igi- 
lur venerabilis vir Leodegarius ' abba de monasterio Corbeia qui 
ponitur in pago Ambianensi, quem antecessores nostri Clotha- 
rius ' quondam rex vel Balthechildis quondam regina î eorum opère a 
fundamento construere praeceperunt ^^ clementiae regni nostri suggessit 
eo quod praefatus princepseti regina talem ad ipsum'" monasterium*" 
per eorum praeceptiones concessissent beneficium, ut omnes res tam 
quod ipsi ibidem pro eorum mercedem visi fuerant ^ Rrmasse quam 
etiam a succedenlibus regibus vel a quibuslibet Deum timentibus 
hominibus fueril ^ additum vel collatum aut ab ipsis custodibus prae- 
fati monasterii per quodlibet ingenium fuerit attractum p in quibuslibet 
pagis vel terri toriis 7, hoc '* pars '' ipsius ** monasterii ' sub intégra 
emunitate absque introitu ' judicum vel fisci publici répétition ibus 

a. illustribus, C. — A. antiquorum, C — c. uportunitate, C. — d. fuerit, 
C — e. per nostris, C. — /. aflirmamus, C — g, regiam, C. — h. Omis 
dans C. — i. Lotharius, C — j\ Omis dans B. — k. preceperint, C — /. vel 
Balthechildis, C, — m. ipso monasterio, C — n. fuerunt, C — o. Tout 
ce passage depuis Armasse est omis dans B, M, de Sickel Vavail restitué 
diaprés le diplôme de Charlemagne, ne connaissant pas C, — p. abstrac- 
tum, C. — q. terraturis, C. — r. Omis dans C. — «. predicti monasterii, C. 
— (. introitum, C. 

1. Peppin le Bref, 751-768. Sur la date 751, novembre, voy. de Sickel, 
Forschungen zur deutschen Geschichle, t. IV, p. 445-453, et Acta Karoli- 
norum, I, p. 243 ; — Bdhmer-Mikhl bâcher, Begesta, n^ 62*. 

2. Léger, 6« abbé de Corbie. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 239 

possidere * omni tempore quieto ordine deberet. Unde et ipsas prae- 
ceptiones antecessorum nostrorum seu et confirma tiones Childerici 
Theoderici , Ghlodovei , Childeberti , Dagoberlo quondam regi- 
bus ipse ^ Leodegarius abba ex hoc in praesenti nobis ^ protulit 
^relegendas] ^ et ipso beneficio ab eo tempore usque nunc asserit 
esse ^ conservatam sed pro firmitatis studio t petiit celsitudinem ff nos- 
tram ff ut hoc in id ipsum per suprascripto monaslerio nostra plenius 
débet actoritas confirmare, cujus petitionem [gratanti] ^ animo 
praetitisse et ' confirmasse elJ in omnibus concessisse cognoscite. Qua- 
propter per ^ praesentem jubemus ac decernimus jussionem ', ut 
quicquid ab anterioribus '" nostris a memorato monasterio in quibusli- 
bet locis vel territoriis '^ fuerit ^ concessum atque indultum seu a Deo 
timentibus noscitur fuisse additum p vel collatum aut per quodlibet 
ingenium ab ipsis abbatibus inibidem 7 Deo '* servientibus fuit '' 
attractum ' aut inantea ' ibidem Deo auxiliante a quibuslibet homini- 
bus fuerit melioratum vel au[g]mentatum ", omnes res tam quod prae- 
senti tempore pars ipsius monasterii fuerit adquisite ^ quam inantea 
Deo adjuvante ibidem fuerit per quaelibet^ strumenta cartarum * alla- 
tum aut [attractum] v inspecta [s] ' ipsas praeceptiones memoratis 
principibus, absque introitu '' judicum « valeant quieto ordine tenere ^ 
vel ^ possidere ^ , ita ut nuUus judex publicus in curtes ipsius mona- 
sterii vel homines qui supra terra ^ commanere ^ videntur nec ad cau- 
sas audiendas nec ad freda ^ exigendum nec paratas aut mansiones 
iaciendum nec nullas redibutiones de parte [fisci] t nostri requiren- 
dum aut accipiendum ff ingredi omnino ^ praesumat ', sed J sub inté- 
gra emunitate ut diximus cum omnis fredis concessis ^ nostris 

a. possédere, C. — b. ipsi, C. — c. Omisdans C. — d, relevandas, B, C, Correc- 
tion de M. de Sickel. — e. fuisse, C. — /*. studium, C. — ^.certudinem nostre 
C. — h, gaudenti, B, C. Correction de M. de Sickel d'aprèi le diplôme de 
Charlemagne,M,de Sickel fait remarquer qu'il y avait peut-être dansVorigi" 
nal gradante comme dans la form. 23 du Rec. gén, de E. de Bozière {p, 4). 

— i. seu, C. — y. vel, C. — k. Omis dans C. — /. preceptum, C. — 
m. antecessoribus, C. — n. terraturis, C. — o. fuit, C. — p, aditum, C. — 
q. ibi, C. — r. deservientibus, C. — s. fuerit abstractum, C — t, inatea, 
C. — u. aumentatum, fi, C. — v. acquisitor, C. — w, quodlibet, C. — 
X, kartarum, C. — y. abstractum, B, C. Correction de Af. de Sickel. — 
z. inspectât, B, C, Correction de M. de Sickel, — z\ introitum, C. 

a. Omis dans B^ C et rétabli dans /)'. — A. possidere vel dominare, C. — 
c. terras ipsius, C. — d. dominare, C. — e. frida, C. — /". fici, B^ C. Cor- 
rection de Af. de Sickel. — g, exactandum, C. — h. Omis et remplacé 
par : que nullatenus, C. — i, praesumaut ea que commémora vimus ut... C. 

— j\ Omis dans C. — k. omnes fredos concessos, C 



240 EXAMEN DES CHARTES DE œRBIE 

et fuiuris temporibus quieto ordine valeant possidere vel dominare, 
ul pro stabiiitate regni nos tri Domini misericordiam valeant depre- 
care. 

N» 17. 

DONATION DE LA REINE GEHBERGE 

[768-773] . (Perdue,) 

La reine Ger berge donne à V abbaye de Corbie les domaines [Wil- 
tiskeim] et \Duerningen] en [Alsace]^ et [Flônheim] dans le [Worms- 
gau]. 

Ce document était mentionné dans le diplôme perdu de Charles le 
Chauve (8i3-8i4, Compiègne). Voir plus loin, n** 27. 

N« 18 

DIPLÔME DE CHARLEMAGNE, ROI DE FRANCE 

769, 16 mars, Orville. 

Charles^ roi de France^ à la demande de Vabbé Hado^ confirme les 
diplômes de Clolaire III et les confirmations de Childéric 11^ 
Thierry III, Clovis III^ Childehert III^ Dagoberl /// et Peppin le 
Bref. Il renouvelle le privilège de V immunité, 

A. Original perdu. 

B. Copie de 1150 environ, cartulaire m, Bibl. Nal., ms. lat. 17762, 
fol. 17 V®, d'après A. — C. Copie faite entre 118i et 1187, cartulaire 
viu, BibL NaL, ms. lat. 17758, fol. I, d'après A, — D. Copie faite en 
1661, Archives de la Somme, fonds de Corbie, armoire I, liasse I, 
n** 3*, d'après A. — E. Cartulaire xvii perdu, d'après .4. Ce cartulaire est 
représenté par trois copies : — F*. Copie faite le lundi 10 mai 1621, 
par les notaires du roi Joly et Leniercier, Archives de la Somme, 
fonds de Corbie, armoire 1, liasse 1, n** V^ d'après le « cartulaire cou- 
vert de Damas rouge contenant dix-huit roolles ou feuillets de par- 
chemin escripts, au dernier et 18^ desquels feuillets ledit tiltre se 
trouve insérée [sic) avec la figure de Charlemagne ». — F*. Copie 
de Du Cange, xviii® siècle, Bibl. Nat,, ms. franc. 9468, fol. 149, 
d'après E, — F^. Copie de Du Cange. xvii" siècle, BibL de VArse- 
na/. Du Cange, Titres de Picardie, ms. in-fol. 4103 (anc. 332), fol. 28, 
d'après E, 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 241 

G. Copie du xiii* siècle, cartulaire x, Bibl. Nat., ms, lat. 17764, 
fol. 46 V®, d'après B, — H. Copie de Bonnefons, xvii® siècle, j^iZ»/. 
NaL, ms. lat. 17142, fol. 128 v^ d'après F». — /. Copie du 
xvin® siècle, £iib/. Nat.^ dom Grenier, t. 53, fol. 10, d'après a. 

a, Martène et Durand, Amplissima Collectio, I, col. 31, d'après E. 

— b, Dom Bouquet, Recueil des historiens de la France, V, p. 715, 
d'après a, 

Indiq. : Bréquigny, Table chronologique des diplômes,,.,, 1. 1, p. 105, 
sous Tannée 769. — P. Georgisch, Regesta chronologico-diplomatica,,. , 
t. I, col. 39, n*» 4, sous l'année 769. — Sickel, Acta Karolinorum, 
II, p. 16, n*» 3. — Bôhmer-Mûhlbacher, Regesta, I, p. 54, n" 130. 

Établissement du texte, d'après B, C, Z), E (= F^ F^ F^), 

Carolus *, rex Francorum, viris illustribus «. Si ea quae ab anterio- 
rum regum quondam nostrorum ad^loca sanclorum vel pro oportuni- 
tate servorum Dei fuit concessum atque indultum, nostris oraculis 
afiirmamus ^, regum consuetudinem exercemus, et nobis ad mercedem 
vel slabilitatem regni nostri pertinere confidimus. Igitur venerabilis 
vir ^ Hado ^ abba ^ de monasterio Corbeia, quod ponitur in pago 
Ambianensi quod antecessores nostri Chlotharius ^ quondam rex vel 
Balthechildis t regina eorum opère a fundamento construere praece- 
perunt 0, clementiae regni nostri suggessit eo quod praefatus princeps 
et ^ regina * talem ad ipsum monasterium per eorum praeceptiones 
concessissent licentiam, ut omnes res tam quod ipsi ibidem pro eorum 
mercede visi Armasse fuerunt, quam etiam a succedentibus reg^ibus, 
vel a quibuslibet Deum timentibus hominibus fuerit additum vel col- 
latum, aut ab ipsis custodibus praefati monasterii per quodlibet inge- 
nium fuerit attractum in quibuslibet pagis vel territoriis, hoc pars 
ipsius monasterii sub intégra emunitate, absque introitu judicum vel 
fisci publici repetitionibus, possidere omni tempore quieto ordine 
deberet. Unde et ipsas praeceptiones antecessorum nostrorum, seu et 
confirmationes Childerici, Theoderici, Chlodovei, Childeberti, Dago- 
berti ', quondam regum necnon et genitoris nostri, ipse abba ex hoc 

a. vir inluster, C, Z), E, — b, affirmaviDius, C, E, — c. Omis dans C, E, 

— d. Omis dans C, E. — e. Clotharius, C, E, — /*. Baltechildis, B. — 
g. precœperunt, B. — h. Omis dans C, E, — i. C donne après la mention 
de Dagobertf Pippini. Alors que viendraient faire les mots necnon et genito- 
ris nostn? 

1. Charlemagne. 

2. 7« abbé de Corbie. 

Mim. «I éoe. d* VÉeoU dti Chartu. — V. I6 



242 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

in praesenti nobis protulit relegendas * et ipsum beneficium ab eo tem- 
pore usque nunc asserit esse conservatum, sed pro fîrmitatis studio 
petiit celsitudinem nostram ut hoc ipsum ad ^ suprascriptum monaste- 
riuih nostra plenius auctoritas deberet confirmare, cujus petitionem 
gratanti animo praestitisse et confirmasse, et in omnibus concessisse 
cognosciie. Quapropter per praesentem jubemus ac decernimus jus> 
sionem, ut quicquid ab anterioribus nosiris ad memoratum mona- 
sterium in quibuslibet locis vel territoriis fuit ^ concessum atque 
indultum, seu a Deum timentibus noscitur fuisse additum vel coUa- 
tum, aut per quodiibet ingenium ab ipsis abbatibus inibidem ^ Deo '^ 
servientibus ^ fuit attractum, aut inantea ibidem, Deo auxiliante, a 
quibuslibet ^ hominibus fuerit melioratum vel augmeatatum, tam 
quod praesenti tempore pars ipsius monasterii possidere vel dominare 
videtur, quam et inantea, Deo f adjuvante ibidem fuerit per quaelibet 
strumenta cartarum coUatum aut attractum, inspectis ipsis praeceptio- 
nibus memoratorum pxincipum, sub intégra emunitate absque introitu 
judicum valeant quieto ordine tenere ff vel ff possidere ff^ ita ut nullus 
judex publicus in curtes ipsius monasterii, vel homines qui supra 
terras commanere videntur, nec ad causas audiendas, nec ad freda 
exigenda, nec para tas aut mansiones faciendas, nec ullas redhibi- 
tiones ^ de parte fisci nostri requirendas aut accipiendas, ingredi 
omnino praesumat, sed sub intégra emunitate, ut diximus, cum 
omnibus fredis concessis, nosiris et futuris temporibus quieto valeant 
possidere vel dominare, ut melius delectet ^ servos ipsos Dei pro sta- 
bilitate regni nostri Dei misericordiam deprecari. Et ut haec J prae- 
ceptio firmior habeatur, vel per tempora in omnibus conserveiur, 
manus ^ nostrae subscriptionibus ^ subter eam decrevimus roborare. 

Itherius "* recognovit et subscripsit. 

Data sub die XVII Kalendas Aprilis, anno primo cum regnare 
cœpi. Actum Audriaca villa. In nomine Domini. 



a. legendas, C, E, — b, vel, B, — c. fuerit, C, E. — d, inibi de ser- 
vientibus, B. — e, quilibet, B. — /*. Domino, C, />, E. — g. possidere vel 
dominare, fî. — h, redibitiones, /). — i. delectetur, B, — j. ea, B. — 
k. manu, B. — /. subscriptionis, B. — m. Hiterius, E, 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 243 



N« 19 

JUGEMENT DE CHARLEMA6NE, HOI DE FRANCE ET d'iTAUE 

[774, 30 mai-2 juin, — 775, 25 déc], Schlestadt. 

TEXTE AUTHENTIQUE 

Jugement de Charlemagne, roi de France et d' Italie ^ condam- 
nant Agirerius et Aldradus^ avoués du monastère de Corbie^ à res- 
tituer à r abbaye Saint-Michel d'Honow les biens de cette abbaye ^ sis 
à Osthofen et h Bohgaefft^ qu'ils détenaient injustement, 

A. Original perdu. 

B, Copie du xi* siècle, perdue et représentée par a. — C. Copie de 
1449, dans les Libri sancti Pétri ^ perdue. — D. Copie e cod, Urstitii 
Basil,, perdue et représentée par c. — ^ E, Copie des Bénédictins, 
XV® siècle, sur papier, Bibl. Nat,, ms. lat. 17197, fol. 104 v®, d'après C. 

a, Mabillon, Annales ordinis sancti Benedicti, II, p. 652, n^ 18, 
d'après B. — b, Ëckhart, Historia serenissimae et ^otentissimae 
HabsburgO'Austriacae, p. 105, d'après a. — c. Schôpflin, Alsatia 
diplomatica, I,p. 51, n®56, d'après Z>. 

Établissement du^texte d'après £ et a. 

TEXTE FAUX 

[Même date]. 

Jugement de Charlemagne^ roi de France et d* Italie y condam- 
nanty après jugement de Dieu par la croix, Agissericus et Aldra- 
dus, avoués de Corbie, à restituer à V abbaye Saint-Michel d^Honow 
les biens de cette abbaye, sis à Osthofen et à Boggaefft, quHls déte- 
naient injustement. 

a, Grandidier, Histoire de V église de Strasbourg, t. II, preuves, 
p. 118, n" 69» d'après un mmuscrit de Saverne du xvi* siècle et un 
Liber juris S, Pétri de 1655. — A. Migne, Patrologie latine, t. 97, 
col. 954, n^ 33, d'après a. 

ÉtABUSSEMBNT du texte DIAPRES a. 



244 



EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 



Indiq. : Sickel, Acla Karolinorum, II, p. 32,n®56 (sousTannée 775). 
— Bôhmer-Mûhlbacher, Regesia^ p. 75, n** 196 (sous Taonée 775). 



TEXTE AUTHENTIQUE 

Garolus, graiia Dei, rex Fran- 
corum et Langobardorum, atque ' 
pairicius * Romanorum «, vir « in- 
ïuster *. 



Cum nos in Dei nomine Sclalis- 
tati ^ ^ villa in palatio nostro 
ad universorum causas judican- 
dum, vel recto judicio terminan- 
dum resederimus, ibique veniens 
advocaius sci Michaelis ^ vel 
Beati abbatis nomine Otbertus ^, 
interpellabat homines aliquos no- 
minibus Agirerium et Aldradum, 
advocatos monasterii Corbciae 
et repetebat ab eis, eo quod ipsi 
illas res in loco qui dicitur Oes- 
tiva ^ ^ et Gesida * quas f Immo * 
ad monasterium sci Michaelis per 
suum instrumentum tradidisset, 
in eorum potestate retinuissent <^, 
et quod Gerbriga illas res />rae- 
dictas ad monasterium sci Michae- 
lis in alio ordine tulisset, Sed 



TEXTE FAUX 

Garolus, gratia Dei, rex Franco- 
ru m et Langobardorum, atque 
patricius Romanorum, vir inlus- 
ter. Tuncregalis celsitudo sui cul- 
minis sublimatur^ quando cunc- 
torum jurgia juxta proposition^ 
vel responsionis ehoquia inter 
alterutrum salubre délibérât sen- 
tencia, quatenus sub Deo in rege 
manet potestas quomodo cuncta 
terribilia debeant ordinare, Gum 
nos in Dei nomine Sclalis- 
tati villa in palacio nostro ad 
universorum causas audiendum, 
vel recto judicio terminandum 
resederimus, ibique veniens advo- 
catus S. Michaelis, vel Beati ab- 
batis nomine Othbertus interpel- 
labat homines aliquos nomine 
Agissericum et Aldradum advoca- 
tos monasterii Gorbeiae, et repe- 
tebat eis, eo quod ipsi illas res in 
loco, qui dicitur Osthova et 
Gehsida quas Immo ad monaste- 
rium sancti Michaelis per suum 
instrumentum tradidisset, in eo- 
rum potestate injuste retinuissent. 
Sed et ipsi Agissericus et Aldra- 
dus de présente astabant, et tali- 
ter dederunt in responsisy quod 



a. Omis dans a, — b, Selatestati a. — c. Albertus, a. — d, Vestiva, a. — 
e. quasi, a. — /*, Omis dans a. — g. retinuisset, a. 

1. Schlestadt, ch.-l. de cercle, Alsace- Lorraine. 

2. Saint-Michel d'Honow. 

3. Osthofen, dioc. de Strasbourg. 

4. Bohgaefft, dioc. de Strasbourg. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 



245 



et ipse Agirerius et Aldradus in 
presenti astabant, et de hac causa 
nuUalenuspotueruntdenegare,nec 
tradere rationes per qnas ipsas res 
habere poiuissenty sed de présente 



ipsas res per loca 
nominata Oestiva * et Gesida, per 
eorum wadium una cum legi- 
bus ^ fîde ^ facta <^, ipsius advo- 
cato ^ sci Michaelis vel Beati 
abbatis, nomine Otberto *, visi 
sunt reddidisse vel revestisse, et 
per illorum festucam exinde in 



ipsas respredictas nunqnam inlis- 
sent malo ordine injuste, pro eo 
quod dixerunt quod eas Gerbriga 
per suum instrumentum condo^ 
nasset; unde et ipsum instru- 
mentum prae manibus se 'habere 
affirmabant, et ipsas inpraesencia 
nostra protulerunt recensendas ; 
etiam et de hac causa ad utrasque 
partes nihil certi cognovimus : 
unde ad divina mysteria^ Chris ti 
misericordia conspirante^ sicut 
longa consuetudo exposcit, et ipsi 
voluntarie consenserunt, jubemus 
emanare judicium, utdumper ista 
instrumenta de utraque parte cer- 
tamen non declaratur^ ut recto 
tramite . ad Dei judicium ad 
crucem Othbertus de parte sancti 
Michaelis ve l Beati abba tis et Agis- 
sericus de parte monasterii Cor- 
beiae exire atque stare deberent. 
Quod et ita visi fuerunt stetisse, 
et ea hora^ protegente divina dex- 
tera Dei^ Deus omnipotens suum 
justum judicium declaravit, ut 
homo memorati monasterii Cor- 
beiae Agissericus ad ipsum Dei 
judicium ad ipsam crucem trepi- 
dus et convictus apparuit. Et 
tune ipse et Aldradus in pre- 
sentia nostra vel procerum nos- 
trorum ipsas res per loca nomi- 
nata Osthova et Gehsida per eo- 
rum wadia una cum legibus 
fîdefacta, ipsius advocato sancti 
Michaelis vel Beati abbatis, nomine 
Olhberto, visi sunt reddidisse vel 
revestisse, et per illorum festu- 
cam exinde in omnibus duxisse 



a. Vestiva, a. — i>.legimus, E. — c. de facto, a. — d, advocatos, E, — 
e. Odberto, a. 



246 



EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 



omnibus dixisse exitum * . Per- 
inde nos taliter una cum Rdelibus 
nostris, hi sunt Mudrigo, Odrigo, 
Theodrigo, Bernehardo, Albuino, 
Aginhardo, Berngario ^, comili- 
bus, et Anselmo comité palatii 
nostri vel reliquis quampluribus 
visi sumus judicasse, ut dum ipsi 
in praesenti astabant Agirerius et 
Aldradus, et hanc causam nulla- 
tenus poterant denegare, nec tra- 
dere rationes per quas ipsas ^ res 
in eorum loca ^ habere potuis- 
senty sed « de praesenti per eorum 
wadia una cum legibus fide facta 
ipsius advocato S. Michaelis vel 
Beati abbatis, nomine Odberlo, 
visi sunt reddidisse vel revestisse, 
et per eorum festucam f sibi in 
omnibus dixisse exitum. Prop- 
terea jubemus, ut dum hanc cau- 
sam sic actam vel perpetratam 
esse recognovimus, [ut] superius 
scriptus abbas Beatus vel pars 
monasterii Honaugiae jam dictas * 
res in loco qui dicitur Oestiva et 
Gesida contra supradict[os] Agi- 
rerium et Aldradum, eorumque 
heredes *, vel contra omnes res 
illas J injuste retinere tentantes, 
omni tempore habeant elidicatas 
atque * evindicatas, et sit ' inter 
ipsos in postmodum ex hac re 
omni tempore sopita et definita 
causa tio 

-f Theudegarius recognovit. 



exitum. Proinde nos taliter una 
cum fidelibus nostris, id sunt 
Windringo, Odrigo, Theodrico, 
Bernhardo, Albuino, Gherardo, 
Berngario, comitibus, et Anshelmo 
comité palatii nostri, vel reliquis 
quamplurimis visi fuimus judi- 
casse : ut dum ipsi in presenti 
adstabant Agissericus et Aldra- 
dus, et hanc causam nullatenus 
poterant denegare, et ipse Agisse- 
ricus ad ipsum Dei judicium ad 
crucem trepidns et convictus 
apparnerit^ et ipsi de presenti per 
eorum wadia una cum legibus fide 
facta, ipsius advocato sancti 
Michaelis vel Beati abbatis, no- 
mine Olhberto, visi sunt reddi- 
disse vel rêves tisse, et per eorum 
festucam sibi in omnibus duxisse 
exitum. Propterea jubemus, ut 
dum hanc caussam sic actam vel 
perpetratam esse cognovimus, ut 
superius scriptus abbas Beatus, 
vel pars monasterii Honogie jam 
dictas res in loco qui dicitur 
Osthova et Gehsida contra supra- 
dictos Agissericum et Aldradum 
eorumque heredes, vel contra 
omnes illas res injuste retinere 
tentantes, omni tempore habeant 
elidicataâ et windicatas, et sit 
inter ipsos in postmodum absque 
ulla repeticione omni tempore 
sublata atque definita, seu et in- 
dulta causa tio. Theudegarius re- 
cognovit. 



a.Apartir de cet endroit, le m«. E est d'une autre main, — b. Beringario, 
a. — c. ipsos, E, — d. loco, a. — e. se, E. — /*. vestucam, E, — g, dizis- 
set, E. — h, dictos, E. — i. haeredes, E, — j. illo, E, — k, atqe, E. — 
/. sic, a. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 247 



No 20 



DONATION DE i/aBBE MORDRAMNUS 



[Fin du VIII» siècle]. {Perdue.) 



Vabbé de Corbie Mordramnus donne à son abbaye le domaine de 
Thennes ^ 

Ce document est signalé dans le nis. la t. 13908 de la BibL Nat.^ 
ainsi : « xiii kal. junii obiit Maurdramnus abbas qui Tanedas mo... ' 
dédit nobis. » Cf. B. Guérard, Polyptyque de Vabbé Irminon^ partie 
latine, p. 337. 



N» 21 

DONATION D^ADALHARD, ABBB DE CORBIE 

[Fin VIII* siècle]. (Perdue.) 

L'abbé Adalhard (le Vieux) donne à l'abbaye de Corbie ses biens 
patrimoniaux sis près de Tournay et dAudenarde. 

Cette donation est mentionnée dans la Vita sancti Adalhardi de 
Paschase Radbert, § 8 (éd. Migne, Patrol. laL, t. 120, col. 1512). 



NO 22 

DIPLÔME DE l'empereur CHARLEMAGNE OU DE LOUIS LE PIEUX 

[800, 25 décembre — 821], s. 1. 

Vempereur^ à la prière de Vabbé Adalhard^ consent après 
enquête à un échange entre le fisc royal et V abbaye de Corbie : l'abbé 
donne au fisc cent bonniers de terres cultivées, de prés et de terre 
arable et trente bonniers de forêt, sis dans le domaine d'Orville; 

1. Thennes, canton de Moreuil, Somme. 

2. La fin du mot est illisible; on peut par conséquent interpréter mo- 
[nasterium] ou mo[lendinum]. 



248 EXAMEN DES CHARTES DE GORBIE 

en échange^ le comte Maginanus^ agent de Vempereur^ remet k Vah- 
baye des bonniers de terres cultivées^ de prés^ de terre arable et de 
forêty en nombre indéterminé et en un lieu non indiqué, 

A. Original perdu. 

B. Formulaire en notes tironiennes du ix^ siècle, Bibl. iVaf., ms. 
la t. 2718, fol. 80 v*, d'après A, 

C. Copie du xviix^ siècle, Bibl. Nat.^ dota Grenier, t. 53, fol. 13, 
d'après a. 

a. Carpentier, Alphabetum tironianum (Paris, 1749), p. 48, n^ 23, 
d'après B. — b. Dom Bouquet, Becueil des historiens de la France^ 
^'I, p. 615, n" 23, d'après a. — c. K. de Rozière, Recueil général des 
formules,.,^ I, p. 353, n»* 299, d'après B. — d, Zeumer, Formulée 
impériales^ n" 36, p. 314, d'après B, 

Fac-similé phototypique de B : Guillaume Schmilz, MonumenUt 
tachygraphica codicis Parisiensis^ lat, .21i 8, 

Indiq. : Bréquigny, Table chronologique des diplôme$...^i. I, p. 201. 
— Sickel, Acta Karolinorum^ t. II, p. 155, n** 238 (sous Tannée 
825). — Bôhmer-Mûlhbacher, Regesta, I, p. 291, n*» 797 (sous Tan- 
née 825). 

Établissement de texte d*aprks £, c et d. 

EXBMPLAR PRAECBPTl DE REBUS BCCLBSIASTICIS APUD IMPERATORBM COM- 
MUTATIS. 

Cum petitionibus servorum Dei, quas nostris auribus insinuave- 
rini ^y libenter annuerimus ^ et eas cum Dei auxilio ad efiTectum per- 
duci feccrimus, non solum regiam et imperialem consuetudinem 
exercemus, verum etiam hoc nobis procul dubio tam ad statum terres- 
trem corroborandum, quam aeternae vitae beatitudinem capessendam 
profuturum esse confidimus. Idcirco notum fieri volumus omnibus 
fîdelibus sanctae Dei ecclesiae ^ et nostris, praesentibus scilicet et 
futuris, quia vir venerabilis Adalardus ^ abbas petiit celsitudinem 
nostram eo quod pro ambarum parcium opportunitate quasdam res 
apud nos commutare voluisset. Cujus petitioni, quia utilis et rationa- 
bilis nobis esse videbatur, libenter adsensum praebuimus et praecepi- 

a. ingcrunt, r. — b, annuimus, c. — c. ecclesic, f/. 
\ . 9* abbé de Corbie. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 249 

mus Maginario ^ ^ comîti et actori nosiro, ut cum missis praedicti 
venerabilîs Adalardi abbatis, adscitis etiam pagensibus hominibus et 
fîscalinis in eadem vicinia commanentibus, mensuraret easdem res pro- 
positas, earumque quantitatem et qualitatem bine et inde diligenter 
inspiceret et consideraret, et inlibatam ad nostram referret notitiam ; 
quod ita et fecit, simul et nobis retulit quod ambabus partibus hujus- 
modi commutatio utilis et proficua esse potuisset, et de nostra decre- 
vit voluntate ut ita fieret. Dédit igitur praedictus vir venerabilis 
Adalardus abbas de rébus monasterii sui quod est constructum in 
honore beatorum apostolorum Pétri et Pauli in page illo^ super Au- 
vium illum, quas ipse in quiète habere videbatur, ad jus fisci nostri, 
id est Audriacam villam ' per nostram datam licentiam, in pago illo, 
in loco nuncupante illo^ inter mansos et prata et terram arabilein 
bunnaria centum, et de silva bunnaria triginta. Et e contra dédit 
praedictus Maginarius ^ actor noster venerabili ^ Adalardo ^ abbati ^ 
ad partem monasterii sui de rébus praedicti fisci nostri per nostram jus- 
sionera in pago illo, in loco nuncupante illo, inter mansos et prata et' 
terram arabilem bunnaria tanta^ et de silva bunnaria tanta. Unde et 
super bac commutatione hoc nostrae auctoritatis praeceptum fieri 
jussimus, per quod praecipimus atque jubemus ut quidquid pars juste 
etrationabiliteraltericontulit parti, deinceps per hanc nostram auctori- 
tatem jure firmissimo teneat atque possideat, et quidquid exindc facere 
voluerit, libero in omnibus perfruatur arbitrio faciendi. Et ut haec 
nostrae auctoritatis praeceptio manu ^ propria ''. 



NO 23. 

DIPLÔME DE LOUIS LE PIEUX 

[815, 29 janvier], Aix-la-Chapelle. 

Uemperenr Louis le Pieux ^ à la demande de Vabbè Adalhard 
[le Jeune^^ confirme le privilège d'immunité donné par Charlemagne à 
Vabbaye de Corbie et confirmant lui-même les diplômes des rois anté- 
rieurs. 

A. Original perdu. 

a. Magnario, c. — b, Magnarius, c. — c. venerati Adalardi abbatis, d, 
— d» Omis dans c ; manibus propriis, d. 

i, Voy. plus haut, p. 95. 

2. Orville, canton de Pas, arr. d'Arras, Pas-de-Calais. 



2S0 EXAMEN DES CHARTES DE GORBIE 

B. Copie faite vers 1150, cariulaire m, Bibl, Nal.^ ms. lat. 17762, 
fol. 16, diaprés A. — C. Copie de la fin du xii" siècle, cartulaire xvn 
perdu, probablement d'après .4 et représenté par Z). — D*. Copie de 
Du Cange, xvii* siècle, Bibliothèque de t Arsenal^ Du Cange, Titres de 
Picardie, ms. in-fol. 4103 (anc. n» 332), fol. 29, d'après C. -- /)>. 
Copie dedom Grenier, xviii*' siècle, Bibl. NaL^ collection Moreau, 1. 1, 
fol. 44, d'après C. 

E* Copie du xni" siècle, cartulaire x, Bibl. Nat., ms. lat. 17764, 
fol, 45 v<>, d'après B. — F*. Copie de Du Cange, xvn* siècle, Bibl. 
Nai.y ms. lat. 9468, fol. 150, d'après B, — F. Copie de Bonnefons, 
xvii« siècle, Bibl. Nat., ms. lat. 17142, fol. 129 v«, d'après JF*. — 
G. Copie du xviix" siècle, Bibl. Nai.y dom Grenier, t. 53, fol. 11. 

a. Sickel, Beitràge zur Diplomatik^ V, 399, n** 9, d'après B et E*. 

Indiq. : Bibl. Nat., collection Moreau, t. I, fol. 45. — Sickel, Acia 
Karolinorum, II, p. 97, n** 46 (ne le signale que d'après B). — 
Bôhmer-Mûhlbacher, Begesta, I, p. 226, n<'551. 

Établissement du texte d'après B et C (=Z)* et Z)*). 

In nomine Domini Dei et Salvatoris nostri Jesu ^ Christi, Hludowi- 
eus ^ divina ordinante providentia imperator augustus. Si ei^a loca 
divinis cultibus mancipata propter amorem Dei ejusque in eisdem locis 
sibi famulantes bénéficia oportuna ^ largimur, praemium ^ nobis apud 
Deum çterne remunerationis rependi non diflîdimus. Idcirco notum sit 
omnibus fidelibus nostris tam et praesentibus quam futuris, quia vir 
venerabilis Adalardus <? * , abbas ex monasterio Corbeia r, quod est 
constructum in pago Ambianensi ff in honore sancti Pétri et sancti 
Stephani, detulit nobis immunitatem domini et genitoris nostri Karoli 
bone memoriç piissimi imperatoris, ubi invenimus insertum quomodo ^ 
ipse et antecessores ejus priores reges Francorum prefatum monaste- 
rium propter divinum amorem et reverentiam ipsius sancti loci sem- 
per sub plenissima defensione et immunitatis tuitione habuissent. Ob 
iirmitatem tamen rei postulavit nobis praedictus ' Adalardus abbas ut 
ob amorem Dei et reverentiam divini cultus eidem auctoritati nostram 

a. Jhesu, C. — b. Uludowichus, B ; Hludovicus, /)*. — c. opportuna, C, 
— d. premium, C. — c. Adalhardus, C. — f. Corbeie, C. — g. Ambianense 
B. — h. quoniam, C. — i. predictus, C. 

B 

1. Adalhard le Jeune, 10* abbé de Corbie. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 251 

quoque ^ jungeremus auctoritatem, cujus petitioni libenier adquievî- 
mus et lia in omnibus concessimus atque per hoc praeceptum nostrum 
confirmavimus ^. Quapropter praecipientes ^ jubemusut nemo fidelium 
nostrorum vel quislibet ^ ex judiciaria potestate aut ^ ullus f ex fideli- 
bus nostris iam praesentibus 9 quam et futuris in ecclesias aut loca vel 
agros seu reliquas possessiones praedicti ^ monasterii, quas moderno 
tempore in quibuslibet pagis vel territoriis infra ditionem imperii 
nostri juste et legaliter possidet vel ea que deinceps in jure ipsius 
monasterii voluerit divina pietas augeri, ad causas audiendas vel freda 
aut tributa exigenda aut mansiones faciendas aut fidejussores ' tollen- 
dos aut homines tam ingenuos quam J et servos super terram ipsius 
commanentes distringendos nec ullas redibitiones aut illicitas occasio- 
nes requirendas nostris et futuris temporibus ingredi audeat nec ea 
que supra ^ memorata sunt penitus exigere praesumat; etquicquid de 
rébus prefati ^ monasterii iiscus sperare poterat, totum nos pro çterna 
remuneratione predicto monasterio concedimus, ut perhennibus tempo- 
ribus in alimonia "^ pauperum et stipendia monachorum ibidem Deo 
famulantium proficiat in augmentum, quatinus ipsis servis Dei qui 
ibidem Christo " famulari videntur pro nobis et conjuge proleque ^ 
nostra et stabilitate totius imperii nostri a Deo nobis concessi atque con- 
servandi jugiter Domini misericordiam exorare delectet. Et ut [haec] P 
auctoritas nostris futurisque temporibus Domino protegente valeat 
inconvulsa manere, manu propria subscripsimus et anuli nostri inpres- 
sione subtersignari jussimus. 

Data IV kalendas februarii anno Christo propitio primo imperii 
domni Hludowici *i serenissimi augusti, indictione VIII. Actum Aquis- 
grani * palatio regio. In Christi nomine féliciter, Amen. 



a. Af. de Sickel a proposé la correction nostramque que rien nejusiifie, — 
h. confirmamus, D*. — c. precipientes, D^, — d, quilibet, D^. — e. et D>. 
— f. nullus, D^. — g, presentibus, D^, — h, predicti, D^, — i. ûdei jus- 
sores, D». — y. quamque, B,DK — k. super, D^, — /. prefati, D*. — m. ali- 
moniam, /)3. — n. quatinus ipsi qui ibidem Christo, />*. — o. proie quo- 
que, Z>>. — p. Restitué par M, de SickeL — q, Hludowici, C. 



i. Aix-la-Chapelle. 



252 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 



N» 24 



DIPLÔME DBS EMPEREURS LOUIS LE PIEUX ET LOTHAIRE I^ 

825 [vers août], Aix-la-Chapelle. 
Texte interpolé au x* siècle. 

Confirmation par les empereurs Louis et Lothaire, sur la demande 
de F abbé Adalhard le Vieux ^ de V immunité et de la liberté d* élec- 
tion abbatiale. 

A, Original, conservé dans la collection de M. Léon Ledieu, 
à Amiens, mutilé et illisible. 

B. Copie du xviii« siècle, Bibl. Nat.y collection Moreau, t. I, fol. 
62 et 66, d'après A, — C. Copie de dom Grenier, xviii* siècle, Bibl, 
Nat., collection Moreau, t. I, fol. 64 et 65, d'après A. — D. Copie 
faite entre 1 184 et 1 187, cartulaire viii, Bibl. Nat., ms. lat. 17758, fol. I 
v**, d'après A. — E. Copie du xii' siècle, cartulaire ix, Bibl. Nat., ms. 
lat. 17764, fol. 20 v®, d'après A. — F. Copie du xn® siècle, cartulaire 
perdu, d'après i4, représenté par H et a. — G. Copie du xv« siècle, 
cartulaire xvi, Bibl. Nat. y ms. lat. 17760, fol. 3 {cartulaire Esdras)^ 
d'après A. — H. Copie de Du Cange, xvii* siècle. Bibliothèque de 
VArsenaly Du Cange, Titres de Picardie, ms. in-folio 4103 (anc. 332) 
fol. 30, d'après G. 

J. Copie de Bonnefons, xvii* siècle, Bibl. Nat.^ ms. lat. 17142, fol. 
130 V®, d'après F. — K. Copie de dom Grenier, xviii* siècle, Bibl. 
Nat. y dom Grenier, t. 53, fol. 12, d'après a. 

a. Martène et Durand, Amplissima Collectio^ I, col. 81, d'après F. 
— b. dom Bouquet, Becueil des historiens de la France^ VI, p. 547, 
d'après a. 

Indiq. : Bréquigny, Table chronologique des diplômes... ^l. I,p. 172, 
sous l'année 825. — De Foy, Notice des diplômes .., p. 376, au 
25 juillet 825. — P. Georgisch, Begesta chronologico-diplomatica^ 
t. 1, col. 84, année 826, n^ 7. — Sickel, Acta Karolinorum, II, 
p. 155, n** 237. — Alph. Wauters, Table chronologique des chartes 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 253 

et diplômes imprimés concernant r histoire de la Belgique ^ t. I, p. 177, 
daté de 825-826 et placé sous Tannée 826. — Bôhmer-Mûhlbacher, 
Regesta, I, p. 291, n*» 796. 

Étabussement du texte D*APRès B et C ^ . 

In nomine Domini Dei et Salvatoris nostri Jesu Christi, Hludo- 
vîcus * et Lotharius divina ordinante ^ providentia imperatores 
augusti. Si Iiber[ali]tatis ^ nostre ^ munere locis Deo dicatis quiddam 
conferiraus beneficii, et nécessitâtes ecclesiasticas ad petitiones servo- 
rum Dei relevamus juvamine atque imperiali tuemur munimine, id 
nobis et ad mortalem vitam temporaliter transigendam et ad eternam 
felicitatem obtinendam profuturum liquido credimus. Noverit igitur 
sagacitas seu utilitas omnium fidelium nostrorum, tam presentium 
quam fùturorum, quia vir venerabilis Adalardus abba et senex de 
monasterio quod est in honore beatorum Apostolorum Pétri et Pauli 
et sancti Stephani prothomartyris constructum in pago Ambianensi, 
super fluvium Somana, petiit celsitudinem nostram ut ipsum monaste- 
rium sub nostro munimine et defensione cum cellulis sibi subjectis et 
rébus vel hominibus ad se pertinentibus vel aspicientibus confirmare 
fecissemus, ut nostre immunitatis auctoritate amodo et deinceps ab 
inquietudine judiciarie ^ potestatis idem munitum atque defensum fuis- 
set monasterium, cujus petitioni assensum prebuimus f, et hoc nostre ^ 
auctoritas T preceptum ff erga ipsum monasterium immunitatis atque 
tuitionis gratia, pro divini cultus amore et anime ^ nostre ^ sainte fieri 
decrevimus. Fer quod precipimus ' atque jubemus ut nullus judex 
publicus, vel quilibet ex judiciaria potestate in ecclesias vel agros seu 
reliquas possessiones quas moderno tempore in quibuslibet pagis vel 
territoriis infra ditionem imperii nostri juste et legaliter memoratum 



a. Ludovicus, C, — b. adjuvante, C. — c. A donnait la leçon libertatis 
comme Vindique expressément B et comme Va transcrit G, Nous corrigeons 
avec C. — d, nostrac, C. — e. judiciariae, C. — /". praebuimus, C. — 
f lis, auctoritatis. — g, praeceptum, C. — h, animae, C. — î. praecipimus, C 



1. Nous ne nous sommes servis pour rétablissement de notre texte que 
de ces deux copies qui offrent toutes les garanties désirables. Les autres 
manuscrits dérivés de Toriginal n'ont été utilisés que pour suppléer aux 
trous de Toriginal laissés en blanc dans B et C 



254 EXAMEN DES CHARTES DE œRBIE 

tenet vel possidet monasterium, vel ea que * deinceps in jure îpsius 
monasterii contigerit [divina pie tas] ^ augeri [ad causas judiciario more 
audiendas, vel freda aut tributa exigenda] <^, aut mansiones vel paratas 
faciendas aut fidejussores tollendos, aut homines ipsius monasterii, 
iam ingenuos quam servos, super terram ipsius raanentes injuste dis- 
tringendos *^, nec ullas redibitiones aut iliicitas occasiones requirendas, 
nostris vel futuris temporibus ingredi audeat, nec ea q[uae supra 
memorata sunt penitus] ^ exigere présumât T, sed liceat memorato 
abbati suisque successoribus res predicti ff monasterii S. Pétri cum 
omnibus sibi subjectis rébus vel hominibus ad se pertinentibus vel 
aspicientibus, sub tuitionis atque immunitatis nostre ^ defensione, 
remota totius potestatis inquietudine, quieto ordine possidere, et 
nostro fideliter parère imperio, atque pro incolumitate nostre ' conju- 
gis ac J propinquorum ac prolis seu etiam imperii ^ a Deo nobis col- 
lati, una cum clero sibi subjecto, Dei immensam clementiam jugiter 
exorare. Vol u mus quoque ut predicti ' monasterii monachi licentiam 
habeant, secundum regularis vitae institutionem, eligendi sibi abba- 
tem, quamdiu regalis cel»itudo viguerit. Et ut hec'^ auctoritas firmior 
habeatur, et per futura tempora melius conservetur, manibus propriis 
subter eam fîrmavimus, et anuli '^ nostri impressione signari jussimus. 

Signum Hludovici ^ serenissimi imperatoris. 

Signum Hlotharii p gloriosissimi augusti. 

ad vicem Fridugisi * recognovit 

Data Aquisgranif anno XII imperii Hludovici et Hlotharii IV, indic- 
tione 

N» 85 

DIPLÔME DB CHARLES LE CHAUVE, ROI DE FRANCE 

[840 OU 841 .J (Perdu). 

Confirmation par le roi Charles le Chauve de Vimmunité accordée 
au monastère de Corbie par les rois antérieurs, 

a. quae, C — b, B et C indiquent un blanc ; les cartulaires ne donnent 
rien. Nous avons suppléé à Vaide du diplôme précédent de Lo'iis le Pieux. 
— c. B et C indiquent un blanc ; restitué â Vaide de Z), E^ G, H, — 
d. distrigendos, B, — e. B et C indiquent un blanc^ restitué diaprés 
Df E, G, H, — /*. praesumat) C. — g. praedicti, C. — h, nostrae, C. — 
î. nostrae, B, — j. Omis dans B, — k, imperi. B. — /. praedicti, C. — 
m. haec, C. — n, annuli, C. — o. Ludovici, B. — p. Lotharii, B, 

1. Fridugise, chancelier de Louis le Pieux de la 7* à la 18* année du 
règne. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 255 

Il est fait allusion à ce diplôme dans Tacte du concile de Paris tenu 
en 847 et dans le diplôme de Charles le Simple, 9 nov. 901. (Voir ces 
textes.) 

NO 26 

DIPLÔME DE CHARLES LE CHAUVE, ROI DE FRANCE 

[842, 14 déc. — 843, février], Amiens. 

Donation au monastère de Corbie par Charles le Chaave, roi de 
France^ du pont de Daours et du péage que le fisc percevait sur ce 
pont, à charge de prier pour tàme de son père Louis le Pieux, pour 
lui, pour sa femme et pour la paix du royaume. 

A, Original, perdu. 

B. Transcription sous forme d'analyse faite entre 1184 et 1187, car- 
tulaire vui, Bibl, iVa^, ms. lat. 17758, fol.B v", 2* col., d'après A ou 
plus probablement d'après un texte intermédiaire sous forme d'ana- 
lyse. — C. Transcription du xii* siècle, cartulaire perdu, d'après A ou 
plus probablement d'après l'intermédiaire qui servit à B, et représentée 
par ^. 

Z)'. Copie de Du Gange, xvii® siècle, BibL Nat,, ms. franc. 9468, 
d'après B. — D^. Copie de Bonnefons, xvn® siècle, Bibl. Nat., 
ms. lat. 17142, fol. 131, d'après B. — E*. Copie de Du Gange, 
xvii« siècle, Bibliothèque de r Arsenal, Du Gange, Titres de Picardie, 
ms. in-fol. 4103 (anc. 332), fol. 31, d'après C. — E^. Copie de dom 
Grenier, signée, xvni® siècle, Bibl. iVâ^., collection Moreau, 1. 1, fol. 149, 
d'après C. — F. Copie de dom Grenier, xvm® siècle, Bibl. Nat., dom 
Grenier, t. 53, fol. 14, d'après D^. — F^. Copie de dom Grenier, 
xvm* siècle, Bibl. Nat., dom Grenier, t. 223, fol. 28, d'après D^. 

a. Du Gange, Histoire de Vétat de la ville d'Amiens et de ses 
comtes, p. 23, note 1, d'après Z>'. 

Indiq. : Bibl. Nal., collection Moreau, t. I, fol. 150. — Dom Bou- 
quet, Recueil des historiens de la France, VIII, p. 435, note. 

l Établissement du texte d'après B et C {=E). 

In nomine sancte et individue Trinitatis, Karolus, gratia Dei, rex. 
Regum semper in omnibus munificentissima liberalitate sanctorum 
loca rébus et donationibus constat ditari et eorum tuitionibus semper 



256 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

muniri. Justum est enim ut qui sibi cognoscunt a Deo regnum coUatum 
ipsi quoque eum ecclesiamque ipsius muneribus suis et venerentur 
jugiter et honorent. Propter quod nos quoque si aiiquid ad regni 
monasteria conferimus consuetudinem regalem exercemus et quod 
nobis in praesenti vita regnoque nostro proficiat prospicimus et unde 
retributionem regnique gloriam in secula eterna detineamus prépara- 
mus. Idcirco cognoscant omnes ecclesie Dei sancte nostrique fidèles 
quod venientes ad monasterium Corbeie, quod est constructum in 
pago Ambianensi super fluvium Somana in honorem beati Pétri prin- 
cipis apostolorum et sancti Stephani prothomartyris, causa orationis, 
cognovimus quia pons qui est ad Durdis super fluvium Somana qui 
aliquando ad jus publicum pertinebat conveniens et utilis esset ad 
necessitatem fratrum in predicto monasterio Deo militantium. Propter 
quod volumus eum dare et tradere prefato monasterio, pro anime 
piissimi genitoris nostri Hludovici elemosina sive pro nostra eterne 
remuneratione beatitudinis ut tam pons ipse quam vectigal, quod ex 
eo percipitur, ejus congregationis utilitatibus ex hodierna die deservial 
atque proficiat, et abbas congregatioque ipsa tam qui présentes nunc 
sunt quam successores eorum liberam ac firmissimam quicquid de eo 
pro utilitatibus ecclesie sue facere decrevcrint habeant potestatem 
faciendi quatinus, pro nobis et conjuge nostra * tociusque regni nobis 
a Deo collati pace et stabilitate, jocundius et devotius omnipotentem 
Dominum die noctuque incessanter exorare valeant. Et ut preceptionis 
nosire auctoritas cerlior fîrmiorque habeatur in posterum, anulo nostro 
subter decrevimus roborare. 

Data Ambianis anno tercio regni Karoli 



No 27 

DIPLÔME DE CHARLES LE CHAUVE, ROI DE FRANCE 

[843, 10 septembre — 844, avril], Compiègne. {Perdu). 

Échange entre le roi Charles le Chauve et tabbè de Corbie Pas^ 
chase Radbert, par lequel le roi donne au monastère Wailly sis au 
diocèse de Soissons et reçoit [Duerningen] et [Wittisheim] en 
[Alsace]^ et [Flônheim] dans le [Wormsgau] que Vabbaye tenait en 
don de la reine Ger berge, 

Indiq. : Bibl. NaL, fr. 24143, fol. 18 (inventaire de 1421). 
i. Hirmentrude. 



PIÈCES ^JUSTIFICATIVES 257 

Analysé : A. Bibl. NaL, lat. 17758, fol. B v% col. \. — B. BibL 
NaL, lat. 17758, fol. 252 v' [Cariulaire Noir) ; d'après A, — C. Cau- 
laincourt, BibL Nat.^ lat. 17757, fol. 9; d'après A. — D, Dom 
Grenier, BibL Nat., dom Grenier, t. 53, fol. 14 v<»; d'après A. 

a. Ch. Du vivier. Actes et documents anciens concernant la Bel- 
gique [Bruxelles^ 1898, in-8) p. 132^ copie de A, 

II y est fait allusion dans un diplôme de Charles le Chauve en 
faveur de Corbie, 18 sept. 857. (Voy. ce texte.) 

Cf. plus haut, p. 124 et suiv. 



N- 28 

ACTE DU 8^ CONCILE DE PARIS 

[847, 14-28 février]. 

Les pères du concile de Paris confirment au monastère de Corbie 
la libre disposition de ses biens et la faveur de la libre élection de 
Vabbé, 

A, Original perdu. 

B, Copie de la fin du x* siècle, cartulaire i. Bibliothèque impériale 
de Berlin, Phillipps, n« 79, fol. 98 (6), d'après A. — C, Copie faite 
vers 1150; cartulaire m, BibL NaL, ms. lat. 17762, fol. 11 v*», 
d'après A. 

D. Copie du xiii'' siècle cartulaire x, BibL NaL, ms. lat. 17764, 
fol. 40, d'après B, — £'*. Copie du xii* siècle, cartulaire vu, BibL 
Nat,, ms. lat. 17763, fol. 12, d'après C. — E ^, Copie de Bonncfons, 
xvii« siècle, BibL NaL, ms. lat. 17142, fol. 262, d'après C. — F. 
Copie du xviii® siècle, BibL NaL, dom Grenier, t. 53, fol. 15, 
d'après A. 

a. Sirmond, Concilia antiqua Galliae, III, p. 58, d'après B, — 
A. Sirmond, Opéra Paschasii Badherti, d'après B, — c. Le Mire, 
Opéra diplomatica^ I, p. 338. — (/. Labbe, Concilia, VII, col. 1848. 
— e. Hardouin, Concilia, IV, col. 1501, d'après a. — f, Mansi, Con- 
cilia, XIV, col. 843, d'après a. — gr. Migne, Patrologie latine, t. 120, 
col. 27, d'après A. 

Indiq. : Bréquigny, Table chronologique des diplômes»,., t. I. 
p. 221, sous l'année 846. 

Uim, tt ioc. dt VBeolê des Chartes. — V. 17 



258 EXAMEN DES CHARTES OB GORBIE 

Établissement du texte d'après B et C. 

Anno ab incarnationc Domini nosiri Jhesu ' Chrisli DCCC XLVI, 
indictione X ^, régnante per provintias Galliae gloriosissimo alque sere- 

a. Jesu, C 

1. LUndiction X répond à Tannée 8^7. Sirmond (Conc<7ia, III, p. 58) croit 
à rexistencc de deux conciles de Paris, tenus Tun en 846, Tautre en 847. 
Labbe {Concilia^ VIII, p. 39) estime qu'il n*y eut qu'un concile de Paris et 
le place en 847. Pagi, dans sa critique des Annales de Baronius [Obserca- 
tio ad annuni 846j n. 2 et 3), approuve la conjecture de Labbe au sujet d'un 
concile unique de Paris, mais il repousse la date de 847. Mansi (Sacroruni 
conciliorum nova et amplissima collectio^ XIV, col. 847-850) examine la 
question, mais ne se prononce [)as. Les auteurs de VArl de vérifier les 
dates se rallient à Topinion de Pagi et ils ont été suivis par Mas Latrie, 
( Trésor de chronologie, col. 1269). « Ce concile (le 8' concile de Paris tenu 
le 14 février, pour TafTaire d'Ebbon) a pour caractères cbi^nologiques le 
16 des calendes de mars de Tan 846, indiction 10 ; d'où le P. Labbe infère 
qu'il est de 847, suivant le nouveau style, parce que Tindiction 10 appartient 
réellement à cette année. Mais ce concile étant une continuation de celui 
de Meaux, comme il est marqué dans la préface de ce dernier, peut-on 
supposer qu'il y aura eu un intervalle de 20 mois entre Tun et l'autre? Nous 
disons donc avec le P. Pagi, qu'il y a faute dans Tindiction, et cela avec 
d'autant plus de vraisemblance, qu'il n'y a nulle preuve que l'année com- 
mençât alors au 25 mars ou à Pâques, du moins dans la province ecclésias- 
tique de Sens, comme le P. Labbe le prétend. »» Voir également Schrôre, 
Hinkniar, Erzbischof von Reims, p. 561, n. 4. Le P. Labbe a cependant 
raison d'adopter la date de 847 ; aucun des auteurs qui se sont occupés de 
cette question n'a tenu compte de l'allusion, évidente cependant, au col- 
loque de Mersen que contient le début de l'acte en faveur de Corbie. 
Hincmar de Reims écrit à Amolo de Lyon « de synodo a tribus regibus 
condicla et de Ebone praedecessore suo et aliis nonnullis ». M. Schrôrs (Ibid . , 
p. 519) date cette lettre de 847, mars-juin. Cf. la même disposition dans 
l'acte du synode de Germigny pour Corbion (Mabillon, Acta SS. ord. S. 
Benedictit iv* s., 2* partie, p. 249). Le dernier colloque avant celui de 
Mersen avait été celui de Thionville en 84i; il semblerait étrange que ce 
soit à lui que les pères du concile aient fait allusion. Il est bien plus naturel 
de penser au colloque de Mersen. Ce colloque qui devait se tenir dans la 
deuxième semaine du Carême, c'est-à-dire du 6 au 12 mars, comme nous 
l'apprend Loup de Ferrières (lettre 59, éd. Baluze ; lettre 66, éd. 
Desdevises du Dezert), fut avancé et se tint en février, comme le prouvent 
les capitulaires qui y furent rédigés. Les pères du concile, réunis à Paris 
par ordre du roi le 14 février, en apprenant le renouvellement de la con- 
corde, tout à la joie du maintien de la paix compromise par l'affaire 
Gisalbert (Ann, Fuldenses, a. 846) purent écrire dans l'acte conciliaire 
l'incise que nous trouvons ci-dessus. L'indiction est bonne, et l'année 846 
concorde avec elle en admettant que les pères du concile se sont servis ou 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 259 

nissimo principe Karolo *, jam divisione regni ac pace cum fratribus, 
Hlothario scilicet et Hludowico regibus, confirmata *, convenientibus 
nobis Galliarum episcopis ex regio precepto ^ Parisius, ut super ^ his 
quaereremus quae in ecclesiis Dei, tam propter civilis belli transactam 
violentiam, quam et obinertiam praelatorum atque subjectorum, longe 
jam secus quam dignum est geruntur; necnon cujus rei gratia pestis 
atque lues tamdiu in populo grassantur, qui etiam modus atque status^ 
secundum institutionem Patrum, sanctarumecclesiarum esse deberet; 
quaeve privilégia antiquitus tradita conservari deberent»^ Inter cetera, 
venerabilis frater noster Ratbertus ^ abbas Corbeiensis monasterii 
obtulit nobis sacras litteras piissimorum principum Hludowici vide- 
licet bone memoriae piissimi imperatoris ac Hlotharii ^ filii ejus, qui- 
bus cautum est, ut ipsum monasterium, secundum antiquum morem 
jam inde a principio custoditum, electionis gratiam et rerum suarum 
dispensationis libertatem haberet, cum omni integritate, tam nostris 
quamque * futuris temporibus ^. Insuper et auctoritatem atque con- 
sensumpraecellentissimi atque nobilissimi régis Karoli protulit, qui et 
idem monasterium, secundum morem praedecessorum suorum, quasi 
jure haéreditario in sua familiaritate ac defensione ab exordio regni 
sui favente Domino f suscepit ffy et veluti munus rêvera Deo gratis- 
simum, inter diversos turbines causarum; ut tranquillitate precipue 
ordini eidem * congruente potiretur, Deo devolissime obtulit', 
suisque sacratissimis litteris J promulgavit *. Petiit itaque a nobis quo 
ea quae sacris litteris piissimorum principum confirmata fuerant, 
nostra quoque auctoritate ex voluntate priacipis confirmarentur ^. Quod 
et nos justum et ordini nostro dignum esse censuimus, tam pro rêve- 
rentia Dei qui ipsum locum protegit atque provehit, quam et propter 
munus pastorale gregis Christi susceptum, necnon et ob eorum dilec- 
tionem qui ipso in loco laudabiliter Domino hactenus famulantur. 
Nam, sicuti comperimus, ipse locus venerabili Bathilde ''' regina a 
Clothario ' filio suo impétrante, a sanctis viris fundatus est, et sacrae 

a. Carolo, B. — b, prçcçpto, C, — c. insuper, corr, en ut super, B. — 
c/. Lotharii, C. — e. Corr. quam. — f. Domino favente, C. — ff. suscçpil, C 
— h, eodem, B, — i. optulit, C. — J, literis, C. — k. Baltilde, Ç. — 
/. Lothario, C. 



du style du !«' mars (ce qui serait un archaïsme) ou du style de l'An- 
nonciation (25 mars). Le concile de Paris dut siéger assez longtemps, 
quelques jours au moins. Je placerai donc Tacte en faveur de Corbie entre 



le 14 elle 28 février 847. 

1. Allusion au colloque de Mersen» tenu en février 847. 

2. 14* abbé de Corbie. 

3. Diplôme de Louis le Pieux et deLothaire, Aix-la-Chapelle,vers août 825. 

4. Diplôme de Charles le Chauve (840 ou 841), perdu. 

5. Cf. Capitulaire de Mersen (fév. 847), cap. 4. 



260 EXAMEN DES CHARTES DE œRBlE 

religionis normam, quam primo tempore suscepit, in viola tam deinceps 
retinuit, in tantum ut eos qui se fundaverant ^ non modo eequaverii 
religione, sed etiam pêne superaverit. Qua de causa, et nobilissimi viri 
in eodem loco ad Dei servi lium sponte confluxerunt, et eumdem locum 
tam nobilitate sua quam et vitae merito décora verunt. Unde factum 
est ut ipse locus familiarior domînis rerum fieret, adeo ut sub sua 
tutela reges atque regine eum susciperent. Sed quia nostris temporibus 
omnia fere depravata erant, cémentes religiosi viri ejusdem loci elec- 
tionis jura multis in locis non servari, verentes simiiîa pati, sacras lit* 
teras clementissimorum principum expetierunt,electionem sibi et rerum 
suarum liberam dispositionem juxta institutionem divinao legis con- 
firmantes. Nec eas ^ suflicere arbitrati, ex nutu nobilissimi atque prae- 
stantissimi régis, nostra quoque auctoritate sibi eadem postula verunt 
confîrmari. Quod nos non immerito <* concessimus, primo quia patres 
et defensores ecclesiae esse debemus, deinde quia, nisi pro talibus 
invigilaverimus, rei fore ante conspectum divinae majestatis pertimes- 
cimus. Quocirca monemus atque hortamur filios ac dominos nostros 
piissimos principes, nostri pariter et futuri temporis quia pêne in 
omnibus locis id confunditur, saltem «^ propter amorem et reverentiam 
Dei et servorum ejus debitam dilectionem, insuper et regni sui prospe- 
ritatem atque augmentum ^, eleclionis gratiam et liberam dispositio- 
nem facultatum suarum illi loco f conservare satagant, et sit in illo 
monasterio semper privilegium electionis, sicuti antiquitus in ecclesiis 
electio conserva ta fuit, non supposita aut sufTecta, sed libéra, juxta 
auctoritatem canonicam et regulam sancti Benedicti. Quod si ali- 
quando contigerit ut rector aliquis in eodem loco non digne Deo vivat 
aut forte minus oflîciosus circa principem sit 7, hoc statuimus ut, si 
ille propter suam negligentiam depositus fuerit, electio illis intemerata 
permaneat, videlicet ut eligatit alterum, quem ad illud officium secun- 
dum monasticam disciplinam aptum invenerint. Non cnim ^ juslum ut 
uni us culpa super omnes redundet, neque ullo pacto rectum esse potest 
ut uno peccante super omnes vindicta consurgat aut causa unius eccle- 
sia Christ! sua privilégia perdat; sed sic unius culpa resecanda est, 
ut omnibus qui in eodem loco sunt et venturi sunt, consulatur. In 
ipsa porro eicctione regularis auctoritas conservetur, id est ut ille 
praeponatur sanctç congrcgationi qucm non multitudinis electio, 
commendaverit, sed quem sanioris coasilii ', licet pauci numéro fra- 

a. fundaverant, C — h, C ajoute sibi. — c. inmerito, C — d, saltim, C, 

— e. et, C — /*. C. ajoute jugiler. — g. Toute rincise aut forte sit, a été 

grattée dans C et n'a pas été reproduite dans E, — h, C ajoute est. — 
1. concilii, B, 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 261 

très elegerint et quem vitae meritum, et sapîentie dignîtas probabi- 
lem reddiderit ^ Quod si aliquando contigerit ut aliquis pervasor 
immo lupus ovilis dominici, aut pecunia, more Symonis, aut qualibet 
gratia^ apud dominos rerum monasterium illud impetrare voluerit, 
primo, secuadum canonicam auctoritatem, quia seculari potestate 
ecclesiam Dei obtinere ^ voluit, anathematizamus una cum omnibus 
sanetîs patribus qui sacros canones edidere, quo non minus nostra, 
nobis misericordissima gratia Dei conlata^ , obligeturauctoritate, quam 
et omnium praecedentium patrem, quipro stabilitate sanctae Dei eccle- 
siae hujusmodi décréta protulerunt; deinde înferimus, quia servorum 
Dei contubernium turbare voluit, exturbet illum Deus sicuti ^ Achan 
de terra viventium ^, si tamen cito non ^ resipuerit. Si autem et impe- 
traverit, neque hic, neque in futuro societatem cum sancta Dei eccle- 
sia habeat, quam infami satis exemplo contaminavit. Immo chorus 
omnium ecclesiarum contra eum indesinenter concrepet ^, qui dixit : 
« Hereditate possîdeam f sanctuarium Dei. » « Deus meus, pone illum 
ut rotam, sicut stipulam ante faciem venti, sicut ignis qui comburitsil- 
vam, sicut flammacomburens montes ^, » et cetera quae sequuntur. Et 
quia cupiditate ductus etiam pecuniam ac substantiam servorum et pau- 
perum Christi invadere et asportare voluit, una cum Juda sacre pecu- 
niae dilapidatore et proditore Domini nostri Jhesu 9 Christi, maledic- 
tiones illas quae in eum prolate sunt excipiat utpote invasor gregis 
Christi et necator pauperum. Praeterea si filii nostri domini rcrum 
eis qui haec nunc forte machinantur, aut quandoque temptabunt ^^ 
aspiraverint, semel et secundo » tertioque ^ vel amplius ammoniti, si 
non se correxerint, similis eos obligationis sententia et hic et in futuro 
astringat, nisi se contra eum qui rex regum et dominus est dominan- 
tium per veram satisfactionem et emendationem congruam correxe- 
rint. Et ut hoc filii ac domini nostri, quoniam Dei et ecclesiastice ^ 
sanctioni adversum est facere formident, canonica auctoritas quid de 
his in ' uno et in quamplurimis capitulis statuât adnect[i]mus'^. Ita 
enim sancitum est : si quis dederit vel acceperit oblata praeter episco- 

a. optimere, C. — b, collata, C. — c. sicut, C. — d, non cito, G. — e. les 
ms8, portent ici eum qu'il faut nécessairement supprimer, — /*. possidea- 
mus, C. — g. Jesu, C. — h. C ajoute vel. — i. secundo, C, — J, tercioque, C. 
— k, çcclesiasticç, C. — /. répété dans B. — m. ad nectumus, B; année- 
timus, C. 

1. Cf. Régula monachorum S» Benedicti (éd. Wœlfflin), c. 64 : deordi- 
nando abbatis, 
. 2. Josue, VII. 

3. Psalm., LXXXII, 13, 14 et 15. 



262 EXAMEN DES CHARTES DE GORBIE 

pum, veleumqui constitutus est abeo ad dispensandam misericordiam 
pauperibus, et qui dat et qui accipit, anathema sil. Haec ergo prose- 
cuti sumus, quo filii et domini nostri, et quod agere debent faciant, 
et his qui patrum auctoritatem violare non verentur résistant, ne sibi 
perpetuam obligationem imponant, neque sibi subjectis scandalum 
oflensionis génèrent. Manifestuni quippe est, quod qui a[c]quiescit * 
maie postulanti et sibi animadversionis divinae pondus inducit et ei 
qui conibet ^ justi et perpetui judicis iram inponit. Quod ne fiât, 
monemus, hortamur et rogamur ut filii et domini nostri et baec que 
statuimus illibata conservent, et nulli profano ausu ecclesiam Dei terne- 
rare volenti consensum, aut nunc aut in futuro, praebeant, quatinus 
non solum iram districti judicis évadant, verum etiam coronam perpe- 
tuae vitac et Davitici illius felicissimi et sempiterni regni gloriam con- 
sequantur. Sed et eos, quorum gratia haec omnia ioquimur et facimus, 
vidclicet praeclara et pretiosissima membra aeterni régis et salvatoris 
omnium, monemus quatinus eodem aiïectu religioni suae continuam 
devotionem adhibeant quo nos eorum et utilitati consulimus et tran- 
quillitati in futuro bac in causa deservimus : videlicet ut taies esse 
studeant ante oculos judicis omnia cernentis, quales in oculis homi- 
num videntur esse et creduntur, ut nos ecclesiasticis negotiis occupa- 
tos oratione et merito Deo commendent, et dominis ac filiis nostris 
omnipotentis Dev propitiationem obtinere possint. Quo non modo illis 
perpétua facultalum suarum potcstas et ^ electionis gratia perma- 
neat ^, sed etiam triumphus gloriae sempiternae post functionem 
vitae prçsentis illos excipiat. Et ut haec quae sanximus in presenti et 
in futuro tempore inviolata permaneant, nostrae manus subscrip- 
tione quae superius conprehensa sunt corrobora vim us. Successores 
quoque nostros monemus atque obsecramus quo, pro amore Christi, 
zeloDei succensi, invigilent adversum insidiatores et fures ovilis domi- 
nici, eosque repellant ; et quicquid firmavimus et ipsi confirment , tam 
auctoritate sacri evangelii et sanctorum patrum quam et sua eis cle- 
mentissima gratia a salvatore omnium attributa, veluti et nos illius 
loci tranquillitatem et profectum diligentes, eum qui hoc privilegium 
temerare voluerit, secundum institutionem canonum anathematizamus, 
atque ab omni consortio sanctorum segregamus, si tamen cito non resi- 
puerit et per veram satisfactionem se correxerit. Obsecramus etiam 
fratreset coepiscopos nostros per adventum Domini nostri Jesu Christi 
et nostrae congregationis in ipsum,sedct religiososabbatesqui ad hanc 
sanctamet beatamsynodumoccurrerunt, in quorum manus hujusprivi- 

a. adquieseit, B. — b, Corr, connivet. — c. Omis dans C — d, Corr, 
permaneant. 






PIÈCES JUSTIFICATIVES 263 

legii a nobis editi et corroboraii pagina pervenerit, sua auctoritate et 
subscriptione hoc coDfirmare non différant. 

Hincmarus, sanctae raetropolis ecclesiae Remorum episcopus, hoc 
privilegium ' episcopali aucloritate ratum décernons, in nomine 
Patris et Filii et Spiritus Sancti, confirmavi et * subscripsi *. 

Herpuinus ^^ indignus Silvanectensis episcopus, huic privilegio epis- 
copali auctoritate stabilito in nomine sanctae Trinitatis subscripsi ^, 

Guntboldus <^, sanctae metropolis ecclesiae f Rotomagensis ff episco- 
pus hoc privilegium relegi, atque episcopali auctoritate ratum decer- 
nens, in nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti confirmavi et * sub- 
scripsi *. 

Simeon *, sanctae Laudunensis ecclesiae episcopus, huic privilegio 
auctoritate episcopali assentiens, in sanctae Trinitatis nomine J sub- 
scripsi *. 

Rodhadus ^, sanctae Suessionensis ecclesiae praesul, huic privilegio 
auctoritate pontificali assentiens, in ^ nomine "^ sanct^ "^ Trinitatis ^^ 
subscripsi ^. 

Theodericus ^, sanctae Camaracensis P ecclesiae *i episcopus '*, huic 
privilegio auctoritate episcopali ' assentiens, in nomine sanctae Trini- 
tatis, subscripsi ^ 

Irminfridus, sanctae Bellovagensis çcclesiae episcopus, huic privile- 
gio auctoritate episcopali assentiens, in nomine sanctae Trinitatis, suis. 

Wenilo, sanctae Senonicç metropolitane ecclesiç episcopus, hoc 
privilegium relegi atque, episcopali auctoritate ratum decerncns, in 
nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti, subscripsi ". 

Fulcoinus, sanctae Taruanensus ecclesie indignus episcopus, huic 
privilegio auctoritate episcopali assentiens, in nomine sanctae Tri- 
nitatis subscripsi. 

a. privilegio corr, en privilegium, B. — C. ajoute relegi atque. — 
b^ J'interprète ainsi les signes -1 | de B, que C, a traduits ; et \\, — c. Er- 

puinus, C. — d. 4-, B; \| , C. Cette souscription est rejetée après celle 
de Wenilon c/a/isC— e. Guntbaldus, C. — f. çclesie, C— gr. Rotomacensis, 
B, ~ h. Interprétation de ^ , B; manque dans C. — L Simeonis, B. — 

y. Omis, B. — k, r î ^ ; jj ^^ Cette souscription est rejetée après celle 
d'Erpuinus dans C— /. Rothardus, C. — m. Omis, fi. — /i C ^ ^î & ^• 
— o.Teodeicus. C. — p, Cameracensis, C. —7. çclesiç, C. — r. prçsul. C — 
s. pontificali, C. — • /. sut, B. On retrouve celte même abréviation irrétju- 
Hère à la fin des souscriptions de Fulcoinus, de Baginarius, de Ilelmeradus 

et d'Erchenradus, M- C, — u. -f-, B, 



26 i EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

Helias * Carnotensis episcopus, hoc privilegium relegi, atque epis- 
copali auctoriiate ratum fieri dignum duxi et subscripsi ». 

Raginarius, sanctae Ambianensis ecclesiç episcopus, huic privilegio 
auctoriiate ponliflcali assentieus subscripsi. 

Helmeradus * Ambianensis ecclesie indignus episcopus hoc pri- 
vilegium consensi et subscripsi ^. 

Prudentius, sanctae Trecassinae ecclesie indignus episcopus, huic 
privilegio auctoritate episcopali assentiens, in sanctae Trinitatis nomine 
subscripsi ^. 

Aldricus Cenomanensium episcopus subscripsi <'. 

Agius, indignus Aureiianensis ecclesie episcopus, huic privilegio 
episcopali auctoritate stabilito, in nomine sanctae Trinitatis, sub- 
scripsi ^. 

Erchenradus, Parisiacensis ecclesiae episcopus, privilegio episcopali 
auctoritate stabilito, subscripsi. 

Freculfus^ Lixoviensisecclesiç episcopus, episcopali auctoritate ratum 
decernens, in nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti, subscripsi T. 

Saxbodus ^, Sagensis ecclesie episcopus, hoc decretum consensi 
et subscripsi. 

Immo, Noviomagensis ecclesiae indignus episcopus, hoc privile- 
gium consensi et subscripsi. 

Erluinus, gratia Dei, Constantiae episcopus, hoc pri vilegium con- 
sensi et subscripsi ff. 

Hludowicus, monasterii pretiosissimorum martyrum Christi Dionisii 

a. ^ B. — b. Nous mettons en italiques les souscriptions ajoutées après coup 
en guise de confirmation. — c. Interprétation de^ B, — ^* ^> ^- — ^• 
Interprétation c/ey , fi. — /*. Interprétation de JU^ B. — g. Interprétation 

1. Ilélie, év. de Chartres, vivait encore vers le mois de juillet ou août 
850. Cf. Tabbé L. Duchesne, Fastes épiscopaux, II, p. 264. 

2. Hilmeradc, évèque d^Amicns, successeur de Raginarius, fut élu en 
juin 849. 

3. Freculf, cvêquc de Lisieux, signalé comme mort vers 850 (Gallia 
Christiana, IX, col. 704), vivait encore vers juillet ou août 850, Cf. 
Duchesne, Fastes épiscopaux, II, p. 264. 

4. Saxobodus, év. de Seez, considéré jusqu'ici comme disparu en 849 
{Gallia Christiana, IX, col. 678), vivait encore vers juillet ou août 850 
Cf. Duchesne, Ibid, 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 265 

ac sociorum ejus abba, privilegium hoc relegi ratumque decernens 
subscripsi '. 

Balfridus, Bajocensis ecclesiae episcopus, subscripsi ^. 
Radbertus, ipsius monasterii abbas, privilegium hoc relegi ratumque 
decernens, subscripsi ^. 

Wanilo * sanclae melropolis Rolomagensis ecclesiae epîscopus sub^ 
scripsi ^. 

AdalgariuB abba monasterii Sanctae Grucis subscripsi «. 
Ainaldus abba Sancti Carelif A subscripsi. g 
Hincmarus ^ Laudunensis ecclesiae episcopus subscripsi ff. 
Odo ^ Belvacensis ecclesiç indignas episcopus prias hajus monas^ 
ierii abbas consensi et subscripsi^, 

a. Interprétation de F f B, — b. Ci , B, — c. Interprétation de \[ÇX'f B. — 

d. Interprétation de y, B. —^'\\t B. — f.sic^B. —g. Aj, fi. — b. Après la 

souscription de Thierry ^ évéque de Cambrai, C donne la variante suivante : 
Similiter et omnes hi qui infrascripii habentur tam abhates quam episcopi 
sub codem sanctç Trînitaiis nomine et tune qui alTuerunt et postea qui 
subsecuti sunt hoc privilegium confirmantes manu proprîa subscripse- 
runt, videlicet : 

Ermenfridus Belvacensis Çclesie episcopus. Fulcoinus Tarouuanensis 
çclesiç episcopus. Helias Carnotensis çclesiç episcopus. Prudentius Tre- 
casinç çclesiç episcopus. Agius Aurelianensis çclesiç episcopus. Erchem- 
radus Parisiacensis eclesiç episcopus. Frcculfus Luxoviensis çclesiç 
episcopus, Saxbodus Sagensis çclesiç episcopus. Erluinus Constantiç 
çclesiç episcopus. Emmo Noviomagensis çclesiç episcopus. Raginerus 
Ambiancnsis çclesiç episcopus. Aldricus Cenomanensium episcopus. Balt- 
fridus Bajoaccnsium episcopus. Wenilo Rotomagensium episcopus. 

Odo Belvacensium episcopus. Ratbertus qui dicitur Pascasius ipsius Cor- 
beiensis monasterii abbas idem privilegium relegi et in nomine sanctç Trinî- 
tatis Jj , Ludowichus abbas monasterii Sancti D yonisii ipsum privilegium con- 
Grmando subscripsi. Rainaldus abbas monasterii Sancti Carilelphi \i • 
Adalgarius abbas monasterii Sanctç Crucis confirmando. 



1. Wenilon, archev. de Rouen, 856 — 18 sept. 869. 

2. Hincmar, év. de Laon, 21 mars 858 — mort avant 7 déc. 882. 

3. Odon, év. de Beauvais, successeur d'Irminfridus qui mourut en 859. 



266 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

NO 29 

BULLE DU PAPE BENOIT III 

855, 7 octobre. 

ConfirmAtion el extension par le pape Benoit III, à la demande de 
Vabbé Anselme agissant au nom de Vabbé de Corbie^ Odon, des pri- 
vilèges de Vabbaye de Corbie. 

A. Original sur papyrus collé sur peau, bullé en plomb, Biblio- 
thèque communale iT Amiens^ n® 526^ I-iongueur6'°65; largeur 0*665. 
Très détérioré du commencement. 

B. Copie de la fin du x* siècle, cartulairc i, Bibliothèque impériale 
de Berlin, Phillips, n« 79, fol. 105; d'après A. 

C. Copie faite vers 1150, cartulaire m, Bibl. Aa^, ms. lat. 17762, 
fol. 24 v^, fragmentaire. — Z). Copie du xii* siècle, cartulaire iv, Bibl. 
Nat,, ms. lat. 17762, fol. 33, fragmentaire. — JF. Copie du xii* siècle, 
cartulaire v, Bibl, Nat., ms. lat. 17702, fol. 36, fragmentaire. — 
F. Copie du xii* siècle, cartulaire vu, Bibl. Nat., ms. lat. 17763, 
fol. 24. — G. Copie du xii^ siècle, cartulaire ix, Bibl, Nat., ms. lat. 
17764, fol. 25 V. — //. Copie du xiii* siècle, cartulaire x, Bibl. A'a/., 
ms. lat. 17764, fol. 28. — J. Copie du xiii* siècle, cartulaire xi, Bibl. 
Nat., ms. lat. 17759, fol. 1 (Cartulaire Blanc), fragmentaire. — 
K. Copie de Bonnefons, xvn® siècle, Bibl. Nat., ms. lat. 17142, fol. 
266. — L. Copie de Du Cange, xvii* siècle, Bibl. Nat., ms. lat. 
9468, fol. 152. — M. Copie de Du Cange, xvn* siècle. Bibliothèque 
de V Arsenal, Du Cange, titres de Picardie, ms. in-folio 4103 (anc. 
332), fol. 32. — A^. Copie de dom Grenier, xviii® siècle, Bibl. Nat., 
dom Grenier, t. 53, fol. 19. 

Fac-similés. Mabillon, De re diplomatica, tab. 47, fragmentaire. — 
Dom Tassin et dom Toustain, Nouveau traité de diplomatique, V, 
tab. 79, p. 184, fragmentaire. — Marini, Ipapiri diplomatici, p. 222, 
fragmentaire. — Fac-similés lithographiques de VÈcole des Chartes 
(anc. fonds), n*** 22 el 23, fragmentaires. 

a. D'Achery. Spicilegium VI, p. 397; édition de 1723, III, p. 343» 
d'après B. — b. Labbe, Concilia, VIII, col. 235. — c. Hardouin, Con- 
cilia, V, col. 104. — d. Mansi, Concilia, XVI, p. 113, d'après a. — 
e. Cocquelines, Bullarum, privilegiorum ac diplomatum romanorum 
pontificum amplissima collectio, I, p. 185. — f. Bullarium romanum, 
l, p. 295. — g. Migne, Patrologie latine, CXV, col. 693, et CXXIX, 
col. 1001 . — h. Champollion-Figeac, Documents inédits historiques, 
I, p. 349. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 267 

Inoiq. : Bréquîgny, Table chronologique des diplômes,.,^ I, p. 243, 
ann. "855. — Jaffé-Wattenbach, Regesla ponlificam romanoram^ I, 
p. a40, no 2663. 

Etablissement du texte d'après A et B ^. 

Il * * [Benediclus, e]p[is]cop[us], s[er]v[us] s[er]v[orum] Dei, univer- 
sis episcopis Galli[arum. Cum romanae sedis pontificem constet 
omnium] || ^ aeccl[esiarumj * Xpisti caput atque principem [fore tan- 
qu]am [bejati Pelri pri[nclipis apos[to]orum vices agentem cui Chris- 
tus ecclesiae] ^ committens princi||^palum fatur : « Tu es Petrus [et 
s]uper banc petram edific[abo ecclesiam meam et tibi dabo claves regni 
coelorum », || * cunjctatio [nuljli [fidejlium relinquitur quo[d uni- 
versis] eccl[e8iis] sollicitudinem pre[tend]ere ^ et omnium [in Christo 
credentium saluii, paci atque] {{ ' quieli pr[ospicere] nos [oporteat ut 



ro]bor[entur, quae] cor- 
integra] conserventur. 



et quae prava sunt corrigantur et] quae rata ^ 
r[upta sunt restau || ®-rentur, q]ue f autem 
[Cumque banc curam circa universalis] ecclesiae co[rpus per totius 
orbis latitudinem diffuse ffW^ custodire debeamus, speciali tamen 
prero]ga[ti]va post ro[manam] atque italicam erga [ecclesias Gallica- 
nas nobis || ^ convenit observare, quemadmodum predecessores nos- 
tros fecisse manifestum est]. Quod com[petentius n]unc quoq[ue 6eri 
oportere || ^ ipse rei publicae ^ status testifîcatur quando quidem 
utramque pr]ovinci[am] un[ius] imperii sceptrum non d[iv]idit et 
[rom]an[ae dignitas ||*® ecclesiae una cum terreno p]rincipatu [utrius- 
que] provinciae * regnum J communi jure disponit ut [et] rer[um 
principes sua ||^* décréta romanae eccl]esiae sancitis prae[mun]iant ^, 
et ecclesiastica jura principum statutis adjuventur esti[man]tes ' 
[terr]enae"* rei- ||** publicae rectores tune se feli]citer imperare si 

a. Jusqu^à. ligne i 7, le mauvais état du document ne permet plus de lire que 
quelques mots ou fragments de mots, ou même des lettres à demi disparues, 
ce qui est encore suffisant, dans quelques cas, pour corriger B dont je me 
suis servi pour suppléer à Voriginal, — Jusqu'à la ligne 26, la coupure des 
lignes manque de précision. — h, ecclesiarum, B. — c. totius ecclesiae, 
B, — d. praetendere, B, — e. recta, B, — f, quae, B. — g, difTusae, B, — 
h, publicç, B, — i. provintiœ, B, — y. regnis sur un grattage. On peut 
lire encore regnum sous le grattage, B, — k, prçmuniant, B, — /. aesti- 
mantes, B. — m, terrenç, B, 

i. Je n'ai pas jugé utile, puisque nous possédons Toriginal, de recher- 
cher les familles de manuscrits. Je me suis contenté de classer les copies 
par ordre chronologique. J'ai mis à profit B pour les passages où l'origi- 
nal était insufïïsant, après m*être assuré par la comparaison avec l'original 
même de la valeur de cette copie dont on trouvera ci-après les variantes. 
Deux de ces variantes de B qui sont des additions prouvent que le diplôme 



268 EXAMEN DES CHARTES DE €0RB1£ 

fiuis sanctionibus apostolica confedereturauctoritas. Quamdum [in nobis 
suscipiunt ac || ^' venerantur iljlum se suscipere gratulanter qui dis[cipju- 
lis suisloquiturdicens : « Qui vos recepit, me recipit. » [Hinc e contrario 
11^* de contemptoribus, ait: « Qui vos sp^ernit, me f8p]er[nit]. » Igitur 
cum,sicutdictumest, apostoHcae 8olli[citudini universalis ||^' ecclesiae 
creditja ait dispensatio [et] pro c[un]ctorum fi[de]lium statu perpétuas 
nostraesollicitudini vigiliaspraet[endere {| '* conveniat] ; ma[xim]a tamen 
dilig^ntia curam eorum debemus [eccle]siarum gerere quarum specialius 
provîdentiam ratio [suscepti] ||*^ [offic]ii[a] nobis docetagendam 'ut non 
solum quae hactenus in suo st[a]tu permanent intemerata serventur, 
yer[um ea \\*^ quae lapsa sunt ad prioris] formae dignitatem reducan- 
tur. Unde cognoscat omnium praesulum sanctorum per Gallias corn- 
mo||^' ran[tium reve]r[en]da fraternitas quod vir venerabilis Odo * 
abbas ex monasterio Corbeiae provinciae ^ [Galliarum, quod {{'^ est 
constructum] in pago Ambianensi super fluvium Somnae <^, ad[iit nos] 
per venerabilem Anselmum abbatem]'* || peten[s ut nos]trae auctorita- 
Us privilegium super electionis propriae statu et rerum suarum libéra 
possessfione seu {{^' dis]pensatione praedicto monasterio concede[rem] 
Ostendit quoque nobis privilégia ab episcopis édita {^^ [unum a prae]- 
suie Ambianensi ad cujus diocesim locus ille pertinet et coepiscopis 
suis factum atque robor[atum jam |p* an]tiquis temporibus *, et aliud 
ab archiepiscopo Remensis ecclesiae Igmaro ^ ^ et universali co[nci- 
lio Ip' episcoporum Gal]liarum paucis intercedentibus annis conscrip- 
tum et subscriptionibus propriis roboratum peten[tibus ut||*^ ad 
q]uoscumque sive episcopos sive abbates pervenerit subscribere non 
graventur *, In quibus privilegiis de[cretum] |p^ est, ut praefatum 
monasterium Corbeiae et rerum suarum liberam obtineant ^ domina- 
tionem,et eligendi [sibi] {|^' abbatem de suis semper habeant potesta- 
iem. Contradictores vero et répugnantes huic sanctionî anathemate 
perpet[uo] |p' damp]nandos. Super baec autem magnili[ci] imperatoris 
Hlotharii et Hludowici f mandatum atque supplicatio ||^^ accessit 
idipsum postulantium ff, videlicet ut episcoporum privilégia nostra 

a. agendum, B, — b. provinliae, B, — c. Summa, B, — d. Hincmaro, 
B, — e. optineat, B, — f, ac Karoli, B, — g, postulandis, B, 

faux de Charles le Chauve, empereur, existait dès le x* siècle, comme nous 
Tavons dit plus haut, p. 140, et qu'on ne peut se fier absolument pour le 
fond même aux meilleurs cartulaires. 

1. 15" abbé de Corbie. 

2. Privilège de Berthefridus, 6 septembre 664, Captonnaco, 

3. Ilincmar, archev. de Reims. 

4. Acte du concile de Paris, 847. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 269 

quoque auctoritale fîrmarentur. Nos itaque cer[n]enl[es] \\^* [re]ligio- 
sam A f[ore] postuI[a]tionem, neque ab apostolica sollicitudine prae- 
iereundum ^ quod pro servorum Dei quieli <^, et sancti pontifices pie 
!i^^ [statuerunl et magniBci pri]nci[pes re]li[giose ^ rogajbant, et abbas 
congr[egationis cjujsdem necessario postulabat, censuimus rogati || 
^^concedere quod ultro decebat nostram pastoralem so][li]citudinem 
exhibere. Gognovimus etiam, referente venerabili Anselmo [a]bb[ate], 
\\^* coenobium de quo a[gini]us, a praecellentissima * Francorum 
regina Baltchildae f nobiliter edificatum 9^ et a primç ^ fundationis 
[suae Ip^ statu] cum nobilitate sanctorum virorum et religionis mona- 
chicae observantia, tum quoque principum Francorum faboris praero- 
gat[iva] ll^* [et] muniminis protection[e] semper floruisse. Qua de re 
factum est; ut et i[mmun]itates * r[erum suar]um et priv[ilegîa e]li- 
gend[i abbatem ei ||'^ conce]d[erent], concessumq[ue f]ore perpetuis 
diebus décernèrent, suarumque munimenta cessionum in archivis 
monasterii ad memoriam ||'* futurorum s[ervanda repo]nerent. Qui- 
[b]us omnibus cognitis, nefas esse duximus si non r[eligio]sorum 
princ[ip]ura devotionem 8e[quentes, et sanctorum |[^* prae8ul]um exem- 
pla comitantes, nostrae cessionis auctoritatem monasterio Corbe[iae 
trib]ueremus, ne qui primi prop[ter apostolicae \\*^ sedis] primatum in 
ecclesiasticis negotiis disponendis inveniri debeamus, ipsi pos[teriores 
reperiajmur i ; et qui ad servo[rum Dei quietem||^* com]parandam 
[ceteris] auctoritatis lumen praestare exemplo nostro fjubemur, 
Ioquen]te Domino : u Vos estis lux mundi », ip[si per neg||^^ligentiae 
tepo]re[m minime boni] operis fulgorem aliis praebeamus ^. Qua de 
[re, noverit omnisl ecclesia Galliarum et universus e[piscoporum || 
*^ coetus eijdem ecclesi[ae] praesidentium, quod privilégia sanctorum 
praesulum, si^ve] quae diebus antiquis, sive quae moderno temp[ore 
gesta sunt 11*^ monasterio] Corbeiae, quod est constructum in pago 
Ambianensi super fluviu[m] Sumna in honore sanctorum apostoI[orum 
Pétri et Pauli ||*^ et sancti] Stephani p[rotomarly]ris, praesenti aucto- 
ritatis nostrae ed[icto] robora[m]us; id est, ut res monasterii, sive 
qua[ecumque a||** fidelibus ob]a]la fuerint D[eo et congrejgationi fra- 



trum ibidem Xpisto milita[ntiu 
maneant; n[eque epis||*^copus 



m, in dispositione abbatis et fratrum 
Ambianensis, ad cujus dioecesim ' 



coenobium illut respicit, aliquid exinde praesumat, aut aliquis episco- 

â. religiosum, B, — b, pretcreundum, B. — c. quicte, B, — d. rcli- 
giosae, B, — e. precellentissiina, J5. — f. Balthilde,. fi. — g, aedifica- 
tum, B. — h, primae, B. — i. emunitates, B, — j. repperiamur, B, — 
k. prebeamus, B, — /. diocesim, B. 



270 * EXAMBN DES CHARTES DE CORBIE 

porum qu[orum in ||*^ « parroechijis res aut basilicas habere cognos- 
cuntur, neque in agris, villis, praediis aut cellis, aut in his omnibus 
quae ad jus et |P' [domin]ationem eorum rcspiciunt, aut episcopus, 
aut oechonomus, seu archip[reSjb[yte]r ^, aut archidiaconus, aut qui- 
libet ministrorum ||^®, [seu praejpositorum ejus aut conventus faciant, 
aut convivia praeparent, aut aliquid potestatis jure sîbi vindicent 
aut ll*^* [exigant] vindicanda. Hac quoque condicionis lege omnes 
episcopi se conveniri noverint, quorum par[r]oechias res Corbeiaen- 
[sis ^ ll^'monastJeriirespicereccgnoscuDtur : necnovumnec inusitatum 
causetur qu[isjquam fore quod decernimus, quando quidem et huic ||'' 
[coenjobio constat olim jam hoc concessum, et multis aliis non solum 
in Gallia vel Italia, [ve]r[um toto] terrarum orbe, non ||'^ [soium] 
monachorum, vcrum canonicorum monasteriis, hodieque conspicimus 
manere indultum ;[et una qua]eque ecclesia débet y manere suis pri- 
vilegiis contenta, nec ab alia pervadi [vel] usurpari, quod alte[rius 
jurisjesse cons[p^ici[tuy. Cumque Galliarum per-||'* [maxim]e eccle- 
sias [idelium collationibus a Deo constet esse ditatas, ut nemo sit 
fe[re] episcoporum, cui suae sumptus ecclesiae ^ {|^^ [satis] superque 
non sutr[ici]ant ^, cujus gratia necessitudinis, quae servorum Xpisti 
sunt usibus collata A, in suos converterc |p^ sumptus praesumant. Sic 
cnim clericorum, qui de propriis abundant reditibus, communicatio 
prohibetur cum eis |p' quae conferuntur ecclesiae, nedum illi accipe- 
rinl ff, qui de propriis abundant \ eorum qui nichil ' habent inopia 
non le|P® vetur. Qua conscientia episcopus suae sumptibus ecclesiae 
sufficiens, quae servorum Dei fuerint usibus collata J pr[aesu]m[at] || 
•^contingcre? Nec veretur quod per prophctam Dominus exprobrat 
sacerdotibus dicens : « Rapina pauperis in domibus vestris * » ||. 
•'Pauperes enim [Christi] esse quis ^ nesc[ijat, qui contempnenles sub- 
stantiam mundi, salvatoris nostri vestigia sectantes, qui « cum \\ 
•^ [es]set dives pro [n]obis pauper effectus est *», sanctae professionis 
titulum sibi divilias arbitrantur. Quisquis igitur aliquid ||®* horum 
quae fuerint ad nécessitâtes ' eorum collata praesumpserit, et suis 
commodis applicuerit, rapinam in domum {{^' suam de substantia 
pauperis congregat. Omnia quoque quae sunt ecclesiis oblata "^ vel 

a. De la ligne 33 à la ligne 48^ les fins de ligne sont incertaines. — b, 
abrégé aPchipnr,A ; archiprô, B. — c. Corbeiensis, B. — d, ecclesie, B. — 
c. Le blanc de A est trop large pour les trois lettres ici. — /". conlata, U. — 
g, acceperint, B. — h, habundant, B. — i. nihil, B, — j, conlata, B. — 
k, qui, B. — /. vel oblata, B. — m. nccessitalc, B. 

1. IsaYc, 3. 

2. 2" Cor., 8. 



PIÈCES JUSTIFlCÂliVES 271 



iduarum, c[er]lum est neces- 
s aliquid in suas u[tilitates] 
®^ congestam deti[n]et. Et 



delegata in pauperum, pupillorum ||**, [v 
sitates destinaia. Quare quisquis e[x hi 
exigit, rapinam pauperis in domo sua 

apostolus ait : « Quia rapaces regnum Dei non possidebunt * ». Unde 
ab omnibus quae monasterio Corbeiae fuerint ||®^, [vel oblata, 
vel] quocumque legit[irao] jure possessa, in pecuniis, in agris, 
in praediis, in domibus, in cellis, aut ecclesiis, nichil « ex ||*' [eijs 
s[ibi] praesumat aut episcopus aut quicumque ministrorum ej[us], ne 
contra [nostram] et majorum suorum auctoritatem faciens|p®, regum 
quoque décréta pro servorum Xpisti quiète constituta contemnens ^, 
reum se sancti concilii et perpetuç dampnationis efficiat {|^^. £t quo- 
niam <^ monachi tranquillitatis pacem et securitatis otium habere 
debent ut Deo vacantes professionis suae regulam valeant ob||^^8ervare, 
nec episcopus, nec archidiaconus ejus accédant ad praefatum mona- 
sterium, nec servorum Dei quietem perturbare praesum[an]t ||^^ nisi 
forte aut abbas aut fratres alicujus utilitatis gratia eum vocare volue- 
rint. Alias, nec in abbatem, nec in aliquem de fratribus [qui]d W^* 
quam * potestatis obtineat, neque per episcopalem fastum ^ aliquid in 
eos ei liceat ; verum abbas, sccundum regulam sancti Benedicti *, ||'^ libe- 
ram monasterii sui habeat potestatem, et monachi ad ejus, tanquam 
ad pastoralis sui, solummodo respiciant gubernationem, nec [epis]{|^®co- 
pale minislerium aliquid dicionis super eos obtineat. Quoniam ^ cum 
abbas vices Xpisti in monasterio agere creditur ^ pastoris offîcium 
super ll"^^ créditas sibi oves habere cognoscitur ; utque f dispensationis 
suae ministerium exercere praevaleat digne, nullius débet perturbari 
potesjl^^tate subjectus, sed ab omni episcopali liber dominatione, 
Xpistum tantummodo judicem sustineat, cui redditurus est de cre- 
ditis 11^' sibi ovibus rationem. Quapropter modis omnibus statuimus, 
ut episcopus adventus sui praesenlia monasterii tranquillitatem non 
inq[u||^^i]elet, nec aliquid in eo episcopali potestale facere praesu- 
mat, nec fratribus aut abbati ullam molcstiam, aut inquietudinis 
perturjl^^bationem ff ingérât. Quod si violare praesumpserit, non pasto- 
ris offîcium, sed eversoris atque conlurbatoris dominici ||®* gregis 
noverit se agitare tirannidem ; ac per hoc non ut pastor suscipiendus, 
verum tamquam lupus ab ovili Xpisti re[movenj|j^^dus, dampnationis 

a. nihil, B, — b. contempnens, B. — c. qûô, A, B, — d, quicquam, B. 
e, qûôAy B. — /*. utquae, B, — g. B répèle le mol el exponclue le premier, — 

1. 1" Cor., 6. 

2. S. Bened. régula, c. 65. 

3. Ibid,, c. 62. 



272 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

suae poenas anathematis mucrone percussus excipiat. Altarîâ vero seu 
basilicas in monasterio rogatus ||^^ ab abbate ^ pro Xpisli nomine con- 
secret atque benedicat. Chrisma quoque sive sanctificationis oleum 
singulis annis praebeat. Sed {{^' elsi quem petierit abbas aut de mona- 
chis aut de c[an]o[nîcis] suis ad aliquem graduni ecclesiaslicum conse- 
crandum, nullatenus con| ^^tradicat, nisi forte his ^, pro quo peiitur, 
indignas tali honore v[er]itatis teslimonio depraehendatur, quoniam ^ 
sicut divinae benedictionis sa l^^cramenium aut pro muneribus aut pro 
gratia largiri cuiquam non decct indigno, ita gratis débet exhiberi ^ 
dignis, sicut Salvator ait ||^^ : « Gratis accepistis, gratis date *. » 
Electionis autem privilegium ut habeant fralres ejusdem monasterii 
decernimus, id est ut querocumque ||^' de se ipsis, qui sit monachicae 
professionis, dignus tamen pastorali praelatione, voluerint eligere, 
secundum regularem auctoriH^^tatem, potestatem habeant eligendi. Et 
super hoc monentes obsecranius gloriosos (ilios nostros HIot[a]rium « 
ac f Hludovic[um o ||** Ajugustum *, ut sicut memorabiles Augusti 
genitor et avus eorum ^, et priores ante se reges Francorum eidem 
coenobio concesserunt eli||^^gendi de semedipsis ^ abbatem atque ipsi 
suis praeceptis hoc idem sanxerunt, ita quoque conservare suis tempo- 
ribus proXpisti amore |{'^ dignentur, et conservanda perpetuis diebus 
aeternitatis suae legibus constituant; ut dum famulis Xpisti liberta- 
tem electionis conces||'^serint et concessam servare studuerint, etprae- 
sentis vitae regnum et sempiternae beatitudinis gloriam a Domino 
ipsi percipere mereantur. ||®^ Atque quod est aut regio munere aut fide- 
lium devotione ad idem coenobium Deo famulisque ejus oblatum, nec 
ipsi auferant J ||*^, necalios auferre permittant. Quoniam ^ valde justum 
constat atque religiosum, ut qui a Domino meruerunt percipere regni 
hono|l*^rem, ipsi Deo conservent quod ei collatum ' estpia credentium 
devotione ; et qui a Xpisto regali magnificentia praelati sunt ||*^ ceteris, 
ipsi famulis Xpisti eligendi sibi pastorem non auferant libertatem. Nam 
quis ignorât illa quae collata'^ sunt Deo per fide{{'^Iium manus, divini- 
tati possidenda consignari, et ab humano jure in jus divinum concedi, 
nec etiam hominum dominatij^^^oni posse transcribi quod constat 
divinitatis possessione ^ semel fore contradictum ? Unde quisquis ea sui 

a. abbatem, B, — b. Il faudrait : is. — c. qûôm, A ; qûÔ, B, — d, cxhiberc 
corr. en exhiberi, B, — e. On peut lire aussi bien : Hloierium, A, — /". aci 
omis dans B, — g. et Karolum, B, — h. Augustes, B, — i, semctipsis, B. — 
/. autferant, B, — k, Qnm. -A, Qïïô, B, — /. conlatum, B, — m. conlata, 
B. — n. possessioni, B, 

i. Matth., 10. 

2. Diplôme de Louis le Pieux et Lothaire, vers août 825, Aix-la-Chapelle. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 273 

juris domina IP^Uioni conatur adjungi, alterius, id est, Dei juris perva- 
sorem eum certum est fore. Etenim si quis alicujus hominis possessio- 
nem ||*^^ per violentiam sibi conatus fuerit usurpare, reus publiai 
juris effîcitur, et tamquam raptor et pervasor hereditatis alienae 
legali II*®' judicio puniendus subicitur. Multo magis igitur quicumque 
ras Deo consecratas in jus suae * possessionis transfuderit ||*®^, non 
humani tantum, verum etiam divini juris noxius tenetur, et non solum 
raptorisaut pervasoris crimine *, verum etiam sacri||^®Megiinotadamp- 
nandus, caelesti judicio muleta bitur ^. Unde magnifici principes 
cogitent quanto se crimine ante conspectum ||*^* divinae majestatis 
obligent, qui res Deo [tra]d[itas] invadere et ab ecclesiasticis usibus in 
suas utilitates convertere non ||^^^ metuunt. Si vero privatorum quam- 
vis ingenuorum hominum tamen possessiones injuste pervaserint, 
atque violenter abstule||*^^rint, non reges, id est, justi et modesti, sed 
tyranni, id est, crudeles et iniqui vocantur et habentur : quo nomine, 
quove hono||^^^re censendi sunt, qui divinam hereditatem, id est 
ecclesiae Ghristi possessione ^ injuste invadunt, et violenter auferunt? 
Unde haec cogitan||*^®tes filii nostri religiosissimi principes, res 
monasterii Corbeiaensis ^ inviolatas illivatasque ^, tamquam sacra 
divinitatis|p^^ custodiant, nec ipsi eas tollentes, nec ab aliis auferri 
sinentes, ut ante superni régis conspectum quod dictuntur nomine 
reges{|**^ merito censeantur, ut dum Deo quae sua sunt custodiunt, 
eis a Deo et regni terraeni ff principatus custodiatur, et sempi- 
temae^ll*^^ beatitudinis corona tribuatur. Quapropter monentes eos 
hortamur i ut tam sua quam priorum principum concessa incon||**^- 
vulsa custodientes, pontificum quoque nostraque décréta nullatenus 
praevaricantes, monasterio sepedicto ^' electionis {|^^' privilegium tam 
suis quam futuris temporibus et servent et servanda sanctionis perpe- 
tuae stabilitate décernant. Verita[tis] \\*** etenim voce docemur, quo- 
niam * « si quis in ovile Xpisti non per hostium ' ingreditur, sed 
aliunde ascendit, hic fur est et latro » *, ||*^^ [et taljis non dominici gre- 
gis salutem, sed sua lucra, non ut salvet, sed ut perdat, requirit. 
Ovile autem Xpisti fore collegium {|^^^ sanctum monachorum, nuUus 
prudentium dubitat. In hoc ovile per hostium'^ ingreditur, quando per 

a. suç, B, — b. B a commis un bourdon occasionné par les mots verum 
etiam répétés, — c. multabatur, B. — d. Il faudrait : possessionem comme 
on le lit dans B, — e. Corbeiensis, B. — f. pour illibatas, B. — g, terreni, 
B, — h. sempiterne, B, — i. ortamur, B, — J. saepedicto, B. — k, qûô B. 
— /. otium, B. — m. ostium, B. 

1. Joan, 10. 

U*m. «I doe. it VÉeoU du Chari». —V. 18 



274 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

electionis ordinem ||*** secundum regularem constitulionem aliquis 
pastorale rainisterium sorlitur; qui vero regiae dominationis potes- 
tate IP^^ sufTuItus, et non per electionis gratiam super dominicum 
gregem primatum arrtpit, hic non pastor, id est vicarius Xpisti ||**\ 
sed fur et latro esse cognoscitur, nec ut dominicum * gregem custo- 
diat, sed ut perdat et dissipet, intrare depraehendi||*'Hur. Unde quis- 
quis ei potestalis hujus dominationem tribuit, de morte tantarum 
animarum in die judicii reus ||^^^ judicabitur, quanlis hic per pravitatîs 
exempta causa fuit pcrditionis. Qua de re, gloriosi principes mona- 
steriohuic | *^* electionis praerogativam concedite, neque aliquam per- 
sonam aut laïcam aut canonicam, quod contra omnem ||*'' ecclesiasti- 
cum ordinem est, aut etiam monachum vel ex alio monasterio, vel non 
secundum regulam electum |{*'*, super eum regali potentia constitua- 
lis, ne domus Dei, quac domus orationis esse débet, per vos fiai spe- 
lunca latronum ||*^^. Neque enim ignoratis hujusmodi pi*aelaios et 
auctores ejusmodi praelationis a domo aeternitatis divina ^ cen||*^^sura 
exturbandos, et ad supplicia ultionis perpetuae deportandos. Unde 
quae sententia damnationis ^ a nobis est |{*'* in taies exercenda ^^ nisi 
quam Spiritus Sanctus ore prophetico protulit, dicens : c< Omnes prin- 
cipes eorum qui dixerunt : hereditate pos8i|{*^®deamus sanctuarium 
Dei, Deus meus, pone illos ut rotam, et sicut stipulam ante faciem 
venti, sicut ignis qui conburit \\*^* silvam et sicut flamma comburens 
montes, ita persequeris eos in tem pesta te tua, et in ira tua tur- 
babis eos *. » Qui sunt |p'^ enim qui sanctuarium Dei hereditate 
possidere dicuntur <^, nisi illi qui res Deo dedicatas, et ad usus 
pauperum servorumque ejus colla tas ||*'', secularis f potentiae 9 domi- 
natu, non electionis gratia quaerunt * obtinere? Principes au tem illo- 
rum sunt hi, qui votis eorum suf||*^^fragia praeslando, aut ecclesiae 
res illis tradendo consentiunt. Quali autem utriquc feriantur divinitus 
ultione, superius dicta sente[nlia^ |i'^* conpraehendit, quae * osiendit 
eos a caelestis J patriae ^ stabilitate proiciendos et temporalis volubi- 
litate labsus ' quasi rotae"» vertigine [cirj||*^®cumferendos, posique 
praesentis terminum vitae " , turvidinae ^ divinae animadversionis 
velut stipulam ariditatis vanitate levissi||'^'[mam] rapiendos ei infruc- 
tuositatem eorum atque superbiam tamquam silvestrem sterilitatem et 

a. A porte : domicum et en surcharge ni — b, divinç B. — c. damp- 
nationis, B, — d, exerenda, B. — e. se dicunt, B. — f, sçcularis, B, — 
g, potcntiç, B. — h. querunt, B. — i. quç, B, — j\ cçleslis. — k. patriç, B. 
— /. lapsus, B, — m. rotç, B. — n, vitç, B, — o. turbidine, B. 

1. Paalm.f lxxxii, 13. 14. 



PIÈGES JUSTIFICATIVES 275 

contra Deum elatum tumorem terrae ^, igni ||^^^, flammaque vorante 
comburendos. Ut hanc igitur ultionis divinae ^ severitatem non 
subeant, studeant christianissimi principes Xpisti |{*^^ ecclesiis elec- 
tionis sua jura conservare, et quod universae debetur ecclesiae, Cor- 
beiaensi ^ non auferant monasterio, ut, dum ei propter||*'*® honorem 
Dei jus electionîs indulserint et res monaslerii violentorum ambitio- 
nibus ne deserviant incontaminatas ^ servaverint, ipsi caelestis <^ ||*** 
regni cum Xpisto participio consequantur. Nec eum aliquando in secu- 
larium manus aut canonicam dominationem permittant quod ||^^^ habi- 
tatorum summa destructio est, et dantis sive accipientis summa damp- 
natio. Nam quid est aliut T secularem ff personam pastoralis vice||^^^ 
ecclesiae * Dei praeferri, quam abominationem desolationis in templo 
Dei constituere ? Quicumque igitur hoc faciunt Pilato similes ||*** inve- 
niuntur, qui Cesaris '* imagines in templo Domini statuit venerandas. 
Et cum apostolus fidelibus loquitur, dicens : « Nolite confirmari 
hu||**^ic saeculo, sed reforniamini in novitate sensus vestri *, » Qui 
secularem personam monachis praeficil, quantum in secreto i||*^* [de 
forjma spiritus ad formam saeculi, et de imagine Xpisti ad imaginem 
terreni régis eos impellit, quoniam * omnis subjectus praejl^'^^lati sui 
débet imaginem sequendo imitari. Unde non parvo se delicti scelere 
putet involvi, qui taies ecclesiae praeponit, in quo||'^^rum forma servi 
Xpisti, non Xpisti humilitatem, sed superbiam mundi, non caelestis 
patriae desiderium, sed saeculi concupiscentiam {|*^^ cohtemplentur 
semper et addiscant. Quod quia videtis, excellentissimi principes, sce- 
lestissimum fore, hoc impietatis ||^^® sacrilegium a monasterio Cor- 
beiaensi ' propellite semper ; sed nec canonici ordinis personam super 
eum aliquando \\*^* vel praeponatis, vel praeponi sinatis. Memores 
estote quod Nadab et Abiu, quia ignem alienum Domino in incensum 
obtulerunt, divinoigni {|^'^ consumpti sunt ^. Ignem siquidem alienum 
in incensum offert Domino, qui monasticae'^ religioni aliquem sub 
canonica professione militantem j^^^, ut pastoris vicem obtineat, prae- 
rogat. Verum quia taies ultione feriuntur ^, illorum signât interitus 
qui mox praesentis poenae ^ supplicio con{{''^sumpti, quid eorum imi- 
tatores mereantur suae damnationisP exemplo posteris signa verunt. 

a. terre, J5. — h, divinç. — c. Corbeiensi, B. — d. incontaminatas, B, — 
e, celestis, B. — f. aliud, B. — g, sçcularem, B. — h, ecclesiç, B. — 
î. Cçsaris, B, — j. in se est, B. Le mot est mal lisible dans V original et 
a été souvent interprété saeculo. — k, qnm A, qïïô B. — /. Corbeiensi, B, — 
m. monastice, B, — n. ferianlur, B. — o. poene, B, — p, suç dampnationis, B» 

i. Bom,, 12. 
2. Levit., 10. 



276 EXAMEN DES CHARTES DE GORBIE 

Omnes quoque licet monasticae sint pro{{*''fessionis, si non per elec- 
iionem regularem constituti fuerint rectores eidem monasterio, de qua 
loquimur, quia taies per munera cognos{P'^cuntur admissi, id est, aut 
per pecuniam aut per gratiam aut per obsequium, universi a nobis 
Pétri principis apostolorum aucto||*^^ritate cum Symone, cujus imita- 
tores existunt, anathemate * condempnantur. Et ut religiosi principes 
ab hac dampna{|*'^tionis sententia maneant immunes, studeant omni- 
bus modis circa monasterium praefatum electionis privilegium ser||*^'- 
vare semper inviolatum ; quoniam ^, secundum jam olim a sanciis 
patribus definitam promulgationem, ecclesiae ^ Corbei||**^aensi8 ^ prae- 
ïationem, non per legitimam monachorum in eodem coenobio Xpisto 
militantium electionem, sed \\*^* contra regularem atque canonicara 
auctoritatem et dantem et accipientem a Xpisti regno, sanctorumque 
consortio, anathe{|'^^matizamu8; neque societatem poterunt habere 
Iherusalem ^ caelestis f, qui eam in terris peregrinantem a Xpisti 
copula{{**^ dissociare conantur. Quod agere certum est omnes qui non 
pastores, sed latrones, nec Xpisti vicarios sed Antichristi ||^^^ sequaces, 
super eam constituere non verentur, ut domus Dei, non domus oratio- 
nis, sed spelunca latronum existât {{*^'; nec in ea forma Xpisti, sed 
abominatio ff desolationis emineat. Sed si reipublicae * rectores, divino- 
rum contemptores ||*®* praeceplorum et episcoporum, atque nostram 
super hac re decernentem contempnentes auctoritatem, non quem 
regularis IP*^ electio decreverit, sed quem eorum dominatio voluerit, 
illi praeposuerit congregationi monachi loci ejusdem epis{|*®®copum, 
ad cujus diocesim monasterium pertinet, obsecrent, ut aut per se 
ipsum, aut una cum eis ad archiepis{|*^'copum Remensem référât, 
atque simul principem conveniant, et eum super transgressionis suae '' 
periculo commoneant. ||*^^ Quod si episcopus diocesis illius aut propter 
timorem aut f[a]borem J principis aut propter imprudentiam, vel 
pasJI^^Horalis curae negligentiam, ferre auxilium vel noiuerit vel con- 
tempserit, fratres per se ipsos praefatum archie||*'''piscopum et vicinos 
episcopos adeant, et necessitudinis suae causam ei[s] ^ manifestent, 
ulque ' sibi ferant axiliumsubl^'^plicenf*. Archiepiscopus autem vel 
ipse solus, vel cum ceteris episcopis suae dioceseos regem adeant, et 
super electione vio||*'^lata eum commoneant, ulque" corrigere digne- 
tur et verbis suadere, et praecibus obsecrare non désistant. Quod si 

a. anathemate, B, — b. qom, A, qûô, B. — c. ecclesiç, B, — d. Cor- 
beiensis, B, — e. Hierusalem, B. — f, celestib, B. — g, abhominatio, B. 
— h. reipublicç, B. — i. suç, B, — J, favorem, B, — Ar. omnibus, B. — 
/. atque ut, B. Le copiste de B avait lu atque pour utque et a ajouté ni après 
coup, — m. supplicent, B, — n. utquae, B. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 277 

eos audirecon||*^'tenipserit, nec peccati sui corrigere culpam maluerit, 
excommunicationis apostolicae senteniiam dapmnaius ' excipiat.||^^* Si 
vero vel episcopus cujus parrochia ^ est, aut archiepiscopus, aut 
ceteri <^ suffraganei neglegenles super hoc fuerini aut||^'''^ contempse- 
rint, aut in ^ irritum duxerint, dampnationis cujus sententiae tenean- 
lur obnoxii non ignorant. Dicit||^^* enim propheia : u Si non adnun- 
tiaveris iniquo iniquitatem suam, sanguinem ejus de manu tua requi- 
ram ^. » Unde noverint ||*^* [se] eodem vinciendos anathemate, si 
neglexerint pro grege dominico pasloralis curae sollicitudinem adhi- 
bere^ipw. 

Scriptum per manum Theodori notarii et scriniarii sanctae roma- 
nae ecclesiae, in mense octubri T, indictione quarta + BENË ||^^^ 

VALETE -h 11^". 

Actum nonas octubrias 9 per manum Theophulacti [sec]undiceri[i] 
sanctae sedis apo[s]tolice, imperante ^ donno ' piissimo Augusto HIo- 
thario a Deo coronato magno imperatore anno tricesimo nono \\^^^ et 
post-consulatus J anno ^ tricesimo nono et Hludowico novo impera- 
tore ' ejus filio, anno septimo, indictione quarta. 

{Balle) y 



No 80 

DIPLÔME DB CHARLES LE CHAUVE, ROI DE FRANGE 

856, 3 octobre, Verberie. 

Le roi Charles le Chauve confirme, à la requête de la reine Ermen- 
trude, sa femme, la donation que celle-ci a faite à l'abbaye de Corbie, 

a. dampnandus,B. — b, parroechia,fi. — c. ceteris, B. — d. Omis dans B. — 
e. B place ici /eBeoe Valete. — /*. octobri, B. — g, octobrias^B. — h. imp., 
A. — i. T interprète ainsi V abréviation dnuo. — /. p'etus, A. interprété par 
B post ejus. — k. annum, B. — /. imp. A, B. 

1. Ezech.,^, 33. 

2. Après avoir vu ce document à la bibliothèque d'Amiens, j'en signalai 
le piteux état à MM. P. Meyer et A. Giry. Une restauration était néces- 
saire pour que Ton n'eût point à regretter la perte totale d'un document 
de si haute valeur; cette restauration a été faite. Malheureusement, tout le 
début était en si mauvais état qu'il est devenu à peu près illisible. Le texte 
que je publie ci-dessus a été collationné après moi, avec le plus grand soin, 
sur l'original, avant qu'on ne l'eût restauré, par mon ami A. Vidier. 



278 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

de bonniers de terres labourables et de forêts^ sis à Boye et à Feu- 
quières dans le pagus d^ Amiens , et d^onze serfs établis sur ces terres. 

A. Original, perdu. 

B, Copie de Bonnefons, xvii^ siècle, Bibl, Nat,^ lat. 17142, fol. 265, 
très mauvaise, d'après A. 

G. Copie de dom Grenier, xvin* siècle, Bibl. Nat,^ dom Grenier, 
t. 53, fol. 25 V*, d'après J9, avec des corrections conjecturales *. 

Indiq. : Mabillon, De re diplomalica^ liv. IV, p. 335. Mabillon four- 
nit la date d'après A, 

Établissement du texte, d^pbès B, C. 

In nomine sanctae et individuae Trinitatis, Karolus, gratia Dei rex- 
Si fidelium nostrorum preces rationabiles nos audire oportet, nihilo- 

minus' nobis conjugali copula conjugis nostrae adnexe petitioni- 

bus ^ assensum omnino excellentiam nostram prebere oportebit. 
Itaque noverit experientia seu industria omnium fidelium seu Dei 
ecclesiae nostrorumque tam presentium quam et futurorum quod dul- 
cissima et valde amantissima ^ conjux H[irm]endrudh ^ regina culmi- 
nis nostri adiens sublimitatem innotuit qualiter, ob Dei amorem 
nostraeque et animae suae in aeternum ^ apud Deum consequendam 
rémunéra tionem seu peccatorum veniam adipiscendam, quasdam res 
sui juris sibi a nostra munîRcentia per dotis titulum et praecepti f nos- 
tri institutionem ' concessas delegare vellet pastibus sancti Pétri 
atque sancti Pauli principum apostolorum necnon et beatissimi proto- 
martyris ff Stephani Corbeiensis monasterii, in pago Ambianensi [de 
fisco] * quod vocatur Raugia ^ in loco qui dicitur Filcarias * seli[c]os » 
duos qui habent [perticas ou quadrellos] J très qui cinguntur ab omni 

parteetportionememorati sancti Pétri, ex P* m (IT '' una portione quae 
extenditur ad viam publicam, et déterra arabili bunuaria octo, de' con- 

a. nihil minus, B, — b. petiiioni, C. — c. C ajoute nobis. — d. Hrrren- 
drudh, B; Hermentruth, C. — c. eternum, C. — f. precepti, C. — g. pro- 
thomartyris, C, — /i. defises, B; C propose juxta castrum. — î. setios, 
B, C. Correction de Af. Giry, — J. in castre, peut-être, C. Correction 
de M, Giry. — k,1 Peut-être faut-il lire oriente. — /. Deconeisa, B. 

1. Cette copie est la mise au net, avec les corrections conjecturales en 
plus de deux autres copies de dom Grenier qui reproduisent textuellement 
avec quelques fautes nouvelles B et qu'il est, par conséquent, absolument 
inutile de faire entrer en ligne de compte. On les trouve: Bibl. Nat., dom 
Grenier, t. 233, fol. 38 ; et Bibl. Nat., coll»»^ Moreau, t. II, fol. 20. 

2. Diplôme perdu de Charles le Chauve, décembre 842. 

3. Roye, ch.-l. de canton, arrondissement de Montdidier, Somme. 

4. Feuquières, canton de Moyenneville, arr. d'A.bbeviIle, Somme. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 279 

cisa ' bunuaria tria ; habenthaec bunuaria ex omniparlc terram S^' Pétri 
Corbeiensis monasterii; neenon et mancipia undecim, bis nominibus 

Flambertum, Eruibertum, Herleuodum «, Herlandum, Br^j^ib. ^, 

Hildemanuin, Varnam ^, Lonitellam ^, Framedridim et Hirmingardim, 
Odilmanum. Sed pro intégra firmitate petiit precehumili excellentiam 
nostram ut super boc nostrae auctoritatis praeceptum fieri dignare- 
mur. Cujus rationabilibus precibus clementer faventes hoc sublimita- 
tis nostrae praeceptum fîeri jussimus, per quod memoratas res et man- 
cipia pastibus suprascripti Corbeiensis monasterii sanctorum aposto- 
lorum Pétri et Pauli ac sancti Stephani prothomartyris Christi 
delegamus atque transfundimus et de nostro jure in jus [monjasterii ' 
liberum seu ejusdem loci rectorum per labentia f tempora in jus eccle- 
siasticum solemni 9 donatione transferimus, eo videlicet modo ut quid- 
quid ex eisdem rébus ^ et mancipiis pars et potestas rectorum Cor- 
beiensis monasterii jure ecclesiastico facere decreverit in omnibus 
[rébus] arbitrio faciendi sicut ex reliquis rébus et mancipiis ejusdem 
potestatis atque rectoris. Ut autem haec largitionis nostre munificien- 
tia «fîrmaetimpr[e]varicabili8 i omni tempore[conserveturm]anu pro- 
pria subter [eam] confirmari [nostroque] anulo sigillari jussimus. 

Signum K06 Karoli gloriosissimi régis. 

Gislebertus notarius ad vicem Hludowici recognovi ^ [et subscripsi]. 
^Data quinto nonas octobris, indictione [IV] ' in anno decimo septimo 
regni gloriosissimi régis Karoli. Actum Vermerie'^ palatio régis. In 
Dei nomine féliciter. Amen *. 

a. Herlevaldum, C — A. ?; Bretib,C. — c. Varnum, C. — d. Lcnitellum, C. 
— e. predicti monasterii, C. — f. Labintia, B, — g. solomni, B. — h. regi- 
bus, B, — I. munificentiâ, B. — y. improvaricabilis , B, C. — k, recognovit, 
B^C, — /. VI, C; omw, B. — Mabillon laisse en blanc le chiffre de Vin- 
diction, — m. Verneria, B, C. 

1. Analyse de dom Grenier, Bihl. Nat.f dom Grenier, t. 32, p. 192 : 
« La charte porte en substance que la reine Hermentrude, femme de ce 
prince, mQe de dévotion envers les apôtres saint Pierre et saint Paul et le 
martir S. Etienne, patrons titulaires de Tabbaïe de Corbie, desiroit, pour 
le salut de son âme et celuy du Roy son époux, donner à ce monastère 
quelques héritages et terres sisses dans le territoire d^Amiens dans un 
endroit nommé Raugia et Filcarias consistants en terres labourables d'onze 
bonniers et autres biens d'une certaine mesure, la pluspart enclavez dans 
des biens appartenants à Tabbaïe de Corbie, donnants d'un bout à la voie 
publique ou grand chemin, avec onze serfs dont les noms sont rapportez 
qui apparament étoient pour cultiver les terres que la Reine avoit reçu du 



280 EXAHE7« DES CHARTES DE CORBIE 



N* 31 

DIPLÔME DE CHARLES LE CHAUVE, ROI DE FRANCE 

857, 18 septembre, Quierzy-sur-Oise. 

Le roi Charles le Chauve, à la demande de tabbé Odon^ donne à 
Vabbaye de Corbie le manse Waheliregius avec dépendances et serfs. 
Ledit manse est situé dans le domaine de Wailly^ sis dans le pagus 
de Soissons, que le roi Charles le Chauve avait donné à Vabbaye 
antérieurement en échange de biens du monastère qu'il avait concédés 
a sa belle-sœur la reine Hirmingarde. Le roi avait jadis donné ce 
manse à Dison^ vassal de la reine Hermentrude, et celui^i Pavait 
vendu au fisc par l'intermédiaire de V agent du fisc^ Vabbé Foulques, 

A, Original perdu. 

B, Copie du zii® siècle, cartulaire perdu, représenté par C et a. — 
C Copie de Bonnefons, zvii* siècle, Bibl, Nat., lat. 17142, fol. 256, 
d'après B. 

D, Copie du xvni" siècle, BibL Nat,^ dom Grenier, t. 53, fol. 27, 
d'après a, 

a. Martène, Amplissima collectio^ t. I, col. 179, d*après B, — 
b. dom Bouquet, Recueil des historiens de la France^ t. VIII, p. 550, 
d'après a. 

Indiq. : Bréquigny, Table chronologique des diplômes,,,^ t. I, 
p. 247, sous Tannée 857. — P. Georgisch, fiegesta chronologico- 
diplomatica,..y t. I, col. 121, sous Tannée 857, n^ 8. 

Établissement du texte d'apràs C et a. 

In nomine sanctae et individuae Trinitatis, Carolus gratia Dei rex. Si 
locis divino cultui mancipatis ob amorem Dei et sanctorum ejus rêve- 

Roy son epouz en titre de dote, c'est pourquoy elle demandoit au Roy 
qu*il ratifia cette donation, lequel prince consentant volontiers à la 
demande de la Reine son épouse cède et abandonne à perpétuité à Tabbaïe 
de Corbie lesdites terres et serfs pour en jouir comme des autres biens 
qui lui ont étez donnez cy devant par les Rois ses prédécesseurs. La chartre 
est scelée du sceau du Roy, revûë et signée par Gilbert notaire faisant 
cette fonction à la place de Louis. » 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 281 

rentiam quippiam ex juris nostri rébus conferre studemus, in hoc divi- 
nam propitiationem nobis profuiuram esse non dubitamus. liaque 
notum sit omnibus fidelibus sanctae Dei ecclesiae ac nostris, praesen- 
tibus scilicei atque futuris, quod dilecius et carissimus nobis venera- 
bilis vir Odo \ monasierii Corbeiae reverendus abbas, ad nostram acce- 
dens serenitatem, humiliter posiulayit ut quasdam nostrae proprietatis 
res pro stabilitate ecclesiastica et servorum Dei in praefato monasterio 
degentium nostra munificentia partibus sancti Pétri delegare dignare- 
mur, quae res sunt sitae in pago Suessionico, in villa quae vocatur 
Vasliacus ?, quam villam nos eidem monasterio sub praecepto nostro 
tradidimus pro commutatione quarumdam rerum ejusdem monasterii ^, 
quas Hirmingardi '* venerabili reginae, uxori fratris nostri Hlotarii, in 
proprium donavimus, hoc est mansus vocabulo Waheliregius cum 
omnibus sibi juste legaliterque pertinentibus, necnon et mancipiis 
utriusque sexus desuper commanentibus vel ad eundem mansum 
aspicien tibus. Quas res quondam tradideramus ' cuidam, nomine 
Disoni, vasallo dulcissimae conjugis nostrae Hirmendrudis *, et ipse 
eas vendidit "^ Rscali nostro Fulconi abbati, unde ad jus fisci nostri 
legaliter redactae fuisse noscuntur. Unde memorati venerabilis abbatis 
precibus clementer annuentes, hoc altitudinis nostrae praeceptum 
fieri jussimus, per quod memoratum mansum cum omnium rerum sua- 
rum integritate, cum terris cultis et incultis, vineis, pratis et mancipiis 
ad eundem mansum pertinentibus, totum et ad integrum, sicut dictum 
est, jam fati monasterii partibus, seu sancti Pétri principis apostolo- 
rum dominationi ecclesiasticae perpetualiter habendum concedimus, 
et de nostro [jure in jus] et dominationem illius solemni more transfe- 

1. 15* abbé de Corbie. 

2. Wailly, ch.-l. de canton, arrond. de Soissons, Aisne. 

3. Diplôme perdu de Charles le Chauve, voy. Pièces justificatives ^ n^ 27. 

4. Fille du comte de Tours, Hugues, que Lothaire avait épousée le 
i5 octobre 821 à Thionville. {Ann. regni Francorum, éd. Kurze, p. 156.) 
Elle mourut en 851. {Ann, de S, Bertin, éd. Waitz, p. 43), au monastère 
d'Erestein qu'elle avait fait construire dans le diocèse de Strasbourg. 
Raban Maur a fait son épitaphe et il donne la date précise de sa mort : 
« Obiit autem Irmingarda imperatrix anno dominicae incarnalionis dcccli, 
indictione xiiii, xiii kal. aprilis, in die Parasceve, hora quasi sezta, et 
requievit in pace. » Mabillon, Annales ordinis sancti Benedicti^ t. III, p. 15 
et 16. 

5. Diplôme perdu de Charles le Chauve. 

6. Ermentrude, première femme de Charles le Chauve, qui Tépousa au 
mois de décembre 842. 

7. Diplôme perdu de Charles le Chauve. 



282 EXAMEN DES CHARTES DE GORBIE 

rimus, eo videlicet modo ut nostris et futuris temporibus semper ibi- 
dem Domino militaniium servorum Dei utilitatibus et necessitatibus 
[deserviat]. Utautem haec largitionis nostrae auctoritas firmior habea- 
tur, ac per statuta tempora melius conservetur, manu propria subter 
eam firmavimus, et anuli nostri impressione sigillari jussimus. 

Sig'num Karoli gloriosissimi régis. 

Gislebertus notarius ad vicem Ludovici recognovi. 

Data XIII Kalendas octobris, indictione V, anno XVIII régnante 
Karolo gloriosissimo rege. Actum Carisiaco ^ palatio regio. In Dei 
Domine féliciter. Amen. 



N* 32 

BULLE DU PAPE NICOLAS 1*' 

863, 28 avril. 

Confirmation et extension par le pape Nicolas I^j à la requête 
{TOdon^ ancien abbé de Corbie, agissant au nom de Vabbé de Corbie 
Trasulfus, de tous les privilèges conférés au monastère de Corbie. 

A, Original perdu. Peut-être Toriginal est-il la bulle sur papyrus 
conservée à la Bibliothèque d^ Amiens ^ n'526*, aujourd'hui totalement 
illisible. La charte originale avait 2 pieds de largeur et 7 ou 9 pieds de 
hauteur. (Mabillon, De re diplomatica^ p. 40 et 442.) Elle était bullée 
de plomb sur lac de soie (Ibid,^ p. 151). 

B. Copie du xviii'' siècle, Bibl. Nat,^ dom Grenier, t. 53, fol. 28, 
d'après A. — C. Copie de la fin du x^ siècle, cartulaire i. Bibliothèque 
impériale de Berlin, Phillipps, n" 79, fol. 117 (25), fragmentaire, 
d'après A. — D, Copie du xi* siècle, cartulaire n^ Bibl. Nat.^ ms. lat. 
17764, fol. 7 vo, d'après A. 

E. Copie du xii® siècle, cartulaire m, BibL Nat.^ ms. lat. 17762, 
fol. 4 v<>, diaprés C. — F. Copie du xn® siècle, cartulaire vu, BibL 
Nat.y ms. lat. 17763, fol. 46 v*», d'après D. — G. Copie du xm* siècle, 
cartulaire XI, BibL NaL^ ms. lat. 17759, fol. 2 v" {Cartulaire Blanc), 
d'après F. — H, Copie de Bonnefons du xvii* siècle, BibL Nat.^ ms. 
lat. 17142, fol. 272, d'après un des cartulaires C ou E, 

1. Quierzy-sur-Oise, arr. de Laon, Aisne. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 283 

Fac-similés fragmentaires : Mabillon, De re diplomalica, p. 443. — 
Dom Tassin et dom Toustain, Nouveau traité de diplomatique, V, 
p. 184. — Fac-similés lithographies de t École des Chartes (ancien 
fonds), n<» 25. 

a. Epistolae summorum pontificum, t. III, p. l'25. — b. Sirmond, 
Concil. antiq, GalL, t. III, p. 217, d'après C — c. Labbe, Concilia, 
t. VIII, col. 396, d'après A. — rf. Hardouin, Concilia, t. V, col. 239. 

— c. Yepes (don Antonio), Les . chroniques générales de Tordre de 
Saint-Benotl (trad. dom Martin, Toul, t. II, 1684), appendice, p. i. 

Indiq. : Bréquigny, Table chronologique des diplômes..,, t. I, 
p. 264, sous Tannée 863. — Jaffé-Wattenbach, Begesta ponlificum 
romanorum, I, p. 348, n*» 2717. 

Etabussement du texte d'après B, c, D, 

* Nicholaus, cpiscopus servus servorum Dei, Trasulfo religioso abbati 
et per * te * venerabili monasterio beatorum principum <^ Pétri ac Pauli 
quod appellatur ^ Corbeia, in perpetuum. Convenit apostolico mode- 
ramini quod ^ beatus Petrus aposïolorum eximius, per f attributam ff 
et revelalam sibi divinitus gratiam, licetsuis longe ^imparibus ' meri- 
tis, nobis tamcn singuiari praerogativa, ut in tolius christianae J reli- 
gionis universitate principaliler * excelleremus, contulit : quatinus sicut 
dignilate et auctoritate per ipsius singulare privilegium omnibus 
praeeminemus' , ita universarum ecclesiarum'^ Dei sollicitudinem 
habeamus, et singulis quibusque fîdelibus, atque '^ piis ^ locis in qui- 
bus jugi Deo famulantium sedulitate placalur divinitas P, opportuna 7 
suiFragia conferamus. Unde quia non multis intercedentibus annis 
monasterium beatorum apostolorum Pétri ac '' Pauli quod appellatur « 
Corbeia ^ venerabilis qui tune fucral abbas Odo ", et gloriosus dilectus 
fîlius noster ^ rex Francorum'*' Karolus, decessorem nostrum sanctae * 
recordationis Benedictum pontificem, directis ad eum tam literis v quam 
missis postulaverant ', ut praedicto ^ monasterio et rerum suarum libe- 

a. D donne V invocation littérale : In nomine sancte et individue Trinitatis. 

— b. Omis, D, — c. apostolorum, D. — d. apellalur, D. — e, quo, D. — 
f. est, D. — g, attribuatam, D. — h. Omis, D. — i. inparibus, C — y. chris- 
tianç, D, — k. Omis, D. — /. prœminemus, C ; preminemus, D. — m. çccle- 
siarum, D. — n. ac, D. — o, D répète ici atque piis, — p. divinitus, C. — 
q, oportuna, C, D, — r. et, D. — «. apellatur, D, — t. Corbeiae, C. — 
w. qui tune apcUabatur Hodo, D; Hodo, C — v, D ajoute et. — w, Fran- 
corum reXjD. — x. sancte, D. —y. litteris, D, — z. postulaverunt, C, D, — 
a. praefato, C; prefato, D, 



284 EXAMEN DES CHARTES DE GORBIE 

ram concederet dispositionem et in eligendo ^ de ^ semetipsis abbate ^ 
regularem daret canonicamque licenliam. Quorum pelitionem ille 
gratanter accipiens, petita concessit, et ut concessionis ejus perpetui- 
tas servaretur, privilegium monasterio jamdicto ^ fecit. Nunc vero 
adveniens venerabilis Odo ^, Belvacensis episcopus, qui prius abbas 
monasterii Corbeiensis f fuerat, înnotuit nobis tam petitionem ipsius 
benigni principis quam postulationem tuam, qui praefati s monasterii 
Gorbeiac ^ abbas esse dignosceris S qua postulasti J ut quae ^ prius 
monasterio 'illi^ a decessore nostro beatae'^ recordationis papa Bene- 
dicto ^ concessa fuerant, auctoritatis nostrae ^ promulgatione firmare 
non abnueremus. Nos itaque considérantes religiosam esse petitionem 
tuam et nihil novi nos constituturos, si praedecessorum nostrorum 
décréta sequamur, pastoralis quoque pariter esse officii, servorum Dei 
jugiter utilitati commodisque prospicere : decernimus ut monasterium 
Corbeiae <>, quod ad laudem Dei, in honorem p sanctorum apostolorum 
Pétri ac Pauli, constructum esse dignoscitur <Jr, et a Baltchilde '' regina 
Francorum filioque ejus Chlolhario ' a principio fundatum, et dona- 
riis rebusque necessariis locupletatum, quod est in pago Ambianensi 
super fluvium Sumna ' situm, rerum suarum liberam in omnibus 
habeat disponendi regulariter potestatem, ut quaecumque » eidem 
monasterio in auro vel argento, in agris vel ^ famulis, seu quibuslibet 
rébus fuerint oblata, sive in praesenti die collata esse constant, in tua 
tuorumque successorum abbatum fratrumque maneant dispositione : 
ut quicquid secundum Dei timorem, ad ecclesiae ipsius utilitatem ^^ 
regulariter et canonice ^ disposueritis agere, liberam in omnibus habea- 
tis faciendi potestatem. Episcopus vero Ambianensis nullam ex eis vel 
accipiat vel exposcat portionem, neque vel v in abbate vel in fratribus 
vel in ipso cœnobio ' potestatem obtineat, neque in cellis ipsius 
monasterii dominatione potiatur ull;i, neque in clericis, neque in * 
famulis et in omnibus quaecumque ^ ad monasterium illud videntur 
habere possession i s <? respectum, sicutjam olim concessum illi mona- 

a. elegendo, B. — b. Omis^ C — c. abbatem, C, D, — d. jamdicto 
monasterio, D, — e, Hodo, C, D. — f, Corb. mon., C. — g, prçfati, C, D. 
— h, Corbeiç, D. — i. dinosceris, C, D. — j, postulastîs, C, D, — k, quç, 
D, — /. rejeté après Benedicto dans C, — m. beatf^, C — /i. nrê, C. — 
o. Corbeiç, D. — p, honore, C. — q, dinoscitur, C, D. — r. Baldechilde, 
D; Baltchildae, C. — «. Hlothario, C; Lotharîo, D. — i, Somna, D, — 
u, quçcumque, D, — o. et. C, D, — w. Cette incise est omise, D, — x, cano- 
nicae, D. — y. Omis, D. — z, cçnobio, D. — a. Owiis, C. — h, quçcunque, 
D. — c. possessiones, D, 

1. Benoit III. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 285 

sierîo cognovimus ab episcopo Ambianensi ^ el ab ^ aliis episcopis 
Galliarum et privilégie cessionis firmatum ^, tam ^ iemporibus dilecti 
filii nostri Karoli ', praesenti ^ tempore regnaniis, quam ^ anliquis 
temporibus Balichilde ^ '• Chlotarioque f * Francis principaniibus ^, 
nisi quantum canonicus ordo permittit ^. Nec ad monasterium seu ^ 
cellasi ejusdem, vel ipse per se episcopus vel œconomus '* ejus vel 
archipresbyter ' vel archidiaconus illius"^ aut quaelibet " ex ejus 
agentibus persona, potestatem habeat accedendi, nisi forte ab abbate 
raonasterii, vel fratribus, nécessita tis causa vel dilectionis gratia, voca- 
ius advenerit, ne importunitate sui ministrorumque suorum inquietu- 
dine fratres vel abbates ^ sustineant ullam molestiam^ neque in eccle- 
siis praedictoP monasterio subjectis, vel in presbyteris ï eisdem 
ecclesiis ordinatis, aliquam temptet facere perlurbationem, vel abbati 
vel fralribus novam constituendo et antiquam consuetudinem '' vio- 
lando : sed sicut regulariter et canonice ' disposita sunt, et longo jam 
tempore manentia, ita quoque futuris temporibus maneant inconcussa. 
Nec potestate episcopalis fastus ^ abulens, violenter contra constituta " 
majorum disponere velit aliquid ^ ad versus voluntatem abbatis et fra- 
trum in ipso coenobio"' Deo quocumque tempore militantium. Ordi- 
nationes quae ' necessariae v fuerint in monasterio, sive de monachis 
sive de canonicis et quas petierint abbas et fratres, agere non différât. 
Altaris quoque et basilicarum benedictiones, sive consecrationes, 
prout nécessitas poslulaverit, vel in ipso monasterio vel in agris ipsius 
monasterii, libenter concédât. Chrisma quoque oleumque consecratum 
per singulos annos praebere non différât. Et pro his omnibus nullum 
munus accipiat, ne Spiritus Sancti gratiam vendere conatus, Simonis * 
dampnationem ^, quod absit, sustineat. Hoc constitutum non solum 



a. Omis, C, D, — b. Omis, D. — c. presenti, B. — d, et, D, — 
c. Baldechilde, D. — /*. Hlotharioque, C ; Lotharioque, D, — g. principa- 
tibus, B. — h. Incise omise dans D. — i. D ajoute ad. — y. cellulas, C. — 
k, œchonomus, C. — /. archipresbiter, B. — m. ejus, D, — n. quçlibet, 
D. — o, abbas, C — p. prefato, C. — q. presbiteris, B. — r. coastitutio- 
nem, C, D, — s. canonicae, C — l, factus, D, — i/. constatuta, B. — 
0. aliquod (aliqd),/). — w. cçaobio,D. — x, quç, D. — y. necessarie, D, — 
z, Symonis, C. — a. damnationem, B ; dampnationis, C, 



1. Charte de Berthefridus, év. d'Amiens. 

2. Acte conciliaire de Paris, 847. 

3. Charles le Chauve. 

4. Balthilde, reine de France et mère de Clotaire III. 

5. Clotaire III. 



286 EXAMEN DES CHARTES GORBIE 

episcopum Ambianensem, verum etiam omnes per * Galliae ^ Germa- 
niaeque <^ provincias ^ episcopos, ubicumque praefatum monasierium 
vel ecclesias ^ vel agros vel famulos habere dignosciiur /, observare 
sine cunctatione seu contradictione decernimus, ut nullus, poteslatis 
jure, de rébus praefati ^ monasterii sine voluntale abbatis fratruroque 
ipsius coenobii ^ abutatur, sed maneant omnia quae ' collala sunt 
fuerintque i^ in rectoris ipsius monaslerii potestate et regulari dispo- 
sitione, neque sit aliquis vel ^ regum vel ullius potestatis seu dignitatis 
fultus gradu, qui de monasterii ' praefati'^* rébus vel violenter vel 
potenter invadat aliquid vel diripiat. Abbatem vero fratres ipsius 
monasterii de se ipsis eligendi semper habeant potestatem et eam per- 
sonam eligant quae ^ monachi propositum et habitu et moribus profi- 
teatur non ^ canonicum aut laicum ncque alterius monasterii mona- 
chum : quoniam monachico ordini praeficere vel laicum vel canonicum 
non est servare ordinis professîonem, sed evertere quod unusquisque 
praepositus P cujus est ordinis, ejus quoque erit et propagator : nec 
bene disponet aliquando cujuscumque militiae 7 vitam, cujus non 
fuerit ipse qui disponit aemulator '*. Sed neque rex, neque potestas 
aliqua, ullam monasterio Corbeiensi praeponat personam, quam non 
fratres ipsius elegerint monasterii. Debent enim mundi principes hono- 
rem praestare Deo, quem sibi volunt praestari a Deo, videlicet ut 
quemadmodum cupiunt a Deo sibi collatum regni ' honorem conser- 
vari : sic ecclesiae ' Christi suam non dedignentur servare legem. Non 
enim decet, neque justum videri poterit, ut sibi militantibus de eccle- 
siae Christi possession ibus mercedem restituant, et quod de re 
publica sua retribuere debent, id reddere velint de his quae " collata 
sunt Deo. Qua de re praecipimus ^ omnino ut monasterio beatorum 
Pétri ac Pauli apostolorum **, quod Corbeiae * dicitur, nullam praefi- 
ciant personam, vel ex sibi militantibus, vel ex alieno monasterio 
sumptam, quae v non per electionem sumatur probabilem, sive de 
laico sive de canonico sive de quocumque fuerit ordine. Quoniam vero 
multae ' quaeruntur « ab importunis hominibus malignitatis occasiones, 
et necesse est semper adversarii tela clypeo protectionis repellere, 
decernimus ut abbas, postquam eleclus fuerit et ordinatus nulla potes- 

a. per omnes, Z). — h, Gallias, C, D. — c. Germanasque, C, />. — c/. pro- 
vintias, C, Z). — e. çcclesias, D. — /". dinoscitur,!). — ^. prçfati (pfati),/>. 
— h, cçnobii, D, — i. quç, Z). — y. fuerint, C. — A. Omi»^ B. — /, monas- 
teri, B. — m. pfati, D. — /i. qui, C, D. — o. nec, C. — p. prepositus, C — 
q, militie, D. — r. çmulator, D, — «. Omis^ D. — i, çcclesiç, D, — u. quç, 
D. — V, precipimus, D, — w. Omis, B, — x, Corbeia, D. — y, quç, D, — 
z, multç, Z>. — a. quçruntur, Z>. 



PIÈGES JUSTIFICATIVES 287 

late praevalenie dejiciatur ', nisi in criminis ^ causa fuerit deprehen- 
sus, cujus merito rectoris non debeai administrare oflicium. Infamiae ^ 
vero maculis seu criminis alicujus denolatione si fuerit appeiitus, non 
praeler canonicam et regularem deponatur examinationem. Hoc vero 
constitutum si fuerit ab aliquo praevaricatum, per episcopum Ambia- 
nensem, quisque ^ illé fuerit, ex nostra conveniatur auctoritate, ut 
eum qui hujus sedis constituta convulserit conveniat et iniquitatis 
suae ^ culpam commoneat, cuique periculo subjiciatur, notum faciat. 
Quod si vel ipse neglexerit vel despexerit vel timuerit perficere, metro- 
politanus episcopus conventus a fratribus ipsius coenobii f personam 
hujus sanctionis violatricem adiré non diiferat, et hujus nostri decreti 
testificationem innotescat ut que ab eo quod prave gessit recedere non 
moretur, ex sua nostraque auctoritate contestetur. At si ille contuma- 
citer in sui facti perpetratione permanere decreverit, et non quod 
inique gessit corrigere maluerit, licentiam habeant fratres nionasterii 
praedictis^ romanam apostolicamque sedem adiré et necessitatis ^ suae ^ 
causas ante papam, qui tune fuerit, urbis Romae J deponere, et prae- 
sentis praecepti constitutionem manifeslare. Sicque romanus pontifex, 
cognita causa, justae ^ damnationis * sententia reum inu][c]tare ^ non 
cunctetur. Si quis vero sacerdotum vel clericorum, hanc constitutionis 
nostrae"* paginam agnoscens, contra eam " venire tentaverit ^ ordinis 
sui dignilate carcal. Laicus vero, cujuscumque sit potestatis vel digni- 
tatis, si hujus privilegii décréta in aliquo violaverit, reum se divino 
judicio existere de perpetrata iniquitate cognoscat, et nisi vel ea quae P 
ab eo 9 sunt maie '' ablata ' restituent vel digna poenitentia ^ illicite 
acta defleverit, Dei et beatorum apostolorum Pétri ac " Pauli auctori- 
tate atque nostra ^ sententia anathematis vinculo^ innodatus, a sacra- 
tissimo corpore ac sanguine Domini nostri Jesu Ghristi alienus existât, 
atque in aeterno ^ examine districtae v ultioni subjaceat. Cunctis autem 
eidem venerabili monasterio justa servantibus sit pax Domini nostri 
Jesu Ghristi, quatenus ' et hic fruclum bonae ^ actionis recipiant, et 
apud districtum judicem praemia ^ aeternae ^ quietis inveniant. 



a. deiciatur, C, />. — b, C 8' arrête à la 1^* syllabe de ce mot au bas du 
fol, 120 (28), — c, infamie, D. — d, quisquis, B, — e, suç, D. — f, cçno- 
bii, Z>. — g, prçdicti, D, — h. necessîtudinis, D, — i, suç, D, — J, Romç, 
D, — k, justg dampnationis, D. — l, multare, B, D. — m, nostrae, 
corr. en nostre, D. — n, eum, D, — o. temptaverit, D. — p, quç, D, — 
q, illo, D, — r, mala, D, — s, abbata, D, — i, pçnitentia, D, — u. et, B, — 
V, nostro, D, — w, vioculis, D, — x. çterno, Z>. — y, districte, D. — 
2. quatinus, D, — a. bone, Z>. — b, prçmia, Z>. — c. çternçi Z>. 



288 EXAMEN DES CHARTES DE œRBlE 

Scriptum per manum Leonis notarii regionarii et scriniarii * sanctae 
romanae ecclesiae in mense aprile, indictione undecima 

Bbne 

Valete 



[Data IV ] K'alendas Maias per manum Tiberiî primicerii sanctae 
sedis apostolicae, imperante domno nostro piissimo perpetuo augusto 
[Ljudowico a Deo coronato magno, pacifico imperatore, anno quarto 
decimo, et post consulatum ejus anno decimo, indictione [unjdecima. 



N»33 

DONATION DE BENEDICTA 

[vers 865]. (Perdue,) 

Sous Vabbaliat de Trasulfus^ une femme du nom de Benedicta fait 
don de Ribemoni ^ au monastère de Corbie, 

Ce document est signalé dans le ms. lat., 13908 de la Bibl. Nat.^ 
ainsi : « X Kal. ejusdem mensis (janvier) debent fratres habere pastum 
de Ritbodi monte pro Trasulfo abbate et Benedicta que hanc pro 
salute animç sue tradidit ad al tare sancti Pétri. » Cf. B. Guérard, 
Polyptyque de l'abbé Irminon^ partie latine, p. 337. 



N» 34 

DIPLÔME DE LOUIS, BOI DE FRANCE 

[877, 16 mars, Gompiègne]. (Faux forgé au X^ siècle.) 

Confirmation par Louis^ roi de France, de la convention passée 
entre Vabbé de Corbie^ Odon, et le comte Conrad dune part et 
tévêque de Tournai ^ Renaud, d'autre part, qui stipulait que Renaud^ 
en échange de huit man ses dépendant d'Huyse et transférés à Voratoire 
de Molthem sis dans le diocèse de Tournai, accordait k ses contrac- 

a. A partir de ce mol Je transcris le fac-similé qui concorde d^ ailleurs bien 
exactement avec B. Je crois inutile de donner les variantes des autres manus- 
crits. 

1. Ribemont, canton de Corbie, arr. d'Amiens, Somme. 



PIÈGES JUSTIFICATIVES 289 

iants Ut permission de construire une église sur le domaine d'Huyse 
donné au monastère par ledit Conrad, proclamait la liberté de celte 
église et lui concédait les saintes huiles et le chrême, 

A. Bibl, de Metz, ms. Salis, sans cote. Original scellé, largeur 650™", 
hauteur 455"" K 

B. Copie de 1295, cartulaire xn, BibL Nat, lat. 17758, fol. 203 \^ 
{Cartulaire Noir), diaprés A. — C*, copie de Du Gange, xvii® siècle, 
Bibl. NaL, ms. fr. 9468, fol. 159, d'après B. — C^. Copie de Du 
Gange, xvii* siècle, BibL de V Arsenal, Du Gange, Titres de Picardie, 
ma. in-fol. 4103 (anc. 332), fol. 40, d*après B. 

a. Le Ver, Examen d'un diplômede l'an 877.,, (Paris, 1829), d'après 
A. — b. Fortia d'Urban, Examen d'un diplôme attribué à Louis le 
Bègue, roi de France... (Paris, 1833), d'après a (traduction en face du 
texte). — c. A. Wauters, Un diplôme de l'époque car lovingienne con- 
cernant le village de Huysse {Bulletins de l'Académie royale des 
sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique, 42® année, 2® série, 
t. XXXVI. Bruxelles 1873, in-8, p. 96), d'après B. 

Établissement du texte d'après A. 

IM 5^ In nomine sanctae et individuae Trinitatis, Hludowicus Fran- 
coRUM REX. In omnibus negotiis oportbt nos purissimam bonorum praem- 

DBRB UTILITATBM, IN HIS MAXIME QUIBUS SANCTA AUGMBNTATUR ECGLESIA ^. 

Il ^ Quapropter cognoscat fidelium sanctae Dei aecclesiae cunctorum 
soUertia tam presentium quam futurorum quod vir venerabilis Hodo, 
abbas ex Gorbeia monasterio quod est construclum in pago Ambia- 
ninse in honore sanctorum apostolorum || ^ Pétri et Pauli et sancti 
Stephani protomartiris Xpisti et Ghuonradus comes adierunt praesen- 
tiam nostram, eo quod c[ommuta]tionem quandam fecissent cum 
domno Raginelmo ^ Tornacensium episcopo. Ghuonradus quippe 

a. adonne Raguielmo; c'est une faute de lociure de Le Ver, d'autant plus 
grave que Le Ver fait remarquer que celte forme insolite exislait dans Vori- 
ginal. 

i. Je dois cette indication à mon maître M. Arthur Giry qui m'avait com- 
muniqué la transcription qu'il fit de Toriginal. 

2. Les grandes capitales jusqu'à ecclesia correspondent à la première 
ligne de l'original écrite eu longues lettres, Les œ sont ainsi séparés a e 
(note de Le Ver). — Le Cartulaire Noir et, après lui. Du Gange donnent 
partout des e pour œ. 

¥«M. «I doc. i* VèeoU it Chartu. — V. 19 



290 EXAMEN DES CHARTES DE œRBIE 

jamdictus cornes || '* dederat praefato monasterio unam villam quae 
dicitur Uscias, in qua tune non habebatur aecclesia, propter quod 
predictus cornes et abba Corbeiensis petierunt domnum pontiBcem 
ut eis licentiam construendi aecclesiam in eadem villa concederet, || ^ 
altare quoque consecraret ; cui pro Dei amore atque pro reverentia 
sanctorum libertatem tribueret, sacrumque oleum et chrisma singulis 
annis tali tenore ut desupradicta villa ',scilicet Useias ^, vni terrae man- 
sos in dote || * altaris Molthem ad cujus parrochiam pertinere videbatur 
memorata villa susciperet. Quod praescriptus pontifex gratanter et 
bénigne concessit, agnoscens quod nihil decanonicaauctoritate convel- 
litur quicquid domesticis fidei pro tranquillitate {| ^ pacis vel pro 
reverentia sanctorum tribuit. Horum ergo nos commuta tiones audientes^ 
vide[Iicet] abbatis atque episcopi, ambarumque partium consulentes 
utilitati nostra auctoritate et fidelium nostrorum temporum tamepisco- 
porum quamlaicorumconfirmarevoluimus, perpetuoqueanathemate || ^ 
quicumque hoc infringere temptaverit dampnavimus. Nostri etiam 
signi impressione subtersignavimus hanc cartam, ut in perp[etu]uni 
stabilis et inconvulsa maneat. 



SiGNUM HlUDOWICI 



\n 



S 

L. GLORIOSISSIMI REGIS. DuBANDUS DIACONUS 
AD VICEM FrIDUGISI REGOGNOVI ET S <^. 

Signum Hincmari Remorum archiepiscopi {paraphe). 
Signum Raginelmi Tornacensium [episcopi] (paraphe). 
Signum Engelwini Parisiorum episcopi {paraphe). 
Signum Otgarii Belvagorum episcopi (paraphe). 

Signum Hodonis abbatis / et Ghuonradi comitis Jj qui hanc 
cartam confirmari petierunt a suprascriptis <'. 

ACTUM COMPBNDIO, ANNO DOMINICf INGARNATIOMS DCCCLXXVII, 
INDICTIONbX, IMPERIl VERO HlUDOWICI GLORIOSISSIMI REGIS ANNO XX, SUB DIB 
XVII KALBNDARUM APRIUUM . 



a. Le mot villa oublié d*abord par le scribe a été ajouté par lui en 
interligne. — b. aie. A; corr. Useias. — c, La fin du mot se perd en un 
paraphe bizarre sans analogie avec les ruches. — A droite, vestiges d'un 
sceau plaqué en cire brune qui a laissé une empreinte de six centimètres de 
diamètre. — d. Toutes ces Souscriptions sont de la main du scribe de Vacte. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 291 



No 36 

DIPLÔlfB DE CHARLES LE CHAUVE, EMPEREUR 

877, 29 mars, Compiègne. (Faux forgé entre 932 et 985,) 

L'empereur Charles le Chauve confirme, sur la demande de Vabbé 
Guntharius, les diplômes royaux, les privilèges épiscopauxet les bulles 
pontificales de Vabbaye de Corbie; il interdit à tout évêque, ar\cien 
abbé ou moine du monastère, de prétendre à quelque droit que cesoit^ 
à rencontre des privilèges de Vabbaye, 

A. Original perdu. 

B. Copie faite vers 1150, cartulaire m, Bibl, Nat,, ms. lat. 17762, 
fol. 19, d'après A, 

C. Copie du xii' siècle, cartulaire perdu, apparenté avec B et peut- 
être avec a, représenté par E, — /)'. Copie du xiii® siècle, cartulaire x, 
BibL Nat., ms. lat. 17794, fol. 48, d'après B, — D^, Copie de Du Cange, 
XVII* siècle, BibL Nat., ms. franc. 9468, d'après B, — D^, Copie de 
Bonnefons, xvii** siècle, BibL NaL, lat. 17142, fol. 275, d'après 5. — 

E, Copie de Du Cange, xvii" siècle, BibL de V Arsenal, Du Cange, 
Titres de Picardie, ms. in-fol. 4103 (anc. 332), fol. 41, d'après C. — 

F. Copie de dom Grenier, xviii® siècle, BibL NaL, dom Grenier, t. 53, 
fol. 31. 

a. D'Achery, Spicilegium, t. VI, p. 408, et édit de 1723, t. III, 
col. 446, d'après un manuscrit de Saint-Germain-des-Prés. — A. Dom 
Bouquet, Recueil des hisL de la France, t. VIII, p. 657, d'après C*, 

Indiq. : Bréquigny, Table chronologique des diplômes,,,, 1. 1, p. 309, 
sous l'année 877. 

Établissement du texte d'après B, C et a et a l'aide du diplôme 

DE Charles le Simple. 

In nomine sanctç et individue Trinitatis, Carolus Dei omnipotentis 
misericordia imperator au^ustus. Si clementia majestatis nostrç locis 
Deo sacratis imperiali largitate consulimus et privilégia ecclesiastica ^ 
vel antiqua proprium robur obtincre statuimus, vel novis emergenti- 

a. çclesiastica, B, 



292 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

buscausisquçdam proliberalitateaugustaliSf subliinitaiis promulgamus, 
hoc nobis ad imperii gloriam sublimandam et ad obtinendam sempî- 
ternitatis coronam sine dubio credimus profuturum. Unde nolum esse 
volumus omnibus pr^senti^ iemporis atqae futnri ^cclesiq nostrisque 
fidelihuSy quia venerabilis ei amabilis serenilati nosir^ congregaiio 
Corbeiensis monasterii^ cui praeest Guntharius * venerabilis abbas^ 
petiii cum omni humilitate magnificentiam polestalis nostr^^ quatinus 
eis quod olim regali edicto * inviolabile in* postera m ^ statueremus 
nunc augustalis excellentiç decreto, quod et gloriosissimq recordationis 
avus et aequivocus nosler fecerat ', necnon sacratissimç et memorie 
beatissimç genitor noster piissimus augustus ^, super omnibus immu- 
nitaiibus et cessionibus regum ei imperatorum confirmaremus. [Nos] ', 
etiam devotissimis precibus supplicaverunt, ut etiam privilégia epis^ 
coporum antiquorum ' et moderni iemporis *, videlicet archiepiscopo- 
rum Hincmari ', Guntboldi ®, Wenilonis * et aliorum episcoporum^ 
nostra mansuetudine sibi concassa, sed et privilégia poniificum 
romanorum^ Benedicii*^ videlicet, Gregorii**, Christophori ^^ a/çriie 
domni papq Nicolai*^ imperiali edicto in* perpetuum^ intemeraia 
caveremus, Annuit itaque benignissima dignalio nostra precibus 
humilitatis eorum, et concessit quod et in perpetuum eis ad 
munimen proficiat, et dominationi nostrq cqleberrimum nomen 
apud posteros semper exhibeat, Siatuimus ergo hoc preceplo 
aucloritatis imperatorie celsitudinis ut omnia illa qu§ sanctissima 

a. Hoc, B, a. — Nous avons restitué d'après le diplôme de Charles le 
Simple. — b, imperpetuum, B, 



1. 19» abbé de Corbie. 

2. Diplôme de Charles le Chauve, 840 ou 841 (perdu). Voyez p. 141, 
note. 

3. Diplôme de Charlemagne, 16 mars 769. 

4. Diplôme de Louis le Pieux, 29 janvier 815. 

5. Charte de Berthefridus, 6 septembre 664. 

6. Acte du concile de Paris, 847. 

7. Archevêque de Reims. 

8. Archevêque de Rouen. 

9. Archevêque de Sens. 

10. Bulle de Benoît III, 7 octobre 835. 

11.? Grégoire IV, fin de 827-janvier 8ii; ou Grégoire V, 3 mai 996, 
4 février 999. 

12. Bulle de Christophe, 26 décembre 903. 

13. Bulle de Nicolas 1" , 23 avril 863. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 293 

Baltildis * regina et filias ejus Cloiharius * rex, et exinde céleri 
reges et imperatores usque ad nostram memoriam eis concessernnt 
et firmaverunt, illibata permaneant, Preterea privilégia ecclesiastica 

qU^ AB AmBIANENSI BPISCOPO VENERABILI BeRTHEFRIDO ^ ET SANCTIS PRESU- 
LIBUS GeNBSIO '', AUDOINO ', AUDEMARO *, FaRONE ', AUDEBERTO ^ Ct alîis 

episcopis bis concessa sunt, sive in electione abbatis sive in disposi- 
tione libéra rerum ejusdem monasterii, sed et in cellulis et ecclesiis 
eidem monasterio subjacentibus, sicuti a principio dixposita sont, 
sic omnia maneant inviolata, Neque aliquis présumai id aliquo 
modo rescindere, quod sanctis et sapientibus viris visum est rationa- 
biliter posse consistere. Privilegium quoque iotius Galliae presulum ^ 
nosira serenitate illis concessum et edicio firmaium manere decerni- 
nus internera tum. Privilegium etiam, quod per nostram jussionem et 
per missaticum Odonis ^^ Belvacensis episcopi beatissimus papa 
-Nicholaus Trasulfo^* tune temporis ejusdem loci abbati concessit^^, et 
privilégia aliorum pontificumromanorum memoratocœnobio 'concessa, 
imperiali edicto censemus omni tempore irrefragabiliter observanda. 
Et si quid aut in ecclesiasticis rébus aat in secularibus negotiis est 
contra aliqua statuta violatum, decernimus competenti moderamine 
corrigendam. Si quis vero aut nostro aut futuro tempore^ aut pecunia 
aud qualibet gratia^ electionis jura ejusdem monasterii et rerum 
libérant dispositionem prefato monasterio concessam, augustali digni- 
tatenostra et episcopali auctoritaie firmaiam^ violare cum anathemate 
lemptaverit, veluti contra salutem imperialis gloriae ac conjugis 
filiorumque et omnium fidelium nostrorum sed et totius imperii nobis 
a Domino collati agens^ augustali auctoritate atque preceptOy quasi 
inimicus dominorum et reipublice ab omni arceatur munere publico^ 
et ad satisfactionem ecclesiae quam lesit episcoporum offeraturjudicio, 

a. Lotharius, B, — b, monasterio, C, 

1. Baltilde, femme de Clovis II et mère de Clotaire III. 

2. Clotaire III. 

3. Charte de Berthefridus, évêque d'Amiens, 6 septembre 664. 

4. Évêque de Lyon, vers 657-i«' novembre 679. 

5. Évêque de Rouen, 21 mai 640-24 août 683. 

6. Évêque de Térouanne, ?-9 septembre 667. 

7. Évêque de Meaux, 626-28 octobre 672. 

8. Évêque de Cambrai, 21 mars 693-13 décembre 668. 

9. Acte du concile de Paris, 847. 

10. Odon, 15* abbé de Corbie, 851-859; évêque de Beauvais, 859-881. 

11. Trasulfus, 17<abbé de Corbie, 862-23 décembre 874. 

12. Bulle de Nicolas 1»% 28 avril 863. 



294 EXAMJ^ DES CHARTES DE CORBIE 

Novissime vero propter subornatos colores justitiç et futuras occasiones, 
hoc sancimus intemeratum omni (empore fore quod beatissimus papa 
Gregorius his verbis staiuit Mariniano Havennali episcopo K « Si quts, 
inquiens,ex predicto raonasterio ad ecclesiasticum ordinem pervenerit, 
ulterius illic nec polestalem aliquamnec licentiam habeathabitandi ^. » 
Nos etiam staiuendo deliberamus ul, si aliquis ex eodem monasterio, 
aut abbaSf aut quiiibet monachorum ex inferiori gradu ad culmen 
episcopale conscenderii, nullam denuo inibi quasi potestative licen- 
tiam habeat aliquid ordinandi aut disponendi^ ne praefati cœnobii 
privilégia in aliquo titubare videantur, Sed et filios et successores 
nostros hoc eodem edicto contestamur^ quatinus illi, sicuiiel nos idem 
monasierium in tuiela ac familiaritate [nostra^ ^ suscepimus^ ita illi quo- 
que eodem studio erga Dei servos animati, omnibus qui hoc mansuetu- 
dinis nostrae prqceptum infringere temptaverint^ résistant^ eosque acon- 
sortiobenignitatissuç séparent, uteisa Domino elregnigloria^ et trium^ 
phus indepciens^ et beatiiudo sempiterna conferatur. Et ut hoc 
praeceptum imperatoriae dignitatis [et nunc] * et in futuro tempore 
maneat illibatum, manus nostrae subscriptione roboravimus et 
bullarum nostrarum inpressione subtersignari jussimus. 

Audacer ^ notarius ad vicem Gauzlini * recognovit et subscripsii. 

Data IV calendas aprilis, indictione X, [annoj ^ domni imperaioris 
in Francia ^ XXX[V]II «* et imperii ejus anno II atque in successione 

a. Restitué d'après le diplôme de Charles le Simple, — b. Omis dans B, a. 
— c. Frantiam, B. — d. Omis dans B, XXXII, a. Correction de M&billon. 

1. Marîntanus fut élu évêque de .Ravenne au mois de juillet 595. — 
Voyez la lettre de Grégoire !•' à Técolâtre André sur cette élection. 
Gregorii I papae registrum epistolarum, t. I, pars ii (éd. L. M. Hartmann), 
dans les Mon, Germ. hisl,, lib. V, n® 51, p. 350. 

2. Le rédacteur du diplôme ne cite pas textuellement la lettre de Gré- 
goire le Grand et n*en respecte pas le sens. Voici le passage auquel 
est fait allusion : « Sed ne vel per cuiuslibet monachi aut ahbatis promo- 
tionem onus aliquod fortasse sustineant, studendum vobis est, ut, si 
quispiamabbatum aut monachorum ex quocumque monasterio ad clericatus 
oflicîum vel ordinem sacrum sccesserit, non illic aliquam habeat, ut 
dizimiis, ulterius potcstatem, ne monasteria cuiuslibet occasioais velamine 
ea quae prohibemus sustinere onera compellantur. « Mon. Germ, Au/., 
Gregorii I papae registrum epistolarum, t. II, pars ii, lib. VII, n'» 40, 
p. 488. Cette lettre est citée par Mabillon comme la 29« du 5« livre. 
4* dialogue. Annales ord, sci Bénédictin liv. IX, p. 253. 

3. Ou OJacer, notaire du 2« bureau de la chancellerie. Annales Bertiniani, 
877 (éd. Waitz, p. 136). 

4. Gozlin, frère du chancelier Louis abbé de Saint-Denis, abbé de 
Glanfeuil et chancelier à partir de 866. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 295 

Lotharii [annoj VIII. Actum Corapendio palalio imperiali. In Dei 
nomine féliciter. Amen. 



No 36 

DIPLÔME DE CHARLES LE CHAUVE, EMPEREUR 

877, 29 mars, Compiègne. {Perdu,) 

L'empereur confirme les privilèges de Corbie. • 

Ce diplôme, qui n'est mentionné nulle part, a dû servir à la confec- 
tion du précédent dont Fauteur aurait pris les formules à ce diplôme 
authentique. 

No 37 

DIPLÔME DE CHARLES LE SIMPLE 

901, 9 novembre, Fresnois. 

Le roi Charles le Simple, à la demande de Vabbé de Corbie, Fran- 
C07I, confirme les diplômes royaux et impériaux de V abbaye de Corbie, 
les bulles pontificales de Benoit III et de Nicolas /*', les privilèges 
ecclésiastiques de Berthefridus , évéque d'Amiens, et des pères du 
concile de Paris, Il déclare en outre que son édit tiendra lieu à 
Vabbaye des diplômes perdus pendant les invasions normandes ou 
détruits par le feu. Il décrète enfin, à la requête du comte Ermenfroi, 
et sur le conseil de sa mère Adélaïde et des grands du royaume, que 
le castellum construit dans Venceinte du monastère sera comme le 
reste dudit monastère placé sous l'immunité royale. 

A. Original perdu. 

B. Copie faite vers 1150, cartulaire m, BibL Nat., ms. lat. 17762, 
fol. 21 vo, d après A, 

C. Copie du xii® siècle, cartulaire perdu, représenté par E. — 
D^, Copie du xiii" siècle, cartulaire x, Bibl, Nat. y ms. lat. 17764, 
fol. 50 v®, d'après B. — D^, Copie de Du Cange, xvii® siècle, Bibl. 
Nat., ms. franc. 9468. fol. 163, d'après B. — D^. Copies de Bonnefons, 



296 EXAlfEN DES CHARTES OE GORBIE 

XVII» siècle, Bibl. NaL, ms. lat. 17142, fol. 274 v« et 277; fol. 276 v*, 
d'après B, — E. Copie de Du Gange, xvii^ siècle. Bibliothèque de 
r Arsenal, Du Gange, Titres de Picardie, ms. in-fol. 4103 (anc. 332), 
fol. 44, d'après C et D^. — F. Gopie de dom Grenier, xviii* siècle, 
Bibl, Nat,y dom Grenier, t. 53, fol. 32 v®, d'après Z)*. 

a. D Achery, Spicilegium, VI, p. 411 ; édit. de 1723, III, p. 347, 
d'après B, — A. Dom Bouquet, Recueil des historiens de la, France, 
IX, p. 493, d'après a. 

Indiq. : Bréquigny, Table chronologique des diplômes, t. I, p. 362. 
— Bôhmer, Regesta, n® 1918. 

Établissement du texte d* après B Kt a l'aide du diplôme de 
Gharles le Ghauve, empereur. 

In nomine sanctae et individuç Trinitatis, Karolus divina propitianie 
clementia rex. Si liberalitalis nostrae munere locis Deo. dicatis quid- 
dam conferimu[s] ' beneficii, et nécessitâtes ecclesiasticas ad petitiones 
servorum Dei nostro relevamus juvamine, atque regali tuemur muni- 
mine, id nobis et ad mortalem vitam temporaliter transiendam et ad 
çternam vitam féliciter obtinendam profuturum liquido credimus. 
Unde notum esse volumus omnibus presentis temporis atque futuri 
ecclesiae Ghristi nostrisque fidelibus, quia venerabilis et amabilis 
serenitati nostre congregatio Gorbeiensis monasterii, cui preest vene- 
rabilis abbas Franco ^, petivit cum omni humilitate et débita rêve- 
rentia magnifiée ntia m potes ta tis nostrç quatinus eis regali aedicto 
illud inviolabile confirmaremus in posterum, quodsanctç recordationis 
avus piissimus augustus et equivocus noster statuerat super omnibus 
immunitatibus et cessionibus regum ', ubi sancitum est ut nullus 
[judex] publicus, vel quilibet ex judiciaria potestate in ecclesiis aut 
locis, villis seu curtis, agris vel reliquis possessionibus, quas in 
quibuslibet pagis et territoriis jure et legaliter memoratum in presenti 
tenet monasterium, vel ea quç deinceps in jure îpsius ecclesiae 
voluerit divina pietas augeri, ad causas audiendas autfreda ^exigenda <^, 
aut mansiones vel para tas ullas faciendas, vel fidejussores tollendos, 
nec ullas redibitiones aut illicitas occasiones requirendas, vel, sicut in 
preceptis antecessorura nostrorum continetur, homines potestatis 

a. conferimur, B. — b. preda, B, — c. exienda, B, 

1. 2i« abbé de Corbie. 

2. Diplôme perdu de Charles le Chauve (840 ou 841). 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 297 

ipsius monasterîî, sive super ipsam terram tam ingenuos quam servos 
commanenies distringendos, penitus exigere présumât. Nos eiiam 
devotissimîs precibus supplicaverunt ut privilégia antiquorum episco- 
porum *, videlicet Bertefridi Ambianensis episcopi et âanctorum 
presulum Genesii *, Audoeni ^, Audomari *, Faronis ', Audeberti •, 
sedet moderni temporis venerabilium archiepiacoporum ', Hinemari * 
scilicet*, Guntboldi ^, Winilonis*^, etaliorum episcoporum, neenon et 
privilégia pontificum romanorum, Benedieti*^ videlicet atque domni 
papae Nicholai'*, regali edicto in perpeluum internera ta caveremus. 
Preterea idem venerabiles fratres ejusdem monasterii ad thronum 
clementiae nostrae devotissime accedentes, metu et anxietate futuri 
discriminis exterri ti, supplicaverunt ut instrumenta chartarum, quibus 
a fundamento monasterium ipsum usque ad presens tempus ditatum 
fuerat, partim propter infesta tionem paganorum perdita, partim 
succensa, nostra regali auctoritate repararentur : ita ut quicquid in 
presentiidem monasterium quiète et absque ulliuscontradictionetenere 
vel possidere videtur, nostra inconvulsa permanere dignanter décernât 
majestas regalis. Annuit itaque benignissima dignatio nostra precibus 
humilitatis eorum, et concessit^ quod et in perpetuum eisad munimen 
proficiat et dominationi nostre celeberrimum nomen apud posteros 
exhibeat semper. Statuimus ergo hoc precepto auctoritatis régie celsi- 
iudinis ut omnia illa quç sanctissima Balthildis regina et filius ejus 
Lotharius rex et inde caeteri reges et imperatores usque ad nostram 
memoriam eis concesserunt et firmaverunt, illibata permaneant. Pri- 
vilégia quoque ecclesiastica que a beatissimis pontificibus romanis, 
vel antiquitus a venerabili Bertefrido Ambianensi episcopo et 
sanctis presulibus supra memoratis, vel moderno tempore ab archi- 

a. silicet, B. — b. concessa, B. 

1. Charte de Berthefridus, évêque d^Amiens, 6 septembre 664. 

2. Évêque de Lyon. 

3. Évêque de Rouen. 

4. Évêque de Térouanne. 

5. Évêque de Meaux. 

6. Évêque de Cambrai. 

7. Acte du concile de Paris de 847. 

8. Archevêque de Reims. 

9. Archevêque de Rouen. 

10. Archevêque de Sens. 

11. Bulle de Benoit III, 7 octobre 855. 

12. Bulle de Nicolas I«% 23 avril 863. 



298 EXAMEN DES CHARTES DE GORBIE 

episcopis et episcopis totius Gallie eidem monasterio concessa sunt, 
sîve in electione abbalis, sive in disposilione libéra rerum ejusdem 
monasterii, sed et in celiulis et ecclesiis et decimis earum predicto 
monasterio subjacentibus, sicuti a principio disposita sunt, sic maoeant 
omnia inviolata et nostro regali edicto omni tempore inrefragabiliter 
Hrmata. Et si quid in ecclesiasticis rébus aut in secularibus negotiis 
est contra anttqua statuta violatum, decernimus competenti modéra- 
mine corrigendum. Si quis vero aut nostro aut futuro tempore, vel 
pecunia vel qualibet gratia, electionis jura et rerum liberam dispensa- 
tionem prefato monasterio concessam regali dignitate nostra* et apos- 
iolico privilegio et episcopali auctoritate firmatam ^ vioiare cum 
anathemate temptaverit, velut contra salutem regalis gloriae et 
omnium fidelium nostrorum sed et totius regni nobis a Domino 
collati agens, regali polestate atque precepto quasi inimicus domino- 
rum et reipublicç ab omni arceatur munere publico, et ad satisfactio- 
nem ecclesiae quam lesit episcoporum ofîeratur judicio ^, Piacet quoque 
nostrç mansuetudini fratribus ejusdem monasterii indulgere ut, 
quoniam propter in testa tionem paganorum suas immunitates vel 
instrumenta cartarum per fugam dilapsa vel incensa sunt, nostnim 
regale proponamus edictum quatinus quicquid illud monasterium 
legaliter vel quiète ac sine alicujus personae contradictione tenet vel 
tenuit, ratum et firmum noslra auctoritate omni tempore possideat. 
Decernimus insuper, annuente, immo supplicante, Ermenfrido * 
ejusdem comitatus illustri comité, suggerentibus quoque una cum 
dilectissima genetrice nostra Adeleidae ^ [et] regni nostri primoribus, 
tam episcopis quam comitibus, ceterisque fidelibus, propter futuras 
occasiones et propter quictera servorum Dei inibi Deo famulantium, 
jejuniis delectet attentius pro statu regni nostri vel pro nostra nostro- 
rumque sainte omnipotentis Dei misericordiam exorare, ut nullus 
judex publicus in castello propriis sumptibus ac juribus infra ipsa 
monasterii mcenia constructo ^^ nullam ibi quasi potestative licentiam 
habeat discutiendi aut ordinandi aliquid aut disponendi, sed, sicut 
relique res ejusdem monasterii, absque ullius judicialia ^ persona, 
immunitate atque auctoritate prçdecessorum regum sancite noscuntur, 
eodem moderamine eademque dispositione, abbatis videlicet atque 
fratrum, prçfatum consistât castellum ne per hoc praecepta eorum 

a. nostram, B\ nostro, a. — b, firmatum, B. — c. judicia, B. — cf. con- 
stnicta, B, — e. «ic, B. 

1. Ermenfroi, comte d'Amiens, frère de Tabbé de Corbie, Francon. 

2. Seconde femme de Louis II le Bègue. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 299 

atque privilégia in aliquo titubare videantur. Scd et successores 
nostros et afHnes hoc eodem conteslamur edicto quatinusilli, sicuii et 
nos idem monasterium in tutela ac familiaritate nostra suscepimus, ita 
ipsi quoque eodem fervore erga Dei servos aniniati, omnibus qui hoc 
preceptum nostrç mansuetudinis infringere temptaverint, résistant, 
eosque a consortio benignitatis suç séparent, ut eis a Domino et regni 
gloria, et triumphus indeficiens, etbeatitudosempiternaconferatur. Et 
ut hoc preceptum regiae dignitatis et nunc et in future tempore maneat 
inconvulsum, manus nostrç subscriptione roboravimus et anuli nostri 
impressione subter signari jussimus. 

Datum V idus novembris, indi[c]tione quinta, anno VI III régnante 
domno Karolo gloriosissimo rege, redintegrante quarto. Actum villa 
Fraxnidum * in Christi nomine féliciter. Amen. 

Erluinus notarius ad vicem Ascherici ^ episcopi et archicancellarii 
recognovit et subscripsit *. 



No 38 

BULLE DU PAPE CHRISTOPHE 

903, 26 décembre. 

Le pape Christophe confirme^ sur la demande de Vabbé de Corbie^ 
Francon^ les privilèges de Vabbaye que Vabbé vient d'entourer de 
murs pour résister aux Normands, 

A. Original perdu. 

B. Copie faite vers 1150, cartulaire m, BibL Nat., ms. lat. 17762, 
fol. 10, d'après A. — C. Copie du xii® siècle, cartulaire vu, BibL Nat.^ 
ms. lat. 17763, fol. 57 v<^, d'après A. 

D, Copie du xiii® siècle, cartulaire x, BibL Nat,, ms. lat. 17764, 
fol. 36 v®, d'après B, — E. Copie du xni® siècle, cartulaire xi, BibL 
Nat,, ms. lat. 17759, fol. 5 {Cartulaire Blanc), d'après C. — F*. Copie 
de Du Cange, xvii« siècle, BibL Nat.y ms. franc. 9468, fol. 162, 
d'après D. — F*. Copie de Du Cange, xvii" siècle, Bibliothèque de 

a. %f B. 

1. Fresnois, canton d'Is-sur-Tille, arr. de Dijon, Côte-d'Or. 

2. Évêque de Paris, 886-juin911. 



300 EXAMEN DES CHARTES DE GORBIE 

r Arsenal, Du Cange, Titres de Picardie^ ms. in-folio, 4103 (anc. 332), 
fol. 43, d'après D, — G. Copie de dom Grenier, xviii* siècle, Bibl. NaL^ 
dom Grenier, t. 53, fol. 34 v**, d'après C ou E. 

a. D'Achery, Spicilegium, VI, p. 415; édit de 1723, III, p. 438, 
d'après un manuscrit de Saint- Germa in -des- Prés. — b. Labbe, 
Concilia, IX, col. 516, d'après a. — c. Hardouin, Concilia y VI, 
col. 499. — d, La Lande, Concilia Galliae, p. 318, d'après les manu- 
scrits de Corbie. — e. Dom Bouquet, Recueil des historiens de la 
France, IX, p. 210, d'après a. 

Indiq. : Bréquigny, Table chronologique des diplômes,.., 1. 1, p. 364, 
sous l'année 903. — Jaifé-Wattenbach, Regesta pontificum romanorum^ 
I, p. 445. 

Etablissement du texte d'après B,C zt a, 

Christophorus ^ episcopus, servus servorum Dei, universis epis- 
copis^ Galliarum. Cum romanç sedis pontiflcem <^ constet omnium 
çcclesiarum Christi caput fore, acsi beati Pétri apostolorum principis 
vices agentem cui Christus ait : « Tu es Petrus, et super banc 
petram çdifîcaboçcclesiam meam, et tibi dabo claves regni cçlonim »; 
nulli cunctandum est quod cuncte çcclesie paci, saluti et quieti 
prospicere nos oporteat; prccipue tamen his qui ad nos necessitatis 
sue ^ causas déferre voluerint. Unde cognoscat omnium s^nctorum 
Gallie prçsulum carissima fraternitas, quod vir venerabilis Franco 
abbas ex monasterio Corbei« provinciç ^ Galliarum, quod est con- 
structum in pago Ambianensi super fluvium Somenam f, adiit nos per 
venerabilem coepiscopum nostrum Otgarîum, petens ut nostre auctori- 
tatis privilegio precepta vel edicta 9 regum et imperatorum, antiquis 
aut modernis temporibus eidem loco concessa, firinaremus; necnon 
privilégia episcoporum, unum a praesule'^ Ambianensi Bertefrido ',ad 
cujus diocesim i locus ipse pertinet, et ^ coepiscopis ' suis factum, et 
primitus çdiBcato "^ ipso ^ monasterio datum ; aliud longe postea, 
régnante Karolo ^, ab Hincmaro Remensi archiepiscopo et universali 
concilto episcoporum Galliç conscriptum : preterea privilégia beat^ 
memorif) Benedicti ac Ntcbolai p predecessorum 9 [nostrorum] in quibus 
omnibus sta tu tum est utpraefatum '' monasterium Corbeiç rerum suarum 

a. Cristophorus, B, Xpoforus, C, — b. ecclesiis. C. — c. pontiphicem, B, 

- d, suç, C. — e. provintiç, JB, C. — /*. Summiaa, B ; Somnae, a. — g, 

çdicta, B, — h, presule, C. — i. Berte, B, — j, dioecesim, a. — k. Omis 

dansB. — /. episcopis, B. — m. edificato, C, — n. so,B\ suc, C. — o. Carolo, 

a, — p. Nicolai, a. — q. predecessorum, a. — r, prefatum, C, 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 301 

liberam obtineat dominationem, eteligendi sibi abbatem de suis semper 
habeat potestatem : contradictores vero et répugnantes huic sanctioni 
anathemate dampnandos ^. Qua de re noverit oninis coetus episcopo- 
rum Galliç quod privilégia sanctorum episcoporum Galliç sive sedis 
romanç, oui auctore Deo prçsidemus, jamdicto monaslerio Corbeiç 
concessa nostrç auctoritatis edicto roboramus, et omnem resistentem 
divino judicio dampnandum ^ denuntiamus. Super hçc autem 
jamdictus abbas Franco cum congregatione sibi commissa obsecrat ut, 
quia, divina decernente justicia ^, piratarum^ sevitia maritima 
Galliae ^ loca, in quibus et ipsum monasterium situm est, adeo devas- 
tantur, ut nulli extra munitiones manendi liber relinquatur locus, 
cujus etiam vastitatis impulsu cogenle, sepe f memoratum u monaste- 
rium muro munitum est : quatinus ^ idem, sicut prius, in abbatis et 
fratrum potestate perpétue maneat, ita ut neque cornes nec quilibet 
judex aut manendi aut aliquid contra voluntatem abbatis aut <* fratrum 
inibi agendi potestatem prçsumerei audeat, ne forte concessa ab 
initio ^ privilégia violentur. Quorum petitionem justam etprotempore 
oportunam ' judicantes, decernimus ne aliqua sive çcclesiastica'^ sive 
sçcularis ^ persona contra roborata nostra auctoritate privilégia venire 
audeat : sed sicut hactenus, ita deinceps in futurum inconvulsa per- 
maneant; et quia prçteritorum ^ casus nos cautos faciunt in futurum, 
omnem huic sanctae auctoritati renitentem, nisi eis quos IçsitP digne 
satisfecerit 7, alienum a coetu '' fidelium et hic et in future decernimus. 
Omnes vero his nostris, sancti scilicet Pétri successoris, decretis 
faventes gratiae ' suae ubertate Dominus replere dignetur. 

Scriptum per manum Sergii scriniarii sanctç romanç * ecclesiç, in 
mense Decembri ", indictione VII *, septimo kt.»^ januarii, imperante 
domino nostro piissimo augusto Ludowico ^a Deo coronato imperatore 
sanctissimo. f y Bene ' Valete. 



a. damaandos, a. — b. damnandum, a. — c. juslitia, a. — d, pyra- 
tarum, B, — e. Gallie, C — /*. sepe, B, C. — gr. memonatum, C — /j. qua- 
tenus, a. — L et, C. — j. presumere, C. — k. inicio, B\ inito^ a. — 
/. opportuaam, a. — m, ecclesiastica, a. — n, secularis, C, a. — o. pre- 
terîtorum, C. — p. lesit, C. — q, satisfaecerit, B. — r. cçiu, C. — 
«. gratiç suç. C. — t, romanae, B, — u. decembrio, C, — o. Omis dans 
B, C. ^ w. cal., a. — x. LuJovico, a. — y. Omis dans 5, a. — z. Omis 
dans B, a. 



302 EXAMEN DES CHARTES DE GORBfE 



No 39 

CHAaTB DU COMTE D* AMIENS, ERMENFBOI, ET DE SON FBÈRB GOZBERT 

[Commencement du i* siècle] (Perdue,) 

Donation par Ermenfroi comte fT Amiens et par son frère Gozbert 
du domaine de Méricourt^ sans le consentement de leurs parents. 

Mentionnée dans ^f/)/. Nat,, lat. 13908, fol. 28 v^ ancien S. Ger- 
main, 964, xii« siècle. Voir plus loin Tacte de Vautier I*' comte 
d'Amiens (987, l*' juin-31 décembre. Amiens). 



No 40 

CHABTB DU COMTE d\mIENS, VAUTIEB 

9B5. 

Le comte d'Amiens, Vautier^ met fin à la rivalité de Vabbaye et 
des vicomtes Rorico et Saxtvalo au sujet de Warloy, 

A. Original perdu, 

B. Copie du xii* siècle, BibL Nat., lat. 13908, fol. 28 (anc. Saint- 
Germain, no964), d'après A. 

C. Copie du xviii* siècle, BibL Nat.^ dom Grenier, t. 53, fol. 36, 
d'après B. 

a. B. Guérard, Polyptyque de Vabbé Irminon^ partie latine, 
appendice, p. 340, d'après B, 

Établissement du texte d'après B. 

Olim non modica contentio fuit inter nos et comitem Ambianensem 
ac ejus vicecomiles Roriconem, Sasgualonem. Sed, Deo propitio et 
Waltero comité fratreque nostro Johanne scilicet camerario hujus rei 
negotio permaximelaboranle, victores exstitimus. Kt ut posteris nostris 
hoc imposterum pateat, huic paginç inscribere studuimus hoc 
scriptum : 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 303 

De fora[lico] in Wa[rledo] * * . 

Anno dominice incarnaiionis DCCCCLXXXV, indictione XIII, ego 
Walterus, gratia Dei, Ambianorum cornes, cum uxore mea et filiis 
meis, cum consiiio et voluntate noslrorum communiter fideliuni, 
propter remedium et salutem animarum nostrarum ac propter visita- 
tionem filii nostri Widonis episcopi quem optime cum suis sanctis 
reliquis visitaveruat, clamorem quem de foratico in Warledo de 
cambis ex. longo tempore nostri fidèles Rorico et Saxwalo contra 
monachos Sancti Petri habebant ex tolo remanere fecimus et promisi- 
mus eis, abbati scilicet et ceteris monachis Sancti Petri, secundum 
fidem et possibilitatem nostram, nunquam nos supradictum clamorem 
invita nostra removere. Et si quis post discessum nostrum removerit, 
ex parte Dei et sancli Petri maledictus et anathema in perpétue sit. Et 
ut hoc scriptum firmum et stabile permaneat manibus nostris firmavi- 
mus manibusque fidelium nostrorum firmando tradidimus, 

Signum Walteri comitis. Signum Godesmanni episcopi. Signum 
Fulconisarchidiaconi. Signum Roriconis archidiaconi. Signum Huberti 
prepossiti. Signum Ogeri. Signum Lantranni. Signum Hilduini decani. 
Signum Tancfridi. Signum Roriconis. Signum Drogonis. Signum 
Wermundi. Signum Saxwalonis. 

No 41 

CHARTE DU CHAMBRIER DE GORBIB, JEAN 

986. 

Création de V anniversaire de Vabbé Ratoldus, 

A, Original perdu. 

B. Copie du xii« siècle, Bihl, NaL, lat. 13908, fol. 26 (anc. Saint- 
Germain, n**964), d*après A, 

a. Benjamin Guérard, Polyptyque de Vabbé Irminon^ partie latine, 
appendice, p. 336, d'après B. 

Établissement du texte d'après j5. 

De anni[ver]sario R[aloldi] *. 

Idus martii, anniversarius cçlebretur dies domni Ratoldi abbatis 

a. En marge dans le manuscrit, 

1. Warloy-Baillon, canton de Corbie, arr. d'Amiens, Somme. 

2. 27* abbé de Corbie. 



304 EXAMEN DES CHARTES DE GORBIE 

bone memoriç quem diem anniversarium ofïicialiter orando Deum 
celebrem nosiris successoribus agendum omnibus annis mandamus et 
eos vice Christi deprecamur ut pro remedio et salute animç omnipotentem 
Deum fideliter exorent. Unde notum sit omnibus nostris fratribus tam 
prçsentibus quam et futuris quod ogo Johannes, ejus spiritaliter 
alunnus et sua olim constitulione sancta camerarius fratrum factus, 
meo servttio optinuerim apud domnum Maingaudum * abbatem 
çcclesiam de Taurimonte ^ qu^ est juxta mare in honore beati marlyrîs 
Christi Quintini dicata eo utiquetenoreut quot annis ex prçdiciaçcclesia 
camerarius fratrum fratribus, idus martii, optimam refectionem faciat 
et ipsi ejus memoriam dévote teneant, insuper nec habeat umquam 
abbas aut quisquis camerarius fuerit prçfatam çcclesiam vendendi 
potestatem, sed maneat omnibus in commune semper. 

Et ut hoc ratum et stabile permaneat, vice Christi sanctique Pelri 
apostolorum principis contcstamur successores nostros ut ita faciant 
sicuti statutum est. Anno dominicç incarnationis DCCCCLXXXVI, 
indictione Xlll, régnante Hludowico^ serenissimo rege annol. 

No« 42 et 43 

[■?] (Perdue.) 
Donation de Dampierre^sons- Arques à tabbaye de Corbie, 

GHABTE DU DUC DE NORMANDIE, RICHARD l^ 

[943-986] {Perdue,) 

Restitution à Vabbaye de Corbie^ soms tabbatiat de Batoldus^ à la 
prière du cellerier Jean^ par Richard /*% duc de Normandie^ du 
domaine de Dampierre-sous- Arques^ et fondation d'un repas. 

Ces chartes nous sont signalées dans le ms. lat. 13908 de la Bibl, 
iVa^, ainsi :« In festivitatesancti Mathei apostoli pastum debenthabere 
pro domno abbate Ratoldo de villa quç vocatur Domnus Pétri quam 
Normanni nobis pridem de nostra potestate tulerant, sed Deo propitio 
et sancto Petro jamdictus patronus noster pro suo jugi famulatu et 
inçnarabili bonitate tantum potuit apud Ricardum comiterh ut ei 
prefatam villam redderet, quam sane nobis deprecatione Johannis 
tune temporis cellararii ad nostram communitatem reddidit. Qui, nullo 
cogente, nobis sponte sua unam exinde addidit refectionem qua festive 
carebamus illo in die. » — Cf. B. Guérard, Polyptyque de tabbé 
Irminon, partie latine, p. 337. 

1 . Successeur de Ratoldus et 28* abbé. 

2. Saint-Quentin>de-Tourmont, c®» de Rue, arr. d'Abbeville, Somme. 

3. Louis V. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 305 



N° 44 

CHARTE DU COMTE d' AMIENS, VAUTIER 

[977, !•»• juin-31 décembre. Amiens.] 

Le comte d'Amiens, Vaulier, donne à Vahbstye de Corbie le domaine 
de Méricourt' l'abbé que le comte Ermenfroi et son frère Gozberl 
avaient donné à Vabbaye sans le consentement de leurs parents, 

A. Original perdu. 

B. Copie du xn« siècle, BibL NaL, lat. 13908, fol. 28 vo (anc. Saint- 
Germain, n® 964), d'après A. 

C. Copie du xvni*^ siècle, BibL Nat,, dom Grenier, t. 53, fol. 36 v% 
d'après B. 

a. B. Guérard, Polyptyque de Vabbé Irminon, partie latine, 
appendice, p. 340, d'après B, 

Etablissement du texte d'après B, 

Preceptum [d]e Otmari[cu]rte. 

Ërmenfridus cornes Ambianensium ejusque frater noniine Gozbertus 
jarapridëm statuerunt sedaturos sanclo Pelro de suo alodo quandam 
villam nomine Otmaricurtem, sed non id légitime peregerunt, douantes 
eam absque consensu suorum parcntum. Quorum votum et voluntatem 
postea Walterus cornes Ambianensis ipsorum etiam hçres et successor 
adimplere desiderans, suorum communi consiliosuperstitum parentum, 
predicte villç traditionem legaliter nobis fecit et inde hoc scriptum 
fieri jussit ut posteris cognitum habeatur : 

Semper humana fragilitas débet inevitabiles casus perpendere ut, 
quando repentina supervenerit dies, positio non nos inveniat impa- 
ratos; juxta Domini mandatum, date et dabitur vobis, et aliud facite 
elemosina et ecce omnia mumda **» sunt vobis, et facite vobis amicos 
de mammona iniquitatis qui vos perducant in aeterna tabernacula, et 
thesaurizate vobis thesauros in celo ubi neque erugo neque tinea 
demolitur et fures non effodiunt nec furantur. His igitur et aliis 

a. Us, munda. 

àlim. e< doc. d« l'ÈeoU d«s Chartes, ^ V. 20 



306 EXAMEN DES CHAUTBS DE CORBIE 

quampluribus preceplis dominicis admonitus, eg^o Walterus, gratia 
Dci, cornes nihiloniinus et uxor mea nomine Adela cum consensu et 
voluntate nostrorum utique filiorum et filiarum, dedimus supradicUm 
villani sancto Petro principi apostolorum, Corbeiensis videiicetçcclesie, 
rectori alque defensori pro nostrarum sane remedio animarum, eo 
scilicet tenore ut abbas et fratres exinde sibi comparent luminaria atque 
incensum ad suarum obscquta reliquiarum quotannis. Et quicunque 
infringere hanc traditionem temptaverit sit anathema Maranatha, hoc 
est alienatio a consortto Chistianorum nisi ad satisfacionem venerit, 
Actum Ambianis, anno dominice incarnationis DCCCCLXXXVII, 
indictione xv, régnante rege Odone [Us. Ugone). 

Ego WalteruB iinnavi manibusque nostrorum fidelium firmandum 
tradidi. S. Widonis, S. Adelç, S. Walteri nostri filii, S. Rodulfi, 
S. Gozfridi, S. Fulconis. 

X» 45 

DONATION D*INDA 

[?-x* siècle j (Perdue.) 

Donation à tabbaye de Corbîe par une femme noble, Inda^ de t alleu 
de Bellencourt et du domaine dWvesnes-sur-Corbie, 

Ce document est signalé dans le ms. lat. 13908 de la BibL Nat., 
ainsi : « In festivitate sancti Michahelis pastum debent habere pro 
memoria Inde cujusdam nobilis matrone quç nobis ad altare sancti 
Pétri suum alodum de Betlonis-Curte iradidit et villam quevocatur 
Avesnas super fluvium Corbeie. » Cf. B. Guérard, Polyptyque de 
Vabbé Irminon, partie latine, p. 337. 

N'>4e 

DONATION nV MOINE JEAN 

r?-x'' siècle! [Perdue.) 

Le moine Jean, plus tard cuslos de V église Saint-Pierre de Corbie 
donne à V abbaye un manse allodial quil possédait à Avesnes sur 
Corbie et qu'il avait acheté 46 sous de deniers à un chevalier du 
nom de Geroldus, à sa femme Eufemia et à leurs enfants. 

Ce document est signilé dans le ms, lat. 13908 de la BibL Nal.^ 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 307 

* 

ainsi : « Insuper, frater Johannes, postea custos çcclesiç sancii Pétri 
adauxit nobis unum mansum alodi in eadem villa (Avesnes] quem 
scilicet comparavit quadraginta sex solidis denariorum cum quodam 
milite nomine Geroldo et ejus uxore nomine Eufemia et eorum infan- 
tibus. » Cf. B. Guérard, Polyptyque de Vabbé Irminon, partie latine, 
p. 337. 



APPENDICES 



NO 1 
le classement des archives de corbib en 1421 

Manuscrits : 

A) Bibl. NaL, ms. fr. 24143. 

B) Bibl. NaL, ms. fr. 25249, d'après A, 

F® 3. — C'est le répertoire pour trouver legiérement tous les privilèges, 
Chartres, bullez, arretz, sentencez, appointemens, accords et toutes 
manières de lettres estans de Téglise de Corbie fait et encommenchié 
Tan mil quatre cens et vingt un, pour lesquelles trouver et savoir la 
manière dudit répertoire, affin que tous les religieux ou aullrcs officiers 
de Téglise les puissent trouver légèrement et tost sans icelles veir tout 
du long, il fault considérer aucunes riglez qui s'ensiuent. 

Primo ce présent répertoire sera divisé en dix parties principales 
qui seront nommés dix traictiés. La première partie sera de la fonda- 
cion, exempcion et espirituel que Téglise a et doit avoir et, en celle 
première partie qui parlera deTespirituel, seront devisées et enseignées 
toutes les Chartres, previleges, lettres etc. dudit espirituel et les places où 
on les porra trouver et se nommera le traictié de Tespirituel, comme 
vous porrez veir au commenchement de chascun traictié. 

La seconde partie se nommera le traictié du temporel et, en ce traic- 
tié, seront declairiés toutes les lettres, Chartres, previleges, arrests et 
sentences touchans la noblesche de le comté, de le ville de Corbie et 
du temporel en général et sera declairié là où on trouvera lesdittes 
lettres. 

Le tierce partie sera des eaues et des mares, de la juridiction etc. 
et en ce traittié seront declairiées les lettres touchans ceste matere et 
la seigneurie des eaues. 



310 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

Le quart traictié des terres, droîs et seignouries estans ou pais de 
Flandres comme Usse, Castres et les appendences en tout le pays de 
Flandres. 

Le quint traictié sera des terres, drois et seigneuries estans es pays 
de Arthoys et de Ternois et environ appartenans à Tesglise. 

Le SLzisme traictié sera de ce que Tesglise peut et doit avoir es pays 
de Liège et de Brabant esquelz pays elle a quatre fermes notables, 
Tune autour de Louvain, Tautre à Widoy et Montenac, l'autre à Ber- 
nighen, le quatre à Gompel. 

Le VII*, des terres, drois et seigneuries, estans à Foulloy, Obigny 
Vers et environ oultre le rivière de Somme à ce lés là. 

Le VIII*, des drois, seigneuries et appartenances estans ou pais de 
Vermendois et par delà vers Clermont, Senlis, Mondidier et aussi vers 
Neelle, Bus, Fescamps, Boulongne, le Crasse et environ lesdis pais. 

Le IX*, des terres et seigneuries estans es pays de Vimeu et de Nor- 
mendie. 

Le X*, de ce qui est ou pays de Picardie au lés decha la rivière 
comme Bonney, Heilly, Warloy, Saint-Leurens, etc. 

Item, fault noter que aucune de ces dix parties principales aura 
plusieurs parties que nous nommerons capitles selon que chacune par- 
tie ara plusieurs branches et deppendances comme tu porras veir au 
commenchement de chacun capitle. 

Item, fault noter que tu veus trouver aucune lettre parlant de Fes- 
pirituel, fondacion ou exempcion, il te fault regarder et le quérir en 
ce présent répertoire ou premier traitlié et voy le signe, et quant tu 
verras commens elle est seignié, si le quier selon que ledit traictié 
t'enseignera et regarde en chacun chapille selon ta maters tant que 
tu treuves la lettre à ton perrepos. 

Item, et pareillement du fait des eaues, se tu veus aucun ense- 
gnement selon ton cas, quier ou traittié des eaues, voy ton signe et, 
selon ce quier, ta lettre et ainsy de tous les aultres. 

Item, soit nette quant aucun penrra aucune lettre oupreviliege etc., 
peur lui aidier et mettre en preuve, soit songneus de remettre en le 
laiette où il le prenra, et de ce doit mettre une cedulle en leditte 
laiette du jour qu'il Tara pris et pourquey, tant que la lettre sera hors 
de sa place, affin que on ne soit abusé et que on sache qui les a esté ; et 
quant il rapportera, il reprenra sa cedulle. 

Item, garde bien le chantre que aultrement il ne baille quelque 
lectre, se celui ne lui baille cedulle comme dessus est devisée^ aflin que 
en pust savoir par ladicte cedulle où est la lettre que on a esté hors de 
la laiette et qui Ta prinse et pourquey et quant, et par ainsy en ne 



APPENDICES 



311 



perdera point ses lettres ou previleges ainsy que nous savons bien 
que plusieurs lettres ont esté perdues par ce moien et aultrement par 
négligence. 

Item, et quant on rapportera la lettre il ne faut que regarder son 
signe et le mettre en sa laiette dudit signe, et estre songneux quant 
elles sont hors de la laiette de savoir qui les a. 

F® 4. — Item, et s'il avient qu'il viengne nouvelles lettres, jugies, 
arrests, accords, sentences etc., on mette chacun en son lieu selon ces 
règles cy declairées et soient signées du nombre subséquent et du 
signe de le laiette, comme s'il venoit nouvellement aucuns arrests ou 
jugies du fait du temporel et de la seignourie de Corbie, on le deveroit 
mettre en la laiette du second traittié signé G et de nombre subscr 
quent et ainsy des aultres. 

Et pareillement s'il venoit aucun jugie pour. Saint Nicolay de 
Rigny, on le deveroit mectre en le laiette de Saint Nicolay et ainsy des 
aultres. 

Ci commence le premier traictié de ce présent répertoire lequel sera 
de toute la fondacion, exempcion et espirituel de l'église de Corbie et, 
pour ce qu'il y a plusieurs lettres et previleges, ce présent traictié con- 
tenra cinq capitles principaulx. Le premier, de l'ancienne fondacion de 
l'église et de le exempcion ; le second, des previleges qui ne touchent 
pas de si près la dicte fondacion, mais sont previleges qui depuis ont 
esté impétrés sur plusieurs articles ; le tiers, des previleges, drois, pré- 
rogatives que la personne de l'abbé peut et doit avoir et comment il 
est exempt; le quart, des sentences, accors, traittiés et explois tou- 
chans laditte exempcion et la juridiction espirituelle, tant contre 
l'evesque d'Amiens comme contre les aultres prelas ; le quint, des 
capitles de bénéfices appartenans à l'abbé. 

Le premier de le fondacion ancienne de l'église et de le exempcion 
parlera, car l'esglise fu fondée exempte et sont toutes les lettres et 
previleges à ce propos en une longue laiette, laquelle laiette est ainsi 
signée t|t, et doys savoir que toutes les lettres estans en laditte laiette 
seront signées de ce signe et avec ce seront signées par nombre emprès 
ledis signe, comme tu peus veir en l'article subséquent, et aussy seront 
les aultres lettres pareillement signées du signe de la laiette et de 
nombre subséquent. 



F** 6 V». — Cy commence le second capitle du premier traictié de 
l'espirituel et exempcion ouquel sont contenu plusieurs previleges de 
papes de exempcion qui regardent les personnes religieuses et ceulx 



312 EXAMEN DES CHARTES DE GORBIE 

qui regardent le fait du capitle comme privilèges personneulx donnés de 
plusieurs papes et à plusieurs foys et ne touchent pas tant la première 
exempcion principale que le premier capitle, et lesdittes lettres 
sont signées A et par nombre comme dessus et sera laditte laiecte 
signée par A. 

F° 9 V*. — Ce sont les lettres du tiers capitle du premier traictié 
lequel contient toutes les lettres et previleges donnés par le pape à le 
personne de Tabbé au regart de Texempcion et de Tespirituel les- 
quelles sont toutes signées par un B et avec ce par nombre comme les 
autres précédentes. 

F° 11. — Ce sont les lettres du quart capitle du premier traictié 
ouquel sont lettres, sentences, arrests, jugies, explois et accords tou- 
chans l'cntretenenient de la juridiction espirituelle et de Texempcion 
selon les previleges des papes contre Tevesque d'Amiens comme aultres 
veullans empescher ladicte exempcion, et aussy y sont les vidimus 
d'aucunes bulles de pape, le jugis des ordres etc.; comme tu porras 
veir et sont toutes seignées à un double BB et par nombre subséquent. 

F" M \^, — Après s'ensiut le quint capitle du premier traittié 
ouquel sont aucunes lettres de anciennes fondacions de chapelles et 
bénéfices séculiers appartenans à la collacion de monseigneur de Cor- 
bie lesquelles sont signées à une i d'abbé et ne sont point aultrement 
nombrées parce qu'il n'en y a guaires, desquclz bénéfices on trouveroit 
la declaracion ou livre des chapelles estans à Tesglise. 



po 14 v<>. — Cuy commence le second traictié de ce présent réper- 
toire lequel se nomme le traictié de la temporalité de Téglise et con- 
tient les Chartres et previleges des rois de France, la fondacion de la 
juridiction temporelle, les drois, noblesches, franchises et usages de la 
comté de Corbie dont Tabbé est comte à cause de la temporalité de 
ladicte esglise. Et contient quatre capitics ; le premier est de ladicte 
fondacion temporelle, des drois, franchises et noblesches de la comté 
de Corbie; le secont est de ces rentes, revenues, possessions, molins, 
halles, maisons, estans dedcns la ville tant à le Neufville comme en 
l'esquevinage de Corbie et environ ; le tiers contient comment le 
mairie et comniunaulté fu acquise par Téglise, plusieurs accors qui 
furent pour le temps entre maire et jurés et Téglise, plusieurs impe- 
tracions et extorcions qu'ilz voloient faire à l'église ; le quart capitle 
est des denombremens des fiefs tenus de Corbie. 



APPENDICES 313 

Soit adverti que tous les lettres du premier capitle de ce présent 
traiciié du temporel sont signées par C par nombre et le laiette en 
laquelle ilz sont est signée par C. 

Les lettres du second capitle des rentes, revenues etc. sont signéez 
par D et par nombre. 

Les lettres du tiers capitle de ce second traittié sont signées par Ë 
et par nombre. 

Celles du quart sont signées par un tel signe El, comme tu porras 
veir cy après en chacun capitle. 
• •....... .• 

F® 19 V**. — Ce> sont les lettres du secont capitle du traictié du 
temporel, est assavoir les acquestes de maisons, prés, bos, héritages, 
rentes et revenues, drois, seignouries, {>ourfis et emolumens que 
Téglise a aqueste et acheté dedensle ville de Corbie, en Tesquevinage 
et environ, lesquelles sont toutes seignées par un D et par nombre 
et sont en le laiette au D. 

F** 23 v**. — Est le tiers capitle de la temporalité comment le mairie 
et communaulté vint à Téglise plusieurs accors, sentences et arrests 
contre maire et jurés pour le temps sur plusieurs extorcions, impetra- 
cions et nouvelletés que le maire et jurés voloient faire et depuis que 
ledit mairie vint à Téglise si vorrent faire capitaine impétrer aide 
avoir seignourie en la ville et juridiction de Téglise lesquelles tu por- 
ras veir en ce présent capiltre. 
.•..•......■.•............•••.•.....••.•...•.....•••..•..•.... 

po 25 v**. — Le quart capitle de la temporalité contient les denom- 
bremens des fiefs tenus de l'église et y a un ancien raulle de tous les 
anciens fiesves de Téglise et commence au seigneur d'Encre qui jadis 
fu homme de Téglise. 

Item, oudit capitle et laiette sont aucunes lettres de société d'aucuns* 
monastères et sont toutes les lettres et le laiette signée d'un tel 
signe CD. 

F** 26. — S'ensieut le tiers traittié de ce présent répertoire faisans 
mencion de la seignourie que Téglise a en le rivière de Somme des 
eaues, pesqueries et mares et ce que Téglise a acqueste et le droit que 
elle a es lieus dessusdis et sont toutes seignées à un F, et avec ce cha- 
cune a son nombre. 

F" 29. C'est le quart traittié faisans mencion de ce que l'église a es 
paiis et comté de Flandres à Huisse, Castres, Dixmude le Warnoise, 
Woulmes, Esves, Brocburghensis ecclesia, Merchein, Longemarbre, 



314 EXAMEN DES CHARTES DS GOIIBIE 

Sualmes, etc., et sont signées à un G et par nombre chacune lettre, 
et la laiette est signée à un G. 

F® 32. — Guy commence le quint traitlié des drois, franchises, 
noblesches, terres, maisons et aultres héritages que Féglise a et peut 
avoir ou paiis d'Artois et environ et contient H capilles : Je premier, 
de ce qui est environ le cité d'Arras comme M onchy, Ransart, Wailly, 
Belle, Grouille et sont toutes signées à un tel H et par nombre subsé- 
quent ; le second, des terres estans vers Aire comme à Arniei^, Tiennes, 
Havesquerque et environ signées à un I. 

F** 34 v*. — Ce sont les lettres du secont capitle du pays d'Artois 
des terres environ Aire, c'est assavoir Ammes, Liesles, Tiennes, Haves- 
querque, toute signée à un J et par nombre comme les aultres. 

F* 36. — Guy commence le [sizisme] * traictié des terres estans es 
pays de Liège et de Brabant que on nomme communément les terres 
de Widoy réduites à Téglise qui jadis fu prevosté. Signé K. 

F° 40 v**. — Guy commence le septième traittié des terres, drois et 
seignouries estans oultre la rivière de Somme depuis Foulloy et 
environ selon la rivière et commence à Foulloy et ne parle que de 
Foulloy et le Verneule, et contient ce présent traittié sept capitles ; le 
premier est de Foulloy et des appendences ; le second est des terres 
et drois d'Obegny ; le tiers, de Hamel, Hamelet, Vers, Rousencourt, 
Bethencourt, Le Mote-Villers, Harbommeres, Bussy, Hangest, 
Davenecourt, Marcel, Betisy; le quart, de Cachv, Gentelle, Bove, 
Blangy, le Paraclit; le quint, de Castel, Moreul, Tenues, Enguillau- 
court, Dommart ; le VI% de Paillart; le VII«, de Saint-Nicolas de 
Regny, Guisy, Lompré, Hum et environ. Item, et sy en y a un aultre 
de Saint-Nicolay de Regny pour les procès contre Monseigneur de 
Rains *. 

K© 42 v«, — Chest le second capitle du septiesme traitié lequel fait 
mention des drois, seignouries, franchises et noblesches que Téglise a 
en le ville d'Obegny et environ ouquel toutes les lettres seront signées 
par M et par nombre subséquent. 

F" 43. — C'est le tiers capitle du VII' traictié faisans mencion des 

i. Il y a un grattage. 

2» Les pièces du premier chapitre sont signées L, 



APPENDICES 315 

drois, franchises, sei^nouries que Téglise peut avoir à Hamelet, Hamel, 
Vers et sont Bousencourt, Betencourt, Le Mote-Villers, Harbommeres, 
Bussy, Hangest, Davenescourt, Marcel, Betisy, signé par N. 

l^^t 45 v". — Cy s'ensieut le quart capitle du Vil** traictié faisant 
mention de Bove, Cachy, Gentelle, Blangy, signé par O et par nombre 
subséquent. 

F** 47. — C'est le V*^ capitle du VII* traictié faisans mencion de 
Tennes, Moreul, Castel, Enguillaucourt, Dommart, signées par P et 
par nombre ensiuvant. 

po 4g yo — C'est le VI* capitle du septiesme livre ou traictié 
lequel capitle fait mencion de Paiilart signé par Q et par nombre. 

F«49. — C'est le VII« capitle du VII« livre ou traictié lequel fait 
mencion de Saint-Nicolas de Regny, signé par R et par nombre. 

F** 53. — Chi après s'ensieut le VIII® livre ou traitié des terres 
drois et seignouries que l'église a ou paiis de Vermendois et par delà 
devers Neelle, Clermont, Senlis, Momtdidier et en plusieurs aultres 
lieux, lequel contient II capitles. Le premier fait mencion de Bus, 
Fescamps, Boussicourt, Marcaisviller, Poupaincourt, Fources, Varly, 
Arviler, Branlers, Rokencourt, Condun, Wascemolin, Riberpré et 
sont toutes signées à S et par nombre subséquent. Le second capitle 
dudit traictié fait mencion de Quiquery, Saint-Ëloy, Fontaine, Bascn- 
tin, Concuerre, Caisnel, Mondidier, Neelle, le Caisnoy, Foukiecourt, 
Chaalis emprès Senlis, et sont toutes en le laiette signée au T et signées 
au dehors par T et par nombre. 

F* 56. — Chy commence le secont capitle du VIII® livre faisant 
mencion des drois, franchises et seignouries que l'église a et doit avoir 
es villes et terroirs de Quiquery, Fontaine, Basentin, Concuerre, 
Kaisnel, Mondidier, Neelle, le Quesnoy, Fouquiecourt et Chaalis et 
sont toutes en le laiette au T et signées par T et par nombre subsé- 
quent. 

F** 58 v°. — Chy commence le neufviesme livre de ce présent réper- 
toire dont le premier capitle contient les terres, cens, rentes, drois, 
seignouries, et emolumens que l'église a ou pays de Vimeu comme à 
Maignieres, Aigneville, Hakenli^U et es appendances, toutes signées ^ 



316 EXAMEN DES CHARTES DE GORBIE 

V et par nombre. Le second capitie, de Domperre en Normandie. Le 
tiers, des lettres de Naours, Maiserolies, Wargnies, Septainville et 
Beauvoir. Le quart, des lettres Saint-Leurens. Le quint, de Sailly le Sec 
et Sailly li Aures. Le VI«, de Cerisy. Le VII*, Estinchen et Cipelly. Le 
VIII*, Bonnay, Waigny, Courcelles, Dommecourt, Pons, Heilly, le 
Neufville, Jambien, Dours. Le IX*, Ville soubs Corbie, Warloy, Can- 
teleu, le Folie, Franviller, Avesnes, Le Mote, les Rivery, Houssoie 
Saucourt, Mericourt. Le X*, Clersay, Acheu, Couloncamp, Forceville, 
Buicourt, Meslers, Honnecourt. Le XI*, les lettres de Saint-Ladre 
emprès Corbie. 

po 5Q Y^'. — Après s'ensieuent les lettres du second capitie du 
IX* livre, est assavoir de le terre de Dampierre en Normendie en 
laquelle laiette il y a peu de Chartres notables et sont toutes signées 
à un Z. 

po 51 yo — C'est le tiers capitie du IX* 1. qui contient les drois et 
seignouriez de Naours, Maiserolez, Wargnies, Beauvoir, Quierrieu, 
Septainville et les appendances desdis lieus signés à X et par nombre. 

F** 63 v°. — En cest présent capiltre quart sont declairées les lettres 
et chantres de Saint-Leurens et toutes signées Saint-Lorens et sont en 
un coffre, lesquelles on peut inventorier quant on veut. 

F<» 63 V®. — C'est le V* capiltre du IX* livre qui porte de Sailly le 
Sec et Sailly le-Aures, [le VerneuUe, Vauls et Gedauville] * . 

po 54 yo. — Cy s'ensieut le VI capiltre du IX* livre qui fait men- 
cion de Cerisy et des appendances. 

F** 65. — C'est le VII* capiltre du IX* livre qui fait mencion 
d'Estinchen et Cipelly et des appendances. 

Fo 66. — C'est le VIII* capiltre du IX* livre qui parle de Bonnay, 
Waigny, Courcellez, Dommecourt, Pons, Heilly, Jamlieu, Doires, Le 
Mo te, Bresle. 

F** 67 V®. — C'est le IX* capiltre du IX* livre qui parle de Warloy, 
Ville soubz Corbie, Canteleu, Le Folie, Franviller, Avesnes, Houssoie, 
Saucourt. 



1 . Addition postérieure. 



APPENDICES 317 

Fo 68 V. — Ce sont les lettres du X*^ capiltre du IX* livre faisant 
mencion de Clersay, Acheu, Coulomcamp, Forceville, Buicourt, 
Mesliers^ Honnecourt, Pourlesour. 

po 69 yo. — C*est le declaracion des lettres de Saint-Ladre et est le 
XI® capitle du IX* livre. 
••«••••«•«•••.•<••«••>•••••■•••«•>«•••>••••••••••••••••••<>••• 

F® 71 V® — Chy sont aucunes lettres qui ont esté trouvées es laiettes 
sans nombre et sans signe qui sont maintenant en nombre signées 
en la manière que s'ensieut. 



No 2 

LES ANCIENS CATALOGUES DBS ABBES DE CORBIE 

Les anciens catalogues des abbés de Corbie sont au nombre de quatre. 
Les deux plus anciens sont contenus dans les manuscrits latins 13908 
(fol. 27 v«) et 17758 (fol. C, cartulaire viii) de la Bibliothèque Natio- 
nale. Ce dernier est extrait d*une notice rédigée au xii* siècle et a été 
transcrit par Jean de Candas dans le Cartulaire Noir (fol. 34 v®). Tous 
deux s'arrêtent à Hugo abbas, II existe une charte de Philippe- 
Auguste datée de Saint-Germain-en-Laye et de 1 189, seconde année du 
gouvernement abbatial de Nicolas, par laquelle le roi confirme les 
libertés de Téglise de Corbie *. L'abbé Nicolas dont il s'agit ici est le 
troisième du nom ; il succéda à Gosso qui mourut un 12 février, après 
avoir régi Tabbaye pendant trois années ^, c'est-à-dire en 1187. Hugues, 
prédécesseur de Gosso mourut donc en 1184^ le 23 juillet. La rédac- 
tion des deux listes se place entre le 23 juillet 1184 et le 11 février 
1187, avant la mort de Gosso. II en résulte que le cartulaire vni fut 
composé entre ces deux dates. 

La liste des abbés publiée dans le manuscrit latin 17768 ', fol. 
154 V® et 155, est de peu postérieure, puisqu'elle s'arrêtait primitive- 
ment à Gosso. Elle fut continuée et tenue à jour jusqu'à Henricus 

1. BibL Nat., lat. 17758 (Cartulaire Noir), fol. 33 v»; lat. 17759 (Cartu- 
laire Blanc) f fol. 113. — L. Delisle, Catalogue des actes de Philippe- Auguste, 
n« 259. 

2. Gallia Christiana, X, col. 1277. 

3. Martyrologe d'Adon. 



318 EXAMEN DES CHARTES DE œRBlE 

Duniler comme le montre récriture variable d'un nom à l'autre. De 
cet abbatial jusqu'à celui de Charles 1*'' de Bourbon qui fut abbé de 
1558 à ]59<), elle fut écrite en une seule fois. Elle fut copiée par le 
scribe qui fit le manuscrit latin 17770, fol. 197 v**-198 v*», et complétée 
jusqu'à Tépoque où ce scribe vivait. Ce dernier catalogue s'arrêtait à 
Johannes de Goua, sixième du nom, qui fut élu le 11 février 1362-1363 
et mourut le 2 janvier 1391-1392; il fut continué d'un seul trait 
jusqu*à Guillaume de Cauzel * qui mourut le 18 novembre 1522 et 
qui clôt la liste. 

Les auteurs du Gallia Christiana se sont servis du manuscrit latin 
17768 pour dresser la série des abbés de Corbie *, 

Les quatre catalogues se ressemblent ; ils présentent tous une même 
lacune, ce qui donne à penser qu'ils ont eu une source commune, ils 
omettent, en effet, le nom de Tabbé Evrard qui fut déposé en Tannée 
1085 par le concile de Compiègne. A ce concile, l'abbé Evrard avait 
souscrit un diplôme de Philippe I^ '. La déposition d'Evrard fut un 
événement assez considérable pour que Févêque d'Amiens Roricon 
datât ainsi une charte par laquelle il donnait Téglise de Saint-Acheul 
à des chanoines : « Carta autem haec in capitulo Ambianensi rec^tata 
est votoet assensu senatorum omnium nostrae diœcesis, anno MLXXXV, 
indictione octava, ab Incarnatione Domini. Hoc autem anno, justitiae 
cultura legumque, quae longo ante tempore marcuerat, refloruit : Dei 
enim zelus et ecclesiac vigor, imo gladius, in concilio Compendii de 
ore Dei procedens, Evrardum, baculum scilicet arundinem confractum 
et lignum fumigans, de soliditate et splendore regiminis Corbeiae sine 
spe recuperationis abstulit; pax super Hierusalem et in templo Dei ! * » 
M. Maurice Prou, à qui j'emprunte ces détails, a fait judicieusement 
remarquer que les quatre premières lettres du nom de Nicolas I*'' sont 
écrites sur un grattage dans le cartulaire vni, « comme si le scribe, 
ayant commencé d'écrire le nom d'Evrard, s'était repris, avait effacé 
son nom et l'avait remplacé par celui de son successeur ' ». Si Ton 

1. Il existe une copie d'un acte très important, en date du 27 janvier 1507, 
pour l'histoire de ce personnage dans les Titres de Picardie, par Du Cange, 
Bibl, dei* Arsenal, ms. in-fol. 4103, fol. 267 v«. 

2. Gallia Chrisliana, t. X, col. 1265 et suiv. 

3. Voir le texte de ce diplôme, dans TabbéE. Morcl, Cartulaire de Tabbaye 
Saint'Corneille de Compiègne, n« XVII, p. 43. 

4. Gallia Chrisliana, t. X, instruni., col. 293. — D*Achery, Spicilegiunty 
t. II, p. 598. 

5. Maurice Prou, Essai sur l'histoire monétaire de C abbaye de Corbie 
(extrait des Mém. de la Soc. des Antiq. de France, t. LV), Paris, 1896, 
p. i 2-1 5. —Cf. dom Grenier, /^/i/. AV., Grenier, t. 53, fol. 50, et t. 233, 
fol. 2i7 V». 



APPENDICES 



319 



accepte Topinion de M. Prou (et je la crois acceptable) il faudrait 
voir dans le catalogue du cartulaire viii la source des autres listes 
d'abbés < . 

Nous nous contentons de publier ci-dessous la liste la plus étendue, 
celle du ms. lat. 17768, fol. 154 v^, en donnant, quand il y aura lieu, les 
légères variantes des autres manuscrits : 



M8. LAT. 17768. 

Ilec sunt Corbeie pastorum 
nomina prisce. 



Teodefridus abbas Caméra- 

censis epc. ^, viii idus oc- 

tobris. 
Hrodçarius abbas, vu id. oct. 
Erenbertus abbas, vu id. oct. 
Sebastianus abbas, vu id. oct. 
Grimo abbas, vu id. oct. 
Leodegarius abbas, v id. nov. 
Addo abbas, un kal. decenb. 
Mordrannus, abbas xiii kal. 

junii. 
Ses. Adalardus senior abbas, 

iiii non. jan. 
Item Adalhardus abbas, id. 

julii. 
Uuala abbas, ii id, septemb. 
Heddo abbas, vin kal. julii. 
Isaac abbas, VI id. sept. 
Hatbertus abbas, vi kal. maii. 

Odo abbas et Beloacensis 
epc. *, V kal. febr. 



MS. LAT. 13908 2. MS. LAT. 17758 MS. LAT. 17770. 

II çc sunt Cor- 
beiq pastorum 
nomina prises 
quorum cura 
fratres nu tri vit 
dogmate plures. 

Theodefridus. 



Rodgarius. 
Ërembertus. 



Leodgarius. 
Mordramnus. 
Ses. Adalhardus. 
Item Adalhardus. 



Sanctus Radber- 
tus. 



Ysaac. 



i. Du Cangc, qui avait dressé une liste des abbés de Corbie, avait rétabli 
Evrard à sa place, entre Foulques et Nicolas. Cf. BibL de l'Arsenal, Du Cangc, 
Recueil, ms. in-i*» 5262, fol. 421 et suiv. Je n*ose pas émettre Thypothèse 
que cet érudit ait connu une liste ancienne que nous ne posséderions plus, 
car il n'indique pas ici la source où il aurait puisé, ce qu'il fait générale- 
ment. Cependant, le fait que dom Grenier place Evrard vers 1085 la ren- 
drait assez vraisemblable (voy. la note précédente). 

2. Cette liste a été publiée par B. Guérard^ Polyptyque de l'abbé Irminon, 
partie latine, p. 338. 

3. Addition postérieure. 

4. Écrit sur un grattage. 



320 



EXAMEN DES CHARTES DE CORBIB 



MS. LAT. 17768. 



MS. LAT. 13908. lis. LAT. 17758. M8. LAT. 17770- 



Guntharius. 
...XVI kal. sept. 



Bodo. 



Angelberius abbas, non. febr. 
Trasulfus abbas, x kal. jan. 
Hildebertus abbas, x kal. 

martii. 
Gontharius abbas, m id.julii. 
Heilo abbaB, xiii ^ kal. sept. 
Franco abbas, viiii kal. mar- 
tii. 
Ilerradus abbas, viiii kal. 

martii. 
Boddo abbas, vi kal. apr> 
Uualbertus abbas, el Novio- 

mensis epc. >, vu kal. jan. 
Berengarius abbas, m* kal. 

sept. 
Heriboldus abbas, xviii kal. 

decemb. 
Raloldus abbaSf id martii. 
Mai ngaudus abbas, ii id. nov. 
llerbertus abbas, xiiii kal. 

dccenb. 
Ricardus abbas, xiii kal. apr. 
Fulco abbas, non. decenb. K 
Nicholaus abbas, ii non. mar. Nicholaus I *. 

tii. 
Rotbertus abbas, xi kal. febr 
Nicholaus II ^ abbas, un id. 

augusti. 
Johannes I < abbas, xv kal. 

sept. 
Hugo I & abbas, x kal. aug. 
Gosso, II id. febr. 
Nicholaus III abbas, iiii id. 
Ërrardus abbas, v* un kal. 

maii. 
Johannes secundus abbas 

hujus loci, VII* id. sept. 
Fulco II abbas, vi id. junii. 
Galterus abbas hujus loci, 

XII kal. feb. 



frebruari. 

Nicholaus II *. 

Johannes abbas. 

Hugo abbas 7. 



Herrardus. 

Bodo. 

et No>'iomen- 

sis episcopus. 



Ratholdus. 



1. Le manuscrit portait primitivement XVI. 

2. Écrit sur un grattage. 

3. C'est après ce nom que devrait être Evrard. 

4. Les chiffres romains sont suscrits dans le ms. et ont été ajoutés après 

coup. 

5. Écrit sur un grattage. 

6. Cette ligne est écrite à l'encre rouge. 

7. A partir de cette mention, toute la fin est d'une même écriture peu 

soignée. 



3IS. LAT. 17768. 

JohaDnes tercius abbas hujus 

loci. VI* id. sept. 
Hugo abbashujusloci, ii{8ic). 
Radulfus abbas hujus loci, 

quarto kal. jan. 
Johannes IIII"' abbas hujus 

loci, X* kal. decenb. 
Petrus, dictus Mpuret, abbas 

hujus loci, jacet in cap. b. 

Maçdalenae. 
Hugo de Vers abbas hujus 

loci, VIII* id. novb. 
Gaménis de Borrenc abbas 

hujus loci*'. 
Henricus Duuileri^,kal. nov. 
Hugo de Vers quartus, x 

kal. sept. 
JoanDes Darsi quintus, un 

id. feb. 
Joannes de Goua sextus, iiii 

no. jan. 
Radulphus de Roya secundus, 

III* id. aug. 
Joannes de Lion septimus, 

jacet prope formam abbatis 
Joanes de Versée octavus, 

II* kal. decemb., jacet in 

sacello s^ Adalardi. 
Michael de Doffins, iiii id. 

dec. 
Joannes du Quesnes nonus 

abbas per resignationeni 

Jacobi Ransson, obiit xvi 

kal. octobris. 
Jacobus Ransson obiit vi non. 

maii, et suo tempore^des» 

tructa et concremata fuit, 

et jacet in capella 

Petrus Dosterel secundus, 

XVI1I kal. sept., et suo tcm- 

pore ecclesia hujus cœno- 

bii incepta fuit. 
Guillcrmus de Caurel, xiii 

kal. dec. 
Philippus de la Chambre. 
Sebastianus de la Chambre. 
Ludovicus de^Bourbon. 
Carolus de Bourbon. 



APPENDICES 



MS. LAT. 13908. MS. LAT, 17758. 



321 

MS. LAT. 17770. 



Joannes de Goua 
abbas sextus. 



Guillermus du 
Cauzel abbas 
primus, obiit 
xiii kal. dec. 



i/em. et dor. dé l'ÉeoU des Chartes. — V. 



21 



322 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 



No 3 

FORMULES INITIALES DU DISPOSITIF DANS LES DIPLÔMES MéfiOVINGIENS ' 

/•r TYPE 

Quapropter per hune praeceptum specialius decernemus ordenan- 
dum quod in perpetuum * volemus esse mansurum, ut 

EXEMPLES : 

I. Diplôme de Thierry III en faveur de Tabbé Chainode Saint-Denis, 

12 septembre 677. — Original, Arch, Nat,^ K 2, n*» 12. — 
K. Pertz, Diplomaia, I, p. 4i, n® 47. 

II. Diplôme de Thierry III en faveur de Saint-Denis, 30 octobre 688. 

— Original, Arch. Nat.^ K 3, n* 2. — K. Pertz, Diplomata^ 
I, p. 51, no 57. 

III. Diplôme de Ghildebcrt III en faveur de Saint-Denis, 13 décembre 

695. — Original, Arch, Nat,, K 3, n« 8. — K. Pertz, Diplo- 
mala, I, p. 60, n® 67. 

IV. Diplôme de Chiidebert III en faveur de Saint-Denis, 8 avril 696. 

— Original, Arch, Aa^, K 3, n* 10. — K. Pertz, Diplomata, 
I,p. 61, n« 69. 

V. Diplôme de Chiidebert III en faveur de Notre-Dame d'Argen- 

teuil, 3 avril 697. — Original, Bibl. Nal,, ms. lat. 9007 
(exposé dans la galerie des Chartes). — K. Pertz, Diplomata^ 
I, p. 63, n«71. 

VI. Diplôme de Chiidebert III en faveur de Saint-Pierre et Notre- 

Dame des Fossés, vers 700. — Original, Arch. Nai., K 3, n* 
12 3. — K. PerU, Diplomata, I, p. 6i, n« 72. 

VII. Diplôme de Chiidebert III en faveur de Saint- Denis, 12 mars 

706. — K. Pertz, Diplomata^ I, p. 66, n** 75. 

VIII. Diplôme de Chilpéric II en faveur de Saint-Denis, 28 février 

717. — Original, Arch, Nat,, K 4, n« 3. — K. Pertz, 
Diplomata^ I, p. 77, n*» 87. 

1. Je n'ai pas la prétention de donner ci-dessous tous les exemples que 
Ton trouve des types divers : je me suis borné à prendre des exemples dans 
les diplômes originaux ou dans ceux dont Tauthenticité ne fait plus doute à 
rheure actuelle. 

2. Var, : in perpctuo, perpctualiter. 



APPENDICES 323 

IX. Diplôme de Chilpéric II en faveur de Saint-Arnoul de Metz, 
8 juin 717. — K. Pertz, Diplomata, I, p. 78, n® 89. 

TYPES DÉRIVÉS DE CE PREMIER TYPE 

Quapropter per hune preceptum quod specialius decernemus el in 
perpetuo volemus esse mansurum, jobymmus ut... 

Diplôme de Chilpéric II en faveur de Saint-Denis... — Original, 
Arch. Nat,, K 3, n*» 17.— K. Pertz, Diplomata, I,p. 72, n'^Sl. 

Quapropter per praesentem decernimus hoc jobimus preceptum et 
perpetualiter volumus esse mansurum, ut... 

Diplôme de Thierry III en faveur de Saint-Denis, vers 681. — 
Original, Arch, Nat,, K 2, n° H. — K. Pertz, Diplomata^ I, p. 46, 
no51. 

Quapropter per praesentem auctoritatem nostram decernimus, quod 
perpetualiter mansuram esse jubemus, ut... 

I. Formule de Marculfe. — E, de Rozière, Rec, gén.des formules.,,^ 

l*"® partie, form. 147, p. 185. — Zeumer, Mon. Germ. hist.^ 
in-4, Leges, sectio V, Formulae Marculfe^ 1,14. 

II . Formule de Marculfe. — E. de Rozière, Rec, gén, des formules,.,^ 

1™ partie, form. 148, p. 187. — Zeumer, Mon, Germ, Hist,^ 
in-4 Leges^ sectio V, Formulae, Marculfe^ 1, 15. 

Proinde per praesente praeceptum specialius decernemus ordenan- 
dum, ut... 

Diplôme de Thierry III en faveur de Tévêque Chramlin, 15 septembre 
677. — Original, Arch, Nat,^ K 2, n** 1. — K. Pertz, Diplomata, 
i, I,p. 44, nM8. 

2^ TYPE < 
Propterea * jobimus ut... 

I. Diplôme de Thierry III conBrmatif d'un jugement en faveur de 
Saint-Denis, 30 juin 679. — Original, Arch, NaL, K 2, n« 13. 
— K. Pertz, Diplomaiay I, p. 45, n® 49. 

1. Ce type, très simple, réduit aux termes strictement nécessaires, me 
parait avoir été surtout employé dans les jugements qui toujours eurent un 
formulaire plus simple et qui conservèrent très longtemps les formes 
archaïques. 

2. Var,y proinde. 



324 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

II. Jugement de Childebert III en faveur de Saint-Denis, J6 mars 697. 
— Original, Arch, Nat., K 3, n» 12. — K. Pertz, Diplomata, 
I, p. 63, n« 70. 



TYPES DÉRIVÉS DU SECOND TYPE 

Quapropler praesenti praecepto * jubemus ut... 

I. Diplôme de Clovis III en faveur de Saint-Calais, 1" septembre 692. 

— J. Havel, Questions mérovingiennes^ IV, les Chartes de 
Saint'Cafais^ dans les Œuvres de J, Havet^ t. I, p. 163. 

II. Diplôme de Childebert III en faveur de Saint-Calais, 695-711. — 

Ibid,, p. 16-4. 

III. Diplôme de Dagobert III en faveur de Saint-Calais, 18 janvier 

712-'/l5. —Ibid., p. 165. 

Nos ergo per hanc seriem auctoretatis nostrae juxta... per hanc 
auctoretatem jobemus ut... 

Diplôme de Clovis II en faveur de Saint-Denis, 22 juin 654. — 
Original, Arch, Nat,^ K 2, n® 3. — J. Havet, Questions mérovin- 
giennes^ V, Lesorigines de Saint-Denis dans les Œuvres de •/. Havet^ 
t. I, p. 238. 

Ideo per presenti urdenacionc vobis omnino jobemus adque super 
omnia demandamus ut... 

Diplôme de Clovis III en faveur de Saint-Denis, 5 juin 692. — 
Original, Arch. Nat,, K 3, n® 5. — K. Pertz, Diplomata^ I, p. 54, 
n<>61. 

Proinde nus taliter una cum nostris procerebus constilet décrivisse, 
ut... jobemmus ut... 

I. Diplôme de Clovis 111 en faveur de Saint-Denis, l**'" novembre 692. 

— Original, Arch, Nal,^ K 3, n* 6. — K. Pertz, Diplomata^ I, 
p. 57, n« 64. 

II. Diplôme de Clovis III en faveur de Saint-Denis, 28 février 693. — 

Original, Arch, Nat.^ K 3, n''7. — K. Pertz, Diplomaia^ I, 
p. 58, n"66. 

III. Diplôme de Childebert III, 23 décembre 695. — Original, Arch, 

Nat,, K 3, n° 9. — K. Pertz, Diplomata, ï, p. 61, n^ 68. 

1. Var.^ per praesentem praeceptum. 



APPENDICES 323 



5« TYPE 

Specialius ordinamus ut... 

Donation par Dagobert P' d'Etrepagny-en-Vexin à Saint-Denis, 
1"*^ octobre 629. — J. Havet, Questions mérovingiennes^ VI, la 
donation (TEtrepagny^ dans les Œuvres de J, Havet^ t. I, 
p. 265. 

4e TYPE 

Praecipientes enim ut. . . 

K. Pertz, Diplomata, n** 12, 32, 33, 39, 58 et 62 *. Marculfe 
(éd. Zeumer), I, 16, 31. 

TYPES DÉRIVÉS DU QUA TRIÉME TYPE 

Praecipientes ergo, per hanc praeceptionem serenitatis nostrac et 
auctoritate regalisconcessimus et optimo jubemus ut... 

Diplôme de Thierry III confirmant Télection d'Erembert. — Pièces 

justificatives^ n° 1 1 . 
Praecipimus enim ut.,. 

Diplôme de Childebert III confirmant au monastère S. -Serge et 
S.-Médard d'Angers les privilèges concédés par ses prédécesseurs, 
vers 705. — K. Pertz, Diplomata, I, p. 66, n'' 74. 



N« 4 
DE l'emploi des VERBES ROBORARE ET AFFIRMARE dans l'annonce 



• • . 



DES SIGNES DE VALIDATION A L EPOQUE MEROVINGIENNE. 

A : Cas de roborare dans des donations : 

I. Diplôme de Thierry III donnant à Saint-Denis le domaine de 
Lagny-sur-Marne, 38 octobre 688. — Original, Arch, Nat.^ 
K 3 n« 2. — K. Pertz, Diplomata, p. 51, n*» 57. 

1. Le n^ 62 est une confirmation par Clovis III de l'échange fait entre le 
roi Childéric II et l'abbaye de Stavelot, 25 juin 692. M. K. Pertz (Diplomata, 
p. 5iS) a eu le tort do restituer aprc»s le mot enirn le \evbe jubemus. 



326 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

II, Diplôme de Childebert III donnant à SainUDenisIe monastère de 

Solesmes sur TEscaut avec l'oratoire de Saint Martin ad crucem^ 
12 mars 706. — K. Pertz, Diplomata, I, p. 66, n* 75. 

III. Diplôme de Chilpéric II donnant à Saint-Denis la forêt royale 

de Boveretum, 28 février 717. — Original, K 4, n" 3. — 

K. Pertz, Diplomata, I, p. 77, n° 87. 
IV^ Diplôme de Chilpéric II concédant la villa Mars à Saint-Arnoul 

de Metz, 18 juin 717. — K. Pertz, Diplomaia, I, p. 78, n® 89. 
V^. Formule de Marculfe. — E. de Rozière, Rec, gén, des formules..,^ 

V^ partie, formule 16, p. 19. — Zeumer, Formulae Marcalfiy 

I. 3. 

B : Cas de roborare dans les conHrmation^ ^ : 

I. Clotaire II confirme la donation d'un terrain dans Paris faite à 

Fabbaye de Saint-Denis par Daobercht, fils de Baddon (14-15 
juillet 625 ^). Original, Arch, Nal., K 1, n<» 7. — J. Havet, 
Quesl. Mérov,, V, Les origines de St%inl'Denis, dans les 
Œuvres de Julien Havet ^ I, p. 227. 

II. Clotaire III confirme à Tabbaye de Saint-Denis la faculté d'avoir 

des biens distincts de ceux de Téglise de Paris et d'être 
soustraite quant à l'administration de ses biens à Tautorité 
épiscopale, 22 juin 654. — Original, Arvh, Nat,^ K 2, n® 3. — 
J. Havet, Ibid,,p. 237. 

III. Thierry III confirme l'élection de l'abbé de Corbie, Eremberl, 

673-680. Pièces jusiificaiives, nMl. 

IV. Childebert III confirme à l'abbaye de Saint-Denis les immunités 

concédées par ses prédécesseurs, 8 avril 696. Original, Arch. 
Nat,, K3, n*> 10. — K. Pertz, Diplomata, I, p. 61, n« 69. 

V. Childebert III confirme au monastère Saint-Serge et Saint- 

Médard d'Angers les privilèges concédés par ses prédécesseurs, 
vers 705. — K. Pertz, Diplomaia^ I, p. 66, n® 74. 

VI. Chilpéric II, à la demande de l'abbé Chillard de Saint-Denis, 

confirme l'immunité de l'abbaye, s. d. — Original, Arch. 
Nat,, K 3, n« 17. — K. Pertz, Diplomaia, t. I, p. 72, n^ 81. 

VII. Chilpéric II, à la demande de l'abbé de Saint-Denis Chillard, 

1. Le diplôme sur papyrus de Dagobert I*' en faveur de Saint-Denis (628), 
qui nous fournirait un exemple, est faux; nous l'avons tout naturellement 

exclu de notre liste. 

2. Je dois dire que cet exemple est restitué par conjecture et par compa- 
raison avec le suivant. 



APPENDICES 327 

confirme le privilège de Dagobert qui donne le droit à Tabbaye 
de prélever 100 vaches dans lepagus du Mans, 16 mars 716. — 
Original, Arch, Nat., K 3, n® 20. — K. Pertz, Diplomaia^ I, 
p. 74, n° 82. 

VIII. Diplôme de Chilpéric II en faveur de Corbie, 29 avril 716. — 

Pièces justificatives, n" 15. 

IX. Chilpéric II, à la demande d'Erchembodus, confirme les donations 

de ses prédécesseurs à Tabbaye de Sithiu (Saint-Berlin), 718. 

— K. Pertz, Diplom^ta, I, p. 79, n®90. 

X. Thierry IV confirme les immunités de Saint-Denis, 1®"^ mars 723. 

K. Pertz, /AiV/., 1, p. 82, n«94. 
XI". Thierry IV confirme les donations faites à Murbach en Alsace. 
K. Pertz, Ibid,, I, p. 83, n*> 95. 

XII. Thierry IV confirme le privilège de Clovis II en faveur de Saint- 

Denis et y ajoute le droit pour les religieux d*élire leur abbé, 
1«' mars 724. — Original, Arch. Nat., K 4, n"^ 4. — J. Havet, 
op, cit., p. 242. 

XIII. Formule de Marculfe. — E. de RoiAère^ Rec, gén, des formules,.,^ 

V^ partie, p. 27, form. 20. Zeumer, Formulae Marculfij 
1,4. 

C : Cas de affirmare dans les donations : 

I. Diplôme de Clotaire III en faveur de Corbie, 657-661. Pièces 

justificatives j n® 1. 

II. Exemption de tonlieu accordée par Clotaire III à Tabbaye de 

Corbie, 23 décembre 661. — Pièces justificatives, n® 2. 

III. Childebert III concède Timmunité au monastère Saint-Pierre et 

Notre-Dame-des-Fossés (Saint-Maur-des-Fossés) vers 700, 

— Original, Arch. Aa/., K 3, n® 12 *. — K. Pertz, Dip/oma^a, 
I, p. 64, no 72. 

D : Cas de affirmare dans les confirmations. 

I. Diplôme de Clotaire III confirmant les donations faites à Saint- 

Denis. — Original, Arch. Nat., K 2, n® 5. — K. Pertz, 
Diplomata, I, p. 31, no32. 

II. Diplôme de Clotaire III en faveur de Moutier-la- Celle, vers 657 

ou 658. — K. Pertz, op. cit., I, p. 32, n*» 33. 

III. Diplôme de Clovis III confirmant un échange fait entre le roi 

1. Ces deux derniers diplômes (X et XI) devraient être soumis à un 
examen critique approfondi. 



328 EXAMEK DES CHARTES DE CORBIE 

Childéric II et Tabbaye de Stavelot, 25 juin 692. — K. Perlz, 
Diplomaia^ p. 55, n'»02. 

IV. Clovis III, sar la demande de Tabbé Ibbolen, confirme Pimmunité 

accordée par ses prédécesseurs au monastère de Saint-Calais, 
1**" septembre [(^92]. — J. Havet, Quest, Mérov,, l\\ les Charles 
de Saint-Calais^ dans Œuvres^ I, p. 162. 

V. Childebert III confirme Timmunité du monastère de Saint-Calais. 

— J. Havet, Ibid,y p. 163. 

VI. Dagobert III confirme Timmunité de Saint-Calais, 18 janvier 

712-715. — J. Havet, /AiV/., p. 165. 

VII. Chilpéric H, à la demande de Bénigne, abbé de Saint-Wandrille, 

confirme les donations faites par ses prédécesseurs, 25 mars 
716. — K. Pertz, Diplomata, I, p. 75, n^ 85. 

VIII. Thierry IV, ci la demande d'Erchembodus, confirme au monastère 

de Sithiu (Saint-Bertin) les donations faites par ses prédéces- 
seurs, 3 mars 721. — K. Pertz, Ibid.^ I, p. 80, n** 91. 

IX. Thierry IV confirme à Sithiu Tinimunité concédée par Thierry IH, 

17 novembre 721. — K, Pertz, /AiV/., I, p. 81, n« 92. 

X. Childéric Illconfirme les immunités de Sithiu, 23 avril 743 '. — 

K. Pertz, /AiV/., I, p. 86, n»96. 

Cette statistique nous fournit : 

5 cas de roborare dans des donations pour 3 cas d'affirmare. 
14 cas (dont trois douteux) de roborare dans des confirmations pour 
dix cas d'affirmare. 

Pour rétablir, nous nous sommes servis des diplômes authentiques. 
Nous pouvons donc légitimement conclure que ces deux verbes étaient 
constamment pris Tun pour Tautre dans la chancellerie mérovingienne, 
qu'ils étaient synonymes. 

No 6 

DE LA SOUSCRIPTION DES REINES DANS LES DIPLOMES MEROVINGIENS 

Lorsque les rois étaient empêchés pour une raison quelconque de 
souscrire leurs diplômes, les reines mères étaient appelées à corro- 
borer les actes ofliciels sortis de la chancellerie royale '. Le cas 

i. Ce diplôme dont rauthenticilé n'est pas mise en doule par MabiUon 
dans le De re diplomatica est peut-être sujet à caution. 

2. On lit, dans un diplôme original très mutilé de Clotaire III pour 
Saint-Denis, è propos de Dagobert !•'':« ... et cjus manus dicuntur tripe- 



APPENDICES 329 

a dû se présenter assez fréquemment, et cependant le nombre 
des documents où la reine est intervenue pour authentiquer un 
diplôme de son fils est très restreint. Et encore de ce nombre 
convient-il de défalquer deux diplômes de Childéric II qui se pré- 
sentent dans des conditions tout à fait anormales. Tous deux, en 
effet, mentionnent les reines dans la suscription, ce qui n'est pas 
habituel * ; Tun déclare que la reine a souscrit « propler îmbecillam 
aelatem minime polui subscribere : c'est le roi qui parle. La reine qui 
a souscrit est appelée Chinechildis alors que la mère de Childéric II est 
Balthilde. L'annonce des signes de validation de ce diplôme est con- 
traire à tout ce qu'on sait du formulaire de cette clause : le roi, après 
avoir dit qu'il ne peut souscrire, ajoute : manu nostra subtersic/navi et 
regina subterscripsit. En outre, les mots manu nostra^ s'ils eussent été 
de style, auraient indiqué la souscription autographe et non pas \esignum 
que nous trouvons à la fin de l'acte et qui est toujours annoncé par le 
mot signaculu m. Le second présente des anomalies analogues; il me 
suffira de reproduire ici le texte des clauses finales de ce document 
pour qu'on juge de sa valeur : Et ut haec praeceptio nostra in mem- 
branis conscripla, firma et inviolabilis perseverei^ manu nostra subter 
eam decrevimus affirmare, — Signumdomni Childer ici régis gloriosi ^. 

On notera en particulier que dans ce dernier document les souscriptions 
des deux reines ne sont pas annoncées. Je crois donc légitime de ne 
tenir compte ni des formules d'annonce ni des trois souscriptions 
réginales [Chinechildis regina subscripsi, — Signum Emnechildis 
reginae. — Signum Blichiidis reginae) que les deux diplômes de Chil- 
déric II nous fournissent. 

Huit diplômes seulement nous ont conservé la preuve que les reines 
intervenaient dans l'administration du royaume au nom de leurs lils 

dare illi calamus; idio ipse auturetate mano propria non prodibat subscri- 
bere, nisi domno et geneture nostro Chlodovio, quondam rcge, dum ado- 
liscens erat, vel avi nostri Nantechil... are vel subscribere debirent. Quod 
et tune manefestum fuisse vel ficisse denuscitur » etc.. Original, Arch, 
Nat., K 2, n<» 5. — Tardif, Mon.hist.yp, 11, n° 13. — Cf. ]es Prolégomènes de 
Bréquigny et La Porte du Theil, 3® partie, sect. Il, eh. I (Pardessus, Diplo- 
mata, Chartae..., I, p. 247). 

1. « Childericus, rex Francorum, et Chinechildis regina. » Dipl. de Chil- 
déric II en faveur de l'évêque Amand, 661. (Pardessus, Dipl., t. II, p. 118, 
n®340.) — « Hildricus, rex Francorum, Emnechildis et Bilechildis, gratia Dei 
reginae... » Dipl. de Childéric II pourStavelot et Malmédy, 667. (Pardessus, 
Dipl., t. II, p. 145, n® 359.)Martène et Durand {Amplissima collcctio^ t. II, 
col. 10) font d'ailleurs remarquer que la mention des reines dans la suscrip- 
tien faisait défaut dans un ancien manuscrit de Malmédy. 

2. Ces diplômes ne respectent pas la disposition des mots dans les for- 
mules en quelque sorte stéréotypées. 



330 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

mineurs. Cinq d'entre eux nous ont transmis la souscription de la reine. 
Ëst-il néanmoins possible sur ce petit nombre de textes d'établir quelle 
était la règle généralement suivie dans la chancellerie royale à cet 
égard ? 

Voici d'abord les textes : 

1^ Diplôme de Clovis II pour Saint-Maur-des- Fossés, 639 (Pardessus, 
DiplomaU, Charlae^ t. II, p. 58, n» 291) '. 

Ut autem haec praeceplio nostrae cessionis firmior habeatur vel 
per futura tempora, Deo propitio, inviolabilis conservetur, nos et 
praecelsa genetrix nostra Nandcchildis, manuum nostrarum signaculis 
adumbravimus. {Subscripliones désuni,) 

^^ Diplôme de Clovis II pour Saint-Denis, 640. Original, Archives 
Nationales^ K 2, n^ 7. Pardessus, Diplontata^ Charlae,.,^ t. II, 
p. 63, n« 294 : 

...[n]os et praecelsa genetrix nostra domn[a 

Sig. praecelsae Nantechilde reginae. 

3** Diplôme de Clovis II pour Ferrières [janvier 639-8eptembre 642] 

— M. Prou, Fragments d'^un diplôme inédit de Clovis H pour 
Ferrières, dans le Moyen Age, 2® série, t. III (XII de la collection), 
1899, novembre-décembre, p. 475. Tirage à part avec fac-similé: 

Quam praeceptionem auctorii[atis]... nos et praecelsa genetrix 
nostra Nante[childis] [si^gnaculo subter eam decrevimus 

Signum domnae Nante[childis] 

4** Diplôme de Clotaire III en faveur du moine Frodebert (s. d.). 

— Pardessus, Diplomaia, Charlae,.,, t. Il, p. 105, n^ 329: 

Et ut haec praeceptio firmior habeatur, nos et praecelsa domna et 
genitrix nostra Hatildis regina, manus nostrae signaculis subter eam 
decrevimus adfirmare. 

Signum praecelsae domnae Batildis reginae. 

5** Diplôme de Clotaire III en faveur de Corbie [657-23 décembre 661], 

— Pardessus, Diplomatae, Chariae,.., t. II, p. 114, n® 326. — Cf. 
nos Pièces justificatives, n^ l : 

Et ut haec praeceptio nostra perenni tempore firmiorem obtineat 
vigorem, nos et praecelsa genetrix nostra Baldechildis regina, signa- 

i. Ce texte porte des traces de remaniements et peut-être même d'in- 
terpola tiens, mais on y retrouve des vestiges d'un formulaire mérovingien. 



APPENDICES 331 

culis manus nosirae subter decrevimus aftirmare. {Suhscriptîones 
desunt.) 

6® Diplôme de Clotaire III en faveur de Corbie 23 décembre 
661. — (Pardessus, Diplomata^ Charlae,.., t. Il, p. 115, n° 337. 
— Cf. nos Pièces justificatives^ n® II : 

Et ut haec praeceptio fîrmior habeatur et per tempora conservetur, 
nos et praecelsa genetrix nostra domna Baldechildis, regina maxima ^ 
nostris signaculis subter eam decernimus adfîrmare. 

Signum praecelsae Baldechildis reginae. 

7^ Diplôme de Clotaire III ^ confirmant un échange entre l'évêque 
de Noyon Mummolenus et Bertin, abbé de Sithiu, V^ février 663. 
— Pardessus, Diplomata^ Chartae..., t. II, p. 121, n** 343: 

Et ut haec preceptio fîrmior habeatur, et a vobis successoribusque 
vestris per tempora in omnibus conservetur, nos et praecelsa domna 
et genetrix nostra Baltechildis, signaculo manus nostris noscimur 
adfîrmasse. {Subscriptiones desunt.) 

8" Diplôme de Clovis III en faveur de Sithiu (Saint-Bertin), 
31 mai 691. — Pardessus, Diplomata^ Chartae,,,^ t. Il, p. 215, 
nMl7: 

Et ut bec auctoritas fîrmior habeatur et in omnibus conservetur, 
nos et praecelsa genitrix nostra Chrothechildis regina manus nostrae 
signaculis subter eam decrevimus confîrmare. 

Signum precelse genitricis nostre Chrotechildis reginae. 

Il ressort de ces textes que les rédacteurs de diplômes étaient soumis 
à certaines règles. Dans l'annonce des signes de validation, comme 
dans la teneur 3, la reine est toujours qualifîée praecelsa ; ce qualifî- 
catif est celui qui est constamment accolé au nom de la mère 
du roi dans la teneur des actes. Jamais on n'omet d'indiquer sa qua- 

1. J*ai gardé ici la leçon du manuscrit. 

2. Ce diplôme peut être suspecté et ne paraît pas à l'abri d'une attaque; 
mais il contient des formules venues certainement d'un texte ou d'un 
formulaire mérovingien. 

3. Thierry III, dans le diplôme portant donation au monastère de Saint 
Denis du domaine de Lagny-sur-Marne, dit : « Nos ipsa villa de fisco nostro 
ad suggestione praccelse regine nostro Chrodochildc... visi fuimus conces- 
sisse. » Original, Arch, iVa^, K 3, n* 2. Tardif. Mon, /lis/., p. 20, n^ 25. 



332 EXAMEN DES CHARTES DE CORDIE 

lilé de mère, et, comme le roi mérovinpen est toujours supposé 
parler directement à ses sujets, on emploie la iorme genilrix nos- 
ira. La reine est dite domna quelquefois. Domna n'étant pas de 
rèj^le absolue peut changer de place, être mis avant ou après 
genitrix noslra. Tout cela est évident. La question n'est pas aussi 
simple, de prime abord, pour le titre de regt'na. Si quatre chartes 
présentent dans Tannonce le nom de la reine suivi de son titre, deux 
autres, le diplôme de Clovis II pour Saint-Maur et le diplôme de 
Clotaire III de 663 ne contiennent pas ce mot regina ; les deux autres 
diplômes de Clovis II sont mutilés à cet endroit. Est-on en droit 
d'ajouter regina en rétablissant le texte de ces deux derniers actes 
royaux ? Ou faut-il croire que le diplôme pour Saint-Maur a f^ardé 
la tradition d'un usage de la chancellerie de Clovis II qui aurait reparu 
dans le diplôme de Clotaire ÏII ?Tels sont les deux termes du problème. 
Je remarquerai tout d'abord que le diplôme pour Saint-Maur ne nous 
étant pas parvenu en original et, de plus, étant soupçonné de rema- 
niements, s'il n'est pas faux, ne peut servir à lui seul à fixer une 
tradition. Kn outre, si nous examinons attentivement le diplôme de 
Clovis II pour Ferrières, nous verrons qu'il faut de toute nécessité 
restituer le mot regina Je reproduis ici la disposition des lignes 10, 1 1 
et 12 des fragments publiés par M. Prou. 

10...tuitione judicibus puplicis repuls[is] [pro stjabilitate regni 

Francorum proque 

11... re. Quam praeceptionem auctoritratis] nos et praecelsa 

genêt rix nostra Nante- 

12...gnacuIo subter eam decrevimus 

M. Prou, après avoir déterminé que la lacune médiane du manu- 
scrit était de 40 à 42 millimètres, écrit : « La lacune marginale à 
gauche doit être à peu près égale à la lacune médiane. En effet, entre la 
lin de la IK {lisez 1 1**; et le commencement de la 10* [lisez 12**), il manque : 
w childis regina manus nostrae si », c'est-à-dire 27 lettres et quatre 
intervalles de mots ^ . » Je suis de son avis ; mais encore eût-il fallu mon- 
trer que le mot regina avait été légitimement restitué et que la formule 
du diplôme pour Saint-Maur n'était point de mise. Cette dernière for- 
mule en supprimant en effet un mot ne nous donne plus que 21 lettres 
et 3 intervalles de mots. Des deux façons la lacune marginale est de 
petite dimension. Pour nous déterminer entre la restitution de M. Pi^ou 
et la formule du diplôme pour Saint-Maur, il faut chercher à combler 
b trou qui existe entre la ligne 10 et la ligne 11. Je n'ai pas trouvé une 

1. Prou, lac. cit., p. 472. 



APPENDICES 333 

seule formule qui convint exactement; mais en rapprochant deux textes, 
le diplôme de Glovis II ' pour Saint-Denis du 25 juin 654 et une 
formule de Marculfe ^, j^avais restitué tout le passage ainsi : [dilectet 
ipsis monachis {pour ipsos monachos) pro st]abilitate regni Francorum 
proque [sainte nostra Deum jugeter exora]re. M. Prou, de son côté, 
restituait ainsi : [dilectet ipsos monachos pro stjabilitatc regni Fran- 
corum proque [salute nostra Dominum jugeter exora]re ^. Cela semble 
bien être la solution^ étant donnée la dimension de la lacune. Salute 
nostra Deum jugeter exorare donne 28 lettres et 4 intervalles, 
ce qui serait trop long si, à la ligne 12, on ne restituait que : « childis 
manus nostrae si », qui ne donnerait que 21 lettres et 3 intervalles. 
Force est donc d'accepter la leçon Nante[childis regina]. J'estime 
que partout et toujours le nom de la souveraine doit être 
suivi du mot regina et que là où ce mot manque il doit être rétabli. 
Ce titre de reine n'a-t-il pas, dans l'espèce, une importance particulière? 
N'est-ce pas lui, bien plus encore que le genitrix nostra^ qui indique 
la raison d'être de la souscription de Nantechilde, de Balthilde ou de 
Chrotechilde ? Ces considérations me paraissent singulièrement forti- 
fiées par Texamen^des souscriptions elles-mêmes. 

Tous les éléments qui constituent la souscription réginale varient à 
l'exception d'un. Tandis qu'on emploie tantôt praecef^a, tantôt c/omna, 
ou praecelsa domna ou enfin precelsa genitrix nostra^ le nom de la reine 
dans les quatre souscriptions qui nous sont parvenues complètes et 
dont une est prise sur un original est toujours suivi du mot regina. 
La présence du titre de reine est essentielle. Dans un seul cas, le mot 
regina est suivi d'un adjectif qualificatif, mais c'est là une faute 
grossière que Julien Havet et M. Bruno Krusch ont eu raison de 
signaler et que le premier a très heureusement corrigée *. 

La souscription de la reine est annoncée par le même mot que celle 
du roi, signaculuni. Elle doit nécessairement se présenter dans les 
mêmes conditions que la souscription royale ; elle était donc toujours 
écrite en entier par le rédacteur du diplôme sous la forme Signuni 

1. Original. Pardessus, Diploniata CAaWfle..., t. II, p. 98, n° 322 ; et de 
préférence Julien Havet, Œuvres, t. I, p. 238. 

2. Marculfi fonnulae, I, 2, Zcumer, p. 41. 

3. M. Prou avait eu robligeance de me soumettre ce texte avant que 
n'eût paru son étude. Je préfère la leçon Deum k Dominum parce qu'elle est 
plus courte. Cf. une autre formule assez simple, mais qui me paraît moins 
bien convenir dans le diplôme d'immunité concédé à Saint-Denis le 
29 février 716. (Pardessus, Z)«7)/oma^^, Chartae..., t. II, p. 303, n° 495.) 

4. Voy. plus haut, p. ;>5 et 56. 



334 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

praeceUae (ou donnae^ etc.) N. regitiae et devait toujours comporter un 
monogramme. 



N<>6 

ESSAI DE RESTITUTION DU CARTULAIRE DE CORBIE PERDU *. 

Nous avons signalé plus haut, p. 12, un cartulaire perdu qui est 
désigné par l'inventaire du xviii* siècle sous le numéro 97 et qui conte- 
nait la copie de quelques chartes des rois de France en faveur de 
Corbic. Ce cartulaire doit être probablement identifié avecle grand 
cartulaire de Corbie couvert de damas dont parle Du Cange qui en a 
copié quelques titres ^. Ce cartulaire est peut-être aussi celui que 
Bonnefons et Martène utilisèrent pour leur édition du diplôme de 
Charles le Chauve de 857; mais ce n'est pas le manuscrit de Saint- 
Germain-des-Prés d'où d'Achery en 1655 a tiré le dipAôme de Charles le 
Chauve empereur, puisque, au xviii*' siècle, ce cartulaire était encore 
à Corbie. Je suppose que le manuscrit de dom Luc d'Achery n'était 
pas un cartulaire : il ne lui donne pas ce nom ; le diplôme impérial 
avait été, je pense, copié sur une feuille de garde d'un manuscrit que 
nous n'avons pas retrouvé. Enfin les notaires du roi Joly et Lemercier, 
le 10 mai 1621, donnèrent une copie authentique du diplôme de Charle- 
magne de 769 d'après ce cartulaire perdu qu'il nous décrivent ainsi : 
« Cartulaire couvert de damas rouge contenant dix-huit roolles ou 
feuillets de parchemin escrits, au dernier et 18^ desquels feuillets ledit 
tiltre se trouve insérée {sic) avec la figure de Charlemagne. » Ces 
détails nous permettent d'affirmer que ce cartulaire couvert de damas 
ne peut être identifié avec aucun de ceux que nous connaissons, car on 
ne trouve dans aucun autre le diplôme de Charlemagne au fol. 18, et 
que les documents n'y étaient pas rangés dans Tordre chronologique. 



1. Élant donné le caractère conjectural de cet essai, je n'ai pas cru devoir 
l'introduire dans la partie du chapitre 1°' qui concerne les cartulaires. 

2. £n tous cas, le grand cartulaire couvert de damas ne peut être iden- 
tifié, comme je l'ai dit par inadvertance, p. 20, n. 3, avec le Magnus C/iar- 
tularias ecclesiae Corbeiensis qui désigne chez Du Gange le Cartulaire Noir, 
Il contenait en effet le diplôme de Louis le Pieux de 815 et le diplôme faux 
de Charles le Chauve, empereur, que nous ne trouvons pas dans le Cartu- 
laire Noir. 



APPENDICES 335 

Voici une liste des diplômes qu'il contenait, liste incomplète peut-être , 
mais certainement exacte : 

1® Diplôme de Peppin le Bref, dépourvu des souscriptions et de la 
date, indiqué par Du Gange, Bibliothèque de V Arsenal^ Du Gange, 
Titres de Picardie, ms. in-folio, 4103, fol. 28. 

2** Diplôme de Gharlemagne de 769, copié au xvii" siècle par Du 
Gange, Ibid.^ fol. 28 ; par Joly et Lemercier, le 10 mai 1621 , Archives de 
la Somme , fonds de Corbie, armoire I, liasse I, n°3^ 

3^* Diplôme de Louis le Pieux de 815, copié au xvn® siècle par Du 
Gange, Ibid,, fol. 29, et au xviii^s. par dom Grenier, Bibl, Nat,^ collect. 
Moreau, t. I, fol. 44. 

4? Diplôme de Louis le Pieux etLothaire de 825, copié au xvii* siècle, 
par Du Gange, Ibid,^ fol. 30. 

5° Diplôme de Gharles le Ghauve de 842-843, copié au xvii« siècle 
par Du Gange, Ibid.^ fol. 31, et au xvui® siècle par dom Grenier, 
Bibl, Nat., collect. Moreau, 1, fol. 149. 

6** Diplôme de Gharles le Ghauve de 857, copié au xvii® siècle par 
Bonnefons, BibL Nat,^ ms. lat. 17142, fol. 256, et publié par Martène 
et Durand, Amplissima collectio, t. 1, col. 179. 

7® Diplôme faux de Gharles le Ghauve, empereur, de 877, copié par 
Du Gange, Ibid., fol. 4l. 

8*^ Diplôme de Gharles le Simple, de 901, copié par Du Gange, Ibid,^ 
fol. 44. 

9** Diplôme faux de Hugues Gapet, de 987, copié par Du Gange, Ibid.^ 
.fol. 46 v^et publié par Martène et Durand, Amplissima colledio, t. I, 
col. 344 *. 

La présence de ce diplôme faux d'Hugues Gapet, dont j'ai Rxéla date 
de fabrication aux environs de 1160, prouve que le cartulaire fut com- 
posé au plus tôt à la fin du xn® siècle. Il serait donc à peu près con- 
temporain des cartulaires vi, vu, vni et ix; mais je ne saurais dire 
naturellement s'il leur est antérieur ou postérieur. 

1, Quand j'ai publié mon étude sur Deux diplômes d'Hugues Capet en 
faveur deVabhaye de Corbie, j'ai omis de signaler cette copie de Du Gange 
qui fut collationnée sur une copie de Bonnefons el qui n'offre pas d'ailleurs 
de variantes intéressantes. 



ADDITIONS ET CORRECTIONS 



P. 1, ligne 2. Supprimer les mots : « Comme tous les autres établisse- 
ments monastiques. » On sait, en effet, que la Constituante n'abolit pas les 
ordres religieux existants, mais par le décret du 13 février 1790, elle les 
condamnait à disparaître par voie d'extinction en même temps qu'elle per- 
mettait aux religieux des deux sexes de « sortir de leurs monastères en 
faisant une déclaration devant la municipalité du lieu », ou de continuer à 
mener la vie monastique à la condition pour les hommes de se retirer dans 
les maisons qui leur seraient désignées. Les décrets de FAssemblée 
Nationale des 20 février, 19 et 20 mars, et les lettres patentes données par 
le roi Louis XVI le 26 mars fixèrent les formalités à remplir pour l'établis- 
sement de l'inventaire des biens, le dénombrement des religieux et la 
réception des déclarations desdits religieux. Nous possédons aux Archives 
Nationales l'inventaire de Corbie dressé le 4 mai 1790 par le corps muni- 
cipal de la commune de Corbie (Arch. Nat, F^' 606). Ce n'est pas à beau- 
coup près le plus intéressant de la collection de ces inventaires. Voici ce 
que j'y ai relevé concernant plus spécialement notre sujet : 
« , , 

§ Bibliothèque. Il n'y a point de corps de bibliothèque; les livres 
imprimés au nombre de huit mille quatre cent cinq volumes dont quinze 
cent soixante et un in-folio, douze cent onze in-4° et cinq mille six cent 
trente trois tant in-8<> qu'in-12<', se trouvent dispersés dans les chambres 
des religieux. 

§ Manuscrits tant latins qu'en autres langues. Trois cent vingt-huit de 
différens formats se trouvent réunis dans une seule armoire posée vis-à- 
vis l'escalier qui conduit à l'église. 

§ Chartrier. Cette salle renferme tous les titres des biens et droits de 
la dite maison et les autres pièces qui peuvent y avoir rapport, le tout est 
décrit dans un inventaire en six volumes in-folio non compris une table 
indicative des articles, lesquels six volumes ont été numérotés par premier 
et dernier et paraphés comme dessus par ledit sieur maire. » 

P. 14. Nous avons daté, avec M. Rose, le cartulaire de Berlin du x* siècle. 
Le Catalogus manuscriplorum codicum coUegii Claromontani (Paris, 1764, 
in-8, p. 204) le disait du ix* siècle, ce qui est certainement une erreur. 

Mém. et dot, dt l'ÉeoU des Charus. — V. 3:1 



338 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

P. 14, ligne i8; p. 16, ligae 7; p. 17. ligne 28; p. 104, ligne 21 ; p. 120, 
ligne 16; p. 143, ligne 17 ; p. 167, ligne 2 de la note, corr. 846 en 847. — 
J'avais accepté provisoirement la date de 846 pour le concile de Paris sur 
la foi de Y Art de vérifier les dates où les indications chronologiques de Tacte 
conciliaire sont discutées, et j'ai omis de la corriger après coup, sauf natu- 
rellement dans le passage où il est traité spécialement de ce document. 
Cf. Pièces justificatives^ p. 258, note, où il faut supprimer la mention de la 
lettre d'Hincmar à Amolo. 

P. 17, note 1 ; p. 192 et note 1. La date fournie dans ces deux passages 
pour les diplômes de Hugues Capet, 30 ou 31 décembre 987, est fautive. 
Voici le raisonnement qui m'avait fait Tadopter : « L'année de l'incarna- 
tion exprimée est 987 ; la date de l'incarnation est calculée à cette époque, 
soit du 1"' janvier, soit du 1*** mars, soit du 25 mars. La première indiction 
est celle de 988 ;. mais c'est l'indiction courante du 25 décembre ; elle 
s'étend du 25 décembre 987 au 24 décembre 988. Nos diplômes se trouvent 
donc chronologiquement limités entre le 25 décembre 987 et l'une quel- 
conque des trois dates de début qui servent au comput de l'incarnation. 
L'un des prélats souscripteurs, l'archevêque de Reims, Adalbéron, mourut 
le 24 janvier 988. Nous devons, en conséquence, adopter pour point de 
départ de l'incarnation le l"** janvier. Les années du règne vont nous per- 
mettre de préciser davantage : la première année du règne d'Hugues 
Capet s'étend du !•' juin 987 au 3i mai 988, et celle de Robert, du 
30 décembre 987 au 29 décembre 988. Nos diplômes sont donc du 30 ou 
du 31 décembre 987. » Mon calcul eût été rigoureux et acceptable (malgré 
la difficulté qui s'élevait du fait que les rois n'étaient pas à Compiègne, 
mais à Orléans le 30 décembre 987), s'il n'eût reposé sur une erreur que 
mon confrère et ami, M. Ferdinand Lot, m'a signalée. La date de 988, 
donnée pour la mort d'Adalbéron par les chronologistes et par quelques 
érudits comme Wilmans et Kaickstein, est erronée. Déjà le P. Colombier 
(Éludes religieuses, 1869, p. 255, note 2) la corrigeait en 990 et son opinion 
a été reprise par M. Jules Lair. Julien Havet (Lettres de Gerbert, p. 105, note 1) 
et M. Lot (Les derniers Carolingiens, p. 224, note 4, et p. 236) adoptaient la 
date du 23 janvier 989. Ce dernier, qui prépare une thèse sur Hugues 
Capet, a repris l'examen de cette question ; il a bien voulu m'écrire que 
la date de 989 est<( absolument certaine ». Dans ces conditions, le diplôme 
de Hugues Capet, postérieur au 30 ou 31 décembre 987, est de l'année 988 , 
et avant le 25 mars. 

M. Lot me dit aussi que j'ai eu tort de suivre Julien Havet pour la date 
initiale du règne de Hugues Capet. Je lui laisse le soin d'exposer et de jus- 
tifier celte opinion, que, après examen, je crois fondée. Qu'il me permette 
de le remercier ici. 

P. 20, note 3. Je me suis trompé quand j'ai écrit cette note. Du Cange 
appelle bien ieCartulaire Noir : » Magnus Chartularius ecclesiae Corbeien- 



ADDITIONS ET CORRECTIONS 339 

sis», mais ce n'est pas le Grand Carfulaire de Corbie couvert de Damas, Ce 
dernier est le cartulaire perdu n° 97 de Tinventaire du xviii* siècle. Cf. 
Appendice VI. 

P. 36. En citant la donation d'Étrépagny à Tabbaye de Saint-Denis par 
Dagobert !•', dans la question d'affirmare et de roborare, je n'avais pas 
remarqué que affîrmare est une correction de Julien Havet, et même une 
correction malheureuse. Les manuscrits donnent adumbrare {Arch, ^at. 
LL 1156, fol. 12 v<>, et Bibl, Nat., ms.lat. 5415, p. 10), et ce mot adumbrare 
pouvait fort bien se lire à la fin de l'annonce des signes de validation. On 

trouve, en effet, dans une formule de Marculfe : « Eliam et privilegium 

per auctorilatem domni illius seu reliquis de successoribus regibus, parentibus^ 
nostris, aduhbratum fuisse denoscitur, » Marculfe,!, 35 (Zeumer, p. 65). Le 
seul exemple, je crois, d'adumbrare que fournissent les diplômes est un 
diplôme de Clovis II pour Saint-Maur-des-Fossés (Pardessus, Diplomaia, 
Chartae..,, t. II, p. 58, n°291) dont la teneur a été probablement remaniée, 
mais dont les formules ont conservé un caractère assez archaïque. — Cette 
correction nécessaire n'entame pas mes conclusions : l'argument tiré 
du diplôme original de Saint-Maur-des-Fossés suffit h prouver ma thèse. 

P. 42. Le style du diplôme de fondation nous paraît être celui d'un acte 
mérovingien, mais il ne faut pas dire avec l'auteur anonyme de VAdvertis- 
sèment servant à l'examen des titres et chartulaires de Vabbaye de S. Mes- 
min, et pour en Justifier les faussetez que ce diplôme a servi de modèle au 
recueil de Marculfe (liv. I, form. 3). [Bibl. Nat,, Thoisy, n® 384, fol. 69). 
Rien n'est plus faux. 

P. 44, note 3. J'ai suspecté sans raison le sancta régula du diplôme de 
fondation. Cette expression un peu vague se trouve dans deux diplômes 
originaux au moins : le diplôme d'immunité de Childebert III pour Saint- 
Maur-des-Fossés (Arch, Nat,, K 3, n^ 123) dont il est question, p. 36, et le 
diplôme d'immunité du même roi pour l'abbaye de Tussonval (Arch, Nat,, 
K 3, n» 10. — Pardessus, Diplomata, Chartae.,,, II, p. 236, n° 436. — Tar- 
dif, Mon, hist,, p. 30, n^ 37). 

P. 48, n. 2. J'ai fait d'Ursinus un référendaire de Clotaire II et de 
Dagobert I«' ; j'ai peut-être eu tort : je ne sais pas en réalité si Dagobert a 
conservé ce personnage comme référendaire. La souscription d'Ursinus 
n'apparaît qu'au bas de diplômes faux pour Saint-Denis. L'un de ces 
diplômes, la donation du domaine de Saclas (Clichy, 18 juillet 636. — 
Pardessus, Diplomata, Chartae,.., II, p. 21, n^* 268) a passé pour un docu- 
ment authentique, mais c'est incontestablement un faux. Julien Havet a 
restitué le nom d'Ursinus dans la souscription de chancellerie de la dona- 
tion d'Étrépagny au lieu des mots vir illuster que porte le manuscrit, en 
attribuant au copiste une faute de lecture très problématique. Avec la 
meilleure volonté du monde, je n'arrive pas à comprendre comment on 



340 EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 

peut lire avec Julien Havet vir illusier dans la souscription Ursinuê opta- 
lit du diplôme de Clotaire II allégué par cet érudit. S'il s'agit du même 
personnage dans la confirmation du partage des biens entre Ursinus et 
son frère Beppolenus par Dagobert !«•' (Original, Arch. Nat., K 1, n« 9. — 
Pardessus, DipL^ Chartae,,., II, p. 2, n° 245), on remarquera qu'Ursinus est 
qualiûé de vir inluater et de fidelis nosler, et non pas de referendarius, et 
que le référendaire qui a souscrit est Burgundofaro. 11 est vrai cependant 
qu'il pouvait y avoir plusieurs référendaires. Dans ces conditions, il est 
prudent de n'admettre Ursinus dans la liste des référendaires de Dagobert I*' 
qu'en faisant des réserves expresses. 

P. 48, note 3. Pour le changement phonétique du Chl en FI, ajouter : 
Rajna, Le Origini deir epopea francese^ p. 138 et suiv. 

P. 54. A propos de la formule : Cognoscat magniludo seu industria ves- 
tra.,, talem... praestitisse beneficiumj il ne sera pas sans intérêt de noter 
encore que deux formules carolingiennes d'une exemption de tonlieu la 
contiennent. (E. de Rozière, Recueil général des formules, 1^« partie, p. 48, 
no 12 et n^ 32 bis, — Zeumer, Formulae.,, Additamenta e codicibus Mar- 
culfiy 3, p. IH ; Supplementum formularum Marculfi, 1, p. 107.) Le formu- 
laire de ces textes est très voisin de celui des diplômes authentiques de 
l'époque mérovingienne. 

P. 6t. Le diplôme mérovingien que j'ai cité pour justifier l'emploi du 
mot serenitas sous la première dynastie ne nous est parvenu que par une 
copie assez tardive. On pourrait nous objecter qu'il a été remanié, et l'ob- 
jection vaudrait encore, pour la même raison, contre le diplôme de Sige- 
bert lien faveur de Stavelol et de Malmédy (Pardessus, Diplomata,.,, 11, 
p. 94). J'aurais mieux fait de citer la formule de Marculfe, I, 5. (E. de 
Rozière, Rec. gén, des form , 2" partie, p. 620, n« 517. — Zeumer, Fonnu- 
lae, p. 46, ligne 7) et de n'invoquer les deux autres exemples qu'accessoi- 
rement. 
P. 89, note, ligne S, Au lieu de : 749-758, lire : 749-750. 
P. 93, ligne 4. Après les mots : par tous les éditeurs, ajouter : et par 
Bôhmer et Mahlbacher {Regesta, n^ 796). 

P. 113, ligne 8. Le nom de Tévêque Otgarius mentionné dans ce diplôme 
est sans doute celui que le faussaire trouvait signalé dans la bulle de 
Christophe. 

P. 114 et note 4. La date initiale de Tépiscopat d'Odon doit être proba- 
blement ramenée à 859, contrairement à ce que j'ai dit. J'avais préféré (et 
il me semble que j*ai eu tort) le témoignage des souscriptions du concile 
de Touzy (20 octobre 860) à celui des Annales de Saint-Bertin. Les sou- 
scriptions des deux évèques de Beauvais, Ermenfridus et Odon, se trouvent 
dans les mêmes conditions que celles des deux évêques de Noyon, Immo 
et Rainelmus (Immo fut tué par les Normands en 859. Cf. Annales Berti- 



ADDITIONS ET CORRECTIONS 341 

nianiy a. 859), et que celles des deux évêques d'Auxerre, Abbon etChristîa- 
nus. Abboa a dû mourir le 3 décembre 859 ; son successeur apparaît pour 
la première fois parmi les plénipotentiaires du traité de le Coblentz, le 7 juin 
860. (Cf. L. Ducbesne, Fastes épiscopaux, II, p. 446 et 447). Les souscrip- 
tions du concile ne paraissent donc pas exactes pour 860, et il y a là un petit 
problème pour les historiens des conciles. 

P. 130, note 4. J'aurais dû préciser la date de la mort de Timpératrice 
Hirmingarde qui mourut le vendredi saint, 20 mars 851, vers midi. 
Cf. Pièces justificatives, n« 31, p. 281, note 4. 

P. 159, n° i . AJoutezlOi charte remaniée, sinon fausse, de Burgundofaro pour 
Rebais (Pardessus, Diplomata, Chartae,.,, II, p. 39, n^ 275) qui cite les 
monastères d^Agaune, de Lérins, de Luxeuil et la basilique de Saint- 
Marcel de Chalon. 

P. 162, note, et p. 178, note. 11 eût été bon de signaler au moins la courte 
notice que M. de Sickel a consacrée aux privilèges épiscopaux et ecclésias- 
tiques de répoque mérovingienne et qui est d*ailleurs trop sommaire pour 
nous être de quelque utilité dans les questions examinées icï.CÎ. Beitrâge zur 
Diplomatik. IV. Die Privilegien der ersten Karolingern bis zum lahre 840 
g Bischôffliche und kirchliche Privilegien der Merovingerzeit. 

P. 164. J'ai eu connaissance du tome II des Fastes épiscopaux de M. Tabbé 
Duchesne trop tard pour pouvoir le mettre à profit pour le présent livre. 
Cet érudit ne donne pas les dates que fournissait le Gallia Christiana pour 
Chrodobertus et Sigobrandus (op. cit., p. 468). Je crois néanmoins que la 
souscription de Tévêque de Paris est ajoutée dans la charte de Berthefri- 
dus et, par conséquent, que M. Duchesne a eu tort de se servir de cette 
charte. 

P. 174 et suiv. Au sujet de la bulle de Benoit III qui nous est parvenue 
en original et dont Tauthenticité est au-dessus de tout soupçon, je n'ai pas 
relevé une opinion insoutenable qne j'aurais dû au moins signaler et qui se 
trouve consignée dansT-A^is des censeurs..., sur la collection des conciles du 
P. Hardouin (Uirechi, 1751,in-4, p. 33). On y lit à propos du tome V : « Dans 
le corps du Tome : la Lettre du pape Benoît III, pour confirmer les Privi- 
lèges de TAbbaye de Corbie, et encore une autre du même Pape, pour con- 
firmer ceux de l'Abbaye de Saint-Denis en France, étant douteuses au juge- 
ment des Savans, avoient besoin d'une note marginale pour en avertir le 
Lecteur. » J'ignore, je l'avoue, de quels savants les censeurs invoquent ici 
l'autorité ; ce ne sont ni Launoy, ni le P. Germon, ni Lecointe. VAvis des 
Censeurs, qui contient quelques critiques justes, est une œuvre de parti- 
pris; et il eût sans doute fallu, pour découvrir la source de son appréciation 
sur la bulle de Corbie, se plonger dans le fatras des faclums auxquels la 
rivalité des gallicans et des ultramontains donna naissance au début du 
xviii» siècle ; c'eût été perdre son temps, en vérité. Sur VAvis des Censeurs, 



342 EXAMEN D£S CHARTES DE CORBIE 

yoir Dom Quentin, Jean-Dominique Mansi et les grandes collections conci- 
liaires (Paris, 1900, in-8), p. 40 et 54, surtout les notes. 

P. 175, ligne 3. Au lieu de : chapitre 54, lire chapitre 64. 

P. 177, ligne 28. Au lieu de: saint Orner, lire: Saint-Omer. 

P. 181, ligne 2. Ajouter : Hincmar, archevêque de Reims, écrivit une 
lettre « à Fulcramne, chargé du gouvernement de l*abbaye de Corbie et 
aux autres frères du monastère pour Télcction d*un abbé, autorisée par le 
roi, touchant les lettres royales sur cette élection Il répond aux ques- 
tions qu'ils lui avaient posées, et leur enseigne comment ils doivent pro- 
céder en cette élection selon la doctrine de saint Benoît, suivre toujours la 
règle pour guide, et ne s'en écarter jamais, comme devant un jour rendre 
compte de toutes leurs actions devant le tribunal de Notre Seigneur Jésus- 
Christ. » (Flodoard, Historia ecclesiae Reniensis, liv. III, c. 25.) Ce texte, 
que je ne me rappelle pas avoir trouvé dans les historiens de Corbie, 
m*avait échappé. La lettre d'Hincmar ne peut malheureusement pas être 
datée de façon précise : postérieure au mois de mai 845, date de la consé- 
cration d'IIincmar comme archevêque, elle me parait s'appliquer diflicilement 
à Télection d'Odon qui, en 851, succéda immédiatement et paisiblement à 
Paschase Radbert qui se démit de ses fonctions en faveur de son 
protégé. Elle serait donc comprise entre 859, après Télévation d*Odon à 
répiscopat, et Tannée 882 dans laquelle mourut Hincmar. Et je ne puis dire 
de quelle élection, de celles d'Angelberl, de Trasulfe, d'Hildebert et de 
Gonthier, il s'agit ici. M. Schrôrs dans son étude sur Uinkmar n'a pas été 
plus précis que nous. Quoi qu'il en soit, l'analyse que Flodoard donne de cette 
lettre montre sufllsamment qu'au ix* siècle, après le concile de Paris de 
847, l'élection de l'abbé de Corbie restait soumise, comme à l'époque méro- 
vingienne, à l'autorisation du roi. Plus tard, en 895, quand les moines 
eurent déposé leur abbé Francon, l'archevêque de Reims Foulques leur 
adressait « une lettre de correction et de blâme » et les sommait de réta- 
blir l'abbé ; il ajoutait que Francon « viendra lui-même se démettre 
devant le roi, s'il ne peut plus soutenir un tel fardeau, afin que, sur Vordre 
de Sa Majesté, et de l'autorité de l'archevêque, un autre soit institué abbé 
à sa place. » (Flodoard, Hist. eccl. Rem., liv. IV, c. 7.) On voit, par ce der- 
nier texte, qu'une seule chose avait été changée, c'est-à-dire que l'arche- 
vêque s'était substitué à Tévêque diocésain ; et il est à noter que Francon 
qui a bénéficié de Tétat de choses ancien est celui-là même qui en a sol- 
licité le renversement en demandant au roi Charles le Simple en 901 et au 
pape Christophe en 903 confirmation du privilège de Nicolas I*' sur l'élec- 
tion de l'abbé. 

P. 204. Le comte de Caslellane a publié dans la Revue numismatique 
(3« série, t. IV, p. 435-438) un article intitulé Denier de Corbie au type de 
Louis le Bègue. Nous avons connu cet article trop tard pour pouvoir Tutili- 



ADDITIONS ET CORRECTIONS 343 

ser dans le corps de notre travail. La pièce dont il s'agit est un denier 
portant au droit le monogramme de Hludovicus entouré de la légende 
+ MISERICORDIA D"! REX + entre deux grènetis, et au revers 
une croix entourée de la légende -|. SCI PETRI MOf£TA entre deux 
grènetis. M. de Castellane Tattribue (et cette attribution est vraisemblable) 
à Tabbaye de Corbie, parce que le style est tout à fait celui des 
monnaies royales d'Amiens. Ce denier se placerait donc avant le denier 
d'Eudes. Mais M. de Castellane ajoute que la classification à Saint-Pierre 
de Corbie de la monnaie de Louis le Bègue entraînerait l'attribution au 
même monastère de deniers au monogramme de Karolus et à la légende 
SCI PETRI MO^TAi ^* ^"^ offrent exactement le même style » et 
qui u représentent le monnayage de l'abbaye, probablement à l'époque de 
Charles le Chauve » (p. 437). Nous entrons alors dans le domaine de 
l'hypothèse : il n'y a pas certitude que ces derniers soient de Corbie, et 
cela admis, il est difficile d'affirmer qu'ils sont de Charles le Chauve, 
d'autant plus que le monogramme de Karolus s'est immobilisé. 

Toutefois, si ces pièces étaient de Corbie et de Charles le Chauve, 
il faudrait en conclure simplement que l'abbaye a frappé monnaie, mais 
au nom du roi, au type et au titre des monnaies royales, dès le règne de 
Charles le Chauve, ce qui ne serait pas extraordinaire; c'est en efTet 
sous le règne de ce roi que se sont formées les monetae particulières des 
abbayes. Et nous aurions, dans ce fait, un argument de plus à invoquer en 
faveur de la réalité de la cession du tonlieu de Daours à l'abbaye par 
Charles le Chauve. 

Quoi qu'il en soit, la publication de M. de Castellane ne change rien à 
nos conclusions. Il reste établi que c'est sous l'abbatiat de Francon que la 
monnaie frappée au nom du roi fait place à la monnaie frappée au nom de 
l'abbé. 

En terminant cette note, je relèverai une légère erreur de M. de Castel- 
lane : cet érudit fait dire à M. Prou que « c'est par suite du privilège d'im- 
munité qui lui fut accordé, immédiatement aprèfe sa fondation , par le roi 
Clotaire III, en 662, que l'abbaye de Corbie put acquérir la moneta ». 
M. Prou n'a pas dit cela, et je crois avoir mieux suivi sa doctrine dans le 
passage du présent livre auquel cette note se rapporte. 

P. 277. Lire la date de la bulle ainsi : Datum imperanledomno nostro 

piissîmo perpetuo augusto Hlothario.... et postconsulatus ejus anno trice- 
simo nono sed et Hludowico.... 

P. 296, ligne 10. Au lieu de Bôhmer-MOhlbacher, lire: Bôhmer. 



INDEX BIBLIOGRAPHIQUE* 



Acbery (D. Luc), Spicilegium y 131, 
136, 318. 

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Adalhard, Statuts, voir Levillain. 

Advertissement servant à l'examen 
des titres et chartulairesde V abbaye 
de S. Mesmin, et pour en justifier 
les faussetez, 339. 

Album paléographique y 62. 

Annales Bertiniani^ 110, IH, 116, 
122, 123, 127-130, 134, 135, 281, 
294, 340. 

Annales Fuldenses, 128, 130, 258. 

Annales regni Francorum, 91, 93, 
93, 97, 99, 100, 103, 130, 281. 

Arbois de Jubainyille (H. d'), Deux 
manières d'écrire V histoire, 57, 62. 

Amdt, voir Grégoire de Tours. 

Art de vérifier les dates, 258, 338. 

Auvray (L.), Documents parisiens 
tirés de la bibliothèque du Vati- 
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tion des conciles du P. Hardouin, 
341. 

Baluze, voir Loup de Ferrières. 
Battaglia (Avv. G.), La difesa nei 



giudizi sotto la monarchia dei 

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Berthault, L'abbaye de Chelles, IX. 
Bethmann, voir Chronicon Caméra'- 

censé, 
Blocb (H.), Die Urkundenfâlschun- 

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Bôhmer, Regesta,296, 343. 
Bôhmer-MQbl bâcher, Regesta, 62, 

102, 131,238, 340,343. 

Bordier (L.-H.), D« droits de jus- 
tice et des droits de fief, 124 ; — 
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faveur de Saint-Maur-des-Fossés, 
36 ; — Du recueil des chartes méro^ 
vingiennes, 36. 

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Bouillard (D.-J.), Histoire de Vab- 

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Boutaric (E.), De l'origine et de l'éta- 
blissement du régime féodal, 203. 



1. Je n'ai pas compris dans cet index les indications bibliographiques placées 
en tète de chaque texte diplomatique dans mes Pièces justificatives. 



346 



EXAMEN DES CHARTES DE GORBIE 



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Auguste, 143, 317 ; — Inventaire 
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12 ; — Mémoire sur d'anciens sacra- 
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INDEX BIBLIOGRAPHIQCE 



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93, 97, 98, 102, 103, 106, 109, 111, 
112,113, 123, 131, 134, 155, 163, 
164, 165, 166, 171, 177, 193. 

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Strasbourg, 83. 

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Gregorii I papae registrum epistola- 
rum, 138,149,294. 

Grellet Balguerie (C), note dans les 
C. B, de PAcad, des Inscript, et 
Belles-Lettres, 170. 

Guérard (B.), Polyptyque de Vabbé 
Irminon, 319. 

Gundlach (W.), Der Streit der Bis- 
thûmer Arles und Vienne um den 
Primatus Galliarum, 149. 

Ilardouin, Le premier comte abbé 

deCorbie, 211. 
Hartmann (L.-M.), voir Gregorii I 

registrum, 
Hartlung (J.), Diplomatisch-histo- 

rische Forschungen, 177, 178. 
Ilavet (J.), Lettres de Gerbert, 338; 

— Questions mérovingiennes, I, La 
formule : N. rex Francorum V, 
InL, 79; — ///, La date d'un 
manuscrit de Luxeuil, 44, 51, 65; 

— IV, Les chartes de Saint-Calais, 
35, 57,73, 179; — V,Le8 origines 



348 



EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 



de Saint-Denis, 52, 61, 159, 177, 
333 ; — Vif La donation d'Étrépa^ 
gny, 31, 32, 36, 52, 54, 56, 339; 
— V//, Les Actes des évéques du 
Mans, 33, 67, 68, 94, 145, 146, 
148, 149, 166, 208. 

Havet (L.), La prose métrique de 
Symmaque et les origines métriques 
du cursus, 32, 62. 

Herbomez (L. d*), L'évéché de Tour- 
nay-Noyon, 173. 

Himly (A.), Wala et Louis le Débon- 
naire, 102, 

Hincmar, Epistolae, 115, 179. 

Holder-Eggcr, Séries episcoporum et 
abbatum Germaniae, 67, 113, 138, 
139. 

Imbart de la Tour (P.), Des immuni- 
tés commerciales accordées aux 
églUes du VU* au X* siècle, 70, 71 . 

JafTé et Wattenbach, Regesta ponti- 
ficum romanorum, 170, 178, 179. 

Kalckstein, Geschichte des franzô- 
sischen Kônigthums unter den 
ersten Capetingern, 58. 

Kalendarium Corbeiense, 196. 

Krause, voir Capitularia. 

Krusch (B.), Chronologisches aus 
Handschriflen, 196; — Die âllestc 
Vita Leudegarii, 65 ; — Zur Chrono- 
logie der merowingischen Kônige, 
64; voir Kalendarium Corbeiense» 
Frédégaire, Liber historiae Fran- 
corum et Vita sanctae Balthildis, 

Kurze (F.), voir Annales regniFran- 
cortim, 

Labbe, Sacrosancta concilia, 258. 
La Lande, Concilia Galliae, 69. 
La Morlière, Antiquités de la ville 
d'Amiens, des prévôtés, 39. 



La Porte du Theil, voir Bréquigny. 

Lauer (Ph.), Diplôme inédit de Louis 
le Pieux, 104; — Le règne de 
Louis IV d'Outre-mer, 58; — 
Louis IV d^Outre-mer et le frag- 
ment d'Isembart et Gormond, 59. 

LauDoy (J. de), Assertio inquisitio- 
nis in chartam immunitatis quam 
beatus Germanus Parisiorum epis- 
copus suburbano monasterio 
dédisse fertur, 148; — Inquisitio 
in chartam immunitatis quam bea- 
tus Germanus Parisiorum episco- 
pus suburbano monasterio dédisse 
fertur, 147. 

Lavisse (E.), Études sur r histoire 
d'Allemagne, 197. 

Le Cointe, Annales ecclesiastici Fran- 
corum, 51, 64, 87, 152, 153, 158, 
159. 

Lecomte (M.), Le privilège de saint 
Faron, 161. 

Ledieu (A.), voir Daire. 

Le Mire (A.), Opéra diplomatica, 
145, 161. 

Lemoine (P.), Diplomatique pra- 
tique^ 8. 

LetroDDC, Diplomata et chartae 
merovingicae aetatis in Archivo 
Franciae asservata, 37, 38. 

[Le Ver], Examen d'un diplôme de 
Van 877, 107, J08, 112, 113, 118. 

Levillain (L.), c. r. de Doizé, 127; 

— c. r. de Havet, 36, 41 ; — Deux 
diplômes de Hugues Capet en 
faveur de V abbaye de Corbie, 17, 
192, 335, 338; — Normandie, 41; 

— Les statuts d'Adalhard, 45-47, 
190. 

Lex Ribuaria, 88. 

Liber historiae Francorum, 45. 

Longnon (A.), Atlas historique de la 
France, 51, 92, 173, 176, 212,236; 

— c. r. de Pertz, 2t5, 216; — 



INDEX BIBLIOGRAPHIQUE 



349 



Introduction à Raoul de Cambrai, 
59. 
Lot (F.), hembard et Gormond, 59 ; 

— Les derniers Carolingiens, 338. 
Loup de Ferrières, Lettres, 115, 128, 

207. 
Lowenfeld, voir Annales Fuldenses, 

Maassen, voir Concilia aevi mevovin- 
gici. 

Mabille, La Pancarte noire de Saint- 
Martin de Tours brûlée en 1793 et 
restituée d*après les textes impri- 
més et manuscrits, 40, 177. 

Mabillon (J.), Acta sanctorum ordi- 
nis sancti Benedicti, 177, 206, 258; 

— Annales ordinis sancti Bene- 
dicti, 6, 49, 51, 56, 66, 67, 82, 100, 
115-117, 120, 126, ^29, 131-133, 
135,136, 138, 139, 169, 173, 177, 
179, 188, 189, 191, 192, 205, 209, 
281, 295; — De re diplomatica, 
95, 122, 163, 177, 328. 

Maffei (Se), Istoria diplomatica, 143. 

Malnory (A.), Quid Luxovienses 
monachi discipuli sancti Colum- 
bani ad regulam monasteriorum 
atque ad communem ecclesiae pro- 
fectum contulerinl, 44, 60, 145, 
146, 153, 162. 

Marignaa (A.), Études sur la civili- 
sation française, 86, 149, 180. 

Martène et Durand (DD.), Amplis- 
sima collectio, 80, 197, 209, 329; 

— Voyage littéraire de deux reli- 
gieux bénédictins, 12. 

Martène (D.), Commentarius in regu- 
lam S. P, Benedicti, 3, 40, 181. 

Martin (D.), voir Yepes. 

Mas-Latrie, Trésor de chronologie, 
57, 66, 67, 170, ili, 258. 

Meurisset, Sainte Balthilde, reine de 
France, 165. 

Meyer, Annales, 110. 



Migne, Patrologie latine, 83, 209 ; 

— Voir Uincmar et Radbert. 
Morel (E.), Cartulaire de l'abbaye 

Saint'-Corneille de Compiègne, 318. 
Moreri, Dictionnaire, 164. 
Mûhlbacher, voir Bôhmer-Mûhlba- 

cher. 
Nicolas !•', Epistolae, 179. 
Nithard, Historiae, 122. 

Omont, Le praeceptum Dagoberti 
De fugitivis en faveur de V abbaye 
de Saint-Denis, 149. 

Pardessus, Diplomata..., 49, 51, 53, 
55, 57-59, 63, 64, 70, 86-90, 159, 
161, 162, 176, 177, 220, 329, 333, 
339, 340, 341. 

Pascal, De V esprit géométrique, I, 

Pertz (G.), voir Nithard. 

Pertz (K.), Diplomata, 28, 32, 34, 
36, 5i, 53, 55, 57, 64, 219, 325; 

— voir Fiodoard. 

Petit (A.\ Étude sur le temporel de 
r abbaye Saint-Pierre de Corbie 
des origines au XV^ siècle, 163, 165. 

PBster (Ch.), Études sur le règne 
de Robert le Pieux, 209. 

Prost (A.), L'immunité, 210. 

Prou (M.), Catalogue des monnaies 
françaises de la Bibliothèque Natio- 
nale. Les monnaies mérovin- 
giennes, 49 ; — Les monnaies caro- 
lingiennes, 203, 204 ; — Essai sur 
Vhistoire monétaire de l'abbaye de 
Corbie, 203, 204, 318; — Étude sur 
les chartes de fondation de 
r abbaye de Saint-Pierre-le- Vif, 
57, 162; — Fragments d'un 
diplôme inédit de Clovis II pour 
Ferrières, 330-332; — La Gaule 
mérovingienne, 86; — Notes sur 
quelques monnaies mérovingiennes, 
49. 



350 



EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 



Qoantin (M.), Cartulaire général de 

FYonne, 116, 118, 151, 159, 162, 

201. 
Qoatremain (R,)^ Privilégia m S. Ger- 

mani et eccleaiae S. Germani Jura 

propugnata, 147. 
Quicherat (J.), Critique des deux 

plus anciennes chartes de Vabbaye 

de Saint'Germain'-deS'Prés, XI, 

146, 147. 

Radbert (Paschase), De vita sancti 

Adalhardi, 103, 188. 
R. M. K. Pr., Donation faite en 

faveur de Vabbaye de Corbie 

{France) par Robert, comte de 

Flandre, 22, 190. 
Rose (V.), Verzeichniss der latei- 

nischen Handschriften, 15. 
Rozière (E. de). Recueil général des 

formules, 34, 86, 152, 159, 340. 

Schannat (J.Fr.), Vindiciae quorun- 

dam archivi Fuldensi diplomatum, 

80. 
Schmitz ( W.), Monumenta tachygra- 

pkica codicis ParisiensiSj lat, 2718, 

92. 
Schôpflin, Alsatia diplomatica, 83. 
Schrader (F.), Atlas de géographie 

historique, 212. 
Schrôrs (H.), Hinkmar, Erzbischof 

von Reims, 258, 342. 
Sickel (Th. de), Beitràge zur Diplo^ 

matik, 79, 96, 97, 341; — Die 

Urkunden der Karolingern [Acta 

regum et imperatorum Karolino- 

rum), 20, 69, 79, 91, 93, 103, 238; 

— Forschungen zur deutschen 

Geschichte,23S, 
Simson, Jahrbûcher des Fraenkisch- 

en Reichs unter Ludwig dem 

Frommen, 95, 99. 
Sîrmond, Concilia antiqua Galliae, 



51, 64,145, 159.258. 
Sohm, voir Lex Ribuaria. 
S^ A. (baron C. de). Notice sur 

Corbie, 164. 
Statuta Eremberti, 6. 
Stumpf (K. F.), Ueber die merovin- 

ger Diplôme, 49, 57, 73, 75, 220, 

231. 

Tardif (Jos.), Les chartes mérovin- 
giennes de l'abbaye de Noirmou- 
lier avec une étude sur la chrono- 
logie du règne de Dagobert II, 65, 
149. 

Tardif (Jules), Monuments histo^ 
riques, 177, 179, 219, 331, 339. 

Tassin (D.) et Toustain (D.), Nou- 
veau traité de diplomatique, 143, 
146, 155, 163. 

Vacandard (E.), Le règne de 
Thierry III et la chronologie des 
moines de Fontenelle, 65. 

Vaines (de), Dictionnaire de diplo- 
matique, 110. 

Vaissete, voir Vie (de). 

Valois (N.), Le roi très chrétien^ 171. 

Vie (Cl. de) et Vaissete (J.), Histoire 
générale de Languedoc, 89. 

VioUet (P.), Histoire des institutions 
politiques et administratives de la 
France, 78, 178, 184, 207, 208; — 
Histoire du droit civil français, 84. 

Vita Leodegarii auctore anonymo, 
65. 

Vita sanclae Balthildis, 26, 28-30, 
33,46,52,53, 56, 59-61,146. 

Waitz (G.), voir Annales Bertiniani . 

Wattenbach (W.), Das Schriftwesen 
in Mittelalter, 69 ; — voir JafTé. 

Wauters (A.), Analectes de diploma- 
tique, 190; — Un diplôme de 
V époque carlovingienne concernarU 



INDEX BIBLIOGRAPHIQUE 



351 



le village de Huysse, 109-ill, 190. 
Woeli&iD (E.), voir Benoît (saint). 

Yepes (D. Ant. de), Coronica gênerai 
de la orden de san Benito, 
patriarca de religios, t. II, 281- 
283 {Chroniques générales de 



Tordre de saint Benoît^ trad. 
D. Martin), XI. 

Zeumer, Forma lae merowingici et 
karolini aevi, 34, 86, 88, 89, 93 
152, 159, 333, 339, 340. 



TABLE ANALYTIQUE 



Âbbés de Corbie (Catalogues des), 

317. 
Acheux, ch.-l. de c«», arr. Doullens, 

Somme, 9, 22. 
Acte (Fragment d'), non identifié, 182 

n. 1. 

Actes en plusieurs expéditions ori- 
ginales, 40 n. 1. 

Action, dans les documents diplo- 
matiques, 98 n. 1. 

Adalabdus. Voir Adalhard. 

Adalbéron, archevêque de Reims; 
date de sa mort, p. 338. 

Adalgarius, abbé de Sainte-Croix, 
souscrit au concile de Paris, 265. 

Adalhard [le Jeune], 10* abbé de 
Corbie, 93, 99, 100, 249, 250 ; — il 
porte le titre d'abbé et obtient un 
diplôme de Louis le Pieux, 99 ; — 
erreur des historiens à son sujet, 
99-100; — a peut-être obtenu un 
autre diplôme du même Louis le 
Pieux, 93. 

Adalhard [le Vieux], 9* abbé de 
Corbie, 93, 100, 102, 403, 199, 200, 
247-249, 252, 253 ; — a peut-être 
obtenu un diplôme de Charle- 
magne, 93 ; — date de sa mort, 
103 ; — son patrimoine ou héri- 
tage, 172, 177, 188, 200 ; ses sta- 

itém. et dot. dé l'Érolê du Chartu. — V. 



tuts, 96. Voir Vlndex bibliogra- 
phique. 

Adela. Voir Adèle. 

Adélaïde, seconde femme de Louis le 
Bègue, mère de Charles le Simple ; 
son intervention en faveur de 
Corbie, 131, 133, 235 ;— ilc/e/eWw, 
298. 

Adèle, femme de Vautier I*', comte 
d'Amiens, consent et souscrit à la 
donation de Méricourt, 191 ; — 
Adela, 306. 

Adeleidis. Voir Adélaïde. 

Adéodat, pape ; — sa bulle pour 
Saint-Martin de Tours, 178 n. 

Ad medietalem (monnayage), 205. 

Ado, 226 n. 6. Voir Dado. 

Adumbrare, dans Tannonce des 
signes de validation à Tépoque 
mérovingienne, 339. 

Affirmare et roborare, dans Fan- 
nonce des signes de validation à 
l'époque mérovingienne, 35, 36, 
325. . 

Agaunensiê mon . ,• Agaunensium 
mon, y Agaunes. Voir Saint-Maurice 
en Valais. 

Agbrad, évêque de Chartres ; — son 
privilège pour N.-D. -sur-Loire, 
176 n. 4. 

23 



354 



EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 



Aginelmus. Voir Raginelmus. 
Aginhabdi s, comte carolingien, 246. 

Cf. Gherardus, 
AoiRERius, avoué de Corbie en 

Alsace, 83, 84, 85, 88, 89, 243, 

244, 245, 246. 
Agissericus. Voir le précédent. 
Agius, évêque d'Orléans, souscrit 

au concile de Paris, 264. 

AiGLiBERT, sa charte pour Téglise du 
Mans, 33 n. 4. 

AiNALDus, abbé de Saint-Calais, 
souscrit au concile de Paris, 265. 

AiRARDUS, évêque de Tournai- 
Noyon ; — troubles qui suivirent 
sa mort, 138. 

Aix-la-Chapelle, prov. de Prusse- 
rhénane, 93, 97, 101, 249, 252;- 
Aquisgrani, 101,251,254. 

Alas, nom de lieu, possession de 
Corbie, 189. 

Albert, ch.-l. de c"», arr. Péronne, 
Somme, 208. 

Albiniacus, Voir Aubigny. 

Albuinus, comte carolingien, 246. 

Alcarnisia (pagus), mauvaise leçon 
pour Alsacinsis pagus, 124, 125, 
AUace. 

Alcornise, 124 n. 1. Voir le précé- 
dent. 

Aldenardum oppUlum. Voir Audc- 

narde. 
Aldradus, avoué de Corbie, en 
Alsace, 83, 84,85, 88, 89,243, 244, 

245, 246. 

Aldric, évêque du Mans, 208 n. 2 ; — 
souscrit au concile de Paris, 264. 

Aldricus. Voir le précédent. 

Algacinsist pagus, Alsace, 12r», 256. 

Alternance du singulier et du plu- 
riel dans les actes mérovingiens , 

155 et n. 6, 7. 
Ambianemi$[pagmow€cclesia),^a^MS 

ou église d'Amiens. Voir Amiens. 



Ambianis. Voir Amiens. 

Ames, c«» de Norrent-Fonles, arr. 
Béthune, Pas-de-Calais , 2i . 

Amiens, ch.-l. départ., Somme. 
Ambianensis pagus ou eccleêia, 45, 
46, 199, 215, 216, 224, 228. — 
Ambiants^ 306. 

André, écolâtre, destinataire d'une 
lettre de Grégoire le Grand, 294 
n. 1. 

ANGii,BBRTrs, 16* abbé de Corbie, 
114,342. 

Annonce des signes de validation 
dans les diplômes mérovingiens, 
35, 55, 57. Voir adumbrare, affir- 
mare et roborare, 

Anseb^cthis, référendaire de Clo- 
taire III, 56. 

Anselme, comte du palais de Char- 
lemagne, 85, 246. 

Anselmus ou Anshelmus. Voir le pré- 
cédent. 

Anselmus, abbé, intervient auprès 
de Benoît III au nom d'Odon de 
Corbie, 173 et n. 1, 175, 268, 269. 

Aquisgrani, Voir Aix-la-Chapelle. 

Archives de Corbie ; leur organisa- 
tion et leurs inventaires, 1 ; voir 
cartulaires; — classement des 
archives : en 1295, *3; en 1421, 4, 
309; au xvii» s., 7; en 1778, 8; 
règlement, 5. 

Ardo Smaragdus, sa notiiia, 206. 

Arras, ch.-l. dép., Pas-de-Calais. — 
Atravetense pagus^ 45, 46, 199,215. 

Arvillers, c*»» de Moreuil, arr. Mont- 
didier. Somme, 189. 

AsciiERicLS, évêque de Paris etarchi- 
chancelier de Charles le Simple, 
299. 

Assemblée Nationale Constituante 
(DécreU de 1'), 1,337. 

Atelier monétaire de Corbie, 206. 



TABLE ANALYTIQUE 



355 



Airavelense {pagus), pagus d'Arras. 
Voir Arras. 

Attala, abbé de Bobbio, 197 n. 

Aitigny, ch.-l. de c*»*», arr. Vouziers, 
Ardennes; — plaid, 100. 

Aubigny, c«» de Corbie, arr. Amiens, 
Somme, 41, 45, 196, 213; Albi- 
niucus, 215. 

AuDACBR, notaire de la chancellerie 
de Charles le Chauve, 135, 294 et 
n. 3. 

AuDEBERT, évêque de Cambrai, sou- 
scrit la charte de Berthefridus, 
145, n. et n. 1, 148, 149, 160, 161 ; sa 
charte fausse pour Wallers, 161 
n. 2. — Audebertus, 222, 226, 
227, 229, 293 ; — Audobertus, 217 
n. 1, 230; Autbert. 

AuDEBERT, évêque de Paris ; sa charte 
pour les Fossés, 159. 



AuDEBBRT, évêque de Senlis, souscrit 
la charte de Berthefridus, 145 n. et 
n. 1, 147, 150, 162 n., 163. — 
Audebertus, 222, 226, 227, 297. 

AiTDEBBRTus. Voir les précédents. 

AuDEMAHiJs. Voir Omer. 

Audenarde, ch.-l. d'arr., prov. 
Flandre Orientale, Belgique, 200, 
247. 

AuDO. Voir Odon, évêque d'Orléans. 

AuDOENus, AuDOiNus. Voir Ouen. 

AuDOMARus. Voir Omer. 

Audriaca villa. Voir Orville. 

Augustin (saint), 150, 223, 227. 

AuTBBRT.Voir Audebert,év. de Cam- 
brai. 

Autreivilla. Voir Orville. 

AvesnaSyAvesnes, domaine de Corbie, 
sur la riv. de Corbie, 21, 189, 202, 
306. 



Babolein, abbé des Fossés, 159, n. 1. 

Baelem. Voir Baelen. 

Baelen^ auj. Baelen-lez-Gheel, c<>" 
Moll, arr. Turnhout, prov. Anvers, 
Belgique; 22 n. 1; Baelem, 190 
n. 3. 

Bagusta, nom de lieu, 216. 

Baldeghildis, Baldbhildis. Voir Bal- 
thilde. 

Balfridus, évêque de Bayeux, 265. 

Balthildb, reine de France, veuve 
de Clovis II, mère de Clotaire III, 
fondatrice de Corbie, 26, 27, 168, 
175, 196. — Baldechildis, 217,220, 
236, 237, 331, 332; Baldehildis, 
214, 219; Balichildis, 140, 269, 
284, 285 ; Baltechildis, 332 ; Bal- 
IhechildU, 238, 241 ; Balthildis, 



213, 222, 227, 230, 259, 297, 329; 
Baltildis, 293 ; BatildU, 330. 

Ban (Droit de), 206 ; — exercé par 
Tabbé de Corbie, 209. 

Barbier (Dom), grand prieur et offi- 
ciai de Corbie, 9. 

Bauvechain, c°** Jodoigne, arr. 
Nivelles, prov. Brabant, Belgique, 
22 n. 1. 

Beatus, évêque d* Amiens, identifié 
avec Theodefridus, 67, 

Beatus, abbé de Saint-Michel d'Ho- 
now, 244, 245, 246. 

Beaurains, c®" et arr. Arras, Pas-de- 
Calais, 45, 196, 213. — Bellirino, 
215. 

Beauvais, ch.-l. dép., Oise ; — pagus, 
46, 199. 



356 



EXAMEN Dlù» CHARTES DE COKBIE 



Beauvoir, c«» Argueil, arr. Neuchâ- 

tel, Seine-Inférieure, 2i. 
Beeringen, ch.-l. de c*», arr. Hasselt, 
prov. Limbourg, Belgique, 22 
n. 1, 200. —Biringuae, 22 n. 1. 
Belle, peut-être Belle ville-su r-mer, 
€*■ etarr. Dieppe, Seine-Infërieure, 
2i. 
Bellirino, Voir Beaurains. 
Benbdicta, bienfaitrice de Corbie, 

188, 202, 208. 
Bbnbdictits. Voir les suivants. 
Benoît (saint). Voir régula. 
Benoît III, pape, 3 n., 210, 29o; — 
Benedictus, 265, 283, 284, 292, 297, 
300; — sa bulle originale en 
faveur de Corbie, 455; analyse, 
173; nouveautés, 176; accusée à 
tort d'être suspecte, 341 ; manu- 
scrits, fac-similés, éditions, 266; 
catalogues et texte, 267 ; — elle 
ne mentionne pas une bulle d*un 
pape Grégoire, 136; — conflrma- 
tion par Nicolas !••■ et Christophe, 
par Charles le Simple, 131. 
Berberias, nom de lieu, possession 
de Corbie, 189. 

BéRBNGER,évcque de Cambrai- Arras, 

139. 
Berles-au-Bois, c»» Beaumetz-les- 

Loges, arr. Arras, Pas-de-Calais, 

21. 

Berneiiardi:s, comte carolingien, 

246. 
Berngarii's, comte carolingien, 246. 

Bbrnii ARDUS. Voir Bernehardus. 
Berlem^ possession de Corbie en 
Flandre, 22 n. 1. 

Bertiiepridis, évoque d'Amiens, 68, 
197, 210, 217, 292, 293, 295, 297, 
300 ; — date de sa mort, 68 ; con- 
cède rimmunité ecclésiastique à 
Corbie, 202; — sa charte, 140, 



143; — analyse, 144: date, 145; 
souscription de chancellerie, 1 45 ; 
opinion des érudits, 146 ; argumen- 
tation de Launoi, 147; réponse de 
Sainte-Beuve, 148; critique de 
cette réponse, 151 ; argumentation 
de Lecointe, 152; réponse, 153; 
raisons de croire à une charte 
ancienne, 154; raisons de douter 
de Tauthenticité, 155; preuves, 
157 ; remaniements des souscrip- 
tions, 159; intérêt de ces rema- 
niements, 167; intérêt des inter- 
polations, 172; contenu de la 
charte primitive, 183; réfection 
de la charte, 185 ; — manuscrits, 
éditions, catalogues, texte, 221 ; 
— essai de restitution du document 
authentique, 227 ; — confirmation 
par Benoît III, 174 ; par Charles le 
Simple, 131 ; — le privilège sert 
de modèle à Drogon, évêque de 
Térouanne, 167 n. 1. 
Berthem, c*"* et arr. Louvain, prov. 
Brabant, Belgique, 22 n. 1,190 n. 3. 

Bertus, évêque de Tours, 178 n. 

Béthcncourt, c"* de Dancourt, c°» 
Blangy, arr. Neuchâtel, Seine- 
Inférieure ; Be//e/icoi/r< , 306; Bel- 
loncourl, 189, 202; Betloniscur lis ^ 
189, 306. 

Biringuae, Voir Beeringen. 

Bliciiildis, reine de France, 329. 
Boggaeft, diocèse de Strasbourg, 83, 

85, 243. — Gesida et Ghesida, 244, 

245, 246. 

BoNiFAciLS, évêque de Carthage, 147, 
222, 227. 

Bonnay, c^^ Corbie, arr. Amiens, 
Somme, 21. 

BoNNEPONs, moine et historien de 
Corbie, X, XI, 128, 168; sa copie 
du diplôme de 856, 128. 



( 



TABLE ANALYTIQUE 



357 



Boso, évêque d'Angers, 145 n. i, 

147, 247 n., 226, 230. 
Boucher (Dom), moine de Corbie, 

fait des extraits des titres de 

Copbie, 8 ; Bucheriu». 
Bourbourg (abbaye de), auj. Bour- 

bourg-Ville, ch.-l. de c»", arr. 

Dunkerque, Nord, 22 n. 4. 
Bouzencourt, auj. Bouzincourt, c^^ 

Albert, arr. Péronne, Somme, 24, 

490. 
Braches, c*"* Moreuil, arr. Montdi- 

dier. Somme, 24, 490. 

Braga (concile de), 477. 



Breele. Voir Bresle. 

Bresle, c®» Corbie, arr. Amiens, 

Somme, 24. 
Br... ib., serf de Corbie, 279. 
Buiercourt, auj. Buire-sous-Corbie, 

c^^ Albert, arr. Péronne, Somme, 

24. 
BuRGUNDits, personnage supposé, 

souscripteur de la lettre de Vita- 

lien, 466, 230. Cf. Faron. 
BuRGUNDius Pharo. Voir Faron, 

BuRGUNDOPARO. Voir Faron. 
Bus, c®» et arr. de Montdidier, 
Somme, 21. 



Cachy, c®" Boves, arr. Amiens, 
Somme, 24 . 

Cahoaldus, Caoaldus. Voir Chaoal- 
dus. 

Campagne, dépendance de Ques- 
noy-le-Montaut, c*" de Moyenne- 
ville, arr. Abbeville, Somme ; — 
ou de Meneslies, c«" Ault, arr. 
Abbeville, Somme, 489, 499. 

CaplonnacOf nom de lieu, 27, 445, 
217 n. 4, 226,229, 230. — Caplan- 
nacoy 248 n. 

Carisiaco. Voir Quierzy. 

Carloman. roi de France, (ils de 
Louis le Bègue; sa confirmation 
pour Saint-Germain d'Auxerre, 
446n. 2, 447 n. 3, 204. 

Carolus. Voir Charlemagne, Charles 
le Chauve, Charles le Simple. 

Carta^ traduit par papyrus, 69 n. 2 ; 
— dans le sens de charte, se ren- 
contre pour la première fois sous 
Hugues Capet, 442. 

Carthage (Synode de), 447, 222, 227. 



Carlulaires de Corbie, 40-25 ; — car- 
tulaire conservé ^à Berlin, 40 ; — 
cartulaires conservés à Paris, 
recueils factices, 4 4 ; — cartulaire 
perdu, 42; essai de restitution, 
334; — liste chronologique, 24. 

Cartulaire de Berlin; histoire, des- 
cription, contenu et valeur, 43-45. 

Cartulaire Blanc, 23. 

Cartulaire Casimirus, description, 
contenu, 46-18. 

Cartulaire Esdras, 23. 

Cartulaire dit Grand cartulaire de 
Corbie couvert de Damas, 338-339. 

Cartulaire Habacus, 24. 

Cartulaire Mercator, description! 
contenu et valeur, 15-16. 

Cartulaire Nehemias, 23. 

Cartulaire Noir, 3 ; description, 20 ; 
restitution, 24 ; valeur, 22 ; — frag- 
ment annexé au cartulaire Noir, 
20. 

Cartulaires sans nom : (ms. lat. 
47763), 48 ; (ms. lat. 47765), 24. 



358 



EXAMEN DES CHARTES DE GORBIE 



CastainsCf nom de lieu , 215. 
Castel, €•■ d'Ailly-sur-Noye, arr. 

Montdidier, Somme, 21. 
Castellum (Construction et immu- 

nitédu), 131, 133,138, 206. 
Castrede, possession de Corbie en 

Flandre, 22 n. 1 . 
Caulaincourt, moine et historien de 

Corbie; IX, 26 n. 2, 168. 
Caunes (monastère Saint-Pierre de), 

arr. Carcassonne, Aude, 95. 
Cayeux, c**"» Saint -Valéry- sur - 

Somme, arr. Abbeville, Somme, 

21. 
Cerisy-Buleux, c°^ Gamachcs, arr. 

Abbeville, Somme, 21. 
Ccrisy-Gailly, c"" Bray-sur-Somme, 

arr. Péronne, Somme, 21, 47, 48, 

189. 
Cervorum MarcasiOf nom de lieu, 

216. 

Chaldoaldus, comte du palais de 

CloUire III, 56. 
Chalon-sur-Saône, s. pr., Saône-et- 

Loire; mon. Saint-Marcel, 159 

n. 1. — Marcelli dont ni basilica, 

223, 228. 
Changement phonétique du Chl en 

FI, 48 n. 3, 340. 

Chaoaldus, évoque de Vienne, 
145 n. 1, 147, 151 n. 1. 226. — 
CahoalduSy 230; Caoaldus, 217 n. 

Charlemagne, roi de France; son 
diplôme d'immunité pour Corbie, 
analyse et date, 78 et 82 ; de la 
formule o. i/i/., 80; mélange de 
formules mérov. et caroling., 81 
souscription de chancellerie, 81 
manuscrits, 240; éditions, cata 
logues, texte, 241. — Charles, roi 
de France et d'Italie; son juge- 
ment, 82 ; ce texte existe en deux 
rédactions, 82; examen du docu- 
ment authentique, 83-85; examen | 



du document faux, 85-91 ; date et 
formule rex Francorum et Lango- 
bardorum ac patricius Romano- 
ri/m, 91 ; manuscrits, éditions, 
243, catalogues et textes, 244 ; — 
diplôme en faveur de Théodold, 
61 n. 2. — Charles, empereur ; 
diplôme attribué à lui ou à Louis 
LE Pieux, analyse, 92; erreur des 
éditeurs, 93, et de Bôhmer-MQhl- 
bacher, 390 ; raisons de la nouvelle 
attribution, 94; date, 96; manu- 
scrits, éditions, catalogues, texte, 
248. — Rapports du souverain et 
de Tabbaye, 199. — Caro/i/s, 241 ; 
Karolus, 250. 

Charles II le Chauve, roi de France; 
confirme l'immunité de Corbie, 
1 20, 254 ; mention de ce docu- 
ment, 174 ; erreur de Lemoine et 
Garnier, 121 ; — donne Daours 
au monastère, 121 ; analyse, date, 
122; manuscrits, édition, cata- 
logue, texte, 255 ; — autres 
diplômes pour servir à rétablis- 
sement de l'itinéraire, 122 n. 4 et 
5, 123 et n. 2; — échange entre 
le roi et l'abbaye, 124; date, 126; 
analyse 256 ; importance de ce 
texte pour l'histoire du gouvei^ 
nement confraternel, 127 ; confir- 
mation d'une donation d'Ermen- 
trude, 128, date, 129; manuscrits, 
catalogue, texte, 278 ; — dona- 
tion de Waheliregius, 129; date, 
130 ; manuscrits, édition, cata- 
logue, texte, 280. — Charles, 
empereur; diplôme faux, 115 
n. 4, 133, 173, 182; date et formu- 
laire, 13i; erreur des historiens, 
135 ; comparaison avec le diplôme 
de Charles III, 135; date de la 
fabrication, 138 ; comment le faux 
a été forgé, 140; manuscrits, édi- 



TADLE AKALYTIQUR 



359 



I 



lions, catalogue, texte, 294; ce 
diplôme a servi au faussaire de la 
charte de Berthefridus, 162; — 
diplôme authentique pour Corbie, 
14i et n., 295 ; — diplôme en 
faveur de Conrad, 116 n. 2. — Rap- 
ports de ce souverain et de l'ab- 
baye, 200. — Carolus, 280, 291 ; 
Karolus, 259, 278, 279, 282, 283, 
285, 299, 300. 
Charles III le Simple, roi de 
France ; son diplôme en faveur de 
Corbie, 130; date, 131 ; la suscrip- 
tion, 131; la teneur, 132; pro- 
tocole final et souscriptions, 131 ; 
manuscrits, 295 ; éditions, cata- 
logue et texte, 296; comparaison 
de ce diplôme avec celui de 
Charles le Chauve, empereur, 135 ; 
mentions, 1 et n., 2, 141, 155, 160, 
161, 162, 163, 167, 20J, 210. Rap- 
ports de ce souverain avec Corbie, 
201. — ^aro/w«, 296. 
Charles I de Bourbon, 64* (65«) 

abbé de Corbie, 318. 
Chartes de fondation, mises à part à 
cause de Thumidité, 7. 

Chartrier de Corbie en 1789, 337. 

Childebert III, roi de France, con- 
firme les privilèges de Corbie, 73, 
234 ; — son diplôme original pour 
Saint-Denis, 70 n. 3 ; — son 
diplôme d'immunité pour Saint- 
Maur-des-Fossés, 36; — son 
diplôme pour Tussonval, 339 ; — 
autres diplômes, 36, 70 n. 3, 322, 
325, 326, 328. — ChUdebertiis, 
239, 241 . 

Childéric 11, roi de France, con- 
firme les privilèges de Corbie, 73, 
231 ; — confirme la concession 
de revenus sur le tonlieu de Fos, 
74, 198, 231 ; — le diplôme faux en 



faveur de Tévôque Amand pour 
Stavelot et Malmédy, 329. — ChiU 
dericus, 239, 241 ; Childerigus, 
237. 

Childéric III, roi de France ; di- 
plôme pour Sithiu, 328. 

Chilpéric II, roi de France, con- 
firme la concession de revenus 
sur Fos, 68, 198; analyse, 68; 
date 69 ; manuscrits, éditions, cata- 
logue, 79, 235 ; texte, 236 ; mauvaise 
interprétation de M. de la Tour, 70; 
— son diplôme original pour Saint- 
Denis, 70 u. 3 ; — son jugement 
en faveur de Martin, prévôt de 
Saint-Denis, 88 n. 1 ; — autres 
diplômes, 58 n.,70 n. 3, 322, 323, 
326, 327, — Chilpericus 236. 

Chineciiildis, reine de France, 329. 

Chipilly , , c°^ Bray-sur-Somme, arr. 
Péronne, Somme, 21,45, 196, 213. 
— Cipilùicoj 215. 

Chlodecharius. Voir Clotaire III. 

Chlodoveus. Voir Clovis III. 

Chlodovius. Voir Clovis II. 

CllLOTARlUS , ChLOTHACHARIUS, ChLO- 

TiiARius, Chlottarius. Voir Clo- 
taire III. 

Chrême (Concession du), 179. 

Christophe, pape ; sa bulle pour 
Corbie, 132 n. 1, 143, 211; ana- 
lyse, 182; manuscrits, 299; édi- 
tions, catalogue, texte, 300 ; — pré- 
tendue confirmation par Charles 
le Chauve, 136. — Chrislophorus, 
292, 300. 

CiiRODEGARius, 2« abbé de Corbie, 
60, 210, 232, 233 ; date initiale 
de son abbatial, 66 ; — prétendue 
dédicace des églises de Corbie 
sous son abbatial, 151. 

Chrodinus. Voir Frodinus. 
CuRODOBERTus, évêquc de Paris; 



360 



EXAMEN DES CHARTES DE GORBIE 



ses souscriptions, 145 n. 1, 150, 
121 n. 1, 164, 226, 230, 341. 

— Crodebertus, 217 n, 1. 
Chrodocuildis, reine de France, 

331 n. 3. — Chrothechildia, 331. 
Cipiliaco, Voir Chipilly. 
Clatrfay , c<*" de Varennes, c"* Acheux , 

arr. Doullens, Somme, 21. 
Classement des archives. Voir 

Archives. 
Clause comminatoire du privilège 

de Berthefridus, 160. 
Clauses finales dans les diplômes 

mérovingiens, 53. 

Clodoveus. Voir Clovis III. 

Clotaire II, roi de France ; diplôme 
pour Saint-Denis, 326. 

Clotaire III, roi de France; — le 
diplôme de fondation de Corbie, 
26,157, 196,213; analyse, 27; date 
et souscriptions supposées, 27; 
argumentation de M. Krusch, 29; 
discussion, 30 ; les mots montale- 
rio vestruniy 37 ; nature de Pacte 
conservé dans les archives, 39; 
date de cette copie, 41 ; conclusions 
sur Tauthenticité, 42 ; de la con- 
fiance que Tac te doit inspirer, 43 ; 
comment la copie fut faite, 49 ; 
mauvaise interprétation de Cau- 
la incourt, 50 ; manuscrits, 213 ; 
éditions, catalogue, texte, 214; 
souscriptions ajoutées, 217 n. — 
L'exemption des tonlieux, 51, 
165; 327 ; date, 51 ; argumentation 
de M. Krusch, 52; discussion, 53; 
les souscriptions, 57 (Voir : sou- 
scriptions) ; comment le document 
a été conservé, 58; manuscrits, 
édition, catalogue, 218; texte, 219. 

— Concession de revenus sur les 
tonlieux deFos,74, 198,220.— Con- 
firmation du partage des biens entre 
Ursinus et Beppolenus, 340. — 



Autres diplômes, 38, 56, 326, 327, 
330, 331. — Son association à la 
fondation considérée comme une 
confirmation, 196. — Chlodccfut- 
rius, 236, 237. Chlotarius, 285. 
Chlothachariuay 217 n. i,Chlo(ha- 
rius, 140, 219, 220, 241, 284. 
Chloilarius, 236. Clotarius, 229. 
Clothariuè, 238, 259, 293. Hlotha- 
rius, 214, 222, 226, 221 . LothariuSy 
218 u., 230, 297. 

Clotarius, Clotharius. Voir le pré- 
cédent. 

Clovis I*', roi de France; son 
diplôme faux pour Saint-Pierre- 
le-Vif, 57 n. 3. 

Clovis II, roi de France; son 
diplôme en faveur de Saint-Denis, 
159, 324; différences des souscrip- 
tions de Toriginal et des copies, 
159 n. 2; — autres diplômes, 37, 
330 ; — il est dit « roi très chrétien n 
dans la fausse lettre de Vitalien, 
171. — Chlodovius, 329 n. Clodo- 
veus, 230. 

Clovis III, roi de France, confirme 
les privilèges de Corbie, 73, 234; 

— son diplôme original pour 
Saint-Denis, 32, 63 n. 3, 70 n. 3; 

— un jugement, 32; — autres 
diplômes, 32, 58, 70 n. 3, 324, 
328, 331. — Chlodoteus, 239, 241. 

Codex Christiani Urstiiiiy 83. 

Cognuscal strenuitas vestra, 34. 

CoLUMBAN (saint), fondateur et pre- 
mier abbé de Luxeuil; sa règle 
mitigée, 44 n. 3. Voir régula, 

Compendium, Voir le suivant. 

Compiègne, s. pr., dép. Oise, 289, 
291, 295; — Compendium, 237, 
290, 29*> ; — concile de Compiègne, 
318. 

Concession des saintes huiles et du 
chrême, 118. 



TABLE ANALYTIQDE 



361 



Confirmation des actes par souscrip- 
tion postérieure, 166 et n. 4. 

Conrad, comte de Vermandois, 
106; peut-être Toncle de Charles 
le Chauve, 116; nommé dans deux 
diplômes de ce roi, 116 n. 2; sa 
charte en faveur de Sainte- 
Colombe, 116 n. 2, 117; cité 288, 
289. — Ghuonradua, 288, 289. 

Consécration des autels, 179. 

Constantin Pogonat, empereur 
d'Orient, 229. 

Constituante. Voir Assemblée natio- 
nale. 

Corbie, ch.-l. de c®", arr. Amiens, 
Somme; — (domaine de) est 
donné aux moines, 45, 213, 196. 
Corbie, 214, 215. Corbeiensis. — 
Prise de^la ville en 1636 par les 
Espagnols, 12. 



Corbie (la), riv., affluent de droite 
de la Somme, auj. TAncre, 196, 
197. 

Costus, vin cuit, 198. 

Coudun, c"" Ressons, arr. Com- 
piègne, Oise, 21. 

CouUemelle, c<>" Ailly-sur-Noye, arr. 
Montdidier, Somme, 21, 189. 

Courcelles, c"« d'Aigneville, c*»" 
Gamaches, arr. Abbeville, Somme ; 
— ou c"» de Demuin, c"" de 
Moreuil, arr. Montdidier, Somme, 
21, 189. 

Courtrai, ch.-l. d'arr., Flandre occi- 
dentale, Belgique; Curtracum. 

Critique conjecturale, 31, 34, 55. 

Crodebertus . Voir Chrodobertus . 

Crotbert, évêque de Tours, 178 n. 

Crucisjudicium, 86 n. 2. 

Curtracum, Voir Courtrai. 



Dado, souscripteur du privilège de 
Berlhefridus, 145 n. 1, «47, 148, 
149, 217 n. 1, 226, 230; identifié 
avec Dido, Voir ce mot. Voir -Ac/o. 

Dagobert 1"', roi de France; sa 
donation d'Étrépagny à Saint- 
Denis, 32, 36, 325 ; — le praecep- 
tum de fugititiSy 149 n. ; — 
diplôme faux de donation de 
Saclas, 339 ; — autres diplômes, 
32, 36; — diplômes faux, 339. 

Dagobert III, roi de France, con- 
firme les privilèges de Corbie, 73, 
234; formules de cet acte perdu, 
82 ; autres diplômes, 324, 328. — 
Dagobertus, 239, 24i . 

Dampierre-sous- Arques, c*» Enver- 
roeu,arr. Dieppe, Seine-Inférieure, 



21, 189, 192 et n. 2, 202, 304. — 
Domnus Pétri, 304. 

Daours, c»" Corbie, arr. Amiens, 
Somme, 121, 123, 201, 255. — 
DurdiSy 256. 

Date des bulles et lettres pontifi- 
cales, 171. 

Date des documents carolingiens, 
98 n. i, 101, 109. 

David I'»", moine de Corbie, évèque 
de Térouanne, 139. 

De gradibus ecclesiasticiSj traité sup- 
posé de saint Augustin, 147, 150, 
154 n. 1, 223. 

Delecroix, prêtre, clerc des 
Archives de Corbie au xvi« s., 24. 

Démêlés de Corbie avec les évoques, 
139. 



362 



EXAMEN DES CIIARTKS DK CORBIE 



Demuin, c^* Moreuil, arr. Montdi- 

dier, Somme, 21, 189. 
Deniers de Corbie, 204; — au type 

de Louis le Bègue, 342. 
Deoringas. \oir Duemingen. 
De pastis, 188. 
Deschel,c<»» Arendonck, arr. Turft- 

hout, prov. Anvers, Belgique, 22 

n. 1, 190 n, 3. 
Desideria, fille de Didier, femme 

répudiée de Charlemagne, 199. 
Destructions de Tabbaye, 1, 41, 58 

n. 2. 
De vila et moribus clericorum, traité 

de saint Augustin, 150, 227. 
Didier, roi des Lombards, enfermé 

à Corbie, 200. 

DiDo, évoque de Poitiers, 152 n. 5, 

226 n. 6. Voir Dado, 
Diplômes mérovingiens de Corbie. 

Voir Cloteire III, Thierry III, 

Chilpéric II ; — diplômes perdus, 

72. 

DisoN, vassal de la reine Ermen- 

trude, 130, 280, 281. 
Dispositif (Formule initiale duj, 24, 

62 ; — types, 322. 
Dixmude, ou Dixmuiden,ch.-I. d'arr., 

prov. de Flandre Occidentale, 

Belgique, 22 n. 1. 



Documentation, dans les diplômes 

carolingiens, 98 n. 1. 
Documents on>;inaux de Corbie, 2. 
Domeilienj possession de Corbie, 21 . 
Dominico LaicOj nom de lieu, 216. 
DoMNOLE, évêque du Mans, 148 n. 5. 
Domnus Pétri. Voir Dampierre. 
Doué, ch.-l. dt c®"», arr. Saumur, 

Maine-et-Loire, 97. 

Drauscio, évêque de Soissons; 
souscrit le privilège de Berthefri- 
dus,145n.etn. 1,163, 217n. 1,222, 
226, 227, 230; — sa charte pour 
Notre- Dame-de-Soissons, 162 n. 

DnoGo, souscripteur de la charte 
du comte Vautier I**", 303. 

Dudzeele, c°" et arr. Bruges, prov. 
de Flandre Occidentale, Belgique, 
21, 22 n. 1. 

Duerningen, c*" de Truchtersheim, 
régence de Strasbourg, 125, 188, 
200 n., 201 , 240, 256. — Deoringas^ 
124, 125. 

DrRAND, notaire de la chancellerie 
de Louis le Pieux, 106, 112; sa 
prétendue souscription du diplôme 
de Louis, 112. — Durandus^ 290. 

Durdis, Voir Daours. 

DriiLER, 49" (5()«) abbé de Corbie, 
318. 



E 



Edilwulp, roi de Wessex, 129. 

Eessem, ou Eessen, c®" et arr. 
Dixmude, prov. de Flandre Occi- 
dentale, Belgique, 21. 

Efroi d'Encre, avoué de Corbie; 
ses démêlés avec Corbie, 208. 

Egloensis, nom de lieu, évêché iden- 
tifié avec Angoulême ou avec 



Eauze, 148, 151, 152 n. 5, 217 n., 

226.— EglonensiSy 230. 
Élection des abbés, 59, 65, 10t. 

180, 210, 342. 
Elem ou Elene, c°» Sottegem, arr. 

Alost, prov. de Flandre Orientale, 

Belgique, 22 n. 1. 
Elioius. Voir le suivant. 



TABLE ANALYTIQUE 



363 



Éloi (saint), évêque de Noyon; ses 
souscriptions supposées à la lettre 
de Vitalien et au diplôme de CIo- 
taire III, i66. — Eligius, 217 n. I, 
230. 

Émancipations. Voir : immunités 
ecclésiastiques. 

Emmon, évêque de Sens; ses sou- 
scriptions, 145 n. et n. 1, 147,163; 
— sa charte pour Saint-Pierre-lc- 
Vif, 151 n. 1, 152, 158 et n. 2, 159 
n. 1, 162 n.; — sa charte pour 
Sainte-Colombe, 159, 102 n. — 
Ernmo, 217 n., 221, 226, 227, 230. 

Emnechildis, reine de France, 329. 

Encre ou Ancre, Voir Albert. 

ExGELBERTus. Voir Angilbcrtus. 

Engelwinl's, évêque de Paris, 113, 
290. 

EnciiENnADus, évêque de Paris, 264. 

EnEMBEnr, 3« abbé de Corbie ; son 
élection autorisée par diplôme 
royal, 60, 232. — Erembertus, 210. 
Erinberlus, 233. 

Erluinus, évêque de Coutanccs, 264. 

EnLuiNi's, notaire de la chancellerie 
de Charles le Simple, 299. 

Ermenproi, comte d'Amiens, frère 
de Francon et de Gozbort, inter- 
vient en faveur de Tabbaye, 131, 
133, 295; — sa donation, 191, 202, 
302, 305 ; — il entraîne Francon 
dans le parti de Charles le Simple, 
201. — Ermenfridus, 298. 



Ermenfroi, évêque de Beauvais; 

date de sa mort, p. 114 et n. l ; 

correction à cette date, 340. — 

IrminfriduH, 263. 
Ermentrudp ou IIiuMENTRUDE, rcine 

de France; date de son mariage, 

122 n. 2; sa donation à Corbie, 

128, 129, 130, 256, 277, 280. — 

liirniendrudh^ 278. Ilirmendrudis, 

281. 
EnuTBEnTus, serf de Corbie, 279. 
Estineham, peut-être Ennemain, c^" 

de Ilam, c®° Ilam, arr. Péronne, 

Somme, 21. 
Éterpigny, c*»" et arr. de Péronne, 

Somme, 51 n. 7 et 8, 52 n. 1, 218. 

— Slirpiniacus, 52, 220. 

Ethoaldus, évêque de Genève, 144, 
166, 221, 227.— ii7oa/c/u«, 217 n. 1, 
227. 

Étrépagny-en-Vexin , ch.-l. de c*»", 
arr. Les Andelys, Eure, 51, 52. 

Eudes, roi de France ; denier de Cor- 
bie à son nom, 204. — Hodo, 204. 

Elfemia, femme de Geroldus, 189, 
306, 307. 

Elstasius, abbé de Luxeuil, 197 n. 

ÉvuARD, 38* abbé de Corbie ; date de 
son abbatiat, 205 ;J^son règlement 
sur la monnaie, 205; sa déposi- 
tion, 318, 319 n. 

Exemption de tonlieux, 196. 

Exemption supposée de la juridic- 
tion épiscopale, 138. 



Faron, évêque de Meaux ; ses sou- 
scriptions, 145 n., 160, 161, 163, 
166; — sa charte fausse pour 
Faremoutiers, 161 n., 2; — sa 



charte remaniée pour Rebais, 161 
n. 2. — Faro, 293, 297. — Bur- 
gundofaro, 222, 227, 229. Pharo, 
218 n. 1, 230. 



36* 



EXAMEN DES CHARTES DE COKBIE 



Feuquières, c®«» Moyenneville, arr. 

Abbeville, Somme, 129, 201, 277, 

278. — Filcarias, 278. 
Ficca Sidcrude, peut-cire Fieffés, 

€•■ Domart,arr. Doullens, Somme, 

216. 
Fienvillers,c<*" Bernaville, arr. Doul- 

lens, Somme, 21 . — Filcono-villa- 

ris, Foncquevillers, 189, 199. 
Filcarias. Voir Feuquières. 

Flambertus, serf de Corbie, 279. 

FIttnheim, cercle d'Alzey, Hesse 
rhénane, 125, 188,200 n.,201, 240, 
256. — F/ue/ien, 124, 125. 

Folieio, Voir Fouilloy. 

Foncqueviller$, Voir Fienvillers. 

Fondation de Corbie; récit, 43, 195; 
date, 164 et n. 2, 196. 

Force ville, c®" Acheux, arr. Doul- 
lens, Somme, 21, 45, 195, 196, 
213. — Forciaca-villa, 215. 

Formalisme dans les actes judi- 
ciaires, 88 n. 1 . 

Fos, c®" Istres, arr. Aix, Bouches- 
du-Rhône, 68, 198, 231, 235. — 
Fosaas, 236. Fo8sense tullonen 
(tonlieu de Fos), 237. 

Foucaucourt-en-Santerro, c**"* 

Chaulnes, arr. Péronne, Somme, 

21, 190. 
Fouilloy, c*° Corbie, arr. Amiens, 

Somme, 21, 45, 195, 196, 213. 

— /'o/i>/o,2i5. 
Foulques, abbé el agent du fisc, 

130, 280. — Fulco, 281. 
Foulques, archevêque de Reims ; sa 

lettre aux moines de Corbie, 342. 
Foulques I*"", évoque d 'Amiens, 139. 

Foulques II, évoque d'Amiens, 
139 n. 4. 

Foulques, fils du comte d'Amiens, 

191, 192. — Fii/co, 306. 
Fouquescourt, c*"* Rosières, arr. 



Montdidier, Somme, 21. 
Fragment d'acte non identifié, 17 n., 

182 n. 1. 
Frailmolin, possession de Corbie, 

21. 
FuAMKDniDis, serve de Corbie, 279. 

Francon, abbé de Corbie, obtient un 
diplôme de Charles le Simple, 130, 
161 ; — on lui attribue la con- 
struction des murs et du caslel-' 
lum, 132; il impose aux hommes 
liges de l'abbaye l'assistance aux 
plaids, 132; il frappe monnaie à 
son nom , 204 ; il exerce le droit 
de ban, 209 ; il est qualifié à tort 
abbé-comte, 211 n.; — partisan 
de Charles le Simple, 201 ;5a dépo- 
sition, 342. — Franco, 296, 300, 
301. 

Franvillers, c*" Corbie, arr. Amiens, 
Somme, 21. 

Frater, appliqué aux évêques, 150. 

Fraudehario Exsario, Voir Hérissart. 

Fraxnidum, Voir Fresnois. 

Fréculf, évoque de Lisieux ; Fre- 
culfus, 264. 

Fresnois, c*"* I s- sur-Tille, arr. Dijon, 
Côte-d'Or, 130, 295, 299. — Frax^ 
nidum, 299. 

FniDur.iSE, chancelier de Louis le 
Pieux, 100, 254; donné à tort 
comme chancelier du roi Louis, 
112. — Fridugisus, 254, 290. 

FnoDiNus, peut-être le référendaire 
de Clotaire III, ChrodinuSy 48 
n. 3,49, 168, 196, 216 n. 8. 

FiLCO. Voir Foulques. 

FuLco, archidiacre, souscrit une 
charte de Vautier I*', 303. 

FuLcoiNus, évoque de Térouanne, 
263. 

FuLCRAMNE, chargé du gouverne- 
ment de l'abbaye, 342. 



TABLE ANALYTIQUE 



365 



Gagny, écart de Moyencourt, c**^ 
Poix, arr. Amiens, Somme, 21, 47, 
48 ; — Wagny^ 189, 199. 

Gailly, hameau dépendantdeCerisy- 
Gailly (Voir ce mot), 21,189, m. 

Garxter (Dom), abbé de Corbie, 3, 
20. — Garnerius. 

Garut/iy sorte de condiment, 198. 

Gauciobeutus ou Gautiobehtus, 
évêque de Chartres, 145 n. 1, 
147, 151 n. 1, 226, 217 n. 1, 230 ; 
identîGé à tort avec Gobertus, 
évêque d'Angers, 152, n. 5. 

Gauzlînus. Voir Goziin. 

Gknes ou Genesius, éveque de Lyon ; 
ses souscriptions, 144 n. 1, 145 n., 
1, 147, 160, 161 n. 1 et 2, 217 n., 
221, 225, 227, 227, 229, 230, 293, 
297. 

Gentelles, c®" Boves, arr. Amiens, 
Somme, 9, 21, 45, 196, 213. — 
Gentillay 215. 

Gerberge, reine de France; sa dona- 
tion à Corbie, 124,127, 188, 200 n., 
201, 240,256. 

Gerbriga, femme d'Immo, 84, 85, 
244, 245. 

Germain (saint), évêque de Paris, 
146. 

Geroldus, chevalier, 189, 306, 307. 

Gesida ou Ghesida. Voir Boggaeft. 

GiiERARDUS. Voir Aginhardus, 
Ghuonradus. V^oir Conrad. 
GisLEBERTus, notaire delà chancelle- 

rie de Charles le Chauve, 129, 130, 

279, 282. 
Gîte (Droit de), 138, 139 n. 5, 157-8, 

176-8; — de l'avoué, 209. 



Gloriosissimus, ëpitliète royale, 154. 

GoBERTi s, évêque d'Angers. Voir 
Gauciobertus, 

GoDEFRoi, fils du comte d'Amiens. 
191, 192. — Gozfridus, 306. 

GoDESMANus, descendant de Char- 
lemagne, moine de Corbie, évêque 
d'Amiens, 139, 191, 192, 303. 

Gompel-sous-Moll, c®» Moll, arr. Turn- 
hout, prov. d'Anvers, Belgique, 
22 n. 1, 100; — Gomplas, 22 n. 

Gosso, 37» (38«) abbé de Corbie; 
date de sa mort, 317. 

GoTiiLANors. Voir Guntland. 

GozBERT, frère d'Ermenfroi ; sa dona- 
tion, 191, 302, 305; — Gozbertus, 
191, 305. 

GozFRiDis. Voir Godefroi. 

GozLiN, frère du chancelier Louis, 
abbé de Glanfeuil et chancelier de 
Charles le Chauve, 135, 294 et 
n. 5-. — Gauzlînus^ 294. 

Gratta elerlioniSy 181. 

Graville, Graville-Leure ou Gra- 
ville-Sainte-Honorine, c**** et arr. 
Le Havre, Seine-Inférieure, 21. 

Grégoire I*»" le Grand, pape; sa 
lettre à Syagrius d'Autun, 149 n.; 
sa lettre à Marinianus de 
Ravenne, 137, 138, 294 et n. 2; sa 
lettre à l'écolâtre André, 294 n. 1 . 
— Gregorius, 294. 

Grégoire II, pape, 136. 

Grégoire 111, pape, 136. 

Grégoire IV, pape, 136. 

Grégoire, pape; bulle supposée, 
136. — Gregorius, 292. 

Grenier (Dom), moine et historien 



366 



EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 



deCorbie, XI, 128, 168 
Grimon, 5» abbé de Corbie, 73, 74, 

198. 
Gui, évèque d'Amiens; Guido, 139 

n. 4. 
Gm, évêque de Soissons, fils de 

Vautier I", 191, 192. Wido, 305, 

306. 

Guillaucourt, c«» Rosières, an*. 

Montdidier, Somme, 21. 
Guillaume de CLAUZEL,abbé60*'(61«) 

de Corbie; date de sa mort, 318. 



Guisy, c®" Hesdin, arr. Montreuil, 
Pas-de-Calais, 21. 

GuNTBOLDUs, arclievêque de Rouen, 
160, 263, 292, 297. 

GuNTiiAHii's, 19* abbé de Corbie; 
sollicite un diplôme de Charles 
le Chauve, 133, 291, 292; date de 
son abbatial d*après Caulaincourt, 
135 n. 5. 

GuNTLAND, peut-être le maire du 
palais de Neustrie, 39 n. 1, 44, 
45, 168, 172, 196. Guntlandus, 
214. Gothlandus, 168, 230. 



Hado, !• abbé de Corbie, obtient un 

diplôme de Charlemagne, 78, 121, 

241. 
Hainvillers, c«» Ressons, arr. Com- 
piègne, Oise; — HRwno-ViUaris, 

189, 199. 
Haregaire; sa donation à Téglise 

Notre-Dame, souscriptions sup- 
posées, 166 n. 3. 
Haren, arr. Groningue, prov. de 

Groningue, Hollande, 22 n. 1. 
Havernos,c*"Domart, arr. Doullcns, 

Somme, 189, 199. 
Haverskerque, c" Mervîlle, arr. 

Hazebrouck, Nord, 21. 
Hécourt (Robert de), infirmier de 

Corbie, 11. 
Ilédauville, c»» Acheux, arr. Doul- 

lens. Somme, 21. 
Heddo, 12' abbé de Corbie, 121. 
Hélie, évêque de Chartres; Ilelias, 

264. 
HéLiSACiiAR, archichancelier de 

Louis le Pieux, 102. 
Helmeradus. Voir Hilmcrade. 



Ilelveium. Voir Schlesladt. 
Hénencourt, c®» Corbie, arr. Amiens, 

Somme, 21, 189, 199. 
Herbert, 29" abbé de Corbie, 208, 
Hérissart, c" Domart, arr. Doullens, 

Somme, p. 216 n. ; — Fraudehario 

ExsaHo p. 216. 
Hérival, c"" Beaumetz -les- Loges, 

arr. Arras, Pas-de-Calais, 21. 

Herlandus, serf de Corbie, 279. 

HERLEuoDrs,serf de Corbie, 279. 

Herpuints, évêque de Senlis, 263. 

Herradus, 22* abbé de Corbie, 205. 

Herville. Voir Hervilly. 

Hervilly, c°» Roisel, arr. Péronne, 

Somme, 21. 
IlidriOy sorte d'aromate, 198. 
HiLDEBERT, 18« abbé de Corbie, 116 

n. 1. 
HiLDEMANis, serf de Corbie, 279. 
HiLoriN, archichapelain de Louis le 

Pieux, abbé de Saint-Denis, 102. 

HiLDuiN, doyen, 303. 

HiLMBRADE, évêquc d'Amiens, 264. 



TABLE ANALYTIQUE 



367 



HiNCMAR, archevêque de Reims, 102 
n. 2, 113, 114, 115, 129, 160. — 
UincmaruB, 263, 290, 300; — sa 
lettre à FulcramDe, 342. — Igma- 
ru8, 268. Ingmarus, 129 n. 2. 

HixcMARus, évêque de Laon, neveu 
du précédent, 265. 

HiRMENDRUDH, HlRMENDRUDlS, HlR- 

MBXDRUDE. Voir Ermcntrudc. 

HiiuiiNGARDE, fille du comte de 
Tours, Hugues, et femme de 
Lothaire l**", 124, 125; a reçu des 
biens de Corbie en cadeau de 
Charles le Chaave, 127; date de 
son mariage, 130, 281 n. 4; date 
de sa mort, 130 n. 4, 281 n. 4, 
341. — HirmingardiSf 281. 

HiRMiNGARDis, serve de Corbie, 279. 

Histoires manuscrites de Corbie. 

Voir Bonnefons, Caulaincourt , 

Grenier. 
Histoire manuscrite par un anonyme, 



X, XI. 



Hlotharius. Voir Clotaire III, 
Lothaire I*'. 

Hludovicus ou Hludowichus. Voir 
Louis le Pieux, Louis II empe- 
reur, Louis le Germanique, Louis 
V, Louis roi, Louis abbé. 

HociiEcoRNE, moine de Corbie, 



au teur d'un inventaire d'archives, 
4 et n. 3. 

HoDo. Voir Eudes, Odon. 

Hommes liges de Tabbaye, 132, 133 
et n. 1. 

Ilonaugiae monaslerium. Voir Saint- 
Michel d'Honow. 

Hospitalité (L') dans la règle de saint 
Benoit et dans les statuts d'Adal- 
hard, 45. 

HuBERTiJs,prévôt du comte d'Amiens, 
303. 

Hugues Capft, roi de France ; ses 
deux diplômes, 17 n., 42, 192 et 
n. 1, 205; correction à la date de 
ces actes, 338. 

Hugues, comte de Tours, beau-père 
de Lothaire I«', 130. 

Hugues, 36« (37«) abbé; date de sa 
mort, 317. 

Huldenbergh, c®^ et arr. Louvain, 
proy. Brabant, Belgique, 22 n. 1. 

HuRSiNUS. Voir Ursinus. 

Husty Hustia. Voir Huyse. 

Huyse ou Huysse, c®» Cruyshautem, 
arr. Audenarde, prov. Flandre- 
Orientale, Belgique, 21, 106, 114, 
116, 118, 200, 201, 288, 289. — 
Ilust, 115 n. 3. HustU, 117 n. 2. 
Uscias, 290. t7s«a«, 290. Usse.iOl. 



Ibdon, évêque de Tours ; sa charte 
pourSaint-Martin-de-Tours, 177 n. 

Igmarus. Voir Hincmar. 

Immo, bienfaiteur de Saint-Michel- 
d'Honow, 84, 85, 344. 

Immo, évêque de Noyon , 264. 

Immunilas et luiiio, 50. 



Immunité de Corbie ; laïque, 196, 
202-203; — ecclésiastique, 197, 
202-203, 210. 

Immunités commerciales ; expres- 
sion fautive, 70 n. 1. 

Incursions normandes et hongroises, 
1, 58 n. 



368 



EXAMEN DES CIIAKTES DE CORBIE 



Inda, bienfaitrice de Corbîe, 188, 
282 ; sa donation, 306. 

Industria, titre de style diploma- 
tique, 53. 

Ingelheim, île du Rhin près de 
Mayence, 01. — IngUinh^im^ 91 
n. 4. 

Ingelran, moine de Corbie, évêque 
de Cambrai-Arras, 138. 

Ingilinhaim, Voir Ingelheim. 

Ingmarus. Voir Hincmar. 

Injuste. Voir malo ordine. 

Inventaire des biens de Corbie en 
1789, 337. 



Inventaire des chartes de Corbie 

en 1421, 2, 4-7;— en 1778, 19 n. 2. 
Irminfridus. Voir Ermenfroi, évêque 

de Beauvais. 
IsAAc, 13* abbé de Corbie, obtient 

un diplôme de Charles le Chauve, 

121 ; — date de sa mort, 126 et 

n. 3. 
Isque, possession de Corbie en 

Brabant, 22 n. 1. 
Ithbrius. Voir le suivant. 
Ithibr, chancelier de Charlemagne, 

81, 82, 242. — Ilherius, 242. 



Jean VIII, pape; sa prétendue bplle 
pour Corbie, 143 n. 2 ; sa bulle 
originale pour Tournus, 144 n. 

Jean XVIII (?), lettre pour Corbie, 
144 n. 

Jban (de Goua), 52« (53«) abbé de 
Corbie ; date de sa mort, 318. 

Jean (de Lyon), 54* (55«) abbé de 
Corbie, 4.» 

Jean, moine et camérier de Corbie, 
191, 192, 302, 303; sa charte 
pour la création de Fanniversaire 
de la mort de Ratoldus, manu- 
scrit, édition, texte, 303.Johanne8, 
302, 30 i. 

Jean, moine et cellerier de Corbie, 



189, 192, 193, 304. Johannes, 304. 
Jean, moine et sacristain de Corbie, 

189, 202, 306. Johannen, 306. 
Jean (de Candas), moine de Corbie, 

auteur du Cartulaire noir, 3, 20, 

317. 
Johannes. Voir Jean. 
Judith, fille de Charles le Chauve, 

épouse le roi de Wessex, 129. 
Judith de Bavière, femme de Louis 

le Pieux et mère de Charles le 

Chauve, 200. 
Jugements (Formules des), 84-85, 87. 
Jura electioniSf 182. 
Justice (Droit de), 209. 



Karolus . Voir Charlemagne , 
Charles le Chauve, Charles le 
Simple. 



Kerkom, possession de Corbie sise 

au pays de Liège, 22 n. 1. 
Krusch, cf. Clotaire III, Thierry III. 



TABLK ANALYTMJUE 



369 



La Herlière, c®" Beaumetz - les- 

Loges, arr. Arras, Pas-de-Calais, 

21. 
Landri, évêque de Paris ; sa charte 

fausse pour Saint-Denis, 177 n., 

179 n. 2. 

Lantrannus, souscripteur de la 
charte de Vautier I", 303. 

La Royère, possession de Corbie, 21. 

La Valléej possession de Corbie, 
190. 

La Vieville, c®" Albert, arr. Péronne, 
Somme, 21. 

Le Cardonnoy, auj. Le Cardonnois, 
c*»" et arr. Montdidier, Somme, 21 . 

Le Donacre, c"« de Wimille, c°^ et 
arr. Boulogne-sur-Mer , Pas-de- 
Calais, 189, 199. 

Le Hamelet,c®" Corbie, arr. Amiens, 
Somme, 9, 21. 

Le Miguel (Dom), moine de Corbie, 
12. 

Lemoine (Pierre), auteur de la Diplo- 
matique pratique, 8 n. 4; ses 
classements d'archives, 8 n. 4 ; 
son inventaire des archives de 
Corbie, 2, 9 et 10. 

Léo, notaire régionnaire et scri- 
niaire, 288. 

LeODEBALDUS , ou LEODeSOLDUS , 

évêque de Lisieux, 145 n. 1, 147, 
217 n., 226, 230. 

Leodeoarius, 6* abbé de Corbie, 
46 ; obtient un diplôme de Peppin 
le Bref, 78, 238, 239. 

Le Ploiron ou Le Ployron, c®" 
Maignelay, arr. Clermont, Oise, 
21. 

Lérins (Saint-Honorat-de-), mona- 

ilém. et ioc. dé l'ÈcoU dit Chartes. — V. 



stère, 150. — Lirinensis ; Lirinen- 

sium mon,, 228, 228. 
Lévrier, juge au tribunal d'Amiens, 

12. 
Liberatus, diacre de Carthage, 222, 

227. — Liberius, 222. 

Liberius. Voir le précédent. 
Liber juris S, Pétri de 1655, 83. 
Libri Sancti Pétri de 1449 (Copie 

des), 83. 
Licentia eligendi, 181. 
Liettres, c^^ Norrent-Fontes, arr. 

Béthùne, Pas-de-Calais, 21. 
Lirinensis mon. Voir Lérins. 

LoNiTELLA, serve de Corbie, 279. 

Loo, co*^ Rousbrugge-Haringhe, arr. 
Dixmude, prov. Flandre Occiden- 
tale, 22 n. 1. 

Loonbeek, possession de Corbie sise 
en Brabant, 22 n. 1. 

LoTiiAiRE I»', empereur ; date ini- 
tiale des années de son règne, 
102 ; date de sa mort, 130. — 
Illotarius, 272, 277. Illotharius, 
254, 259, 268, 288. 'Cf. Louis le 
Pieux. 

LoTiiAiRE, roi de Lotharingie, 2« fils 
du précédent, 181. — Lotharius, 
295. 

LoTHAiRE, roi de France, 193. 

Louis LE Pieux, empereur ; cf. 
Charlemagne; — confirmation de 
rimmunité, 96 ; date du document 
et du commencement du règne, 
97 ; manuscrits, éditions, texte, 
250 ; — rapports de Louis et de 
Corbie, 199,200; — autrediplôme, 
104 n. 2; — dipl. de Louis le 
Pieux et Lothairb, 2 n. 4, 141 ; 
original, 100 u. 1 ; date et sou- 

24 



370 



ËXAME.N DES CHAKTëS DE CORBIE 



scriptions, 101 ; détermination de 
la date, 102 ; interpolation, 104; le 
prétendu original est une copie 
remaniée du x* s., 105 ; but du 
faussaire, 118; manuscrits, édi- 
tions, catalogues, 252 ; ce diplôme 
mentionné dans lacté conciliaire 
de Paris, 174. — Diplôme des 
mêmes pour Saint-Denis, date, 
101, 102 n. 1. — Illudowicus, 250, 
251, 259, 268. 

Louis II, empereur, 181 ; — 
Hludovicu8j 272, 277 ; Ludowicus, 
288. 

Louis m l'Aveuglb,301 ; LudowicuSy 
301. 

Louis le GERMANiciUE, roi de la 
France orientale ; Hludowicu8j2T^9. 

Louis V, roi de France; date de 
son règne, 193, 304; Uludowicus^ 
304. 

Louis, roi; ne peut être Louis le 
Bègue, 110; ni Louis le Germa- 
manique,110 n. 3 ; — son diplôme 
supposé, 3 n., 106, 139, 141, 173, 



201,288; faux original, 107; opi- 
nions de Le Ver, de Fortia d*Ur- 
ban, des historiens de Corbie, 
108 ; impossibilité de résoudre la 
date, 109; formules, 111 ; hérésies 
diplomatiques du faussaire, 111; 
le sceau, 113; le faux et sa raison 
d'être, 114-118; manuscrits, édi- 
tions, texte, 289. — Illudowichus, 
289, 290. 
Louis, chancelier de Charles le 
Chauve, abbé de Saint-Denis, 
129, 130. — Hludowicus, 264, 279. 
LudovicuSy 282. 

LuDovicus. Voir le précédent. 

Luoowicus. Voir Louis II et Louis III. 

Lussoviuni mon. Voir Luxeuil. 

Luxeuil, ch.-l. de c*», arr. Lure, 
Haute-Saône ; — (monastère Saint- 
Pierre de), 43 ; émancipation, 159 
n. 1 ; agent de diffusion de Tordre 
monastique, 195-6,197 n. — Lus- 
80vio mofi., 197n. ; — Luxoviense 
mon,, 223, 228 ; — LuxoviensiSy 
159 n. 1. 



M 



MxGiNAmus, comte carolingien, 93, 
95, 199, 248, 249. 

Maingaudus, 28* abbé de Corbie, 
188, 304. 

Mainières ou Mesnières , aujour- 
d'hui Maisnières, c9^ et arr. Neu- 
châtel, Seine-Inférieure, 21, 190, 
199. 

Malo ordine et injuste, dans les 
jugements, 88 n. 1. 

Manuscrits de Corbie à Londres et 
à Saint-Pétersbourg, 12. 

ManuscriU de Corbie en 1789, 337. 



Marcelli domni basilica. Voir Cha- 
lon-sur-Saône. 
Marché (Droit de), 203. 

Mahculfe (Formules de), 152, 153, 
157, 158, 159 et n. 3, 160, 323, 
325, 326, 327, 339, 340. 

Marinianus, évêque de Ravenne, 
137, 138, 294; son élection, 294 
n. 1. 

Maitiiieu (Dom), procureur et censi- 
vier de Tabbaye, 9. 

Maurdramnus. Voir Mordramnus. 



TABLE ANALYTIQUE 



371 



Médahd (saint), évêque de Noyon- | 
Tournai, 173 n. 

Meermann, érudit et collectionneur 
allemand du xviii* s., 13. 

Mepuy (Dom), receveur de Tabbé 
de Corbie, 9. 

Mercaii JuSj 203. 

Méricourt-l'abbé, c^" Bray -sur- 
Somme, arr. Péronne, Somme, 
21, 191, 202, 302, 305. Otmari 
car lis, 302, 305. 

Mes, nom de lieu, près de Courtrai, 

■Ml» 

Mézerolles, c®" Bernaville, arr. Doul- 

lens, Somme, 21. 
Millencourt-en-Ponthieu, c**"* Nou- 

vion-en-Ponthieu, arr. Abbeville, 

Somme, 21. 
Molae, Voir le suivant. 
Moll, ch.-l. de c®^, arr. Turnhout, 

prov. Anvers, Belgique, 22 n. 1, 

200. 

Molten ou Molthem (Oratoire de), 
118, 288, 289. 



Monchy-aux-Bois, q9^ Beaumetz-les- 
Loges, arr. Arras, Pas-de-Caleis, 
45, 196, 213; Monciaco, 215. 

Moneta de Tabbaye, 343. 

Monetae juSy 203. 

Monnaie (Droit de), 203, 343. 

Montdidier, s.-pr., Somme, 21. 

Montenaekcn, c°° de Saint-Trond, 
arr. Hasselt, prov. Limbourjç, 
Belgique, 22 n. 1, 200. Afontes 
Aquaru/n, 22 n. 1. 

Montmacq, c°» Ribecourt, arr. Com- 
piègne, Oise, 70 n. 3. 

MoRDRAMNus, 8" abbé de Corbie ; 
sa donation, 188,200,247. — Afai/r- 
dramnusj 188, 247. 

Morinensis civUas, diocèse de Té- 
rouanne, 139. 

MuDRiGus, comte carolingien, 246 ; 
— Windringus, 246. 

MuMMOLENus , évêque de Noyon ; 
ses souscriptions, 145 n. 1, 147, 
166, 226, 230. 



N 



Nandechildis ou Nantechildis , 
reine de France, 329, 330. 

Naours, c**" Domart, arr. Doullens, 
Somme, 21, 190, 199. 

Neeryssche, c<*" et arr. Louvain, 
prov. Brabant, Belgique, 22 n. 1. 

NiCHOLAus. Voir Nicolas !•'. 

Nicolas I*', pape; sa bulle, 3 n., 
140, 143, 145, 210, 282; analyse 
et examen, 178; manuscints, 282; 
fac-similés, éditions, catalogues, 
texte, 283; confirmation par 
Charles le Simple, 131 ; — cette 
bulle ne mentionne pas de bulle 



de Grégoire, 136; — sa bulle pour 
Saint-Denis, 179; — sa bulle 
fausse pour Saint-Denis, 179 n. 2; 
— sa bulle pour Vézelai, 179; — 
sa bulle d^exemption générale 
pour tous les monastères de Gaule, 
179; — ses lettres, 179 n. 1. — 
Nicholaus, 293, 297, 390. Nicolaus, 
292. 

Nicolas 1", 32« (33«) abbé de Corbie, 
318. 

Nicolas 11, 34» (35«) abbé de Corbie, 
190 n. 3. 



372 



EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 



Nicolas III, 37« (38»), abbé de Corbie, 
317. 

NiPHONus. Voir Ni von. 

NivAHD. Voir Nivon. 

Ni VON, évoque de Reims; ses sou- 
scriptions, 144 n. 1, 148, 166, 
170; — sa charte pour HautviU 
1ers, 162 n. — NiphonuSj 217. 
Nivard, 168, 230. Mvo, 221, 227. 

Normalensis pagus. Voir Wormacen- 
sis. 

Normands, incursions, 299, 300. 



Notification (Formules de) : cognu»- 
cat sirenuitas vestra^ 34 ; cognos- 
cat magniiudo $eu industria vestra, 
52-54,340. 

Xotitia de servitio nionasterioram, 
206, 207. 

Notre-Danie-du-Paraclet, peut-être 
N.-D.-d'Aliermont, c<»" Envermeu, 
arr. Dieppe, Seine- Inférieure, ou 
N.-D.-du-Thil, c»» et arr. Beau- 
vais, Oise, 21. 



Obligations militaires des abbés, 
207. 

Odaceii. Voir Audacer. 

OoBEUTrs. Voir Olbert. 

Odilmants, serf de ('orbie, 279. 

Odon, 15» abbé de Corbie, 100, 268, 
280 ; — obtient un diplôme de 
Charles-le-Chauve, 129 ; — obtient 
la bulle de Heuoit III, 173 ; — ne 
peut pas avoir pris le titre d'abbé en 
877, 114, 116. — Evoque de Beau- 
vais, 113, 133 ; correction à la date 
initiale de son épiscopat, 3'kO; 
obtient la bulle de Nicolas I*'', 
178 ; ses voyages à Rome, 179 
n. 1. —Ilodo, 289, 290. Odo ahbas, 
268, 281, 282, 283, 288; episcopus 
265, 28 i, 293. 

Odon, évoque de Cambrai, 190 n. 3. 

Odon, évoque d'Orléans ; sa sou- 
scription, 1 V') n., 163. — Audo^ 221 . 

Odrigus, comte carolingien, 246. 

Oestiva, Voir Osthofen. 

Ogkriits, souscripteur de la charte 
de Vauticr I, 303. 

Omer (saint), évoque de Térouanne; 
ses souscriptions, 145 n., 160, 161, 
163,166; — sa charte en faveur 



deN.-D.de SiQiiu, 159, 161 n. 2, 
175 n. — AudetnaruSj 293; Audo- 
marus, 21 7 n. 1,222, 227, 229, 230, 
297. 

Oosthulst (Foret d'), Flandre, Bel- 
gique, 22 n. 1. 

Ordinations, 179. 

Orville, c^^ Pas, arr. Arras, Pas-de- 
Calais, 47, 48, 92, 190, 199, 240, 
2M, — Audriaca villa, 92, 242, 249. 
Aut/eivilla, 92. 

Osthofen, régence de Strasbourg, 
Basse-Alsace, 83, 85, 243. — 
Oestiva et Osthova 244, 245, 246. 

Otbert, avoué de Saint-Michel 
d'Honow, 84,85. —Odbertus, 246. 
Otberlus, 244, 245. Olhberlus, 244, 
245, 246. 

Otgarius, évêque d'Amiens, 13,300, 
340. 

Otgarius, pseudo-évêque de Beau- 
vais, 113 et n. 4, 290, 340. 

Otniari curtis. Voir Méricourt-l'abbé. 

OuEN (saint), évoque de Rouen ; ses 
souscriptions, 145 n. et n. 1, 147. 
148, 149, 160. 161. — Audoenus, 
217 n., 226, 229, 230, 297. Audoi- 
nus, 222, 227, 293. 



TABLE ANALYTIQUE 



373 



Pagena, mesure de superGcie, 196, 
213,215. 

Paleardus , Paliardus, Paliorlus , 
nom de lieu, possession deCorbie, 
489, 199. 

Papia, Voir Pavie. 

Papyrus, 198. 

Paris (Concile de) ; acte, 140, 143, 
210, 295; souscriptions, 148 n. 5; 
confirmation par souscription pos- 
térieure, 167 n. ; analyse 174 ; 
date, 258 n. 1 ; correction à la date, 
338 ; manuscrits, éditions, cata- 
logue, texte, 257. — Parisius, 259. 

Paternus, évêque supposé ; ses 
souscriptions supposées, 145 n. 1, 
151, 163,217 n.,226, 23Ô. 

Pavie, ch.-l. prov. de Pavie, Italie, 
91. Papia, 91 n. 

Peaux de Cordoue, 198. 

Peaux seoc/a, 198. 

Peppin le Bref, maire du palais ; 
deux jugements, 88 n. 1. — Roi 
de France ; sa confirmation des 
privilèges de Corbie, 46, 78, 237 ; 
analyse, 78; copies, 79; formule 
viris illustribuSj 79; manuscrits. 



237 ; éditions, catalogues, texte, 

238 ; — son diplôme pour Fulda, 
80 n. 5. — Pipinus, 238. 

Personnalité civile des monastères, 

197 n. 1. 
Pertz, critique de son édition du 

diplôme de fondation, 27. 
Pharo. Voir Faron. 
Philippe !«'', roi de France, 205, 318. 
Philippe II Auguste, roi de France, 

143, 317. 
PiiiLLipps, érudit et collectionneur 

anglais du xix" siècle, 13. 
PiPiNus. Voir Peppin le Bref. 
Poirier (Dom), moine de Saint- 

Germain-des-Prés, 12. 
Popincourt-lès-Roye, c°» Roye, arr. 

Montdidier, Somme, 21, 190, 199. 
Potestas eligendiy 181, 182. 
Praeceha, qualicatif de la reine 

dans les diplômes, 154, 333. 
Prêt des documents, 2, 5, 6. 
Prose métrique ; son emploi dans 

les diplômes mérovingiens, 32-4,' 



54, 62, 63. 



Prudent lus, évêque de Troj^es, 264. 



Quierzy-sur-Oise, c®** Chauny, arr. 
Laon, Aisne, 91, 280, 282. Cari- 
siacus, 282. 



Quiry-le-Sec , c°" Ailly-sur-Noye, 
arr. Montdidier, Somme. 



Radbert (Paschase), moine et 14« | 
abbé de Corbie, 115, 199, 200, ' 



256 ; obtient un diplôme de 
Charles le Chauve, 124; obtient 



374 



EXAMEN DES CHARTES DE CORBIE 



l'acte du concile de Paris, 174; — 
date dcsonabbatiat, 126, 127, Bad- 
bertus, 265. Hatberlus^ 259. 

Haginaruts, évoque dWmieus, 264. 

Haginelmus, évèque de Tournai- 
Noyon, 106, 113, 118,289, 290; 
Bagniel, 109 n. 2 ; Renaud, 288. 

Ragnobertus, évêque de Dayeux, 
145 n. 1, 147, 217 n. 226, 230. 

Rambcriieu, c"*' de Villers-sur-Cou- 
dun, c°° Ressens, arr. Compiègne, 
Oise, 21. liembercourl 21. 

Ransart, c"« de Doullons, c°» et arr. 
Doullens, Somme; ou c**"* Reau- 
metz-les-Loges, arr. Arras, Pas- 
de-Calais, 21. 

Raoul, fils de Vaulier, comte 
d'Amiens, 191, 192.— liodulfus, 
306. 

Rapports de Tabbaye avec les sou- 
verains, 199. 

Ratoldus, 27* abbé de Corbie, 188, 
189 ; création de son anniversaire, 
193, 303, 304. 

Ratramnb, moine de Corbie, 115. 

Raugia. Voir Roye. 

Rebais, ch.-l. de c<»", arr. Coulom- 
niers, Seine-et-Marne; (mona- 
stère Saint-Pierre de), 159 n. 1. 

Regia et imperialis consuetudo, 94. 

Registre Alexandre, terrier de 
Tabbaye, 11 et n. 4. 

Règle de saint Benoît, 175; régula 
sancli Benedicii, 260, 261, 271. 

Règle de saint Columban et de saint 
Benoît; à Corbie, 196; — régula 
sancli Benedicti vel sancti Coluni- 
bani, 152, 154, 225, 228. 

Règlement des archives en 1421, 5. 

Regny, c°^ Ribemont, arr. Saint- 
Quentin, Aisne, 21. 

Begula, Voir règle, sancta régula, 

Bembercourt, Voir Ramberlieu. 



Reolus. Voir Rieul. 

Réthy, c<*» Arendonck, arr. Tur- 
nhout, prov. Anvers, Belgique, 22 
n. 1. 

Ribemont, c*" Corbie, arr. Amiens, 
Somme, 188, 202 ; — Bitbodi mons^ 
288. 

RicAHDiTS, cornes. Voir Richard. 

Richard I*"" sans Peur, duc de Nor- 
mandie, 189, 192 et n. 2, 202, 304; 
sa restitution à Corbie, 304. 
Bicardus cornes, 304. 

HiENCouRT (Pierre de), maître-ès- 
arts, secrétaire d'Antoine Dele- 
croix, 24. 

RreuL, évêque de Reims; ses sou- 
scriptions supposées, 166; — son 
prétendu privilège en faveur de 
Corbie, 170; — Beolus, 217, 229, 
230. 

Bitbodi mons. Voir Ribemont. 

Robert II le Pieux, roi de France; 
son diplôme en faveur de Corbie, 
208. 

Robert, comte de Flandre; sa dona- 
tion de laforêtd'Oosthulst,22n. 1. 

Boborare. Voir aflfirmare. 

HoDiiADus. Voir Hothade. 

RoDOGAiRE. Voir Chrodegarius. 

RoDULFUs. Voir Raoul. 

Roi très chrétien, formule dont on 
ne trouve pas d'exemple à l'époque 
mérovingienne, 171 et n. 2. 

Boquencourly possession de Corbie, 
21. 

RoRico, vicomte d'Amiens, 191, 302, 
303. 

RoRico, archidiacre, 303. 
RoTiiADE, évoque de Soissons, 179 

n. 1. BodhaduSy 263. 
Roye, ch.-l. de c«°, arr. Montdi- 

dier. Somme, 129, 201, 277, 278.— 

Baugia, 278. 



TABLE ANALYTIQUE 



375 



Bubempré, c»" Villers-Bocage, arr. 

Amiens, Somme, 21. 
Ruppo, personnage supposé; ses 



souscriptions supposées, 166, 217 
ni.— Rupho, 230. 



S 



SaLUy-auz-Bois, c*»"* Pas, arr. Arras, 

Pas-de-Calais, 21. 
Sailly-le-Sec, c°" Bray, arr. Péronne, 

Somme, 21, 189, 199. 
Satnt-Cloud, arr. Versailles, Seine- 

et-Oise, 70 n. 3. 
Saint-Denis, Seine, 70 n. 3 ; mona- 
stère; — charte fausse de Landri, 
147, 150; diplômes. Voir Childe- 
bert, Childéric, Chilpéric, Clo- 
taire, Clovis, Thierry. 

Sainte-Beuve (Charles de); sa dé- 
fense du privilège de Berthefri- 
dus, 148-151. 

Sainte-Colombe (mon. de), à Sens ; 
charte d*Emmon, lo9. 

Saint-Germain-des-Prés (mon. de), 
à Paris ; charte récrite de saint 
Germain, 146 et n. 7. 

Saint-Laurent, c" et c°" d'Envermeu, 
arr. Dieppe, Seine-Inférieure, ou 

Saint-Laurent-Blanzy, c°" et arr. 
Arras, Pas-de-Calais, 21. 

Saint-Maur-des-Fossés (mon. de) ; 
charte fausse, 147. 

Saint - Ma urice - en- Valais , Suisse; 
AgaunCy Agaunensis^ Agaunen- 
siummon., 223, 228. 

Saint^Michel d'IIonow, monastère, 
auj.Honau, Grand-duché de Bade, 
84, 85, 88, 243, 244, 245, 246. 
Honaugiae monnsieriuni. 

Saint-Nicolas de Regni, Voir Begny. 

Saint-Omer,s.-pr. du Pas-de Calais; 
mon. de Saint-Berlin, Sithiu, 327, 
328,331. 

Saint-Pierre-le-Vif (mon. de), à 



Sens; charte d'Emmon, 151 n. 1 
152, 158. 

Saint- Quentin- de -Tourmont, auj. 
Saint- Quentin-en-Tourmont, c**^ 
Bue, arr. Abbeville, Somme, 21, 
190, 193. — Taurimons, 304. 

Sancla régula y dans les diplômes, 
43, 44 et n. 3, 233, 339. 

Sarty fief situé à Quiry-le-Sec et 
appartenant à Tabbaye de Corbie. 
Voir Quiry-Ie-Sec. 

Sasgualo, ou Saswalo, vicomte 
d^Amiens, 191, 302, 303. 

Saxbodus, ou Saxobodus, évùque 
de Séez, 264. 

Schlcstadt, ch.-l. de régence, Basse- 
Alsace, 83,91, 243. — Scladdistalj 
91 n. 3; Sclatislati villa, 2i4. Hel- 
vetuniy 91 ; — la cour y réside en 
774 et 775, 91. 

Sébastien, 4« abbé de Corbie, 74, 
198, 236; sa mention dans le 
diplôme de Chilpéric II est peut- 
être supposée, 74 n. 2. — Sebas- 
tianuSj 237. 

Septenville, c"" de Bubempré, c®"* 
Villers- Bocage, arr. Amiens, 
Somme, 21. 

Serenitas, titre du roi mérovingien, 

61, 62, 340. 
Sergius, scriniaire, 301. 

Serment de fidélité et d'hommage 
envers l'abbé, 209 et n. 2. 

Servitude militaire, 207-208. 

SiGGO, SiGo OU SvGGo, didcre 
d'Amiens, rédacteur et souscrip- 




376 



EXAMEN DES CHARTES DB CORBIE 



leur du privilège de Berthefridus, 
27, 145, 317 n., 218 n,, 226, 229 ; 

— fausse souscription de la lettre 
de Vitalien, 230. 

Signum, pris dans un sens anor- 
mal, 112. 

SiMÉoN, évêquc de Laon, 263. 

Somme, riv. de Picardie ; «Soma/ia, 
250, 256; Somenaf 300; Somna, 
214, 268 ; Sumna, 269, 284. 

Souscriptions des diplômes ; — du 
roi, 54 ; — de la reine, 54-55, 
328 ; — de chancellerie, 56 ; — 
souscriptions du diplôme de Clo- 
vis II pour Saint- Denis, 159 n. 2; 

— souscriptions épiscopales des 
chartes, 148 n. 5, 163-4 ; des con- 
ciles, 163 n. 1. 



Sterpiniacus et StirpinUcut, 51 
objections à Étrépagny, 52 n. 1. 
Voir Éterpigny. 

Stipulatio subnixa, remise d'un fétu, 
84, 85. 

Siirpiniacus. Voir Éterpigny. 

Strenuitas^ titre mérovingien, 34. 

Substitution de la copie à Toriginal, 
40 et n. 1. 

Sumptus de Tavoué, 209. 

Survivance des formules mérovin- 
giennes dans les diplômes caro- 
lingiens, 79-81 ; dans les juge- 
ments, 84-5. 

Suscription des diplômes carolin- 
giens, 111. 

Syggo. Voir Siggo. 



Taceacus^ traduit à tort par Acheu, 

168 n. 6. Voir Thésy. 
Talmas, c®" Domart, arr. Doullens, 

Somme, 45, 196, 213. — Templum 

MartiSy 215. 

Tancfridls, souscripteur de la 

charte de Vautier I"**, 303. 
Tanedas. Voir Thennes. 
Taurimons. Voir Saint- Quentin-de- 

Tourmont. 
Templum Marlis, Voir Talmas. 
Temporel de Tabbaye, 197. 
Teodadum villam. Voir Doué. 
TErDEFREors. Voir Theodefridus. 
Thennes, c*" Morcuil, arr. Montdi. 

dier, Somme, 21, 188, 247. Termes^ 

188. — Tanedas, 247. 
TiiEODEFREDis. Voir le suivant. 

Theodefridus, l**" abbé de Corbie, 
43, 59, 60, 152, 196, 210, 214, 
233; — éveque d'Amiens (?), 67; 



date de son élection épiscopale, 66 ; 
— importance métrique de son 
nom, 33. 

Theodericus. Voir Thierry III. 

Theodsricus, évêque de Cambrai, 
263. 

Theodorus, notaire et scriniaire, 273. 
TiiEODRicus ou Theodrigus, comte 
carolingien, 246. 

TiiEOPHULACTus, sccundicerîuSy 277. 

Thésy, aujourd'hui Thésy-Glimont, 
c^'' Sains, arr. Amiens, Somme, 
45, 168, 196, 213. — raccacu*, 216. 

Theudsgarius, notaire de la chan- 
cellerie de Charlemagne, 84-85, 
246. 

Theudofredusou Thei'dofridus. Voir 
Theodefridus. 

Thiennes, c'»* et arr. Hazebrouck 
Nord, 21. 



TABLE ANALYTIQUE 



377 



Thierry III, roi de France ; date 
initiale de son règne, 65 et n. 2 ; 
— son diplôme pour l'élection de 
Chrodegarius, 74, 232 ; — sa con- 
Grmation des privilèges de Cor- 
bie, 73, 231 ; — sa confirmation 
de rélection d'Ërembert, 59, 232 ; 
argumentation de M. Krusch, 81 ; 
discussion, 61 (Voir serenitas); date, 
64 ; manuscrits, éditions, cata- 
logues, 232 ; texte, 233 ; allusion 
à la charte de Berthefridus, 155, 
173,210. — Son exemption de ton- 
lieux pour Saint-Denis, 32, 70 n. 3 ; 

— sa donation de La gn y-sur-Marne 
à Saint-Denis, 32 ; — jugement en 
faveur d*Amalgarius, 88 n. 1 ; — 
autres diplômes, 32, 34 n. 2, 53, 
58 n.. 70 n. 3, 322, 323, 325, 326. 

— Theodericus, 233, 239, 241 . 
Thibrry IV, roi de France ; un 

diplôme pour Saint-Denis, 61 n. 2; 

— autres diplômes, 327, 328. 



TiRERius, primiceriuSj 288 
TUtono-montis y possession de Cor- 

bie, 189. 
Titres des rois mérovingiens, 62. 
Tolède (Concile de), 177. 
Tongerloo-lez-Gheel, c®* Wester- 

loo, arr. Turnhout, prov. Anvers, 

Belgique, 22 n. 1. 
Tonlieux ; de Fos, 196; — l'ab- 
baye perçoit les tonlieux, 203. 
Tournai, ch.-l.d'arr., prov. Hainaut, 

Belgique, 200,247, 288. — Turna- 

cum. 
Tractoria, franchise et passeport, 

198. 
Transfert des manuscrits de Corbie 

à Amiens et à Saint-Germain-des- 

Prés, 11 n. 1, 12. 

Trasulpus, abbé de Corbie, 114, 

115, 140, 179, 188, 282, 288,293 ; — 

date de sa mort, 116 n. 1. 

Tuitio. Voir immunilas, 
Turnacum, Voir Tournai. 



u 



Ubi venerabilis vir N. abba praeesse 
videiur (La formule), et ses varia- 
tions rythmiques, 31-34. 

Ursinus, référendaire de Clotaire II, 
48 ; — ne peut être admis que 
sous réserve parmi les référen- 



daires de Dagobert I«', 339.— ffursî- 
/ii/s,216 n8. 
Uscias, UseiaSf Usse, Voir Huyse. 

Utilité delà recherche des mentions 
des actes perdus, 128. 



Vadencourt , c*»» Villers-Bocage, 
arr. Amiens, Somme, 189, 199. 

Vaire-sous-Corbie, c«" Corbie, arr. 
Amiens, Somme, 21. 

Va //i non. Voir Warlincourt. 



Validation (Annonce des signes de), 
325; dans les donations, 325, 327; 
dans les confirmations, 326, 327; 
— le mot adumbrarCf 339. 

Valliacus, Voir W^ailly. 



378 



EXAMEN DES CHARTES DE COKBIE 



Varna, serve de Corbie, 279. 

Vasliacus. Voir Wailly. 

Vaulx (A. de), procureur fiscal de 
Corbie, 4 n. 3. 

Vaulx (M. de), procureur fiscal de 
Corbie, 4 n. 3. 

Vautier I»', comte d*Ainiens ; — sa 
donation de Méricourt-rabbé, 19i, 
202; manuscrits, éditions, texte, 
302; — son jugement entre 
Tabbaye et les vicomtes, 191; 
manuscrits, éditions, texte. 305. 

— Walterus, 303, 305, 306. 
Vautier II, comte d'Amiens, fils du 

précédent, 191, 192. WuUerus, 
306. 
Ver, c®" Nanteuil-le-Haudouin, arr. 
Senlis, Oise. Vernum^ 189. Vers, 
47, 48. 

Verberic, c«» et arr. Senlis, Oise, 
129; — un plaid y est tenu, 179. 

— VermarUiy 129. Ver nier in, 279. 
Vernum, localité. Voir Ver. 
Vbrrignbs (J. de), moine de Corbie, 

rédacteur d^un livre des cens, 11 

et n. 3. 
Vers. Voir Ver. 
Vesly, Voir Wailly. 



V^iDRACiiADus, référendaire de CIo- 
taire III, 56. — Vidrehadus, 220 et 
n. 1. 

Vigogne (Forêt de la), c®» Domart, 
arr. DouUens, Somme, 45, 196, 
213. — Widegonia, 215. 

Ville-sous-Corbie, c"» Bray-sur- 
Somme, arr. Péronne, Somme, 21, 
47, 48, 189, 199. 

Viris illustribus (La formule), dans 
les diplômes carolingiens, 79, 80. 

ViTALiEN, pape ; dates de son ponti- 
ficat, 170 n. 3; — sa lettre, 143, 
229; souscriptions, 165; analyse, 
168; erreurs des historiens de 
Corbie, 168; fautes contre This- 
toire, 169, contre la chronologie, 
170, contre la diplomatique, 171; 
manuscrits, catalogues, texte, 
229. — Vitilianus, 229. 

Vormaûe (prévôté de), possession 
de Corbie, Flandre, Belgique, 22 
n. 1. 

Vorrnalensis. Voir Wormacensis. 

Vussen (prévôté de), possession de 
Corbie, Flandre, Belgique, 22 n. 1. 



-w 



Wagny. Voir Gagny. 

Waheliregius, manse royal sis à 
Wailly, 129 et n. 3, 201, 280, 281. 

Wailly, c«n et arr. Arras, Pas-de- 
Calais, 22, 27, 196, 213. — Wa/- 
liacuSj 215. 

Wailly, ch,-l. de c«», arr. Soissons, 
Aisne, 21, 45, 205, 280. — Vallia- 
eus, 124. Vasliacus, 281. Vesly, 
125. 

Wala, moine et abbé de Corbie, 
101, 102,900. 



Walbert, 24» abbé de Corbie, 
évêque de Noyon-Tournai, 138, 
140, 173. 

Waldebert, 5« abbé de Luxeuil, 
désigne le !•' abbé de Corbie, 43, 
59, 133; adoucit la rogle de saint 
Columban, 196. — Waldebertus, 
197 n. 

Walhono curie. Voir Warlincourt, 

Walteri;s. Voir Vautier. 

Wandeberctus, abbé de Saint- 
Denis, 49. 



TABLE ANALYTIQUE 



379 



Wanilo, archevêque de Rouen, 
265. 

\Vargnies,c®'*Doinart, arr. Doullens, 
Somme, 21. 

Warledum, Voir Warloy-Baillon. 

Warlincourt-lès-Pas, c®* Pas, arr. 
Arras, Pas-de-Calais. — Valhuon, 
Walhono carte, 189, 199. 

Warloy-Baillon, c®» Corbie, arr. 
Amiens, Somme, 21, 303. — War- 
ledum, 303. 

Wenilon [nom mis par erreur pour 
Egilon, archevêque deSenSj, 115. 

Wemlon, archevêque de Sens, sou- 
scrit l'acte conciliaire de Paris, 
160. — Wenilo, 263, 292. Winilo, 
160, 297. 



Wermundus, souscripteur de la 
charte de Vaulier I", 303. 

WiCFRiD, évêque de Térouanne, 139. 

Widegonia. Voir Vicogne. 

WiDo. Voir Gui. 

\Vidoye (prévôté de), possession de 
Corbie, arr. Tongres, prov. Lim- 
bourg, Belgique, 22 n. 1, 190 n. 3. 

WiNDRiNGus. Voir Mudrigus, 

WiNiLO. Voir Venilon. 

Wittisheim, cercle de Markolsheim, 
régence de Schlestadt, Basse- 
Alsace, 125, 188, 200 n., 201, 240, 
256. — \yi8tonU, 124, 125. 

\A'ormace/isi«pagru», Wormsgau, 1 24, 
240, 256. — Normalensis, 124, 125. 
Vorinalensis, 124, 125. 



TABLE DES MATIÈRES 



Préface i-viii 

Introduction • ix - xiii 

Chapitre I"'. — Les. archives de Corbie : organisation et inven- 
taires, 1-10; les cartulaires, 10-25 1-25 

Chapitre II. — Les diplômes mérovingiens : diplôme de fonda- 
tion de Tabbaye, 26-51 ; exemption des tonlieux octroyée par 
Clotaire 111,51-59; le diplôme de Thierry III, 59-68; le diplôme 
de Chilpéric II, 68-72; les diplômes mérovingiens perdus, 72- 

75 ; — catalogue des diplômes mérovingiens, 75-76 26-76 

Chapitre III. — Les diplômes carolingiens, 77 : conûrmation des 
privilèges royaux antérieurs par Peppin le Bref et par Charle- 
magne, 78-82; — jugement de Charlemagne, 82-92; — diplôme 
de Tempereur Charlemagne ou de Louis le Pieux, 92-96; — 
diplôme de Louis le Pieux, 96-100; — le diplôme des empereurs 
Louis le Pieux et Lothaire I*"" et le diplôme de Louis, roi de 
France, 100-119; — diplômes de Charles le Chauve et de 
Charles le Simple, i 19-141 ; — catalogue des diplômes carolin- 
giens, 141-142 77-142 

Chapitre IV. — Les chartes ecclésiastiques, 142-186; — catalogue 

des chartes ecclésiastiques, 186-187 142-187 

Chapitre V. — Les chartes privées de Tabbaye, 188-193; — cata- 
logue des chartes privées, 194 188-194 

Chapitre VI. — Conclusions 195-212 

Pièces justificatives : diplôme de fondation de Tabbaye de 
Corbie, 212-217; — exemption des tonlieux par Clotaire III, 
218-220; — donation de Clotaire III, 220; — charte de Tévêque 
d^Amiens, Berthefridus, 220-229; — lettre du pape Vitalien, 
229-230; — conûrmations de Childéric II, 231 ; — confirmation 
de Thierry III, 231 ; — diplôme de Thierry III sur l'élection 
de Chrodegarius, 232; — diplôme de Thierry III sur l'élection 
d'Érembert, 232-234; — confirmation de Clovis III, 234; — 
confirmation de Childebert III, 23i ; — confirmation de Dago- 
bert 111, 23i; — diplôme de Chilpéric II, 235-237; — diplôme 
de Peppin le Bref, 237-240; — donation de la reine Gerberge, 
240; — diplôme de Charlemagne, roi de France, 240-242 ; —